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 [RP ouvert] Même les fantômes meurent un jour

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Aliénor
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Messages : 1969
Date d'inscription : 02/03/2011

MessageSujet: [RP ouvert] Même les fantômes meurent un jour    Mer 29 Juin - 8:28

Aimelin a écrit:
[Sainte Ménéhould, 26 juin]

"Mais il est un peu tard
Ote toi du chemin
Vagabond contre moi
Je vais la retrouver
Quelque part je la vois
Qui me touche la main
Y'a-t-il quelqu'un ? "
(Raphael - La Mémoire Des Jours)



Sainte Ménéhould. Dieu que ce simple nom réveillait en lui de grandes quantités de souvenirs à chaque fois qu'il le lisait ou l'entendait, des larmes et des rires, des rencontres aussi diverses les unes que les autres, allant du simple villageois qu'il était du haut de ses dix sept ans, à des nobles, qui à l'époque il fallait bien l'avouer, il ne portait pas en son coeur. Pour lui, noblesse était synonyme de mépris et d'indifférence... et d'ailleurs, il en était toujours persuadé, même quelques années plus tard, à la différence près c'est qu'il savait que tous n'étaient pas ainsi, parce que sa jeune vie lui avait fait cotoyer bon nombre de ces personnes. Et puis le destin avait voulu qu'il devienne Seigneur champenois, l'été 58, mais il était des choses que l'on ne pouvait refuser lorsqu'elles étaient offertes avec le coeur, et lorsque des liens vous liaient à certaines personnes. Il s'efforçait juste de ne pas changer, et il gérait son domaine de façon bienveillante.

Aux derniers jours de juin 56, le jeune ébouriffé avait quitté Sainte et la Champagne, tournant le dos à son passé, pour suivre son amie de toujours Shandra, la jeune veuve de Farell, en direction du Béarn comté que l'on disait florissant au sud du royaume, niché aux pieds des Pyrénées, afin de retrouver quelques champenois partis s'installer dans ce Comté, notamment Lara et Lily. Comté alors sous l'autorité de Juliano Di Juliani, premier Coms du Béarn. Peu de jours apres son arrivée, le jeune champenois avait intégré la Garde Comtale alors sous les ordres de Morphée von Frayner. Depuis il était toujours Lame, section inemployée mais non détruite... les mystères béarnais, et s'était dispersé entre fonctions comtales, Ost, Prévôté, mairie et quelques bêtises, le tout entrecoupé de deux belles histoires d'amour, dont la dernière avait fait voler son coeur en éclats lorsqu'Aristote avait rappelé à lui sa blonde en ce maudit jour de juillet de l'été dernier. Depuis, il vivait le présent, le mordait à belles dents sans jamais penser à plus loin, de peur que le sort ne prenne encore un malin plaisir à tout détruire.

La Champagne, il n'y était revenu qu'en décembre de cette même année 56 avec Quasi, lors d'un voyage où il avait retrouvé Malt et Richard, Francis de Joachim, Lily et Pompoko elles aussi en voyage, Ysa et Magdeleine. Et le destin s'amusait avec lui encore et encore le faisant revenir en Champagne ce printemps de l'année 59 pour y retrouver Aliénor, la fille de Magd.

Sainte Ménéhould. Il faisait chaud en ce début d'apres midi de fin juin, et le regard gris du jeune homme balayait le paysage qui s'offrait à ses yeux. Altaïr renâclait un peu, à l'embranchement de la voie de Compiègne et de Reims, et de la rue Chanteraine et sentier des Prés, tandis que son cavalier semblait hésiter. La rue Chanteraine descendait vers le lac, le sentier des Prés montait vers son moulin et l'ancienne maison Farell.

Laisser tourner Altaïr sur lui même, comme pendant ces secondes qui précédaient le moment où il s'élançait sur la lice. Hésitation du jeune lieutenant alors qu'il suffisait d'un simple geste de sa main pour qu'il descende vers la lac et ses souvenirs. Ce jour de mai où il avait dû se baigner nu pour aller récupérer Sosso qui dérivait dans sa barque, et puis les rires de Shan, qui cachée derrière un buisson, lui avait accroché ses braies dans un cerisier. Un sourire sur ses lèvres, en repensant à ces fins de journées et aux rires qui les accompagnaient souvent. Le temps de l'insouciance.
La taverne de la Famille, sa cousine Loïs et d'autres visages qui apparaissaient tandis qu'il chassait certaines images bien moins agréables, en caressant l'encolure de son étalon et que d'un petit mouvement de la main, il se décidait à le faire s'engager pour gravir le sentier des Prés.

Etrange impression de revenir seul avec pour toute compagnie le chant de la rivière qui dévalait pour plonger dans le lac. Une taverne à la place de l'ancien moulin de May, au 5 rue des moulins, devant laquelle il ne s'arrêta pas, et puis la maison de Shan sur la droite du sentier des Prés, où il fit stopper l'étalon, le temps de laisser son regard parcourir la bâtisse à l'abandon et ses alentours.
Des images qui se bousculaient, comme ce soir de juillet 55 après cette terrible journée en enfer* et le visage de sa blonde amie, dont il n'avait plus nouvelles aujourd'hui apres qu'elle soit partie voyager. Abandonnant ses rêveries il remit Altaïr en marche pour se diriger vers le moulin qu'il apercevait à quelques foulées un peu plus haut sur la gauche à travers les arbres. Il n'y était revenu qu'avec Quasi, et seulement pour deux nuits. Il avait trouvé un ancien meunier qui passait de temps en temps s'occuper du moulin et le garder en état, Aime avait tenu à ce qu'il reste comme il était.



[Le moulin de l'Ebouriffé]

Le portail de bois devant lequel il s'arrêta, était toujours fermé par un crochet de fer. Maintenant qu'il avait son domaine en Champagne et qu'il y venait régulièrement, il lui faudrait s'occuper du moulin également, mais le courage lui manquait. Trop de souvenirs. Il mit pieds à terre et souleva le crochet avant de pousser le portail qui émit un grincement, comme s'il se lamentait de cette main insolente qui venait le déranger dans sa solitude. Les rênes de l'étalon dans une main, il s'avança d'une dizaine de pas face à la Bâtisse et s'arrêta à nouveau, ses yeux gris parcourant la façade avant d'obliquer vers la droite, du côté de cet arbre qui abritait toujours le banc de pierres, puis son regard glissa encore un peu plus à droite, à quelques pas en retrait, vers une petite croix de fer gravée de trois étoiles qu'il devinait au milieu de quelques fleurs sauvages.

Il ferma les yeux quelques secondes pendant que l'étalon s'amusait avec ses cheveux, le bousculant doucement comme pour le faire réagir. Ce terrible matin de janvier revenait sans cesse à chaque fois qu'il revenait ici. La neige, le calme, et puis les cris, ces images, cet homme qui avait dévalé les escaliers, la peur qui lui avait broyé l'estomac avant que la douleur ne le pousse à tuer celui qui venait de transformer son avenir en passé. Il s'était ensuite écroulé dans la neige avant de venir se réfugier dans les escaliers où Sosso l'avait trouvé quelques heures plus tard, inquiète de ne pas le voir. **

Il inspira un grand coup et s'avança vers le moulin, laissant Altaïr livré à lui même. La grosse clé en fer était toujours à la même place sous sa pierre. Une hésitation avant de la faire tourner dans la serrure et de pousser la porte.





* RP "Une journée en enfer"
** RP Un beau soir l'avenir s'appelle le passé

Alienor_vastel a écrit:
[Et pendant ce temps, dans la taverne municipale]

"Voyager en soi-même
Comme sur un océan
Embrasser les tempêtes
Et les soleils levants
Rencontrer dans les plaines
D’anciens rêves d’enfants"
J.L. Aubert - "Voyager en soi-même"



La plume courait sur le parchemin, légère et agile, le couvrant d'arabesques, de volutes, de pleins et de déliés. Parfois, elle restait en suspend quelques instants, le temps pour la petite blonde de relire les mots qu'elle venait de coucher ou de réfléchir à ce qu'elle allait écrire, avant de reprendre sa danse sur le vélin.

Un paraphe, ferme et décidé, une dernière relecture, un souffle pour faire sécher l'encre, et Aliénor tourna un instant ses pervenches vers la fenêtre avant de les reporter, songeuse, sur la missive qu'elle venait d'écrire et qui sera envoyée à Montpellier, à sa tante, pour lui donner de ses nouvelles. En prendre aussi, de sa famille restée là bas, de son frère. Ce frère qui n'avait que quelques semaines à la mort de leurs parents, lorsqu'ils avaient été envoyés en Languedoc, qui n'avait jamais connu la Champagne au fond. Pas comme elle, qui y avait grandi, qui y avait ri, y avait pleuré, qui ressentait cette terre au fond de ses entrailles au point qu'elle avait décidé, peu après son quinzième anniversaire, d'y revenir.
Attachement à une terre, à des lieux certes, mais aussi et surtout besoin de comprendre les raisons qui avaient poussé ses parents à partir aussi définitivement, laissant l'enfant qu'elle était alors, désemparée devant le destin qui brusquement bouleversait l'avenir qui avait été tracé pour elle. Besoin encore d'évacuer la colère qui la taraudait face à cette incompréhension, face à ce qu'elle avait ressenti comme un abandon. Parce que cette colère empêchait de vivre l'adolescente qu'elle était, tout simplement.

Une lettre trouvée au fond d'un coffre, des désillusions, une rencontre et une complicité, ce sentiment de se connaître et de se comprendre, et cette colère n'était plus. Ne restait maintenant que cette envie de vivre, de profiter du présent sans se préoccuper de savoir ce que demain lui apporterait.

Nouveau regard vers la fenêtre par laquelle elle devinait l'ambiance fourmillante du village. Sainte-Ménéhould... elle n'y était jamais venue, du moins pas qu'elle s'en souvienne. Pas depuis qu'elle était revenue en Champagne, en tout cas. Juste contourné, sur le trajet menant de Troyes à Compiègne et inversement.
Ils y étaient arrivés le matin même, première étape de ce voyage projeté depuis quelque temps. Le prochain arrêt serait Compiègne, il restait à la petite blonde des choses à y faire, qu'elle n'avait pas eu le courage d'accomplir lorsqu'elle y avait habité brièvement, presque cinq mois auparavant.
Mais ils n'y étaient pas encore, ils resteraient ici plusieurs jours sans doute, dans ce village qui recelait de souvenirs pour Aimelin.

A leur arrivée, ils s'étaient séparés. Il ne lui avait pas proposé de l'accompagner, elle ne le lui avait pas demandé. Parce qu'elle savait, pour l'avoir pleinement ressenti lors de son retour à Compiègne, lorsqu'elle avait alors franchi la porte de Pierrefonds, lorsqu'elle avait parcouru à nouveau les rues dans lesquelles elle jouait enfant, lorsqu'elle avait rouvert la porte de la chaumière du 6 de l'allée St-Georges, qu'il y a des choses que l'on doit faire seul, des souvenirs que l'on doit affronter seul. Et parce qu'elle voulait être discrète, qu'elle s'effaçait face à ce besoin qu'elle avait connu, elle aussi.

Elle le rejoindrait peut-être un peu plus tard. Sans doute... Mais pas pour l'instant...

La blondinette rapprocha encrier, plume, feuillets et les rangea dans la besace posée sur le banc à ses côtés, avant de se lever et de se diriger vers la porte, saluant le tavernier d'un sourire. Léger arrêt sur le seuil, chaleur qui l'assaille brutalement après la fraîcheur de la taverne que les pierres épaisses isolaient un peu de l'air extérieur, avant de se diriger vers Etoile qui l'attendait auprès de l'abreuvoir où elle l'avait attachée. Elle rangea sa besace dans les fontes, desquelles elle sortit une pique de bois avec laquelle elle fit tenir ses cheveux remontés en chignon, offrant ainsi sa nuque à la légère brise bienfaisante qui soufflait en cette chaude journée de début d'été.

Un moment pour flatter le chanfrein de la frisone, avant de saisir les rênes et les passer par dessus l'encolure. Mettre le pied à l'étrier, prendre appui sur le pommeau de la selle pour se hisser légèrement sur sa monture. Et balayer de ses pervenches autour d'elle.
Elle ne connaissait pas le village, ne savait vers où conduire sa jument. Son regard s'arrêta sur l'église, et par derrière elle, sur le lac. Ah, le lac, avec un peu de chance, la température y serait plus clémente, la brise un peu plus soutenue.
Décision prise, elle talonna légèrement sa monture, la dirigeant vers la destination qu'elle venait de se choisir.



[Les pieds dans l'eau]

L'étendue du lac se dessinait devant elle, reflétant le bleu du ciel et la verdure des arbres qui l'entouraient. Aliénor se rapprocha de la berge, et imprimant un pas tranquille à sa jument, la longea un long moment, avant de finalement se décider à s'arrêter dans un endroit tranquille où un tapis d'herbe verte faisait comme un écrin à quelques fleurs sauvages.

Elle se glissa souplement au bas de sa monture et l'attacha au tronc d'un arbre, avant de relever le bas de sa jupe et d'entrer doucement dans l'eau dont la fraîcheur, contrastant avec la chaleur extérieure, la fit un peu frissonner. Avant de rire légèrement lorsque de la vase s'infiltra entre ses orteils, sensation à la fois désagréable et amusante de chatouillement autour de ses pieds. Quelques pas encore, jusqu'à avoir de l'eau à mi mollets, et elle s'attarda, balayant du regard l'étendue d'eau sur laquelle elle distinguait au loin quelques barques de pêcheurs. Avant de se tourner vers le village, et au delà vers les quelques hauteurs qui s'y dessinaient et sur lesquelles Aimelin lui avait dit que le moulin se trouvait.

Peut-être y était-il... Pensées qui se tournent vers le jeune homme ; que pouvait-il ressentir alors, revenant sur ces lieux dont il lui avait un peu parlé ?

Aimelin a écrit:
[Sainte Ménéhould, Moulin fournil de la Rivière, le 26 juin]

"Sans drame, sans larme
Pauvres et dérisoires armes
Parce qu'il est des douleurs,
qui ne pleurent qu'à l'intérieur
Puisque ta maison, aujourd'hui c'est l'horizon
Dans ton exil, essaie d'apprendre à revenir
Mais pas trop tard…"
(J.J. Goldman - puisque tu pars)




Les yeux gris s'étaient perdus sur le torrent dont le doux clapotis de l'eau contre la roue du moulin, accompagnait la lente ondulation de la frêle embarcation de bois attachée au petit ponton sur lequel il se trouvait.

Des yeux qui fixaient la rive opposée, pensant à ces galets quelque part, qui avait ricoché et défié le courant pour aller se poser sans mal sur l'autre berge. Ce moulin que la mère Léonie leur avait cédé pour quelques centaines d'écus et que May avait fait découvrir à Aime ce matin de début septembre 55. Leur moulin, leur maison… là où personne ne viendrait leur chercher problèmes. Cette bâtisse où il avait si souvent parlé, rit, murmuré, aimé.
Un voile descendait lentement sur ses yeux tandis que le petit vent qui soufflait faisait danser ses quelques mèches folles, un peu comme des petites flammes parfois calmes et puis reprenant un peu plus d'ardeur la seconde d’après. Il ferma les yeux quelques secondes pour chasser ce visage dont le sourire oppressait son cœur. Une chevelure brune, des yeux couleur noisette et un sourire permanent, devenu bien trop rares les dernières semaines de cette année 55. La fatigue, la lassitude, les tourments. Bien des personnes s'étaient acharnées sur elle, sur eux, comme s'il dépendait de leurs vies que le jeune couple ne puissent vivre en paix. Comme il les avait haïs de toutes ses forces, de toute son âme.

Après la disparition de Mayane et des jumeaux, et à son retour de ces quelques jours d'une chasse à Torras infructueuse, il était revenu dans ce moulin fournil de la rivière, il avait gardé la taverne de "La Famille" et y passait ses journées, essayant d'oublier le vide qui faisait échos à ses pensées.

Et puis peu de jours après, par une fin d’après midi, elle était venue le voir dans sa taverne. Sur le qui vive, le jeune meunier qu'il était l'avait regardé entrer.


- bonjour Aimelin… je viens vous voir parce que j'ai un gros problème
- un problème … à la mairie ?
- mm.. non… j'ai.. mon perchoir s'est cassé
- je peux vous en refaire un autre, il n'y a pas de soucis.


Le perchoir… un sourire se dessina sur ses lèvres à cette pensée. Il se revoyait entrant dans le bureau de Malt, alors Maire de Sainte, et poser le perchoir devant elle en lui disant que c'était un cadeau. Il revoit son air surpris, puis amusé et après échange de quelques mots sans éclat de voix, il était ressorti aussi simplement qu'il était entré, le coeur léger.

