AccueilFAQRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 [RP ouvert] Quand le hasard n'est pas de la partie.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Aliénor
Admin
avatar

Messages : 1969
Date d'inscription : 02/03/2011

MessageSujet: [RP ouvert] Quand le hasard n'est pas de la partie.   Jeu 26 Jan - 15:22

Terwagne_mericourt a écrit:
" Il n'y a pas de hasard.
Il n'y a que ce qui doit arriver et qui, à cause de nous, arrive ou n'arrive pas." (Michel Chevrier, Un bleu éblouissant)


J'y vais?
J'y vais pas?
Je prends la route de Troyes?
Ou alors je retourne sur mes pas?

Depuis son arrivée en Champagne, à l'aube, Terwagne écoutaient ces questions - les mêmes depuis des heures - se croiser, se heurter, dans sa caboche, sans relâche.

Retourner sur ses pas, c'était fuir le futur, retourner vers le passé... C'était aussi et surtout fuir celui auprès de qui elle avait pourtant eu envie de venir chercher un peu de sourires, de légèreté, d'apaisement, et d'oubli.

Retourner sur ses pas, c'était repartir vers Montargis et le fantôme de Zeltraveller, ce fantôme qu'elle était allée déterrer pour se convaincre que celui qu'elle avait abandonné en Lyonnais-Dauphiné avait bien moins compté pour elle que lui.

Retourner sur ses pas, c'était lâche!

Oui, mais aller à Troyes, c'était...

C'était risquer de montrer au seul homme qu'elle considérait encore comme un ami dans ce Royaume qu'elle n'était plus que l'ombre d'elle-même.

C'était prendre le risque de gâcher le souvenir qu'il avait gardé d'elle et de leur tête-à-tête improvisé en salle d'archives quelques mois plus tôt.

C'était prendre le risque de les perdre, lui et son amitié!

Et si jamais elle les avait d'ores et déjà perdus? Et si la lettre qu'elle lui avait écrite la veille sans prendre la peine de la relire, lui livrant ainsi de façon crue et impudique ses états d'âme, avait d'ores et déjà brisé ce lien étrange et surprenant né entre un témoin en salle d'audience et celle qui n'était à l'époque qu'une Juge à l'essai?

Nouvelles interrogations en elle, auxquelles vient se mêler cette angoisse née d'une simple absence de réponse à cette satanée lettre qu'elle regrette bien d'avoir écrite, et à laquelle il n'y avait de toute façon rien à répondre.

Troyes?
Montargis?

Elle ne parvient décidément pas à se décider, celle qui jadis était "Tempête" mais qui pour l'heure a tout d'une girouette affolée. Alors, en désespoir de cause, elle décide soudain de s'en remettre à celui en qui elle n'a jamais cru, mais dont l'existence l'arrangerait bien, sur ce coup-là : le hasard!

Elle arrête sa marche sans but dans les ruelles de Conflans-lès-Sens, s'assoit sur un banc, et sort une pièce de sa bourse.

Pile je vais à Troyes, face je retourne à Montargis.

La pièce s'élève dans les airs, sous l'impulsion de sa main, mais au lieu de retomber dans celle-ci, la voila qui chute sur le sol et se met à rouler.


Norf de norf!
Reviens ici, bougre d'écu!


D'un bond elle s'est relevée, et poursuit déjà la fuyarde, le nez penché vers le sol.

Aimelin a écrit:
[Champagne, Troyes]


"Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi,
comme ça, dans l'herbe.
Je te regarderai du coin de l'oeil et tu ne diras rien.
Le langage est source de malentendus.
Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près... "
(Le Petit Prince ~ le renard)




Sourire qui s'affiche à la nouvelle missive qu'il reçoit et dont il prend connaissance assez tard cette soirée du 22 mai. Sourire à nouveau qui le fera sans doute passer pour le ravi de la crèche si on ne le connait pas. Les soirées sont... agréables et arrosées à Troyes où il se trouve depuis les derniers jours de mars.
Le jeune lieutenant prévôté qu'il est encore, profite parfois du calme des journées pour récupérer un peu. Sauf quand il ballade en charmante compagnie aux yeux pervenches. Air de nouveau rêveur avant de reporter son regard sur la missive.

Terwagne. Une femme qu'on ne peut croiser sans remarquer ses yeux, une femme que l'on ne peut croiser en se disant qu'elle va disparaître de sa mémoire aussitôt. Il se remémore leur rencontre lors de la révision du procès de Ptit en cours d'appel, les tout premiers jours de 58, et dont elle était juge. Leur courte discussion pendant une pause, et puis leurs retrouvailles et tête à tête dans cette salle d'archives en janvier 59.*

L'anneau... petit objet qui les avait rapproché, avait titillé la curiosité de la Vicomtesse et Juge. Un simple anneau mais si important pour lui. Mayane sait elle de là haut toute l'importance qu'à pris ce simple anneau depuis ce jour de janvier 56 à Sainte Ménéhould.

Doigts qui frôlent et attrapent la médaille et l'anneau pendus à son cou au bout de cette chaîne. Dancetaria. Elle est là, il la sent et la respire dans tout ce qu'il vit à chaque instant. Pourtant il vit.
Comme ce galet qui ricoche sur l'eau faisant fi du courant et dessinant à chaque saut un cercle qui s'efface aussitôt derrière lui, et qui va se poser sur l'autre rive, il s'est posé lui aussi.

Troyes. Un sourire et des yeux pervenches. Un lien qui le fait revivre. Des confidences du bout des yeux, des mots qui s'échappent sans qu'aucun ne les prononce, des discussions faites de regards, de sourires et de complicité. Il vit l'instant, il croque à pleines dents ce que lui offre la vie dans sa grande générosité, brûlant le fil de cette vie jusqu'à ce qu'il parte en fumée, se délectant du moindre moment. Il s'est juré de ne rien promettre, de vivre ce qu'il avait à vivre jusqu'au dernier frisson.

Les questions se poseront plus tard, un jour peut être... la vie décidera. La vie lui a appris que penser à demain n'est pas bon, que promettre des toujours n'est que le commencement d'une souffrance qui tombe sur nous sans qu'on s'y attende.

Une réponse à celle qu'il considère étrangement comme une amie, une confidente elle aussi. Il sait qu'avec elle les discussions coulent, que ce soit sur parchemin ou par la voix. Elle est de celles qui écoutent et qu'il entend. Elle est de ces femmes dans son entourage, qu'il est fier de connaître.


Citation :
Troyes le 23 mai 1459,

Terwagne,


Je ne voulais vous répondre puisque vous serez là sous peu, mais je le fais, de peur que vous preniez mon silence pour un refus.

Mon épaule, même les deux sont là pour vous et que ce soit pour pleurer ou rire... ne dit on pas que les amis sont là pour soulager peines et partager joies ? ou peut être est ce l'inverse..

Quoi qu'il en soit nous parlerons de tout cela de vive voix et je suis heureux de pouvoir à nouveau vous rencontrer et ailleurs que dans une salle d'archives, même si cette rencontre reste pour un moi un souvenir inoubliable.
Les environs de Troyes et la Champagne en général, sont agréables pour les ballades et vous y respirerez, en espérant que l'ébouriffé que je suis pourra vous faire sourire et peut être saura vous conseiller au mieux.

Je vous attends donc avec plaisir.


Aimelin

Il repense à ce que lui disait Quasi, amour qui a marqué sa vie et son corps à jamais... "regarde devant toi Aime, avance, ne te laisse pas enchaîner par ton passé".
Il avance, elle serait fière de lui. Peut être devrait il lui écrire pour s'enquérir de ses nouvelles. Il le fera.




* RP ici

Terwagne_mericourt a écrit:
"Le bonheur de demain n'existe pas.
Le bonheur, c'est tout de suite ou jamais".
("Monsieur" René Barjavel, Si j'étais Dieu...)


Pour l'heure, Terwagne était persuadée que le bonheur c'était pour plus jamais! Elle l'avait connu, ne l'avait pas toujours pris à sa juste valeur, l'avait parfois laissé lui échapper, et aujourd'hui il la boudait, comme il la bouderait le restant de ses jours, mais surtout de ses nuits.

Voila pourquoi elle avait fini par oublier son jeu du hasard et la pièce qui avait fuit, puisque qu'elle que soit la réponse que celle-ci aurait pu lui donner, elle ne l'aurait guidée que vers un jour de plus à tenir debout.

Elle avait fini par oublier la pièce, oui, mais cela n'avait pas été aussi rapide qu'il y parait.