Et cette apres midi là, dans cette taverne, pourquoi ce trouble face à cette jeune femme qu'il avait haï du plus profond de son être. Ils avaient parlé longuement, s'étaient un peu découverts. Qu'il était étrange de détester quelqu'un que l'on ne connaissait pas. Elle était revenue la journée suivante, et il lui avait fait part de son départ le lendemain, pour Conflans, afin de rejoindre l'Armée Farell qui causait quelques soucis au Duché. Le chef d'armée lui avait parlé de ses projets de botter les fesses de la noblesse champenoise, et en voulant rejoindre Shandra, Aimelin pensait qu'il pourrait le convaincre de laisser la Champagne tranquille.
Sachant son départ, elle était venue le voir le soir au moulin, et n'en était repartie que le lendemain matin, non sans l'avoir mis en garde contre ce qu'il allait faire.

Conflans…il avait rencontré le chef d'armée mais un témoignage disant l'avait vu parlé à l'homme, allait entrainer peu de jours apres, sa mise en procès. Intégré dans l'armée le dimanche, il en était reparti le mardi, ayant eu l'impression de parler à des murs. L'armée était basée à Tonnerre avec promesse de ne faire aucune violence, mais il en était parti. Ca n'était pas dans ses convictions de semer le trouble gratuitement. Quelle folie l'avait donc prise de croire qu'il pourrait faire entendre raison à un fou. Quelques jours après son retour à Sainte, il avait reçu sa convocation au tribunal avec pour chef d'inculpation… haute trahison. Déjà…

Souvenir de cette discussion entre Malt et son amie Dame Pisan et de la promesse de cette dernière de lui botter elle même les fesses si elle le revoyait encore dans cette armée, même pour le bien de la Champagne. Témoignage de la blonde maire et recherches de cette promesse par le juge, Joffrey, lui avaient permis d'être acquitté. Se sentant une dette envers la Duché, il s'était engagé fin février dans l'armée pour prendre part à la guerre contre l'Artois, à Compiègne.

De fin février à fin mai, il avait occupé son temps entre les gardes sur les remparts, les batailles desquelles il s'était toujours sorti miraculeusement, et un travail d'infirmier à l'hospice de Compiègne, sous les ordres de son amie médicastre Belphegore et d'une autre femme médecin. Une courte liaison avec Mélissande, la louve, qui l'avait décidé à devenir Loup de Champagne en mars, et puis un retour à Sainte à sa démobilisation, continuant une liaison tumultueuse avec sa blonde, qui animait les moments d'une vie parfois trop calme.

Et puis ce concours de la rosière que Magdeleine alors présidente du comité des fêtes, lui avait demandé de présider. Concours rempli de moments savoureux et de dégustation de calva et madeleines, au milieu de tensions… tensions qui l'avaient décidé à accompagner Shan dans ce comté du Béarn, au sud du royaume. Fuir son passé, fuir ce qu'il n'avait pas le courage d'affronter.

Peut être était ce le fait d'avoir rencontré Aliénor qui lui donnait ce courage d'affronter ce passé depuis quelques mois, comme elle le faisait. Leurs discussions interminables, leurs peurs et leurs doutes de l'affronter, la promesse qu'ils se faisaient d'aider l'autre à passer ces épreuves que leur infligeait le temps. Un sourire en se demandant ce que faisait sa blondinette. Peut être était elle allée vers le lac, il attirait toujours tant de monde.

Comme il était étrange, que des qu'il posait les pieds à Sainte, tout ce passé revenait au galop. En décembre 56 il avait eu du mal à venir au Moulin et n'était resté que deux journées au village. Aujourd'hui, il se sentait la force de faire face à ces fantômes du souvenir. Il était entré dans la bâtisse, était monté à cet étage et avait ouvert en grand les fenêtres pour y laisser entrer la vie. La Léonie et son époux s'occupaient régulièrement de la bâtisse, et tout était en ordre, le temps semblait s'être seulement arrêté.

Il abandonna le ponton et fit demi tour, se dirigea vers l'arbre et vers ce coin d'herbe, où une petite croix de fer gravée de trois étoiles était plantée au milieu de quelques fleurs. Les yeux rivés sur les étoiles, il s'agenouilla, murmurant.


le moulin n'a pas changé tu as vu ? je te promets de toujours le garder et le faire entretenir.
Peut être un jour, résonnera t il de rires et de voix d'enfants.
je vous aime par delà le temps


Aurait il le même courage de retourner sur cette petite tombe dans ce cimetière qui borde le chemin qui mène vers les bois, à la sortie de Pau. Il ferma les yeux quelques instants avant de se relever et de se tourner face à la bâtisse. Il était des endroits où il aimait venir et revenir, où il aimait respirer cette odeur du passé qui l'aidait à vivre malgré tout, qui l'aidait à avancer… et ce moulin faisait partie de l'un de ces endroits chers à son cœur.

Un regard vers Altaïr qui avait cherché la fraicheur de l'ombre avant de se diriger vers lui, d'ouvrir une fonte pour en extirper quelques parchemins, de l'encre et sa plume, et de retourner vers le ponton, à cet endroit sous le grand hêtre dont il aimait à profiter de l'ombre.
Il s'adossa contre le tronc et entreprit de rédiger une missive à une jeune femme partie sans mot dire, et qui ne sortait pas de son esprit, comme ces rares personnes chères à son cœur, et qu'il n'avait pas envie de voir s'évanouir dans les méandres d'une vie parfois bien trop compliquée.**

Sa plume glissa lentement, hésitante, cherchant les mots justes, ceux qui lui donneraient envie de les lire.


Citation :
Sainte Ménéhould, le 26 juin 1459

Terwagne,

Ma plume me rappelle souvent à l'ordre afin de vous donner nouvelles, ...

......
Mon messager vous trouvera afin de vous porter ces mots que ma plume a couché pour vous sur ce parchemin.


l'ébouriffé

Ne jamais remettre à demain, ce que l'on a envie de faire dans l'instant. Regard qui parcourut à nouveau les mots et les phrases avant de se poser sur l'eau qui courait elle aussi, descendant chantante vers le lac afin d'y devenir bien plus paisible. Il espérait juste qu'elle lise ses mots écrits avec son coeur, qu'elle sache qu'il pensait à elle et ne l'oubliait pas.

Le messager envolé il repartit vers la bâtisse, avec l'envie de voir tourner à nouveau la roue et d'entendre le chant du grain qui s'écrase sous son passage.




** rp ICI ... et LA

Alienor_vastel a écrit:
[Au bord du lac]

"Des rêves qui s'évadent
Aux mers de tous les soleils
Des pensées qui s'attardent
Et d'autres qui s'éveillent"
P. Obispo - "Par absence"



Que pouvait-il ressentir, revenant sur ces lieux dont il lui avait un peu parlé...

Etrange comme cette question renvoyait chez la petite blonde les sentiments qui l'avaient assaillie lors de son retour à Compiègne, lorsqu'elle avait tourné la clé dans la serrure de la chaumière familiale où ses parents et elle avaient vécu les premières années de sa vie. L'étonnement, de constater que le mécanisme n'avait pas souffert des outrages du temps ; l'émotion, de retrouver les meubles familiers, la grande table en chêne sur laquelle ils prenaient leurs repas, les coffres et bahuts, le fauteuil à bascule dans lequel sa mère aimait à se reposer, sa fille lovée contre elle... Tous ces objets qui maintenant occupaient sa maison de Troyes dans laquelle elle s'était installée après son départ de son village d'origine, sa fuite face à ce passé qu'il lui avait alors été trop difficile à affronter seule.
Et tous ces souvenirs qui l'avaient prise au ventre alors qu'elle caressait du regard les murs de la demeure. Souvenirs heureux, comme ce Noël où sa mère avait invité son parrain et sa marraine, et lors duquel son père, alors Loup de Champagne en mission, leur avait fait la surprise de rentrer justement ce jour là. Ou d'autres, plus douloureux, tels que leur départ en Orléanais, d'où les évènements que chacun d'entre eux avait vécu les avaient faire revenir changés...

Regard à nouveau vers le lac. Elle se serait bien baignée, là, mais ne savait si l'endroit était suffisamment tranquille et discret pour qu'elle s'y risque. Et pourtant, que c'était tentant, pour elle qui aimait tant à nager, ce sentiment de liberté qu'elle connaissait alors, différent de celui qu'elle ressentait lorsqu'elle galopait avec Etoile, mais tout aussi agréable ; cette sensation de se laisser porter par cette eau qui l'enveloppe, la caresse, de laquelle elle se joue pour ne pas se laisser couler. Tout comme elle se jouait de cette vie qui pouvait la faire sombrer à nouveau, en goûtant pleinement, totalement chaque moment qu'elle lui offrait.

Pervenches qui balaient alentours, et d'une main la blondinette releva davantage sa jupe pour s'aventurer plus avant, plongeant l'autre dans l'onde pour en recueillir un peu d'eau fraîche dont elle s'aspergea la nuque avec un soupir de bien-être.

Et laisser à nouveau son regard errer sur l'étendue du lac. Après tout, peut-être était-elle déjà venue à Sainte-Ménéhould. Lors de la guerre qui avait opposé le Domaine Royal à l'Artois, lorsque Lily l'avait éloignée de Compiègne, du conflit, pour l'en protéger. Elles avaient alors voyagé à travers le Duché, mais l'enfant qu'elle était n'en gardait que peu de souvenirs, plus occupée qu'elle était alors à jouer avec Ortie, le chaton de la jeune femme, qu'à s'intéresser à ce qui secouait alors la Champagne. Inconsciente des combats qui se menaient et dans lesquels nombre de ses proches étaient engagés, avaient été blessés...
Sourire en songeant qu'à cette même époque, Aimelin était quant à lui à Compiègne, lieux inversés, coïncidence qui les avait amusés lorsqu'ils l'avaient évoquée.

Aliénor fit volte face et reporta ses pas vers la rive, laissant sa jupe retomber sur ses jambes mouillées que la chaleur sécherait d'elle même. Quelques enjambées avant de se laisser tomber sur le tapis d'herbe, et de s'allonger. Jambes repliées, genoux relevés, elle posa ses mains sur son ventre, ses yeux dirigés vers le ciel dont l'azur était troublé par quelques nuages blancs.
Essayer de deviner des images à travers les formes des nuées qui traversaient le ciel, comme elle le faisait enfant, comme le font tous les enfants. Comme elle ne l'avait pas fait depuis longtemps, trop longtemps, les évènements qui avaient secoué sa vie l'ayant fait grandir trop vite.

Mais là, au bord de ce lac, en cette journée de début d'été, l'insouciance était là, tout comme elle était revenue depuis quelques temps déjà. Depuis cette lettre retrouvée et qui expliquait tant de choses, depuis sa rencontre avec le jeune seigneur, leurs nombreuses discussions, les épreuves qu'ils avaient traversées et qui, pour être différentes, les faisaient se comprendre sans qu'il n'y ait besoin de paroles, les avaient rapprochés par cette complicité qui leur donnait la force et le courage de revenir et d'affronter les fantômes du passé.

Pervenches qui vagabondent vers l'azur. Là une figure oblongue, qui lui fait penser à un serpent ondulant sur la voûte ; ici un oiseau déployant ses ailes ; ici encore, un arbre dont l'épais feuillage que le vent sépare doucement du tronc, s'allonge lentement jusqu'à former comme un rocher.
Sourcils froncés, un rocher comme celui qui figurait en pointe sur les armes de Pomponne... Pomponne, les terres de sa mère, dont on lui avait demandé peu de temps après son retour en Champagne si elle voudrait y retourner. Elle avait alors répondu par la négative, mais là maintenant, elle ne savait plus. Revenir une nouvelle fois à Compiègne pour y achever ce qu'elle y avait laissé en suspend, elle s'en sentait prête maintenant ; aller sur la tombe de ses parents, franchir enfin la porte du petit cimetière dont elle avait longé le mur à de nombreuses reprises sans avoir la courage d'y entrer ; se rendre à la mine de Péronne, voir les lieux où sa mère était tombée, y déposer une rose et un chardon, elle savait pouvoir le faire.

Mais Pomponne... Plus que le manoir, plus que le lieu lui-même, c'était le symbole de ce qui avait été, et ne serait plus. De ce qui avait été brisé brutalement, de tous ceux dont l'absence était comme les flots d'un torrent fougueux que l'on hésite à traverser et que le temps n'arrête pas. Le temps n'efface pas les peines, il permet juste d'apprendre à vivre avec. Le temps, et la main que l'on vous tend pour vous aider à franchir le courant.

Doigts qui glissent doucement jusqu'à sa gorge pour caresser le médaillon qui y repose, en suivre la gravure, rose et chardon entrelacés.
Et un sourire. Peut-être voudrait-elle retourner à Pomponne... sans doute... un jour... plus tard...

Un dernier regard vers le ciel, et l'adolescente prit appui sur un coude pour se redresser. Assise, un moment d'arrêt, puis elle se releva et se dirigea vers Etoile qui l'attendait près de l'arbre où elle l'avait attaché, au bord de l'eau pour qu'elle puisse s'y désaltérer.
Elle détacha la frisone et se remit en selle, avant de la tourner d'un geste du poignet vers le village dont elle apercevait les premières maisons au loin.

Aimelin a écrit:
[Moulin fournil de la Rivière, le 26 juin]

"le visage plongé à terre
Clore un instant ses paupières
Pour chercher ce qui nous éclaire
Pendant ce temps
Le temps s'enterre"
(Calogero - Juste un peu de silence)



L'insigne de la prévôté tournait entre ses doigts, renvoyant par moment un petit reflet d'argent dans les yeux gris du jeune Lieutenant. Depuis combien de mois, d'années portait il ce petit insigne ? depuis le treize du mois de novembre de l'an 1456.
Un sourire éclaira à peine son visage à ce souvenir… Lara était maire de Mauléon.. Lara.. où était elle maintenant. Elle lui avait proposé d'aider le lieutenant en place, mikiss et il n'avait pas pu refuser. Les dossiers esclavagisme étaient devenus son quotidien, avec les courriers qu'il adressait aux Mauléonnais. Essayant d'éviter un maximum les procès il se démenait pour arranger chaque affaire… et puis le proc de cette époque dormait souvent et lorsque le jeune sergent allait le réveiller dans son bureau, il avait souvent à faire face au juge son épouse. Sourire malgré tout en repensant à ces moments. Et puis le sept décembre suivant, alors qu'il était parti en voyage et se trouvait à Argonne, il avait reçu missive lui annonçant sa promotion à lieutenant et aujourd'hui il l'était encore.
Une pause de quelques mois dans sa fonction, apres ses bêtises à Vae, et une reprise aux tous premiers jours de janvier de l'an 1458 en fanfare, avec plusieurs dossiers par jour, les lions et hérétiques s'amusant à lui faire user ses plumes. En compensation, il s'était fabriqué une belle collection de portraits qu'il avait dessiné suivant les fiches des vilains.

La prévoté… même s'il était encore lieutenant, en voyage, il avait perdu le goût de cette fonction après les attaques incessantes de la mégère et de celui qui lui servait d'époux. Bien sûr il restait en contact avec le Casteth de Pau, mais la passion du début n'y était plus, et il savait que cette fonction s'arrêterait lorsqu'il prendrait enfin la décision de s'installer ailleurs qu'en Béarn. Et cette décision trottait dans sa tête depuis pas mal de semaines, sans qu'il ne prenne de décision, ne voulant se presser.

Son regard balaya les lieux. Le Moulin-Fournil de la Rivière, son moulin... il y avait pensé bien des fois depuis ce maudit dix neuf juillet de l'été dernier. La bâtisse posée à quelques dizaines de pas de la rivière était au calme, seulement bercée par le bruit du torrent qui au fil des années avait creusé une marre bordée de cailloux, d'herbes et d'arbres, et sur lequel il avait bâti un ponton de bois auquel était amarrée une barque. Il s'était promis d'apprendre à pêcher aux jumeaux de May, Morgane et Gaël lorsqu'ils seraient plus grands. Mais la vie ne leur en avait pas laissé le temps.

La vie ne lui avait pas laissé le temps de tout faire, que ce soit en Champagne ou en Béarn. Combien de projets avait il fait, et combien avaient été anéantis. Depuis ce maudit jour de juillet, il refusait de penser à demain sachant que la vie se faisait un malin plaisir de tout détruire, et il préférait profiter du présent en y mordant à pleine dents. L'insigne passait doucement d'un doigt à l'autre pendant que le jeune seigneur fermait les yeux.