Il y avait d'abord eu la séquence "course poursuite" dans la ruelle, la séquence "taverne" où elle était entrée en soupirant et expliquant désespérément aux personnes présentes qu'elle avait perdu son écu, et le fou-rire intérieur qui s'en était suivi, juste au moment où elle s'était rendue compte que la scène devait sembler totalement décalée... Une Vicomtesse Officière royale pleurnichant pour un écu, ça ne devait pas courir les rues...

Après, elle avait fait connaissance avec une ancienne troubadour, dont elle avait déjà oublié le nom, comme elle le faisait malheureusement avec pratiquement tous les noms, à son grand désespoir bien souvent, et avait passé une fort agréable soirée, même si cela ne l'avait pas empêchée de continuer à hésiter sur la route à prendre, ni à s'interroger sur l'absence de réponse de Aimelin.

Il lui fallut attendre d'ouvrir la porte de sa chambre pour obtenir la réponse que la pièce s'était refusée à lui donner...

Il lui avait écrit!
Elle irait donc à Troyes!

Et à Troyes elle arriva donc le lendemain, sans encombre, mais sans joie non plus. Le bonheur n'était pas là. Le bonheur n'existait plus. Le bonheur était pour jamais.

Une très brève lettre, bien moins bavarde que la dernière, avertit de son arrivée celui qui l'attendait.


Citation :
Bien arrivée à Troyes.

Quelques heures de repos, un brin de toilette, quelques minutes d'hésitation sur ma tenue, comme toute femme qui se respecte, et je serai à vous. Enfin, façon de parler...

Je veux bien entendu dire que je serai disponible pour vous y rencontrer et que vous me fassiez découvrir ce que vous aimez dans cette ville.

Terwagne

Aimelin a écrit:
[Troyes, le même jour, fin d'apres midi]

"Il n’y avait d’éveillé dans toute la chambre
qu’une grande bande de lumière qui tombait droite et blanche entre les volets clos,
pleine d’étincelles vivantes et de valses microscopiques…"
[A. Daudet - les vieux]



Une brève réponse... tant brève que le jeune lieutenant retourne le parchemin pensant que la suite est écrite au dos. Haussement de sourcils tandis qu'il lève les yeux vers le plafond de sa chambre baignant dans une douce pénombre en cette fin d'apres midi de mai, où la chaleur commence à poindre le bout de son nez. Seuls quelques éclats de voix émanant de la place devant l'auberge, se faufilent entre les volets presque clos et la fenêtre ouverte, pour venir chatouiller l'oreille du jeune homme simplement vêtu de braies, allongé sur le lit où il savoure la tranquilité des lieux et la fraîcheur de sa chambre.

Un petit trait de lumière empli de poussières qui dansent en folle farandole lui tient compagnie et s'amuse sur ses yeux, le faisant grimacer doucement tandis qu'il fixe une mouche qui vient se poser sur l'une des poutres du plafond. Une mouche… petit insecte volant qui se faufile partout, entend, va et vient sans que personne ne se rende vraiment compte de sa présence, sauf lorsque celle-ci devient gênante et qu'un geste de la main la chasse pour l'éloigner, quand ce n'est pas pour mettre fin à ses jours. Combien de temps vit une mouche… sans doute guère. Doit elle en entendre des secrets et des confidences, doit elle en voir des choses.

Ses pensées s'envolent, comme la mouche qui décide de changer d'endroit pour venir se poser sur un coin d'armoire, suivie par les prunelles grises.

Terwagne… Elle semble bien soucieuse, c’est ce qu’il devine à travers ses écrits. Il a suffisamment échangé de missives avec elle, pour arriver à lire ce qu'elle ne dit pas. Un peu comme avec Aliénor, ou parfois, nul besoin de mots pour échanger et se comprendre. Etrange comme un lien peut se faire si fort avec certaines, qu'il permet de lire ses non dits. Froncement de sourcils tandis qu'il pose le parchemin sur son ventre, le gardant entre ses doigts. Va t elle accepter de se livrer davantage lorsqu'elle sera face à lui, comme dans cette salle d'archives où petit à petit les deux s'étaient laissés aller aux confidences, à demi voix, à demi mots.