Comme il avait été fier de l'arborer, tout autant que son uniforme de Lame. Un pâle sourire s'afficha sur ses lèvres lorsqu'il repensa à ce jour du neuf août de l'année 56, lorsqu'il s'était agenouillé devant le Coms du Béarn, le Prince Juliano Di Juliani, sous les yeux de Morphée Von Frayner alors Connétable, pour lui prêter allégeance*. Il ressentait encore le contact de la main du Prince sur son épaule qu'elle avait serré fortement comme pour éprouver la résistance du jeune soldat.

Il se souvenait de ses moindres mots :
"Nous ne nous connaissons pas encore, Messire Aimelin et pourtant si vous êtes la, c'est que vos superieurs vous en ont jugés digne. Et comme je leur fait pleinement confiance, celle ci vous est également acquise. Suffisament pour vous permettre d'être armé en notre présence et de vous confier le soin de notre protection." .. le jeune soldat avait gardé ses yeux posés au sol de peur de se réveiller, alors que le Coms avait continué en relâchant un peu sa main : "Nous, Juliano Di Juliani, en temps que premier Comte du Béarn recevons votre serment. Soyez assuré en retour de notre Protection, de notre Justice et de notre Reconnaissance."

La jeune Lame qu'il était devenu, s'était relevée, croisant le regard noir du Coms qui lui avait adressé un franc sourire. Fierté de ce moment qui restait à jamais gravé en lui parmi tant d'autres. Hélas, appelée à tort par ses créateurs, le Corps d'élite de l'Ost, la Garde Comtale avait toujours suscité jalousies et critiques de l'ost. Depuis mars 57, il n'avait plus revêtu son uniforme, hormis une seule fois pour les allégeances au Coms Agnès de St Just, lorsqu'elle lui avait demandé, avec Ptit, d'être à ses côtés durant la cérémonie.

Lorsqu'il ouvrit les yeux son regard se posa sur quelques fleurs des champs à proximité du ponton, fleurs semblables à celle que lui avait donné la petite Angelle à son Domaine, avant qu'il ne reparte pour les joutes de Chaumont
: "C't'un porte bonheur pour toi. Puis chaque fois que tu la regarderas tu penseras à moi. T'as pas intérêt à la perdre Aime."
Il avait rangé soigneusement la fleur dans ses affaires, et avait rassuré la fillette qu'il n'avait pas besoin d'une fleur pour penser à elle.

Un regard vers la rivière qui descendait vers le lac en traversant le village et une pensée pour la blondinette aux yeux pervenches. L’après midi tirait déjà sur sa fin et il était temps de redescendre vers le village.



* rp ici

--Angelle a écrit:


[Champagne, Etampes sur Marne]


Quelque part, à quelques centaines de lieues d'ici, dans un domaine au milieu des vignes et des bois, une petite fille de six ans grattait un parchemin, alignant les mots et les phrases de façon appliquée, sous l'oeil bienveillant de Jeanne, la responsable des cuisines d'Etampes.


Citation :
Etampes, le 4 juillet


Aime,

Je vais pas écrir tro de bêtises parc'que Jeanne elle me surveille.
Maurin m'a dit tu allais venir bientot alors j'ai cueilli plein de fruits et de fleurs. J'espère que tu as toujours la fleur que je t'ai donné et que tu penses à moi, quand tu la regardes.

Moi je pense toujours à toi et j'aide Jeanne et même Gus, et puis Maurin m'apprend à soigner les chevaux comme ça je pourrai m'occuper d'Altaïr aussi.

Oublies pas tu dois m'apprendre à faire du cheval. Puis j'ai trouvé un nom pour le petit cheval en me rappelant de l'histoire que tu m'as racontée.
Je voulais l'appeler "caillou qui saute sur l'eau", mais c'est trop long alors Gus m'a dit de l'appeler "ricochet" parce que ça voulait dire ça.
Je peux dis ?

J'espère que tu diras à des princesses de venir et puis que la princesse avec les yeux verts que tu dis que c'est ta .. mm me rappelles plus... attends je demande à Jeanne... ah oui ta suze-reine, viendra encore me voir.

Je t'envoie plein des bisous qui volent comme les anges.

Angelle


Elle déposa un baiser sur le parchemin avant d'appeler Gustave, pour le lui donner, avec mille recommandations de bien le faire passer à Aimelin.

Guuussssssssssssss !

Alienor_vastel a écrit:
[Sainte-Ménéhould le même 4 juillet, manoir de la duchesse de Brienne]

"Le jour s'est levé
Sur cette étrange idée
La vie n'est qu'une journée
Et la mort qu'une nuit
La vie n'est ajournée
Que si la mort lui nuit"
J.L. Aubert - "Le jour s'est levé"



Un rayon de soleil s'immisçant dans la chambre à travers la croisée vint caresser le visage de la petite blonde endormie, l'éveillant à la journée nouvelle. Pervenches qui s'ouvrent doucement, avant de se refermer sous la lumière, puis d'apparaître à nouveau, fixant le plafond à solives. Le temps comme à chaque fois de reprendre pleine conscience de l'endroit où elle était. Autant elle pouvait être vive et alerte sitôt hors du lit, autant il lui fallait toujours quelques instants avant que son esprit ne sorte vraiment du sommeil et ne la situe ce matin-là dans cette chambre à Sainte-Ménéhould.

Quelques jours avaient passé depuis leur arrivée, depuis qu'elle avait fait connaissance de ce village empli de souvenirs pour Aimelin, et qui étrangement en éveillait d'autres chez la blonde adolescente. Jamais elle n'aurait imaginé cela alors qu'ils quittaient Troyes, peut-être une façon que le destin avait de la préparer à leur prochaine étape, Compiègne, et à ce qu'elle y devait faire.
Croisée à leur arrivée, la Duchesse de Brienne, amie du jeune homme et future suzeraine de la jeune fille, avait tenu à ce qu'ils logent dans le manoir qu'elle possédait à Sainte-Ménéhould, ce qui n'était pas pour déplaire à la blondinette, elle devait bien se l'avouer, le confort dont ils bénéficiaient alors étant largement supérieur à ce qu'ils auraient pu attendre dans une auberge.

Quelques jours, donc, durant lesquels Aliénor avait paressé, passant du temps au bord du lac, assise au pied d'un arbre à lire ou à somnoler, profitant de l'eau du lac pour s'y baigner et nager à l'abri des regards, ou encore faisant de longues promenades solitaires avec Etoile durant lesquelles cavalière et monture prenaient plaisir à galoper sur les sentiers qui entouraient le village, tandis qu'Aimelin passait le plus clair de son temps au moulin, voulant le remettre en état de marche. Ils se retrouvaient le soir, souvent en taverne, avant de profiter ensemble de leurs soirées et de leurs nuits.

Elle l'avait rejoint une fois au moulin, il le lui avait fait visiter, elle n'avait alors pas proposé de l'aider ; de toute façon, avec ses deux mains gauches le résultat aurait été catastrophique, si la nature l'avait dotée de quelques qualités -sisi, en cherchant bien, on lui en trouve- l'aisance à certains travaux manuels n'en faisait visiblement pas partie.
Peu de mots échangés ce jour-là, juste s'imprégner des lieux, porter un regard curieux et attentif sur les murs, les pièces qui avaient abrité un pan de la vie d'Aimelin ; sentiment étrange de se sentir à la fois visiteuse, presque intruse et pourtant à l'écoute de ces silences qu'elle entendait si fort. Ressentirait-il la même chose lorsque la situation serait inversée ?...

Et comme un coup dans le ventre qui lui coupa le souffle un instant lorsque ses pervenches avaient croisé la grosse meule servant à broyer le grain, souvenirs oubliés et qui resurgissaient. Son père aussi avait été meunier, il y a bien longtemps, à Compiègne, bien avant qu'il ne soit appelé à ces autres charges qui lui avaient fait délaisser son métier et l'avaient éloigné de sa famille. Souvenirs de l'enfant assise sagement sur un sac de grains et qui regardait son père oeuvrer, souvenirs enfouis tout au fond de sa mémoire et réveillés soudainement. Souvenirs du bruit de la meule qui tourne, de l'odeur des grains transformés en farine blanche et fine dans laquelle elle allait ensuite plonger les mains, de la vision de la poussière soulevée. Etrange comme la mémoire se joue du temps, Aliénor n'était alors âgée que de quelques années, et pourtant tous ses sens s'étaient brutalement réveillés à ces souvenirs.

Où était le moulin paternel d'ailleurs, elle était trop petite alors pour se souvenir de son emplacement. Elle ne l'avait pas cherché, lorsque plusieurs mois auparavant elle s'était rendue à Compiègne, en ayant même oublié jusqu'à son existence. En subsistait-il encore quelque chose, au demeurant ? Encore une raison de retourner sur les lieux de son enfance, sur les traces de ce passé dont certains passages ne lui revenaient que maintenant.

Les pervenches abandonnèrent le plafond, et la blondinette se tourna dans la couche, sourire amusé sur les lèvres en constatant qu'elle était la première éveillée. Elle se dressa sur un coude, posa un baiser léger comme le vol d'un papillon sur les lèvres de l'endormi à ses côtés, avant de se redresser et de se lever.
Récupérer la robe qu'elle portait la veille au soir, s'en vêtir rapidement et se glisser silencieusement dans le couloir afin de rejoindre les appartements contigus qui lui avaient été attribués, où elle se défit à nouveau du vêtement pour s'affairer à sa toilette. Une bassine remplie de l'eau d'un broc pour s'asperger, elle demanderait un baquet pour un bain plus tard, en revenant de sa baignade quotidienne dans le lac.
Regard qui se porte à travers la fenêtre, vers le lac justement. Il était étendu, elle était loin d'en connaître encore tous les recoins, mais elle avait déjà repéré quelques endroits tranquilles, et surtout discrets, depuis lesquels elle pouvait satisfaire à son plaisir de glisser dans l'eau sans contrainte.

Elle enroula un drap autour de son corps pour se sécher, en même temps qu'elle se dirigeait vers la grande malle posée contre un mur et qui contenait ses affaires. Hésitation quant au choix de la tenue, sa garde-robe s'étant quelque peu étoffée après une visite auprès d'un tisserand local qui lui avait confectionné quelques robes. Futilités peut-être, ou habitude résultant de son éducation à être convenablement vêtue.
Drap qui glisse sur le sol pavé, robe en soie indigo passée avant d'en lacer le corsage, cheveux brossés soigneusement et laissés libres pour l'instant. Un regard satisfait dans le petit miroir en étain, avant de quitter la chambre et de se diriger vers la salle où se prenaient les repas.

La grande table qui trônait au centre de la pièce regorgeait de victuailles, à croire qu'un régiment entier logeait ici, miches de pain sortant du four et dont l'odeur embaumait dans la pièce, gruau, fromages, oeufs, confitures, miel, boissons et un grand panier de fruits vers lequel la blondinette se dirigea pour en saisir une pêche. Assise tranquillement, elle entreprit de l'éplucher, regard songeur dirigé par instants vers la croisée à travers laquelle elle pouvait deviner le village, se demandant comment elle allait occuper sa journée.
Avant de reposer le fruit sur la table, et de lécher consciencieusement et un à un ses doigts sur lesquels le jus du fruit avait coulé.

Maltea a écrit:
[Il suffit d'une étincelle pour faire rejaillir les souvenirs...]

Le regard posé sur les clapotis irrégulier du lac émeraude, la jeune femme s'enfonçait doucement dans la vase des souvenirs.... l'eau sombre s'effaça lentement laissant place à des visages pour la plupart aujourd'hui disparus. Elle se souvenait de son arrivée en cette ville.... Elle venait de quitter Compiègne, un choix dicté par l'amour avant toute autre chose, laissant derrière elle ses amis, sa maison... et même son chien et son chat... pas de sa faute tout de même si elle ne les avait pas trouvé avant le grand départ! Le voyage s'était bien passé, hormis la fatigue due à sa grossesse avancée.... Xav était à ses côtés, elle avait fait l'effort de lui pardonner le pire affront qu'un homme puisse faire à une femme et pourtant... sans le savoir, elle signait ainsi la fin de leur relation...
L'accueil avait été des plus froid par certains habitants de la ville... Aimelin... A peine arrivés, qu'ils s'étaient entretués... et bien entendu la blonde qui avait déjà son caractère n'avait pas laissé cette querelle puéril s'éteindre, oh que non, elle l'avait attisée encore et encore, prenant un malin plaisir à le voir s'énerver mais surtout souffrir.... s'attaquant à celle qu'il aimait, la ridiculisant sans cesse... elle s'était imposée dans cette ville, se l'accaparant comme si elle avait toujours été sienne. Elle y avait rencontré Akias, nidiot comme elle l'appelait affectueusement... Wilus... avec qui elle avait échangé un baiser .... réponse au fait qu'elle était sans cesse blessée par l'homme qu'elle aimait, celui qui avait tant voulu l'enfant qu'elle portait en son sein et qui pourtant...
Et puis une rencontre vint remettre tout en question... Alors qu'elle bataillait une fois de plus sur la place de la mairie, joute verbale avec la mairesse sur la qualité de sa gestion, elle fut abordée par celui qui allait la faire succomber. Son regard sombre et profond, sa longue chevelure d'ébène... Scot Macmotor, frère du seigneur des Humbles qui avait mené ses hools jusque sur les chemins de l'exil après avoir du déposer les armes face au duché qu'ils avaient pourtant plus qu'ébranlé.... avant de s'éteindre. Il l'avait invitée en son château afin d'y discuter politique et lorsqu'elle avait senti son corps dans son dos, son souffle chaud sur sa nuque et ses mains se déposer sur sa poitrine, son monde s'était écroulé.... le venin de la vengeance s'était infiltré en son coeur et elle avait laissé libre cours à son désir pour cet inconnu.... puis elle était rentrée, s'était allongée aux côtés de son fiancé... satisfaite... et les scènes commencèrent, la jalousie qui les avaient détruit peu à peu prenait de plus en plus d'ampleur.... elle se détachait malgré l'amour qu'elle avait pour lui, jusqu'au jour où il la quitta pour celle qu'il épouserait quelque temps après, oubliant les serments et les promesses qu'il lui avait faites ainsi que ce petit garçon dont il était si fier. La fierté prit le pas sur les sentiments et la di Favara se ferma.... une foi de plus, s'oubliant dans le travail, mettant toute son énergie dans la mairie.... et elle réussit son pari.... elle qui avait tant été décriée, insultée avait enrichi la mairie et avait fini par avoir la reconnaissance de ceux qui étaient restés pour la voir tomber... Elle avait connu Coucouque, l'amitié avait fini par lier les deux jeunes femmes, ainsi que l'homme qu'elles se partageaient sans aucune jalousie et qui régnait en maitre sur son harem... et puis un jour.... alors qu'elle travaillait en son bureau de maire, un cadeau inattendu... geste qui se voulait dans un premier temps blessant mais qui prit avec humour avait finalement permis à Aimelin et elle de se découvrir et d'amorcer une liaison tumultueuse.... elle l'avait blessé et s'en était voulue... mais il savait à quoi s'en tenir, elle avait toujours été claire.... elle amorça une nouvelle période de libertinage, voguant de l'un à l'autre, sans remord, se durcissant au fil du temps et puis, les barrières qu'elle avait érigé tombèrent... Saint-Germain.... tout le mal qu'elle avait pu faire en brisant les hommes qui l'aimaient, lui revenait en pleine face.... larmes, crises, jalousie dévorante, il l'avait brisée.... lui laissant un souvenir grandissant dans ses entrailles.... pour s'en sortir, elle s'était une fois de plus donnée corps et âme dans son travail, c'est là qu'elle fit sa connaissance plus en profondeur.... lui le fils du bleu, le duc de Brienne tant détesté... la naissance d'une relation émergea.... mais son cœur était encore emprisonné par le vicomte, elle ne prit conscience de son amour que lorsqu'elle lui avoua l'avoir trompé... Chlodwig Von Frayner... son double, celui qui la comprenait parfaitement.... celui pour qui le mot torride avait été inventé.... et qu'elle avait pourtant réussi à écarter.... Richard qui jour après jour, à force de patience et de compréhension avait réussi à s'approprier son coeur mais aussi son âme.... et puis le néant .... la faucheuse s'était décidée de faire son ouvrage....
Une partie de sa vie défilait sur le miroir scintillant des eaux troubles du lac et c'est d'un geste qui se voulait rageur alors qu'il n'était emprunt que d'une infinie tristesse que la duchesse y mit un terme en y jetant un caillou qui brouilla les eaux.... c'était ça sa vie.... un enchainement de désillusions, de blessures qui paraissaient cicatrisées mais qui n'étaient que plaies béantes. Et depuis ces longues années, elle les cachait aux yeux de tous.... la fierté, il ne lui restait plus que ça.... mais ça aussi on voulait la lui ôter..... à chaque chute elle se relevait, bataillant comme une lionne protégeant ses petits, sauf cette fois.... si son honneur venait à disparaitre, elle ne lutterait plus... tout comme le caillou elle sombrerait dans les eaux profondes du lac pour y reposer pour l'éternité....