Leurs échanges de courriers lui reviennent en mémoire. Il se souvient lui avoir écrit que "seul le coeur peut mettre quelqu'un dans un tel état". Le coeur... le sien commence à peine à retrouver son apparence, tant il a volé en éclats lorsque sa blonde sénéchal a rejoint le très haut, le laissant précipité au fond d'un gouffre. Le ciel qui s'était ouvert à nouveau déchiré par des éclairs dans un fracas assourdissant, le monde qui s'était effondré tout autour, le vide, le noir, ne plus rien voir ne plus rien entendre, ne plus comprendre ce qui lui arrivait, et cette vie qui le quittait doucement. Cette folie qui remplaçait l'amour et le faisait s'éloigner des autres comme pour le punir de quelque chose qu'il n'avait pas fait. Pour oublier cette solitude qui lui glaçait le sang et l'empêchait de respirer, il s'était plongé dans son travail, s'était enfermé à nouveau dans son silence et sa souffrance.

Voile qui descend sur le regard gris qui semble scintiller sous le petit rayon de soleil, à moins que ça ne soit une larme qui glisse silencieuse et traitre le long de sa tempe pour venir se poser près de lui... seul le coeur peut mettre quelqu'un dans cet état.

Il espère bien qu'elle lui parlera, ou peut être à la blondinette qui sait écouter et comprendre elle aussi. Il ferme les yeux, il a encore une paire d'heures devant lui avant de descendre se joindre aux vivants.

Terwagne_mericourt a écrit:
[Ici ou ailleurs, bien des jours plus tard :]

"On rencontre un matin
Quelqu'un qui nous ressemble,
Un qui est étranger,
Parmi ces étrangers,
On échange des mots,
Et quelques verres ensemble,
A cet instant, on croit
Que la vie va changer

Et puis, on s'aperçoit
Que de parler, ça sert à rien,
Et puis, on s'aperçoit
Que de se taire, ça sert à rien,
Alors on dit, alors on dit,
N'importe quoi."

(Serge Lama)

Malgré les états d'âme et les doutes qui avaient été siens au moment de poser les pieds à Troyes, Terwagne s'était réjouie, intérieurement, de revoir Aimelin, de le rencontrer enfin en d'autres lieux qu'une Salle d'Audience ou encore une Salle d'Archives...

Réjouie de le rencontrer en dehors du cadre de son travail, en dehors d'un temps imparti, en dehors de la crainte que quelqu'un ouvre la porte ou encore ne surprenne un échange de missives sans lien aucun avec la Cour d'Appel mais ayant lieu entre deux salles...

Réjouie de retrouver cette complicité faite d'aveux silencieux, de regards qui en disent long sans rien prononcer, de murmures remplis de cris à la vie et au passé, de chuchotements à mi-chemin entre le trouble et la confession...

Sa dernière discussion avec lui, dans cette salle poussiéreuse remplie de verdicts anciens, lui avait laissé l'impression d'une marche sur un fil, comme elle le faisait lors de ses numéros d'équilibristes dans sa jeunesse. Une marche sur un fil, oui, où vous vous sentez à la fois légère et tremblante, défiant le temps et la vie, imperturbable à tout ce qui n'est pas vous et votre détermination à aller toujours plus loin, toujours plus haut, si ce n'est qu'en vous il y a sans arrêt la crainte de voir le fil se rompre, et que pas un instant vous ne voulez franchir la limite de sa résistance, de sa capacité à vous recevoir, offerte à ses caprices.

Oui, dans ses souvenirs, ce tête-à-tête avec Aimelin, c'était exactement à cela qu'elle le comparait. Un moment fait d'intensité, de crainte, de confiance, de folie aussi.... Un moment qu'on quitte à regret, qu'on ne parvient pas à oublier, et qu'on voudrait revivre une fois encore, en se demandant si cette fois on oserait faire quelques pas de plus, ou si au contraire on serait plus prudent.

Ces retrouvailles, donc, elle les attendait, les espérait, était même venue les chercher, malgré ses hésitations... Mais peut-être les avait-elle trop attendues, trop rêvées, trop... tout! Peut-être en avait-elle surtout trop attendu!

C'est en tous cas la réflexion qu'elle se fit quand au bout de deux soirées en taverne avec lui et la jeune Alienor, elle regagna sa chambre d'auberge en soupirant, mais encore plus en se demandant ce qu'il lui avait pris de venir en Champagne, et si c'était elle qui avait changé à ce point ou si c'était lui.