Se levant, elle prit la direction du manoir, son pied à terre au sein de cette ville qu'elle aimait mais qu'elle détestait aussi.... elle avait tout vécu dans cette ville, l'amitié, l'amour, le bonheur, la douleur, l'enfantement, la trahison, la mort... sa "mort".... le meurtre.... la charpente avait été construite ailleurs, mais la majorité des pierres façonnant l'édifice étaient d'ici.... ses pas la menaient sur le chemin sinueux d'un non retour... à moins d'un miracle, ses fantômes continueraient à la hanter jour après jour, nuit après nuit et ce pour l'éternité....


[hrp]Pour comprendre le personnage et les souvenirs, quelques rp et bien d'autres encore^^
Journal d'une cruche
A l'aube d'une vie
mariage
Chute de la maison Wagner
Quand le destin s'en mèle
[/hrp]

Aimelin a écrit:
[Sainte-Ménéhould le même 4 juillet, manoir de la duchesse de Brienne]


C'est comme quand on retombe un jour
Sur une photo ancienne
Le papier a un peu jauni
Mais les couleurs reviennent
Alors on fait les yeux fermés
Un retour en arrière


Un champ de fleurs que le vent fait danser doucement, faisant s'emmêler les couleurs et les formes comme une grande salle de bal que son souffle anime. Gardes cette fleur avec toi et quand tu seras triste tu penseras à moi"....

La neige a remplacé les fleurs, et fait crisser les pas enveloppant les bruits comme dans du coton. Il n'a pas entendu.
Des pleurs de nourrisson ont remplacé la petite voie enfantine... des cris... un course dans l'escalier et les yeux qui se ferment avant de laisser parler sa rage et sa haine...
non !
Il s'agite, murmure ... Morgane... semble se battre avec de vieux démons qui le hantent et tourmentent certaines de ces nuits... nooonnn ! ...

D'un bond il se redressa sur le lit, le souffle court, le front ruisselant de sueur, les yeux tournés vers la porte, emplis de cette terreur qui lui avait pris le ventre ce matin de janvier en montant les escaliers quatre à quatre. Ses yeux ne quittaient pas la porte comme s'il s'attendait à voir surgir un fantôme avant qu'il ne se calme lentement et tourne la tête de l'autre côté. Elle souriait en dormant... à quoi pouvait elle bien rêver.

Sans bruit il glissa à bas du lit et se dirigea vers l'une des grandes fenêtres qui donnait sur le parc et l'entrouvrit doucement laissant entrer un léger vent qui vint lui caresser le visage. Il ferma les yeux. Pourquoi ces cauchemars revenaient ils depuis qu'il était revenu au moulin. Il essayait de les chasser, il était presque certain d'arriver à les affronter mais ils revenaient traitres et sournois comme pour mieux se rappeler à lui. La nuit était calme, une de ces nuits de juillet où le ciel constellés d'étoiles formait un grand voile sur la nature comme pour en préserver jalousement la beauté. Il respira et laissa son regard partir au loin... juillet.. mois de sa naissance, mois de la disparition de sa blonde soldat... encore quelques jours. Ne pas y penser.

Il se retourna, resta appuyé quelques instants contre le rebord de la fenêtre, regardant Aliénor, avant de se décider à refermer pour retourner s'allonger sans bruit, face à elle, son regard ne quittant pas son visage, essayant de chasser les images qui parfois défilaient devant ses yeux. Celle de la petite Angelle le fit sourire en s'endormant.



"C'est comme quand on reste
Trop longtemps
A fixer le soleil
On ouvre les yeux doucement
Et les couleurs reviennent
Un peu plus belles"
(Fiori - Marseille)



Un rayon de soleil qui jouait à l’imprudent sur son visage le tira doucement de son sommeil, lui faisant ouvir un oeil, le temps de constater que la place était vide à côté de lui. Si son cauchemar l’avait fait se réveiller en sursaut dans la nuit, là c’était plutôt scène au ralenti, qui lui fit ouvrir les deux yeux finalement pour plus de commodité, et se redresser sur un coude laissant son regard faire le tour de la chambre. Son esprit était encore embrumé et préoccupé lorsqu’il se dirigea vers le baquet et la cruche d’eau. Toilette finie, braies et chemise claire enfilées, un geste machinal dans les cheveux pour les remettre en ordre et il sortit, non sans s’être assuré avoir dans la poche une petite fleur séchée qu’il avait enveloppé dans un petit sac de toile qu’il gardait toujours à proximité. Il salua les gens de maison qu’il croisait et dévala les escaliers en chantonnant.

Une hésitation et un regard sur la porte qui donnait sur l’extérieur et un autre vers celle de la grande salle et un petit sourire. Il était pratiquement sûr de trouver l’une des deux jeune femmes blondes dans la pièce. Quelques pas avant de s’arrêter dans l’embrasure de la porte en souriant, le temps de regarder amusé une gourmande en tête à tête avec un fruit.


ça a l’air bien délicieux

Et de s’avancer dans la pièce dans sa direction, de passer derriere elle en lui glissant un baiser dans le cou, de prendre la pêche posée devant elle et d’y mordre dedans tout en prenant place sur une chaise à ses côtés, avant de reposer le fruit devant elle, et de regarder Aliénor d’un air taquin.

délicieuse c’est vrai.
Bonjour damoiselle avez vous bien dormi ?


Puis de regarder autour d’eux.

Malt est déjà partie ou joue t elle les marmottes ?

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MessageSujet: Re: [RP ouvert] Même les fantômes meurent un jour    Mar 19 Juil - 0:55

Lylla a écrit:
[Sainte Ménéhould, un matin au bord du lac]

Le monde est pourtant pas si loin
On voit les lumières
Et la terre peut faire
Tous les bruits qu'elle veut
Y'a sûrement quelqu'un qui écoute
Là-haut dans l'univers
Peut-être tu demandes plus qu'il ne peut ?

(F. Cabrel - "La cabane du pêcheur")


Une légère brise courant sur la surface du lac faisait frissonner les eaux calmes sur lesquelles se posaient les rayons d'un soleil farceur qui s'amusaient des quelques petits nuages trainant encore dans l'azur en faisant par instant changer la couleur de l'onde.

Laissant la ville derrière elle, la blonde avait marchait quelques instants avant de trouver une large pierre plate que les eaux du lac venaient lécher dans un doux clapotis. Prenant place sur le siège improvisée, Lylla remonta à son habitude ses genoux sous son menton, les enlaça de ses bras avant d'y poser le menton, son regard s'en allant errer loin sur l'horizon.

Elle avait laissé derrière elle sa petite tribu confortablement installée dans un maison bourgeoise louée en ville. Thybalt et Louison veillant sur sa petite fleur champenoise. Il était rare qu'ils restent si longtemps dans la même ville et la petite profitait pleinement des bienfaits de cette dernière et de la fraicheur de son lac. Tout comme sa mère qui ce matin avait besoin d'un moment de repos, une sorte de recul nécessaire pour trouver la force de continuer encore, d'avancer envers et contre tout.

Alors que l'horizon se teintait de toute la palette de couleur digne d'un grand peintre, telle une aveugle à la beauté du jour, la champenoise était plongé dans son passé... Devant ses prunelles assombries défilaient les hommes qui avaient fait et défait sa vie.
Si certains s'en étaient allé comme le vent qui efface les pas sur le sable, d'autres l'avaient marqué de façon beaucoup plus profonde parfois avec la brutalité d'un lame s'enfonçant dans les chairs, d'autres à la façon d'un menuisier qui avec force et détermination façonne le bois tendre de la point de son couteau.

Les souvenirs s'enchainaient, maillons bien organisaient qui formaient la chaîne de sa vie, chacun avait son importance, tous avaient joué un rôle dans le déroulement de son existence, la conduisant vers la femme qu'elle était aujourd'hui. De Darkf qui l'avait éveillé à la vie, elle ne gardait que le médaillon qui reposait dans la vallée de ses seins, précieux gardien d'une mèche blonde, seul souvenir de leur fils. Kylian, cet enfant qu'elle se reprochait encore de n'avoir pu sauver, celui qui venait encore peupler ses nuits par la douceur de sa voix ou encore la douleur de son corps si froid entre ses bras. Le cœur d'une mère se remet il un jour de la perte de son enfant ? Non.... Elle pouvait l'affirmer aujourd'hui. Rien n'effaçait jamais cette douleur là.

De la pulpe de son pouce elle caressa instinctivement une des cicatrices qui barraient ses deux poignets, baiser mortel d'une lame qui n'avait toutefois pas atteint son but, ce qu'il lui arriver encore parfois de regretter.
Bien sur il y avait Capucine ! Bien sur depuis bien de l'eau avait coulé sous les ponts, mais les interrogations restaient malgré tout bien présentes à l'esprit de celle qui passait son temps à leur faire la sourde oreille. Et puis certain jour comme celui qui venait de se lever, elle se devait d'y faire face, de chercher des solutions qui jamais n'étaient les bonnes.

Elle devait bien se rendre à l'évidence, malgré tout l'amour qu'elle portait à sa petite fleur champenoise, Capucine était et resterait un bâtarde, rien ne pourrait jamais changer cela, même si cette évidence déchirait son cœur de mère, même si le premier qui oserais un jour élever la voix sur son enfant en répondrait devant elle par les armes, elle ne serait pas éternelle et ne pourrait pas toujours protéger la chair de sa chair.
Si Capucine était le fruit de l'amour, c'était aussi celui du secret, un secret bien lourd à porter et qui se devait d'user de nombre de mensonges et de subterfuges pour ne point porter ombrage et à l'enfant et à son père.
Un secret de polichinelle pour certains, mais qui permettait aux moins de sauvegarder les apparences et de protéger la fillette de la méchanceté abrupte du monde dans lequel elles évoluaient.

Ramassant un caillou à côté d'elle, Lylla l'envoya ricocher sur l'eau, froissant l'onde, créant à chaque fois de légères éclaboussures avant qu'il ne coule, comme elle finirait par le faire elle aussi un jour. Seule dans le matin calme, elle laissait tomber son masque, aucun sourire ne venant poindre au milieu de la tristesse qu'un intrus aurait pu lire sur son visage.
Avait elle commis une erreur ? Aurait elle du suivre Col et rompre ses promesses ? Celui à qui sa fille devait son prénom les auraient aimé toutes deux sans préjugé, sans distinction et aux yeux du monde entier. Il aurait fait d'elle une femme honnête et c'est avec fierté qu'elle aurait porté son nom.
Mais les choses s'étaient passé bien différemment, chacun avait finalement suivi une route différente, et elle n'avait plus aucune nouvelle depuis qu'ils avaient tout deux subit les foudres d'armée différentes. Seule une écharpe qu'elle gardait précieusement et une parenthèse de quinze jours réchauffaient encore ses nuits solitaires. Solitaire oui car malgré les rumeurs qui couraient sur son compte, c'est bel et bien seule qu'elle occupait sa couche. Il y avait bien longtemps que la séduisante, la charmeuse, n'usait plus de ses charmes. Domptée... on pouvait dire cela...

L'espoir de pouvoir mener un jour une vie normale s'étant envolé, la blonde était devenue d'une sagesse exemplaire et bien menteur aurait été celui qui se serait prétendu son amant. Seule comptait désormais l'avenir de sa petite princesse et jamais elle ne ferait quoique ce soit qui puisse lui porter le moindre préjudice.
Le lien qui l'unissait au père de l'enfant, restait le seul ancrage dans sa vie, sans lui elle serait parti avec Capucine depuis longtemps.

Partir.... Voilà ce qui l'avait emmené ici ce matin... Bientôt Capucine marcherait.... et après elle commencerait à poser des questions.... Pour sa propre protection, il faudrait alors à la mère se séparer de son enfant... Rien que cette pensée fit poindre de minuscules perles salines au bout de ses cils. Elle n'arrivait pas à envisager un seul instant la vie sans sa fille, jamais encore mère et enfant ne s'était séparés. La petite connaissait déjà toute la Champagne !
Se marier.... l'idée qui trottait dans la tête de Malt ces derniers temps pouvait elle être une solution ? Serait il possible de trouver un homme, noble de surcroit qui accepterait d'adopter et d'élever sa fille en échange d'épousailles ? C'était peut être une idée à creuser en fin de compte, au final entre deux maux, ne fallait il pas choisir le moindre ?......

Malt... Il allait falloir qu'elle discute avec elle.... Et puis avec lui aussi, elle été sa maîtresse et Capucine sa fille, cela le concernait aussi.

Et puis prendre cette plume aussi... peut être que si elle se décidait à écrire...

Quittant son observatoire, Lylla défroissa ses vêtements, repoussa une petite mèche frisotée qui avait quitté son chignon et pris la direction du manoir de sa suzeraine.

Alienor_vastel a écrit:
[Sainte-Ménéhould, 4 juillet - Manoir de la duchesse de Brienne]

"Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : " Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible"

Regard pensif sur la pêche devant elle, depuis qu'ils étaient à Sainte-Ménéhould, elle avait perdu le compte des jours, des heures même, chaque journée faisant suite à la précédente sans qu'elle ne les voit passer, occupée qu'elle était à ne rien faire. L'oisiveté est mère de tous les vices, dit-on, c'était surtout pour la blonde adolescente un mal nécessaire pour replonger en elle-même.

Sourcils froncés en signe de concentration, voyons, ils étaient arrivés le 26 juin, un peu plus d'une semaine s'était écoulée, on devait donc être aux environs du 5 juillet...
Visage qui blêmit d'un coup, souffle coupé. Le 5 juillet... une date qu'elle souhaitait oublier autant qu'elle ne voulait l'effacer de sa mémoire, tant les souvenirs qui y étaient liés l'obsédaient.



[Salle d'armes du château de Pomponne, le 5 juillet quelques années auparavant]

"Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !"

Un bruit métallique résonne le long des murs, qu'accompagne une voix enfantine Aïïïeeeuh ! La fillette blonde d'une dizaine d'année, vêtue d'une chemise de lin ocre et de braies de la même couleur, contemple dépitée la bâtarde qui vient de tomber sur le sol pavé. Le coup qu'elle vient de porter au mannequin d'entrainement, âpre et violent, s'est propagé dans ses mains, est remonté dans ses bras, lui faisant lâcher l'épée sous la douleur.
Soupir, et les mots de sa mère qui lui reviennent.
L'entrainement, Alie, l'entrainement, jusqu'à ce que les enchaînements deviennent des réflexes. Au coeur de la bataille, c'est cela qui peut faire la différence entre la vie et la mort. Le regard mordoré de la jeune femme s'était voilé, sa fille n'avait pas su alors que ses pensées s'étaient tournées vers Orléans, vers ces réflexes qui justement lui avaient manqué lorsqu'elle avait été grièvement blessée en tentant, au sein des armées royales, de reprendre la ville tenue par les bretons, perdant par là-même l'enfant qui grandissait en son sein. Ces évènements, Aliénor ne les apprendrait que plus tard, en lisant le journal que tenait quotidiennement la Dame de Pomponne ; mais à ce moment-là, ignorante de la blessure morale de sa mère, elle s'était contentée de s'approcher d'elle, et de lui déposer un baiser sur la joue, faisait revenir un pâle sourire sur les lèvres maternelles.

Un bruit de sabots dans la cour la détourne de ses pensées, et elle court vers la croisée. Peut-être est-ce maman qui revient ? Elle est partie une quinzaine de jours auparavant, pour Compiègne, expliquant simplement à la fillette qu'elle allait faire son devoir. Aliénor a eu beau tempêter, râler, bouder pour en savoir davantage, sa mère pouvait parfois se montrer aussi têtue qu'elle et elle n'avait rien su de plus.
Pervenches qui observent l'arrivant, un cavalier aux armes de Chelles. Et petite moue, sa mère lui manque, elle a hâte qu'elle revienne. A son retour, elle l'inscrira au Collège, elle le lui a promis, la demande sera appuyée par Pisan. Elle y continuera son instruction, et après, elle sera une Dame Blanche, comme maman.

Un sourire, elle aime bien les projets qui sont faits pour elle, les promesses qui lui sont faites pour son avenir. Et elle doit s'en montrer digne.
Regard qui revient vers la bâtarde au sol vers laquelle elle se dirige avant de la reprendre en mains. Cette épée que sa mère a fait forger pour qu'elle soit adaptée à sa taille et son âge, émoussée car servant aux entraînements. Quand elle sera plus grande, elle en aura une vraie, çà aussi, on le lui a promis !

Regard vers le mannequin, et mouvements qui s'enchaînent en même temps qu'elle les pense dans son esprit.
Médiane, passe avant, moulinet, rupture de la pointe à terre, je romps, j'invite et une-deux L'épée va frapper le mannequin, cri de joie de la fillette yeahh ! avant d'essuyer du revers de la main un peu de sueur qui perle sur son front, effort et chaleur de ce début d'été.

Un toussotement sur le pas de la porte, et froncement de sourcils de la fillette. Ysabault se tient dans l'embrasure, les yeux rougis comme si elle avait pleuré. Aurait-elle aidé Margaux en cuisine à éplucher des oignons, alors qu'en règle générale elle se contente de donner les consignes à la cuisinière ?
Sourire empli de fierté de la fillette, teinté d'un peu de bravade car elle sait combien la gouvernante désapprouve la décision de sa mère de lui apprendre les armes.


- Tu as vu Ysabault, j'ai réussi, maman sera contente de moi !
- Oui j'ai vu Aliénor... hésitation ... et justement, à propos de votre mère...
- Tu as eu de ses nouvelles, elle revient bientôt ? C'est qu'on a des choses à faire à son retour, il y a le jardin des simples à réaménager, elle m'a dit qu'elle me les apprendrait, et puis Grégoire a terminé de construire ma cabane dans le grand chêne, faut qu'elle la voit, et puis ...
- Aliénor, laissez-moi parler !!!

Pervenches qui plongent, intriguées, dans le regard de la gouvernante. Oh bien sûr, ce n'est pas la première fois qu'Ysabault hausse le ton, la fillette prenant un malin plaisir à la faire enrager, mais là, il y a quelque chose dans sa voix, dans ses yeux, qui la fait taire. Alors elle attend. Et le silence qui s'installe lui semble durer des heures avant que son vis-à-vis ne reprenne la parole.

- Aliénor, l'armée dans laquelle était votre mère a vaillamment combattu... mais face au nombre... Un messager vient de partir pour Paris afin d'informer votre père Nouveau silence alors qu'Aliénor tente tant bien que mal de s'imprégner des paroles prononcées, et que celles qui suivent le sont à voix plus basse, comme pour atténuer aussi la douleur infinie qu'elles vont causer. Elle a rejoint le soleil.

L'épée tombe à nouveau à terre sans que la fillette ne se soit rendue compte qu'elle avait desserré les doigts autour de la poignée, dans un bruit assourdissant qui emplit ses oreilles et s'étend à tout son être.
Elle réalise. Elle réalise que jamais plus elle ne sentira le parfum de sa mère, la caresse de ses cheveux quand elle la serre dans ses bras, jamais plus elle n'entendra sa voix.
Elle réalise que les promesses faites ne seront jamais tenues ; que son monde, que sa vie vient de s'écrouler soudainement, brutalement, définitivement.



[Retour au présent, Sainte-Ménéhould ce 4 juillet, manoir de la duchesse de Brienne]

"Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !"
C. Baudelaire - "L'Horloge"


Elle n'avait pas pleuré, sa douleur était au-delà des larmes. Elle avait appris à ne plus exprimer ses sentiments, affichant aux yeux du monde un air détaché qui pouvait la faire penser futile, frivole, égocentrique, mais qui surtout masquait sa rage et sa colère. Combien elle les avait détestés, elle pour être partie sans lui en expliquer les raisons, lui pour n'avoir su survivre à celle qu'il aimait. Haïs même, pour ces promesses non tenues, pour ces demains qui ne seraient jamais, avant de réussir à leur pardonner.
Décidant de profiter de chaque heure, chaque minute, chaque seconde que la vie lui offrait de peur qu'elle ne s'écroule à nouveau.
Aurait-elle préféré être à Compiègne maintenant, sur la tombe de ses parents ? Mais après tout, qu'importent les dates, la mémoire reste, et ces fantômes qui continuent de hanter jusqu'à ce qu'on réussisse à les accepter.

Une voix la tira de ses souvenirs, la faisant se tourner dans la direction d'où elle émanait. Sourire revenu sur les lèvres alors qu'elle suivait du regard le jeune homme qui s'approchait. Et pervenches faussement fâchées lorsqu'il s'empare du fruit tout juste épluché.


Heeyy ! soupir délicieuse si tu le dis, tu viens de la goûter avant moi !
Petit silence alors qu'elle se saisit à son tour de la pêche et y planta ses dents, avant d'enchaîner avec un sourire J'ai dormi comme un loir, oui. Il faut croire que l'air de Sainte-Ménéhould me réussit, ou alors ce sont mes longues baignades dans le lac.

Ce qui n'était visiblement pas son cas à lui, elle avait plusieurs fois ressenti ces dernières nuits qu'il s'agitait dans son sommeil. Cette nuit encore, dans cette somnolence entre plein endormissement et éveil, elle l'avait entendu murmurer des mots qu'elle n'avait pas compris, avant qu'elle ne plonge à nouveau dans l'engourdissement d'une profonde torpeur.
Hésitation à lui demander ce qui le tourmentait ainsi, attention détournée par sa question à laquelle elle répondit.


Non... pas encore vu la duchesse ce matin, juste croisé les gens de maison, donc je ne saurai te dire ce qu'il en est.
Hm... d'ailleurs, que dirais-tu d'un tour au lac aujourd'hui ? Ou alors une ballade à cheval ?
Sourire malicieux à se souvenir de cette course vers la forêt de Troyes qu'ils avaient faite quelques semaines plus tôt. Quelques semaines déjà, il lui semblait pourtant que c'était hier tant cette journée était profondément gravée dans sa mémoire, de tout ce que leurs regards et leurs silences avaient exprimés.
Elle ajouta d'une voix presque timide
Et si tu as besoin d'aide au moulin ...

Un silence durant lequel elle tendit la main pour attraper le broc empli d'une tisane fumante dont elle servit deux tasses avant de la reposer sur la table. Et de tourner ses pervenches pour les plonger dans les mirettes grises, posant la question qui la taraudait depuis qu'il lui avait demandé si elle avait bien dormi.

Ton sommeil n'a pas l'air très reposant, ni tes rêves sereins...

Une question sous la forme d'une observation, libre à lui de l'éluder s'il le souhaitait, elle ne le forcerait pas à répondre, elle ne l'avait jamais fait. Juste essayer de lire ses regards, ses non-dits, et qu'il sache qu'elle était là si besoin.

Aimelin a écrit:
[Sainte-Ménéhould le même 4 juillet, manoir de la duchesse de Brienne]

Prendre hier à deux mains
Comme on fouille au grand soir
Les souvenirs en coin
D'un vieux meuble à tiroirs
D'un secrétaire hanté
Par des verres et des vers
Descendus, griffonnés
D'un trait parfois sévère..."
(Maurane - Prendre hier à deux mains)



Regard amusé vers la blondinette tout en la regardant mordre dans la pêche à pleines dents. Etrange destin que les fruits que l’on aimait, mordait et engloutissait. Il laissa la pêche à son destin et l’abandonna du regard pour fixer les pervenches.

j’ai vu que tu dormais comme un ange.. petit rire ... un tant soit peu que tu en sois un bien entendu damoizelle.

S'il l’avait vu c’est qu’il ne dormait pas à cet instant et il ne préférait pas l’inquiéter peut être ne se rendait elle pas compte des cauchemars qu’il faisait et qui le réveillait en pleine nuit.
Un petit air rêveur en l’entendant lui parler de balade. Si depuis leur arrivée il avait remis un peu de vie au moulin en l’occupant en journée, refaisant tourner la meule et laissant entrer la vie à nouveau, il n'avait encore pu profiter totalement du lac et des bois tout autour de Sainte, et n'avait pas non plus beaucoup profiter de ces moments avec elle.


c’est une belle idée une balade à cheval ... petit air taquin... si tu ne triches pas bien sûr... il éclata de rire et regarda vers la porte tout en l’écoutant parler du moulin avant de suivre ses mouvements des yeux tandis qu’elle leur servait une tisane. Regard qu’il laissa posé sur la tasse un instant, l'air songeur en observant les volutes de fumées qui s'échappaient lentement et semblaient vouloir fuir pour profiter sans doute elles aussi de la fraîcheur du matin.

tu sais que tu viens au moulin quand tu veux, je ne veux pas t’y obliger, comme je n’oblige personne. C’est un endroit plein de souvenirs, parfois heureux et parfois tres durs, mais c’est mon passé et je ne veux pas qu’il empiète et prenne le pas sur le présent... et je ne veux l'imposer à personne.

Un sourire en se tournant vers elle ... ça me fait du bien que tu sois là. J’ai besoin de cette présence pour affronter tous ces fantômes.

Lui parler de cette nuit, il hésitait, mais elle semblait lire dans ses pensées ou peut être ne dormait elle pas si sereinement qu’il l'imaginait.

je fais des cauchemars où étrangement la scène du moulin ce maudit matin de janvier revient sans cesse. J’entends Morgane m’appeler alors qu’elle n’était qu’un bébé de quelques mois. Et puis je me vois courir dans l’escalier, croiser cet homme et son rire cruel, et lorsque j’arrive dans la chambre des jumeaux ils dorment paisiblement.

Un murmure... comme si tout ça n’avait été qu’un mauvais rêve... et pourtant...

Il laissa sa phrase en suspend et trempa ses lèvres dans le liquide chaud, l’air absent. Il ne savait même plus s'il lui avait raconté ce terrible matin où il s'était senti impuissant à empêcher l'irréparable. Il n'en parlait jamais, rares étaient celles et ceux qui connaissaient ce passage de sa vie... on ne peut pas remonter le temps et tout changer, sauf dans les rêves.

Le temps traçait le destin de chacun comme un chemin inéluctable, et il n’y avait pas d’autre choix que le suivre en essayant d’éviter un maximum les trous. Son regard resta quelques instants dans les pervenches d’Aliénor, l'une des raisons pour vivre et profiter du présent sans se poser de questions, une raison de plus.

Un visage souriant et une voix plus légère pour la rassurer.


nous pourrions aller balader à cheval au-dessus du moulin en suivant la rivière... petit air complice... il y aura sûrement quelques galets qui voudront tenter la traversée.

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MessageSujet: Re: [RP ouvert] Même les fantômes meurent un jour    Lun 25 Juil - 2:46

Alienor_vastel a écrit:
[Manoir de la duchesse de Brienne, le 4 juillet]

"Je sais qu'à trop se retourner
On tourne le dos au bonheur
Le reflet du visage déformé
Dans un lac de douleur"
Cali - "Je sais"



Un sourire qui masque une inquiétude. Ainsi il l'avait observée dans son sommeil, c'est donc qu'alors il était éveillé. Et vu qu'elle s'était levée la première ce matin-là, elle n'avait donc pas rêvé son sommeil agité qui devait donner lieu à des réveils en pleine nuit. Ne pas relever ce fait, simplement répondre sur le ton de la plaisanterie.

Hm, un ange... J'ai quelques doutes, d'ailleurs si ma tante avait plutôt tendance à m'appeler "petit démon", c'est bien qu'il y avait une raison.

Une raison simple au demeurant, son caractère qui la faisait souvent disparaître durant quelques heures, voire quelques jours, sans aucune explication. Sans même demander la permission au préalable, sachant que bien souvent elle lui serait refusée. Et ainsi elle pouvait arguer crânement du fait que, si elle n'avait pas prévenu qu'elle s'absentait ni d'où elle allait, du moins n'avait-elle pas désobéi. La différence était cependant minime aux yeux de sa tante, pour qui Aliénor était fantasque, irréfléchie, et n'en faisait qu'à sa tête sans penser aux conséquences de ses actions. Ce qui, à y bien songer, n'avait que peu changé, l'adolescente mettant juste un peu plus de réflexion parfois dans ses actes.

Et une lueur amusée qui traverse ses pervenches lorsqu'il s'arrête sur l'idée d'une chevauchée, avant de faire mine de s'offusquer à la petite pique qui suit.


Moi, tricher ? Tsss, pas mon genre, pas comme d'autres qui coupent à travers champs pour rejoindre plus vite la ligne d'arrivée !

Durant le silence qui suivit, elle le regarda se concentrer sur sa tasse avant qu'il n'évoque le moulin. Des lieux liés au passé, combien elle connaissait, combien elle comprenait. Et combien elle savait aussi que, si le passé détermine ce que nous sommes, l'on ne doit pas rester tourné vers lui, sous peine d'oublier de regarder le présent. Et un sourire en réponse au sien.

Tu sais bien que tu ne m'imposes ni ne m'obliges à rien Un petit rire qui se veut léger De toute façon, celui qui me ferait faire quelque chose contre mon gré n'est pas encore né.
Et je comprends ce que tu veux dire, c'est justement cette présence, cette main pour m'aider à traverser le courant qui m'ont manqué lorsque je suis revenue en Champagne. C'est pour ça que je n'ai pas pu faire tout ce que je devais, à Compiègne...
Une petite pause avant d'ajouter Et c'est pour ça que maintenant, je sais que je le pourrai

Avant de tendre la main pour la poser sur la sienne alors qu'il évoquait ses cauchemars qu'elle avait soupçonnés. Elle savait que Mayane et ses enfants avaient été tués, il le lui avait dit, mais jamais il n'en avait précisé les détails. Et à travers ses paroles, elle comprenait mieux maintenant l'appréhension qu'il avait en revenant au moulin. Ce n'était pas seulement le lieu des moments heureux, ce lieu où l'on ressentait à la fois l'absence mais aussi la présence de ceux qui sont partis. C'était aussi visiblement, si elle se fiait à ce qu'elle venait d'entendre, l'endroit où le drame qui avait marqué le jeune homme s'était déroulé.

Un nouveau silence alors qu'elle souffle sur le contenu de la tasse avant d'en boire une gorgée, et de la reposer, pervenches fixées un instant sur le contenu avant de revenir plonger dans les prunelles grises, pensives.


On ne peut pas revenir en arrière, non, malgré toute l'envie qu'on puisse en avoir. Seuls les rêves permettent de toucher du doigt ce qui aurait pu être, et encore, ce n'est que le fruit de notre imagination. On rêve ce qu'on aurait voulu connaître, vivre. Pas forcément ce qui aurait été.
Elle poursuivit à voix plus basse Dans les miens, il m'arrive de revenir à Pomponne, et ce cavalier qui arrive, ce n'est pas un messager de Chelles venant annoncer la mort de ma mère, mais ma mère elle-même. Mais n'aurait-elle pas trouvé un autre moyen de courir vers la mort, plus tard ?

Un haussement d'épaules, à quoi bon imaginer et refaire ce qui de toute façon n'avait pas été ?

Aimelin changea de sujet, semblait plus léger même si elle n'était pas dupe. Mais est-il besoin de parler lorsque l'on peut comprendre les silences car l'on ressent les mêmes choses.
Sourire revenu sur ses lèvres lorsqu'elle lui répondit.


Alors, s'il y a quelques galets à faire rebondir sur l'eau, je ne puis qu'être tentée, vous savez comment rendre attrayante votre proposition, Messire. Puis de regarder sa robe avec une petite moue. En revanche, ma tenue n'est pas vraiment ce qu'il y a de plus adapté pour chevaucher.
Je vais me changer, je te rejoins à l'écurie, promis je ne tarde pas... pas trop du moins, autant qu'une femme puisse le faire dès lors qu'il s'agit de vêtements,
et une lueur espiègle qui apparaît dans ses pervenches en même temps qu'elle se penche pour effleurer de ses lèvres celles du jeune homme surtout avec tous ces lacets !

Elle repoussa sa chaise et se leva, prenant au passage un morceau de pain dans lequel elle mordit en quittant la pièce.


[Un peu plus tard, dans l'écurie]

Il n'avait fallu que peu de temps à l'adolescente pour troquer sa robe contre sa tenue de monte, corsage et jupe ample de la même couleur que ses yeux. Compte tenu de la chaleur qui s'annonçait, elle avait pour une fois renoncé à laisser ses cheveux libres et les avait réunis en une longue tresse qui lui battait le dos alors qu'elle dévalait l'escalier quatre à quatre avant de sortir dans la cour et de se diriger vers les écuries.

Ecuries où elle put constater qu'Etoile avait été sellée. Un rire alors que la frisone s'ébrouait en la voyant approcher, et une caresse sur le chanfrein de la jument en même temps qu'elle se saisit des rênes. La blondinette vérifia machinalement les sangles du filet et de la selle, non qu'elle n'ait pas confiance, mais par habitude elle préférait s'assurer que tout était en ordre, comme un réflexe, avant de se hisser sur le dos de la jument. Et de se pencher vers les étrivières pour régler la hauteur des étriers, puis se redresser, se tournant vers Aimelin, sourire aux lèvres.