De tout ce qu'elle avait jadis senti passer entre eux sans mot, de cette confiance qu'elle avait ressentie en sa présence, de cette écoute et de ce partage remplis de douceur surtout, elle n'avait pas retrouvé la moindre trace... Elle s'était sentie comme en présence d'un quelconque étranger, poli et souriant, mais juste un étranger, une vague connaissance... Elle qui jadis les avait trouvés, elle et lui, si semblables et si différents à la fois, elle les retrouva surtout très différents, voir très indifférents.

En janvier, elle avait quitté l'Anamour pour Kernos, et Aimelin avait abandonné l'amour pour vivre de libertés et de plaisirs... Et cet été, elle avait retrouvé les chemins de l'Anamour tandis que lui semblait bien parti pour se laisser à nouveau envoûter par les sirènes de l'amour, quand bien même il ne semblait même pas en avoir conscience. Mais peut-être n'était-ce qu'une impression, au fond, peut-être Terwagne interprétait-elle mal certains regards échangés entre lui et la jeune Alienor? Qu'importait, au final!

Alienor était très jolie, et très agréable. Terwagne l'appréciait beaucoup, sans même vraiment la connaitre au fond, et elle les trouvait plutôt bien assortis tous les deux. Après tout, elle avait l'air de rendre Aimelin heureux, et c'était une bonne chose, même si Terwagne en l'état actuel des choses ne parvenait plus à voir les bons côtés de l'amour.

Restait que dans tous les cas, elle-même n'avait plus l'impression de parler la même langue que lui, plus l'impression d'être écoutée autrement qu'une quelconque voyageuse racontant des anecdotes de ses voyages à un inconnu, plus l'impression d'être vraiment en présence de quelqu'un qui vous comprend sans vous juger, et encore moins de quelqu'un qui s'intéresse et a envie de partager.

Le seul intérêt qu'il semblait porter à sa présence, mis à part une oreille qu'elle aurait juré distraite, c'était ses regards... Des regards bien différents de ceux de ses souvenirs, eux aussi... Des regards dont elle avait l'impression qu'ils glissaient d'une à l'autre comme si leur auteur s'adonnait à quelque exercice de comparaison.

Résultat? Leurs entrevues lui faisaient plus de mal que de bien, parce qu'elles creusaient de plus en plus un fossé entre ce qui avait été et ce qui était, aussi décida-t-elle de les éviter, et de ne plus fréquenter les tavernes.

Sa nomination comme Présidente à la Cour d'Appel du Royaume de France tomba donc on ne peut mieux, puisqu'elle la plongea jours et nuits dans le travail, l'empêchant de penser, l'empêchant de se souvenir en quelle ville elle se trouvait, plongée sur des missives, des dossiers, des annonces à faire, des candidatures à étudier.

Pourtant, une lettre finit par la faire lever le nez de tout cela. Une lettre signée Aimelin...

Elle mit trois jours à y répondre, ce qui ne ressemblait pas à ce qu'elle aurait fait jadis, il faut bien l'admettre. Trois jours pour répondre quelques lignes, d'une main étrangère aux mots qu'elle traçait. Une main rendue étrangère pour se protéger.


Citation :
Messire l'ébouriffé,

Je vais bien, rassurez-vous.

Je suis juste surchargée de travail, et c'est fort bien ainsi, puisque cela m'empêche de penser, de ressentir, de regretter, de désirer, et même de rêver, mais me laisse néanmoins le temps nécessaire pour m'alimenter.

Le travail a toujours été ce qui me faisait garder la tête hors de l'eau, vous le savez fort bien, aussi devriez-vous vous réjouir de cette réponse.

J'espère que votre voyage et votre séjour en votre domaine se seront bien passés, et vous promets de goûter aux trésors que vous en avez ramenés, si d'aventure mon emploi du temps me permet de vous croiser en taverne.


Terwagne.

Aimelin a écrit:
[Troyes les premiers jours de juin]

"J'ai fait tant de projets qui sont restés en l'air
J'ai fondé tant d'espoirs qui se sont envolés
Que je reste perdu ne sachant où aller
Les yeux cherchant le ciel et le coeur mis en terre"
(Aznavour - Hier encore)