Et bien, à Troyes c'était moi qui te montrait le chemin, à toi maintenant de me servir de guide.

Aimelin a écrit:
[Sainte-Ménéhould le même 4 juillet, manoir de la duchesse de Brienne]


On m'avait dit que tout s'efface
Heureusement que le temps passe
J'aurai appris qu'il faut longtemps
Mais le temps passe, heureusement, heureusement.
(Cabrel - Je pense encore à toi)




Haussement de sourcils faussement étonné à l'allusion à leur petite chevauchée.

couper à travers champs ? j'aimerais bien connaitre les noms de ces manants qui osent faire de telles choses !
.. et d'insister d'un air faussement outré, en baissant la voix.. couper à travers champs mais quel culot, vraiment .. couper à travers champs..

Il leva le nez, retrouva son sérieux en l'écoutant évoquer Compiègne. Il avait des souvenirs aussi dans cette ville... des souvenirs de batailles, de cris et de sang, comme sur ce noeud de la mine avant Peronne où les premiers jours d'avril 56 les avaient vu combattre trois nuits d'affilée. Melissande avait été blessée, et puis après plus de dix jours, ils avaient enfin regagné Compiègne, et lui était retourné aider à l'Hospice. De jolis souvenirs parmi les autres.

Il posa ses mirettes grises sur elle.


je serai là pour t'aider à affronter ce passé. C'est important de lui faire face.
Je sais que dans quelques temps, je pourrai vivre avec ce passé plus sereinement, alors que j'ai chaque fois hésité à revenir au moulin, où même à Sainte.


Un regard sur sa main, baissant légèrement la voix.

oui tu as raison. On rêve ce qu'on aurait voulu connaître ou vivre, pas ce qui aurait forcément été.
On ne peut pas lutter contre le destin.. on peut juste lui faire faire quelques détours, le retarder un peu parfois, mais il nous rattrape toujours.


Un air espiègle pour répondre à son murmure lorsqu'elle effleure ses lèvres... beaucoup trop de lacets. Une balade à cheval leur ferait le plus grand bien à tous les deux. Les fantômes qui se glissaient dans leurs souvenirs n'avaient pas ce pouvoir de leur faire oublier ce présent qu'ils savouraient comme deux gamins qu'ils étaient.



[Un peu plus tard, dans l'écurie]


Le bruit de ses pas le fit se retourner alors qu'il finissait d'attacher la sangle retenant la selle sur Altaïr. Regard gris qui apprécia la tenue de la blondinette, assortie à ses yeux, et petit sourire complice en la voyant vérifier sa monture, comme il avait aussi la manie de le faire lorsque ça n'était pas lui qui préparait l'étalon. Il se hissa sur le dos de l'étalon tout en l'observant et répondit à son sourire lorsqu'elle fût prête.

entendu m'zelle, alors nous prenons la direction du moulin et puis nous longerons la rivière par sa sente qui part vers les bois.
Tu verras c'est très joli. Aller c'est parti.


Une légère pression des talons sur les flancs d'Altaïr pour le mettre en marche tranquillement aux côtés d'Etoile. Une fois sur le chemin il pourrait le laisser galoper à son aise, et un petit sourire s'afficha sur son visage en pensant à leur dernière course.

Le moulin était en vue, tandis qu'ils cheminaient tranquillement. Il jeta un regard à Aliénor avant de reporter à nouveau ses yeux au devant, et de parler d'un e voix assez basse, comme pour ne pas que ses souvenirs lui échappent.


c'était le premier matin de janvier, May et les enfants dormaient à l'étage, et j'étais en train de faire de la farine, la roue tournait, je chantonnais, je n'ai pas entendu les cavaliers dans la neige....*

Son visage s'assombrit légèrement tandis qu'il se souvenait

quand la porte donnant sur l'extérieur s'est ouverte et que j'ai vu entrer cette femme épée à la main, j'ai bondi sur mon épée posée non loin de moi. Nous nous sommes battus. Je ne comprenais pas ce qu'elle me voulait.
Puis j'ai entendu une voix de femme qui lui disait qu'ils repartaient... j'ai compris à ce moment là qu'elle n'était pas seule.
J'ai profité que je l'avais violemment mise au sol pour courir comme un fou vers les chambres.

Un homme en descendait, un poignard ensanglanté dans la main, ironisant sur les miens. Je me rappelle de son visage, de ce sourire cruel et d'une balafre qui barrait sa joue.


Il s'arrêta quelques secondes, hésitant, avant de continuer.

lorsque je suis arrivé dans la chambre, je pensais que May dormait. Et puis j'ai vu ce sang.
Elle et les enfants avaient été égorgés.

J'ai senti une force remplie de haine qui me poussait à poursuivre l'homme. Je l'ai rattrapé avant qu'il ne sorte, l'ai obligé à me faire face.
Je voulais qu'il voit le visage de celui qui allait le tuer.
Mon épée s'est repue de son sang. J'étais comme possédé... je n'ai jamais pris autant de plaisir à tuer un homme, à le voir me regarder hébété pendant qu'il mourrait sous mes yeux.


Il tourna son regard vers elle tandis qu'ils dépassaient le moulin pour suivre le chemin longeant la rivière sur leur gauche.

c'est cette scène de ce matin que je revois en rêve depuis que nous sommes ici. Elle m'obsède.

Et puis Sosso est arrivée. May et les jumeaux reposent au cimetière du village avec une croix gravée de trois étoiles et leurs initiales. J'ai passé une nuit entière à la façonner moi même dans la forge de Farell.
J'ai façonné la même croix plus petite que j'ai plantée à côté de cet arbre au banc de pierre, pour les avoir avec moi, au moulin.




*RP ici

Alienor_vastel a écrit:
[Sur les sentiers autour de Sainte-Ménéhould]

"Parle-moi des journées de pluie
Parle-moi de ce qui fait ta vie
Parle-moi des milliers de cris
Qui hantent ton corps et te meurtrissent
Parle-moi petit à petit
Parle-moi encore quand tout se dit"
Nadiya - "Parle-moi"



La direction du moulin puis longer la rivière vers les bois, c'était enregistré. De ses quelques chevauchées en solitaire autour de Sainte-Ménéhould, Aliénor situait à peu près l'itinéraire, mais elle appréciait encore plus cette fois le faire en compagnie d'Aimelin. Parce que même si leurs soirées et leurs nuits leur permettaient de passer du temps ensemble, ils ne s'éloignaient jamais du village, profitant des rencontres en taverne, du lac ou encore du manoir où ils logeaient.
Alors qu'ils étaient à Troyes, ils avaient plaisir à chevaucher ensemble et n'avaient pas encore eu l'occasion de le faire ici. Lacune qui allait ainsi être corrigée. Et c'est donc avec plaisir que la blondinette talonna à son tour sa jument, la menant à la hauteur du jeune homme et d'Altaïr.

Sortant de l'écurie, la clarté du soleil lui fit cligner les yeux avant qu'elle ne s'habitue à la luminosité, et un sourire, la journée serait belle une fois de plus. Qui sait si l'envie ne leur viendrait pas de mettre les pieds dans l'eau, puisque rivière il y aurait, après tout ça la changerait de celle du lac.

Ils traversèrent le village sur un rythme tranquille, avant d'aborder le sentier des Prés. Peu à peu, le moulin s'annonça à leur vue, et Aliénor tourna son visage vers Aimelin, croisant son regard avant qu'il ne le détourne

Et la voix du jeune homme, si basse qu'elle devait tendre l'oreille pour ne pas qu'elle soit couverte par le bruit des sabots. La petite blonde continuait de le regarder alors qu'il parlait, faisant confiance à sa frisone pour les garder sur le chemin ; le visage grave, écoutant attentivement ce qu'il disait. Il avait commencé à s'ouvrir à elle peu avant, au déjeuner, elle prenait maintenant la pleine mesure de ce qu'il avait vécu et pu ressentir ce matin-là, alors qu'il se tournait vers elle à nouveau.

Elle ne pouvait qu'imaginer, et comprendre. Comprendre que ces terribles images gravées dans sa mémoire lui revenaient alors qu'il avait retrouvé les lieux où elles s'étaient déroulées. Comprendre ses cauchemars qui lui faisaient revivre la mort brutale et injuste de ceux qu'il avait aimés. Comprendre aussi combien il pouvait être difficile de revivre ça et de lutter pour enfin trouver la paix.

Elle laissa passer un silence après qu'il se soit tu. Que pouvait-elle dire ? "Je suis désolée" ? Mais c'est une phrase que l'on dit justement lorsque l'on ne trouve rien d'autre à dire.
Et que pouvait-elle faire pour l'aider à retrouver la sérénité, pour faire face à ce passé ? Il n'y avait que lui qui pouvait affronter ces images, pour les avoir vécues. Mais en parler, c'était déjà un pas. Elle ne lui avait pas posé de questions, avait attendu qu'il parle, qu'il arrive à mettre des mots sur ces faits, les partager pour qu'ils semblent moins lourds à porter seul sans s'en sentir obligé. Mais elle pouvait l'écouter. Et comprendre.

Parce que rien n'est pire que de garder pour soi la violence des sentiments, ça en revanche elle le savait, de la colère et de la rage qu'elle avait éprouvés à la mort de ses parents, et qui l'avaient longtemps rongée et empêchée de vivre sereinement jusqu'à ce qu'elle ne réussisse à les exprimer.

Alors, juste un hochement de tête pour lui exprimer qu'elle l'écoutait, et qu'elle comprenait.
Avant de se retourner sur sa selle pour regarder le moulin derrière eux alors qu'ils s'engageaient sur le chemin sur leur gauche, puis de porter à nouveau ses pervenches vers le jeune homme.


C'est étrange comme les lieux portent en eux la mémoire de ce qu'ils ont vu, sans que personne d'autre que ceux qui y étaient ne le sache. Un petit silence avant de continuer Compiègne ne garde pas de stigmates des guerres qui y ont eu lieu, hormis dans la mémoire de ceux qui les ont vécues. Mais les murs n'en portent pas de traces, et les habitants actuels, ceux qui sont arrivés après, ignorent même jusqu'à ce qui a pu s'y dérouler. La ville est si paisible, les cris ne résonnent que dans la mémoire de ceux qui y étaient, les horreurs, le sang, tout cela ne défile devant les yeux que de ceux qui ont combattu ou tout le moins vécu cette époque.
Quand je passais près de la porte de la Chapelle, la nuit, je revoyais cette bataille, la première attaque des bourrins sur la ville, alors que Lily m'emmenait loin de tout ça. J'entendais les clameurs, le bruit des armes, comme si j'y étais à nouveau. Et pourtant, tout est calme maintenant.
Et un murmure, un souhait Peut-être que le calme des lieux peut un jour déboucher sur celui des âmes...

Et un sourire alors qu'ils approchaient de la rivière. C'est comme cette rivière, elle semble si paisible aujourd'hui, sans doute s'est-elle mise en colère un jour, sans doute est-elle déjà sortie de son lit. Mais de la voir ainsi, avec son flot qui coule doucement, tranquillement, c'est si apaisant.

Aimelin a écrit:
[Juillet, le moulin, quelques jours après]

"Tout le long, le long de ta rivière
Il y aura, cailloux blancs, cailloux gris
De l'eau bleue, de l'eau pure, de l'eau claire
Mais aussi l'eau brouillée par la pluie..."
(J. Lapointe - La rivière)


Le regard gris pétillait en découvrant les mots couchés sur le parchemin qu'il venait de dérouler et qu'il avait trouvé le matin même sur la selle d'Altaïr. Assis sur le ponton qui séparait la rivière et la petite marre qui s'était creusée naturellement au fil du temps, il souriait. Un regard sur le cailloux lisse et tiède posé à côté de lui et une petite moue amusée laissant ses yeux revenir parcourir la missive. "... un caillou comme ceux que nous avions fait voler en cette journée d'avril...".

Son regard se dirigea vers l'eau qui courait. Franchir la rive, braver le courant et se poser de l'autre côté, à l'abri. La rivière. Si elle pouvait parler combien d'histoires raconterait elle. Les paroles d'Aliénor lui revinrent en mémoire :
" C'est comme cette rivière, elle semble si paisible aujourd'hui, sans doute s'est-elle mise en colère un jour, sans doute est-elle déjà sortie de son lit. "

Il était comme cette cette rivière lui aussi. Des colères il en avait eu qui l'avait fait sortir de son lit, même si aujourd'hui il était en partie apaisé après avoir vécu, tourmenté et changeant au fil des mois et des années. L'été cinquante sept lui avait donné son lot de colère et désillusions dans ce comté du sud du royaume. L'eau qui voyageait devant ses yeux lui apporta tout un flot d'images.


-- Retour arrière, juillet 57, le Béarn. --

" Il y aura des îles avec des plages
A côté, des torrents de malheurs
Des rapides et des quais de passage
Où on laisse des morceaux de son coeur"


Un sourire en regardant la rose et le petit parchemin qui l'enveloppait et qu'il déroule. Le neuf juillet, un jour comme un autre, pourtant cette rose embellit sa journée. Dance, elle n'a pas oublié ce jour où une année de plus vient s'ajouter à la liste de celles que le jeune ébouriffé a vécu... dix neuf aujourd'hui. Envolées les tourments lorsqu'il pense à cette maudite soirée de fin janvier où sa fiancée l'a trahi ouvertement en taverne. Aujourd'hui après bien des mois, elle se pose enfin en amie au fond de son coeur et il se sent serein.

Mais une autre haine a pris la place. Une haine qui le dévore et qu'il essaie de chasser depuis le mois de mai. Ce commandant ost, petit seigneur irrespectueux, vulgaire et imbu de sa personne, et son fidèle lieutenant, catin de bas étage servant son maître, deux soldats à l'âme plus noire que n'importe quelle oubliette du casteth de Pau. Mensonges, diffamations, provocations... le lot du jeune gars. Une discussion de fin juillet le décide. Cette haine dans son ventre, il doit l'évacuer. Un accord, et son nom finit au milieu d'autres sur un parchemin présenté en place publique de Pau.

Nous sommes le 1er août 1457.

Refus des négociations, il intègre l'armée Vae Victis aux portes de la ville de Lourdes*. Armée composée d'hommes et de femmes qui veulent la démission du coms. Se battre il n'en a jamais été question dans ces discussions. Mais fidèle à ses idéaux que sont la liberté et la justice, il se battra pour donner aux béarnais ce qui leur est dû, le respect. Ce respect que la comtesse a oublié dès l’instant de son intronisation. Ce respect qui permet de vivre en harmonie entre frères.

Ont ils tort ou raison…

Anneau gravé de son prénom qu'il donne à Dance, caporal de l'ost dans l'armée opposée. Un baiser volé, une promesse de se retrouver. Mais le lendemain les deux frères co-généraux disparaissent dans la nature, et Aimelin se retrouve aux côtés de Madg co générale, qu'il conseille du mieux qu'il peut pour éviter que le sang ne coule. Chef de section et logisticien, il veille sur ceux dont il est responsable.
Pour essayer d'arrêter tout ça, il écrit à la comtesse lui demandant de venir, ce qu'elle fait après bien des échanges courrier où ni l'un ni l'autre ne cèdent. Il reçoit aussi missive de Monseigneur Navigius, Grand Aumônier de France, désireux de les aider à trouver le chemin de la paix.

Mais les discussions avec le coms sont interrompues, le 6 août, sans se soucier de la comtesse présente dans le camp de Vae, faisant fi de ses ordres, l'armée face à eux lance l'attaque.



-- Lourdes le jeudi 6 août 57, Vae Victis, première bataille. --

"... Tout le long, le long de ta rivière
Il y aura, cailloux blancs, cailloux gris
De l'eau calme, de l'eau douce, de l'eau fraîche
Mais aussi l'eau noire comme la nuit..."


Se battre contre des béarnais, contre des amis peut être. Comment arrêter cette folie. Il ne veut pas n'a jamais voulu tout ça. Utopie de penser que l'ont peut changer les choses parce qu'on le désire ardemment et qu'on les pense justes. Lui qui s'est battu pour son Roy en Champagne, voila qu'il se bat contre son peuple pour défendre sa propre vie.

Le premier soldat qui lui fonce dessus évite sa lame qu'il a abaissé et dont le bruit le rassure ... il préfère le bruit des fers qui se croisent que celui qui pénètre les chairs. Est ce la fatigue de cette journée où son épée qui pèse le poids. Son bras est lourd comme s'il refusait de lever cette épée qui s'abattrait implacable sur celui ou celle qui en voudrait à sa vie. Un autre choc des cris à côté mais pas le temps de tourner la tête il faut éviter ce soldat qui lui fonce dessus. Le bouclier de Lily se place entre lui et la lame qui le frappe avec force. Il grimace et frappe de son autre bras. Bruits des épées, les cris de rage quand Aimelin projette son ennemi au sol sauvagement. Survivre il le leur a promis.