Il a retrouvé Terwagne avec un plaisir réel et un certain intérêt à l'écouter parler de tout. Mais elle semble différente de cette juge de salle d'archives avec laquelle il a échangé tant de choses personnelles. La femme l'a troublé, attiré sans nul doute, la Vicomtesse et la Juge l'ont impressionné au point qu'il se demande s'il ne doit pas garder distances avec elle. Dans cette salle d'archives, il n'a pas parlé de cette attirance, et elle lui a parlé de celui qui fait battre son cœur, hors lui ne s'attache pas, ou plus.
Il lui a avoué être libertin, être libre de ses actes avec les femmes, parce que son cœur a volé en éclats après la mort de celle qui partageait sa vie et dont il porte autour du cou le médaillon et l'anneau, promesses de leur avenir que le destin a brisé encore une fois. Peut être le juge t elle mal ou pense t elle qu'à être trop proche de lui, il va la mettre sur une liste de conquêtes.
Pourtant, cette envie de la découvrir est toujours là, nichée au fond de lui, comme une envie inassouvie, une discussion interrompue par une arrivée intempestive. Se livrera t elle une autre fois ?

Peut être que les tavernes ne sont pas un endroit pour les discussions, ou peut être que la présence d'Aliénor la gêne. La jeune blondinette lui a d'ailleurs dit son ressenti sur le fait que peut être Terwagne souhaite lui parler seul. Il a démenti puis s'est dit qu'elle a sans doute raison, mais il n'a pas revu la Vicomtesse. Terwagne a t elle imaginé la relation entre les deux jeunes gens pendant leurs discussions en taverne au point de penser qu'elle les gênait ou que le jeune ébouriffé était indifférent et se désintéressait d'elle ? Faut il mal le connaitre que de penser qu'il peut changer d'attitude ainsi sans raison. Autant de questions qu'il se pose depuis leur dernière discussion. Les femmes sont toujours un mystère pour lui.

Les tavernes… ce lieu où trop de monde passe, où trop de discussions sur la pluie et le beau temps empêche les vraies discussions, les vrais échanges, ou trop de choses impersonnelles empêchent d'apprécier certaines rencontres ou retrouvailles. Dieu qu'il n'apprécie pas trop ces endroits où seul le superficiel compte bien souvent, et d'ailleurs le jeune homme n'a jamais été un franc amateur de ces lieux. Elle ne lui a pas expliqué non plus, ses dernières lettres ni cet état d'esprit négatif qu'il a deviné dans ses missives.

Mais peut être s'est il trompé et ne le voit elle que comme une connaissance à qui il n'est pas question de confier plus que cela. Pourtant il a cru dans cette salle d'archives, être un peu plus qu'une simple rencontre.

Parti pour Etampes régler quelques affaires et donner des ordres pour les prochaines joutes auxquelles il participe, il décide de lui écrire une courte missive.

Citation :
Etampes, le 3 juin 1459

Terwagne,

je ne vous ai pas vu depuis quelques jours alors je me permets de vous écrire, afin de savoir si tout va bien.

Vous savez que je suis là si quelques problèmes venaient à vous tracasser. Je ne peux m'empêcher de m'inquiéter pour vous.

Je suis reparti trois jours à mon domaine d'Etampes au dessus de Conflans, pour récupérer quelques affaires, mais serai là dimanche en fin de journée sans doute, si point trop épuisé par ses chevauchées.

Je rapporterai du Domaine quelques calva et vins et espère bien que vous en apprécierez la saveur.

Cordialement


Aimelin
toujours ébouriffé

Mot différent de ceux échangés mais il n'arrive pas à cerner la Vicomtesse qui lui a donné cette impression de distance avec lui. Peut être est elle déçue, peut être ne veut elle pas se confier davantage en présence d'autres personnes que lui. Il repense à leur rencontre, à cette discussion dans cette salle d'archives où il avait ressenti un lien étrange qu'il n'a point ressenti en taverne. Il s'est mis à penser que de toute façon on ne peut aller contre le désir des femmes, et si son désir à elle est de le laisser à distance de sa vie, il ne peut qu'accepter à regrets. Taire des choses, et laisser les apparences mener la danse, il faisait souvent cela, à tort ou raison, il ne savait pas.


[Trois jours après, Troyes]

Retour sur Troyes où il arrive en cette fin de journée. Temps frais, et il ne perd pas de temps à desseller Altaïr, prendre soin de lui et filer directement dans sa chambre d'auberge. Une chambre impersonnelle qui contraste avec le domaine qui est devenu son chez lui depuis juillet. Il y a fait ses marques, il y a ses gens, ceux qui gèrent le domaine en son absence, ceux qu'il considère comme sa famille, la seule qu'il ai, hormis Loïs qui vit vers Alais. Et puis la petite Angelle qui lui manque cruellement. Cette gosse de six ans qui le connait si bien et qui sait en un battement de cils comment il va. Elle l'a questionné, il lui a répondu ce qu'il voulait, comme toujours et elle lui a donné une fleur qu'il a mis entre les lettres qu'il trimbale toujours avec lui. Ne jamais se dévoiler pour ne pas souffrir, comme il laisse Aliénor penser que des non promesses rendent heureux. Elles aident à vivre, oui, mais rendent elles vraiment heureux.