Où est elle. Ses yeux fixent devant lui le moindre assaillant. La blondeur le frappera il ne pourra pas la manquer, il ne pourra pas lever son épée s'il la voit.. Mais pas le temps de distinguer, il ne voit que des ombres, des silhouettes des armes qui volent. Un autre cri non loin de lui pendant qu'il se retrouve un peu à l'écart. Eviter cette lame qui lui frôle le bras pour aller se planter dans la terre. Il grimace, recule, le fracas assourdissant des armes qui s'entrechoquent. Il croit entendre crier son nom et il se retourne pour voir ses compagnons se battre, et il la voit, elle, son amie Ptit, à quelques pas de lui, elle ne bouge pas, se tient debout face à une amie. Son regard se pose sur ses mains et il hurle en se précipitant sur elle.

Elle tombe au sol et il tombe agenouillé à ses côtés, l'appelle, la prend dans ses bras en lui disant qu'elle ne va pas partir, qu'elle ne va pas les laisser, elle n'a pas le droit, ce n'est pas l'heure elle a encore tant de choses à faire.

La nuit est déjà avancée lorsqu'il s'écroule sur sa paillasse, les yeux fixés sur la toile de tente au-dessus de lui. Des larmes ont coulé, les retenir devant les autres, par fierté, par pudeur, pour ne pas montrer ses faiblesses. Mais comment ne pas les montrer quand son amie gît entre la vie et la mort. Lutter contre la mort après avoir lutté pour sauver sa vie. Dotch lui a promis de veiller sur elle et a obligé le jeune béarnais à prendre du repos.

Il serre l'anneau au creux de sa main, si fort, que la marque se dessine sur sa paume. Crois en toi, crois en celui qui veille sur nous, et tu auras la force de continuer ton combat. Dieu qu'il est fatigué. Son corps entier le fait souffrir tant il le malmène depuis des jours. Il doit dormir et prendre quelques forces pour être devant ses hommes. Par chance aujourd'hui aucun n'a été blessé. En sera-t-il de même le lendemain.



* rp ici

Aimelin a écrit:
Retour arrière, Béarn, août 1457, Vae Victis.

"... Des amours, des cascades en lumière
Des enfants qui rient des ronds dans l'eau
Loin des chutes, des remous en colère
Qui nous font des larmes au fil de l'eau..."



-- Lourdes le Vendredi 7 août, deuxième bataille --

L'anneau tourne doucement entre ses doigts. Des pigeons qui arrivent sans cesse, certains empreints de reproches, où l'incompréhension mélangeait les mots et les sentiments, d'autres d'encouragement, de soutien, d'autres de prières de laisser la mort pour revenir vers la vie. Mais comment pourrait il partir de l'armée félonne et abandonner Madg à qui il a promis soutien et fidélité sans ressentir cette lâcheté qu'il déteste. Il n'est pas de ces girouettes sur lesquelles souffle le vent et qui les font tourner et virevolter sans arrêt changeant la direction de leur regard et de leur souffle. Il est homme de parole et jamais il n'abandonne, jamais il n'a laissé quelqu'un par manque de courage. Seules ses convictions le guident.

Dans tout ce qu'il lit une missive venue de Pau, le secoue... le mal qu'il lui avait fait quand elle avait lu son nom sur ce parchemin affiché. Il a essayé d'expliquer mais les mots ont du mal. La fatigue, la colère de la journée, l'angoisse qui prend le ventre et le fait tordre en deux, embrouille sa plume. Il sait ce qu'il se passe dans sa tête, il sait la comparaison qu'elle fait, ne doit pas comprendre que lui, droit et juste, se bat dans le camp ennemi. Pourtant s'il souhaite qu'une femme comprenne son geste c'est elle, Quasi. Que pensent aussi ses autres amies, perdues peu à peu de vue au long de sa souffrance, mais qui ne quittent pas pour autant ses pensées. Sans doute guère du bien. Ne jamais renier son passé ni ceux ou celles qui en ont fait partie. La distance s'installe, les souvenirs restent. Il ne pourra pas leur dire.

Ses pensées repartent encore en Champagne, l'Armée des morts vivants. Serait il sans cesse poursuivi par des fantômes qui font ressortir en lui son côté le plus dur et le plus borné.

S'il devait mourir sur le champ de bataille il aurait au moins la fierté d'être allé au bout de ses convictions, au bout de ses rêves de liberté et de justice. Mieux vaut mourir d'avoir voulu croire en ses idéaux, que de s'être laissé mener en laisse.


- ils ont lancé la charge !! ils arrivent sur nous !!

La réalité reprend sa place. Il replace l'anneau dans son ceinturon, lève les yeux vers l'armée qui fond sur eux dans un nuage de poussière. Le coeur qui s'accélère. Il relève son bouclier, son épée bien en main qu'il lève vers le ciel, avant de commander à sa section.

- bouclier en avant et ne frappez que pour vous défendre ! Qu'aristote vous protège !

Si l'on pouvait lire dans le gris de ces yeux on y lirait l'incompréhension. Encore devoir les affronter, encore devoir prendre le risque de tuer l'un de ses amis. Un regard vers Madg avant de n'avoir d'yeux que pour le danger qui s'approche à grands pas.

Lever son bouclier, parer les coups d'épées qui fusent, les lames qui passent si près de son visage, et celle qui effleure sa cuisse mais continue sa course quand Aime repousse son agresseur d'un coup de bouclier. Une douleur à l'épaule quand une lame vient le mordre pour laisser juste un petit sillon histoire de lui rappeler cette bataille.
Se retourner brutalement, parer une attaque qui arrive de derrière, faire croiser le fer, donner tout ce qu'il a pour rester en vie. Les dents serrés, le regard fixé sur chaque visage qu'il a en face de lui, essayant de deviner les regards sous les casques de certains. Pas elle Aristote, je vous en conjure pas elle. Comme il déteste se battre contre les siens.

Ce soldat est costaud et il doit mettre toute sa force, tout son désespoir pour le repousser violemment, parant ses coups, ripostant, tenant son épée si fermement qu'il a l'impression qu'elle s'est incrustée en lui. Personne ne la lui enlèvera comme personne ne lui enlèvera sa vie. Se retourner encore aux cris qui fusent derrière lui, faire face à ce soldat qui lui fonce dessus, épée levée... il lève la sienne prêt à parer encore une fois le coup qui veut le mettre à terre.

Un coup dans le dos le projette au sol où il tombe face contre sol, son front qui cogne brutalement... puis le noir.....

La chaleur, et un sentiment d'étouffer lui font ouvrir les yeux. La sueur et la terre lui ont marqué le visage. Que s'est il passé. Il se sent immobilisé par un poids sur lui, essaie de bouger pour faire glisser ce poids sur le côté, regarde l'homme allongé sur le dos, reste pétrifié devant le visage couvert de terre et de sang.
.. Orantes... son compagnon de section... son ami. Il approche son visage du sien, pose ses doigts à son cou, là ou l'on sent la vie battre ou se taire. Elle bat doucement il vit. L'éloigner, l'emporter comme il l'a fait pour Ptit.

Il se relève et s'agenouille. Tout autour d'eux des hommes et des femmes cherchent les blessés, les morts, cherchent les visages connus.

Sa section, où est elle ? Et Madg ? Il regarde sa main qu'il a posé sur Orantes et voit tout ce sang à nouveau. Son regard se pose sur le corps à côté... Louliane ! elle aussi git sur le sol, couverte de sang. Même réflexe, il va s'agenouiller pres d'elle, essaie de sentir ce petit signe de vie. Il n'y arrive pas, ne l'entend pas. Il leur faut amener leurs deux compagnons à l'infirmerie au plus vite. Il se relève hébété. Son ami a-t il voulu le protéger, est ce lui qui l'a forcé à s'écarter pour prendre le coup. Regard vers le reste de sa section.


je vais m'occuper d'Orantes, portez doucement Louliane et suivez moi il nous faut les sortir de là.

Même spectacle désolant après chaque combat. Celui-ci a été d'une violence inouïe. Les soldats adverses ont mis toute leur hargne à les décimer.

.......

Le jeune seigneur d'Etampes abandonna le cour de l'eau pour poser son regard sur le caillou d'Aliénor. Qu'est devenu son ami Orantes, il le sait en Bourgogne. Depuis Vae, certains sont morts ou disparus, d'autres ont repris leur vie après avoir payé leurs bêtises. L'eau court comme le temps qui passe, implacable, bousculant tout sur son passage, se frayant parfois un petit coin tranquille où elle restera, moins agitée comme dans cette petite marre.
Pourquoi penser à Vae, fantôme du passé qui revient à la charge ? Comme cette dernière bataille, ce baroud d'honneur.

Aimelin a écrit:
[-- Sur les collines béarnaises, dimanche 9 août 57 - baroud d'honneur --]

"Prendre hier à deux mains
Comme on secoue ses livres
Pour qu'il pleuve un refrain,
Un mot, .... l'envie de vivre"
(Maurane - Prendre hier à deux mains)



Ses amis sont à l'abri dans la tente d'infirmerie où les médecins s'affairent, dame Melian, et Dotch, son amie la Duchesse de St Forentin, ce qui le rassure un peu. C'est une femme droite, avec qui il a travaillé lorsqu'il était connétable et elle Cac... une femme de valeur comme il les aime, comme le sont ses amies. Il lui a promis de revenir entier.

Bientôt l'armée les balaiera, comme ce vent qui souffle sur la campagne et balaie doucement les quelques herbes rebelles qui osent encore se dresser face à lui. C'est comme si le temps s'était arrêté, ils attendent, le regard rivé sur la poussière que soulève l'armée qui se dirige droit sur eux. Aime lance un coup d'oeil à ses compagnons de combats, un sourire fatigué sur les lèvres. Madg sort sa dague. Ils sont quatre... nombre dérisoire face à l'armée qui fond sur eux, bataille inégale sans aucune chance, mais aucun n'a voulu fuir. Fidèles et loyaux, peu lui importe de tomber sur le champ de bataille pour ses idéaux, il aura été jusqu'au bout. Son regard se pose sur un compagnon qui s'agenouille pour prier.

Lui n'arrive plus à prier, Aristote ne l'entend pas sinon il aurait empêché que le sang ne coule.

La peur refait surface, la dépasser, lutter contre elle comme à chaque fois. Combattre sans peur c'est aller à la mort. Elle s'est terrée en lui le temps de lui donner ce répit dans lequel il a puisé tout son courage pour se tenir debout, épée en main, bouclier assuré contre lui pour défendre chèrement sa vie. Il sent les battements de son coeur s'accélérer, il ferme les yeux essaie de le calmer. Les soldats en face sont des soldats aguerris et Aime le sait, ils ne feront pas de cadeau. Est Elle encore au milieu d'eux... sans doute, il ne l'a pas vu à l'infirmerie.


Ils arrivent ... un murmure... Est ce la mort qui s'approche de lui si vite. Il peut en sentir le souffle. Sa main se serre sur le pommeau de son épée.

Cent fois il a imaginé ce moment, ce qu'il voudrait faire ou dire à ceux qu'il aime. Cent fois il s'est dit qu'il ne mourrait pas, mais là..... ils sont si nombreux. Ses pensées vont vers l'anneau, ils se sont promis... il ne pourra pas tenir sa promesse, il aurait tant voulu.
Le bruit des chevaux, des armes, se rapproche, ses mains se crispent, son regard gris se fait dur. La peur s'est figée pour ne laisser place qu'à son courage et sa rage de tenir debout jusqu'au bout.


Per lo Béarn !

Les seuls mots qui s'échappent quand il voit trois soldats lui tomber dessus. Son bouclier pare les coups, son épée rejette celles qui se lèvent sur lui. Il recule frappe à nouveau. Il se retourne et se trouve face à un homme croisé en taverne de Lourdes. Il est armé d'un bâton et en une fraction de seconde Aime le voit et l'envoie rouler à terre d'un violent coup de bouclier ; jamais il ne lèvera son épée contre un bâton.

Une douleur à la cuisse droite quand une lame le déchire, le fait se retourner à nouveau face à l'homme qui l'a frappé. La douleur est insoutenable mais il ne doit pas lacher son épée, il serre les dents, pare le coup suivant avec force, enjambant rapidement un homme à terre pour se rapprocher de Madg, aux prises avec un groupe de soldats. Mais un autre homme lui fait face et lève son épée, il avance son pied gauche et se campe solidement pour parer le coup. Ses forces l'abandonnent. Trois contre un, il ne va plus tenir longtemps.
Il doit aider Madg. Il fonce sur son agresseur pour le bousculer et changer de côté pour apercevoir la jeune femme. Son souffle s'accélère quand il la voit tomber. La rage le prend il n'a de cesse de parer les coups qui l'épuisent, non loin un autre tombe aussi.


Dans un cri de rage, repoussant l'épée ennemie qui s'acharne, il repart vers Madg et se retourne pour voir à nouveau l'épée s'abattre sur lui. Instinct de survie, il lève son bras gauche et le bouclier de Lily se place devant son visage. Le choc est d'une rare violence, son bras lui fait mal quand le bouclier explose sous la violence du coup, un autre cri de rage mêlé à la douleur quand la lame entaille son épaule gauche. Il n'a plus rien, il est à bout de force, et quand il tente de lever son épée pour parer le coup suivant il est trop tard. Une grimace déforme son visage quand il sent la lame se planter dans sa chair, labourant son flanc droit. Il va mourir, il en est persuadé, son corps n'est que douleur.

Il tombe à genoux le souffle coupé, lâche son épée, porte sa main gauche à son ceinturon, sur la poche dans laquelle se trouve l'anneau. Tout chavire autour de lui, les bruits s'estompent en un formidable brouhaha qui fait exploser sa tête mais il reconnait cette voix qui se rapproche.


Aimelin ... Aimelin ... AIMELIN !!

Il attend un autre coup qui l'achèvera, tourne son visage vers Madg couchée sur le sol... la protéger encore... il se laisse tomber à moitié sur elle, son bras droit tombant doucement de l'autre côté de la jeune femme. Tout se brouille.

Est ce ainsi lorsque l'on meurt ? Des visages qui défilent, une main qui tient l'autre anneau... son sourire. Il lui semble qu'elle est tout près, il sent presque son souffle lorsqu'elle le retourne doucement et relève ses cheveux qui lui collent au visage où se mêlent terre et sang. Un murmure qui semble venir de si loin ...
Aimelin, tu m'entends, Aimelin .. Je suis là ... C'est moi, Dancetaria ... Tu m'as promis, Aime, tu m'as promis ... Tu restes là, tu restes avec moi ... .

Il a l'impression que le temps s'est arrêté, doucement il s'enfonce dans la nuit, et puis tout devient noir.


Le jeune seigneur ouvrit les yeux. Un voile se posa sur son regard et sa main vint attraper doucement l'anneau pendu à son cou près du médaillon, tandis qu'il laissait s'échapper un murmure ... "tu vois... c'est toi qui est partie avant moi".
Il regarda le cailloux posé à côté de lui et l'attrapa. Deux cadeaux d'anniversaire si différents et pourtant si précieux.

Aimelin a écrit:
[ Ste Ménéhould, le moulin, début août]


"Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
On oublie le visage et l'on oublie la voix
Le coeur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller
Chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien..."
Léo Ferré - Avec le temps.


Les journées s'écoulaient tranquillement, le jeune ébouriffé seigneur de son état s'occupait du moulin, partageait ses journées et nuits avec la blonde Aliénor. Nulle promesse mais la vie, tout simplement, faite de petits bonheurs et de tristesses, faite de couleurs qui se mélangent parfois et assombrissent le ciel, mais couleurs qui nous maintiennent en vie. Et puis vie accompagnée de fantômes qui lui rendaient visite tous les jours.. petit à petit leur présence se faisait plus rare comme s'ils se décidaient enfin à laisser le jeune homme tranquille, et à n'être là que pour lui rappeler de temps en temps de ne rien oublier.

La blondinette était partie les derniers jours de juillet, pour faire quelques recherches sur des livres anciens. Ils discutaient parfois de son travail en héraldique, et le jeune homme écoutait avec attention, la regardant dessiner en souriant pendant qu'il essayait de comprendre. Une jolie complicité entre les deux jeunes gens, qui depuis mars, et surtout depuis cette ballade vers la rivière à Troyes devenait au fil des jours plus forte .

Ce matin là, il avait profité de la chaleur naissante, pour prendre sa barque nichée toujours à la même place, et partir sur le lac. C'était un endroit où il pouvait réfléchir et laisser couler ses rêves et pensées au fil de l'eau. Et ce matin là ses pensées étaient tournées entre autre vers cette jeune femme brune, cette amie avec qui il entretenait une relation si forte et parfois si difficile mais pourtant nécessaire. Une amie... sans doute que s'il n'avait pas décidé de venir en Champagne, elle serait autre pour lui. Il ne regrettait rien néanmoins et profitait de chaque moment, pour ne point avoir de regrets un jour. Il se sentait bien et apaisé, et il appliquait ce qu'il appliquait depuis toujours, prendre ce que la vie lui offrait et le vivre comme si c'était le dernier jour.

Le moulin faisait ressurgir les fantômes de son passé... Vae Victis et ses combats, cette peur qui se glissait en nous et nous faisait nous dépasser. Vae qui lui avait permis de rencontrer Terwagne, et qui avait renforcé l'amitié et le lien qui l'avaient uni à Dance, et celui qui l'unissait toujours à Célénya et à la Comtesse d'Armentières qu'il surnommait avec affection "beaux yeux". Sûr qu'elle les avait de beaux, et sûr qu'elle était belle.

Un sourire en repensant à leur rencontre. Elle et Dance formaient avec le jeune ébouriffé, un trio qui dépensait les écus du Comté sous le mandat du Coms Varden. Dotch était Cac, Dance était Bailli et lui était Connétable en charge des Lames en sus de sa charge habituelle. Courir de la caserne Ost bien trop loin, revenir au casteth, se rendre compte qu'il avait oublié un parchemin et repartir vers la caserne. Une belle complicité avait lié les trois conseillers, et le mandat terminé leur amitié s'était renforcée.


"Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
L'autre qu'on adorait, qu'on cherchait sous la pluie
L'autre qu'on devinait au détour d'un regard
Entre les mots, entre les lignes et sous le fard
D'un serment maquillé qui s'en va faire sa nuit..."



Combien de soirs ou de nuits avaient ils refait le royaume la Comtesse et lui, devant une bonne bouteille de vin, qu'ils appréciaient l'un et l'autre, agrémentée quelque fois d'une belle tarte aux pommes que la Duchesse apportait, et que les deux amis dégustaient en riant. Ils s'étaient confiés, avaient évoqué leur passé, leur joies et leurs peines, leurs attentes et leurs doutes, et lorsque le jeune gars s'était retrouvé dans l'armée de Vae, la Duchesse s'était immédiatement portée volontaire pour être médecin à l'infirmerie de campagne.
Il avait découvert alors, une femme qui ne ménageait pas sa peine pour venir en aide à ceux que l'on ramenait du champ de bataille. Elle avait pris soin de Ptit et puis malgré la promesse du jeune ébouriffé de revenir entier, elle lui avait sauvé la vie. Elle l'avait recousu, elle avait consolidé les os, avait fait refermer les plaies, surveillant ensuite le jeune homme les semaines après sa sortie de l'infirmerie, lui faisant de gentils reproches lorsqu'elle apprenait qu'il venait de faire une ballade sur Altaïr.

Vae lui avait apporté tourments, blessures et le mépris de quelques béarnais insignifiants, mais elle lui avait surtout apporté des amitiés précieuses, et une expérience qu'il n'oublierait pas. Dance avait disparu bien trop tôt, mais Terwagne, Dotch et Ptit faisaient maintenant parties de sa vie, chacune avec son histoire et il était heureux et fier de les connaitre.

Chaque individu se forgeait des expériences de son vécu, et il n'échappait pas à la règle. Et puis cet honneur que lui avait fait la Comtesse, en lui demandant d'accepter d'être son vassal. Il lui devait la vie, et il avait trouvé un moyen de lui être redevable jusqu'à la fin de ses jours.

Un sourire éclaira le visage du jeune seigneur en revoyant les images de ce moment, dans les jardins du château, lorsque sa blonde lui avait fait la surprise de les rejoindre... c'était le vingt du mois de juin.

Ils avaient passé les deux jours ensemble et puis elle était repartie se reposer au couvent faisant promesse qu'à sa sortie ils partiraient voyager sur les chemins. Voyager pour profiter d'eux, et voyager pour oublier cette poignée de mauvaises personnes qui se pensant indispensables, n'avaient d'autres objectifs que piétiner ceux ne pensant pas comme eux.

Promesse qui vola en éclats selon le désir d'Aristote, ce terrible matin du dix neuf juillet, lorsque soeur Elisabeth était venue au casteth
*.

Les fièvres qui avaient emporté celle qu'il aimait, l'avait laissé seul et désemparé dans une ville mouroir où au fil des jours, il se sentait mourir doucement, partageant son temps entre son "Auberge du Casteth" à Pau et son bureau de lieutenant de la Prévoté au Casteth. Un comté où les agissements d'une poignée faisait fuir les gens et il n'échappa point à cette règle non plus.

Une missive de son amie Gnia lui commandant des chevaux, qu'une fois trouvés il avait conduit lui même en Guyenne. Première sortie de Pau, du Béarn depuis juillet 57, et une bouffé d'oxygène. Et puis retrouvailles de son amie la brune Kirika, elle aussi invitée chez son Infâme Grandeur, et de discussions en rêveries, les deux amis avaient pris les chemins afin de voyager au gré de leurs envies. Et leurs envies, les avaient fait passer par la Bourgogne, où pendant quelques jours Aimelin avait rendu service à ses amies Angélyque et Lenada, avant de prendre la direction de la Champagne.
Kirika ayant décidé de se poser un moment avec sa fillette sur Troyes, le jeune lieutenant avait décidé de partir en vadrouille avec la blondinette.

Un regard vers le lac avant de sortir une missive reçue la veille et un sourire.


"Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
Même les plus chouettes souvenirs ça t'as une de ces gueules
A la Galerie je farfouille dans les rayons de la mort
Le samedi soir quand la tendresse s'en va tout seule..."




* rp ici

Alienor_vastel a écrit:
[Sainte-Ménéhould - 18 Août]

"On apprend tout de ses souffrances
Moi, j'ai su deux choses, après toi :
Le pire est au bout de l'absence
Je suis plus vivant que je crois"
Goldman - "Tu manques"



La chaleur avait recouvert la campagne champenoise, une chaleur lourde, moite, étouffante. De celle dont on espère qu'un orage va la déloger dans le bruit, la lumière et cette pluie violente qui abreuve une terre asséchée et permet d'à nouveau respirer pour autant qu'elle dure suffisamment longtemps.

Aliénor galopait sur le chemin qui la ramenait vers Sainte-Ménéhould, autant par impatience de retrouver le village après son absence, que pour profiter d'un peu de la fraîcheur que son allure rapide apportait sur son visage. Depuis combien de temps était-elle partie ? Deux semaines, un peu plus, trois peut-être. Elle avait oublié le compte des jours, passant ses journées dans la lecture de vieux ouvrages et documents poussiéreux. Des recherches, voilà l'explication qu'elle avait donnée à son éloignement. Sans préciser toutefois précisément de quelles recherches il s'agissait exactement.

Des recherches héraldiques, comme sa charge de poursuivante d'armes de Champagne le nécessitait, bien entendu, elle en avait fait. Mais elle en avait également profité pour passer un peu de temps dans les archives de France. Parce que depuis qu'ils étaient à Sainte-Méné, depuis cette fin juin qui avait vu leur installation, même temporaire, dans la cité lacustre, la blondinette avait pu prendre le temps de lire et relire le journal de sa mère, prendre connaissance par les récits maternels couchés sur ces feuillets de parchemins, des évènements que ses parents avaient vécus et qui avaient eu indirectement des répercussions sur elle. Et parce, pour certains de ces évènements qui avaient secoué le Royaume en un temps passé, elle avait ressenti ce besoin de les replacer dans leur contexte.

Il y avait eu la guerre DR-Artois, il y avait eu Orléans. Si pour la première, l'adolescente avait déjà eu l'occasion de l'évoquer à plusieurs reprises, les quelques mois passés en orléannais restaient de ces non-dits sur lesquels elle n'arrivait pas encore à mettre des mots. Les grandes lignes étaient si simples pourtant, ses parents y avaient combattu, Pisan aussi, ils avaient été blessés. Grièvement. Avant de retourner en Champagne, guéris.
En apparence du moins. Car si les blessures physiques avaient cicatrisé, chacun était revenu changé de ce qu'il avait souffert devant les murs d'Orléans, de ces meurtrissures de l'âme qui elles, jamais ne s'apaisent. Aliénor avait vu son père disparaître de plus en plus souvent, accaparé par les charges auxquelles il consacrait tout son temps et son énergie, gravissant les échelons du pouvoir à en oublier sa famille. Sa mère avait perdu le goût de vivre, trouvant juste la force de survivre, malgré sa fille.
Orléans, le début de la fin d'une famille heureuse et unie avant ça...

La cavalière tira sur les rênes d'Etoile alors qu'elle arrivait en vue du manoir de la duchesse de Brienne, faisant progressivement ralentir la frisone jusqu'à l'arrêter au niveau de l'écurie. Elle se laissa glisser à terre et pénétra dans le bâtiment, s'occupant de désharnacher sa monture, l'étriller, la bouchonner. La laissant se reposer après la course qu'elles venaient de faire, la blondinette chargée de ses fontes se dirigea vers les appartements qui lui avaient été attribués. Un serviteur croisé lui apprit que la duchesse était partie avec son armée, qu'un jeune couple logeait également au manoir, et qu'Aimelin s'était installé au moulin.

Se diriger vers la pièce d'eau et se rafraîchir, se débarrasser de cette sueur mêlée de la poussière que la frisonne avait soulevé dans son galop rapide, avant de revenir vers la table sur laquelle elle avait posé ses fontes. Elle en retira précautionneusement la liasse de parchemins couverts de son écriture, et une missive qui lui tira un sourire et qu'elle rangea dans un coffret avec les autres lettres qu'elle gardait précieusement. Un instant, les pervenches songeuses, avant de revenir sur les documents et de les classer en deux tas. D'un côté le travail, de l'autre ses notes personnelles.

Et le regard qui glisse sur celles-ci, s'attardent sur un mot. Orléans... Pas rapides qui se dirigent vers la fenêtre, poser les mains sur la croisée, respirer, du moins essayer de se remplir les poumons de cet air brûlant qui étouffe. Malaise soudain, souvenirs qui lui reviennent et qui l'oppressent...

Orléans... Gien... Le même soleil d'été, la même vue sur un lac, quelques années auparavant. Rumeurs d'une guerre qui se déroule non loin, si proche même, à quelques lieues. Et pourtant tout est calme ici, et l'enfant ne s'inquiète que de savoir quand ses parents reviendront. Une voiture armoriée qui s'arrête devant la maison, elle saura plus tard que les armes sont celles de Châteauneuf-sur-Loire, le domaine de LadyMarianna et Sebbe de Valrose, et Ysabault qui prépare en hâte une malle de leurs affaires avant de la réveiller. Elles vont retrouver sa maman et Pisan qui sont "malades", lui dit-elle. La fillette se demande ce qu'est cette maladie qui les empêche de la rejoindre, mais elle trop heureuse à l'idée de les revoir, et elle ne pose pas de questions. La voiture s'éloigne, laissant Gien et son lac derrière elle, emmenant l'enfant et sa gouvernante.
Aliénor ignore alors qu'elle ne reviendra jamais, que la route depuis Châteauneuf les ramènera ensuite directement en Champagne, mais que ses parents ont laissé en cette terre orléanaise, au milieu de la bataille qui y a fait rage, une partie d'eux. Et que si Pisan della Torre-Lombardi et Tomsz d'Harcourt s'y sont retrouvés, Magdeleine d'Assas et Estienne Vastel s'y sont à jamais perdus...

Le souffle revient, la couleur sur les joues aussi. Pourquoi ces fantômes surgissent-ils ainsi, violemment, cette impression de les revivre ? Elle les avait oubliés pourtant, enfouis au fond d'elle-même, et pourtant ils se font plus présents, peu à peu. Un mot, un nom, un paysage, il en suffit de si peu pour que ces souvenirs remontent, plus vifs à mesure que leur départ pour Compiègne approche. Comme pour la prévenir de ce qui l'attend, la préparer.

Elle secoua la tête, ce n'était pas le moment de se laisser envahir, elle n'était pas encore prête. Ne pas penser à demain, à ce qui l'attend. Ne penser qu'à aujourd'hui, à maintenant, à savourer chaque instant qui passe avant qu'il ne s'efface. A vivre tout simplement.
Et au jeune seigneur aux yeux gris qu'elle a hâte de retrouver et auquel elle va faire la surprise de son retour.

Aimelin a écrit:
[ Ste Ménéhould, le moulin, le même jour ]

" … Tu t'accroches à ton passé
Comme si tout s'était figé
Aujourd'hui Il faut céder
Abandonner
La douleur qui s'installe
Cette absence qui fait si mal... "

A. Bent – ne retiens pas tes larmes


Elle roulait, dessinant sur la joue mal rasée du jeune homme, un minuscule trait qui brillait sous la pale lumière du soleil qui faisait son apparition encore timide à travers les arbres, et qui bientôt, tel ce caillou volant à la surface de l'eau, viendrait pointer son nez sur l'autre berge, pour noyer de sa douce lumière le paysage, et le baigner une journée encore dans la chaleur étouffante de cette nouvelle journée d'été.

Elle roulait... insouciante, insidieuse, comme ce matin du dix neuf juillet où il était tombé à genoux dans cette grande cours du Casteth de Pau, hurlant son désespoir. Depuis, elle s'était arrêtée, avait rendu les armes, et n'avait plus jamais pointé le bout de son nez au bord des yeux gris du jeune seigneur. Pleurer, il ne pouvait plus, il s'était juré, promis de ne jamais plus laisser des larmes lui donner des ordres et le vaincre.

Elle roulait... doucement... prenant tout son temps pour couler sur sa joue venant pointer son goût salé au coin de ses lèvres.

Nul chant de l'eau, nul caillou qui ricochait à sa surface. Simplement le silence et la douleur. Un murmure


je voudrais tant que tu sois fier de moi

"...ces visages oubliés qui reviennent à la charge,
ces solitudes dignes au milieu des silences,
ces larmes si paisibles qui coulent inexpliquées..."


La minuscule goûte qui tomba sur le parchemin le fit sursauter, tandis qu'il essuyait sa joue d'un revers de main, levant la tête pour regarder la rivière chantonnant aux abords du moulin. Il essuya délicatement le parchemin si précieux à son coeur, celui de ses derniers mots, de son dernier souffle... "... Ce rayon de soleil qui viendra te caresser ce sera moi...". Sa main se porta sur la médaille et l'anneau pendus à leur petite chaine d'argent "... Gardes les toujours, c’est moi avec toi éternellement..."

Leurs discussions avec Aliénor lui revinrent à l'esprit, ce jour de mi avril, lors de leur promenade à cheval du côté de la rivière aux alentours de Troyes. Vivre pour ne pas oublier, mais vivre pour elles. Le parchemin replié soigneusement à côté de lui sur le ponton de bois, il regarda un instant la rivière, puis quelques cailloux, avant de retirer sa chainse de lin qu'il déposa près de lui, pour ensuite retirer ses braies qui s'affalèrent elles aussi paresseusement sur le ponton.

Quelques pas pour entrer dans l'eau encore fraîche, où les galets lissés par le temps roulèrent doucement sous ses pieds nus, et il s'immergea entièrement ne ressortant de l'onde courante que quelques brassées plus loin, au milieu du cours d'eau, levant son visage vers le ciel. Comme le galet il traverserait le courant, il le braverait et se poserait enfin de l'autre côté, apaisé, à l'abri de temps. Rivage opposé où il se hissa quelques minutes plus tard pour s'allonger dans l'herbe après un sourire en direction du moulin.


mes fantomes je vous invite à rester, et si mes larmes coulent, mes sourires les chasseront aussitôt.

Une herbe qui se jouait de sa main lui fit ouvrir les yeux. Le soleil continuait sa course dans le ciel au travers des arbres qui longeaient le cours d'eau. Un regard vers le ponton en se relevant et glissant à nouveau dans l'eau, pour y arriver quelques brassées après.

Braies qu'il enfila avant de s'étendre sur le bois chaud, sa chainse et la missive à côté de lui. Ses mirettes grises fixaient le ciel, s'amusant à imaginer les formes de quelques nuages qui dessinaient des arabesques blanches sur la toile bleu. Il ne se rendit pas compte que doucement ses yeux se fermaient, le laissant s'endormir dans le calme des lieux, seulement bercé par le chant de la rivière.



"...Tu restera comme une lumière
Qui me tiendra chaud dans mes hivers
Un petit feu de toi qui s'éteint pas."

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