La missive qu'il trouve sous sa porte attire son regard et le temps de poser ses quelques affaires, il s'allonge sur le lit pour en prendre connaissance. Elle lui répond, mais il ne la reconnait pas. Le ton de la lettre ne s'adresse pas à lui, il s'adresse juste à une connaissance...."si d'aventure mon emploi du temps me permet de vous croiser en taverne." Que répondre à telle lettre sinon rien.

Il est persuadé à ce moment là qu'il a fait ou ne pas fait quelque chose, qu'il n'a pas été celui qu'elle comptait rencontrer. A t il été blessant ou n'a t il pas fait assez attention à elle ? Fuir les tavernes ou ne rien laisser paraître de tous ces questionnements qui tournent dans sa tête s'il la croise à nouveau ?

Il se décide quand même à un message qu'elle interprétera comme bon lui semble sans doute.

Citation :
Terwagne,

Ne plus penser, ressentir, regretter, désirer, rêver, ressemble à la mort.

J'ai décidé de vivre, peut être pas de la meilleure façon qu'il soit mais la vie ne m'a pas laissé le choix. Elle s'est chargé de briser mes rêves passés. Vous ne m'avez pas parlé de ce qui vous a empêché de venir à Troyes, et même si je le devine dans vos "non dits", vous n'en avez dit mot. Ne me faites vous donc plus confiance ?

Je conçois aussi qu'une taverne, lieu que je n'aime pas spécialement, n'est pas un endroit pour se confier, mais j'aurais pensé que ma présence vous faisait du bien. Hélas, sans en comprendre vraiment le pourquoi, je ressens le contraire devant votre absence et votre réponse à mes inquiétudes, qui me laisse perplexe quant à ce que je suis pour vous... une connaissance parmi les autres.

J'espère vous revoir afin de continuer nos discussions entamées dans cette salle d'archives, et espère que vous vous confierez à celui qui n'est pas indifférent à ce qui vous arrive. Seuls les étrangers sont indifférents.

Aimelin

Il ne connait pas les réponses aux questions qu'il se pose, mais ce qu'il sait c'est qu'il a grands progrès à faire avec les femmes, des non-dits à avouer, des choses à cacher, des envies à taire ou à dire selon les regards qui se posent sur lui. Vingt et un printemps, et il doit encore apprendre tant de choses.

Terwagne_mericourt a écrit:
[Le même soir, Troyes]


Je me fous du temps
Je me fous du vent
Qui bousculent mon sommeil
Tant pis si bientôt
Je dois tomber de haut
....
Dis comment tu fais pour voler
Ô je voudrais tant m'évader
De cette peau qui n'est plus rien
Souvent qu'une peau de chagrin

(Gérard Lenorman, Le Funambule)

Une lettre... Quelques lignes à peine, tracées d'une main qu'on voudrait voir se tendre et qu'on craint à la fois, d'une main qu'on voudrait sentir prendre la nôtre, mais dont on sait d'avance qu'on la retirerait, par pudeur, par faiblesse, à moins que ça ne soit dans un dernier élan de force... Une lettre qui aurait pu paraitre bien banale à d'autres, mais qui pour elle représentait beaucoup, et surtout la rassurait.

Comment une lettre remplie de questions peut-elle être rassurante, vous demanderaient certains? Peut-être simplement parce qu'elle vous indique que l'autre se les pose ces questions, que vous n'êtes pas seule à vous interroger... Peut-être parce que l'indifférence ne s'exprime pas par des interrogations... Peut-être parce que coucher sur le vélin ses doutes et ses angoisses, c'est montrer à l'autre que non, il n'est pas faible et vous fort...

Peut-être parce que si le rire est le propre de l'homme selon certains, le doute l'est plus encore. Et que par ces quelques questions Aimelin lui apparut soudain à nouveau comme profondément humain.

Il n'en fallut pas plus pour que l'acharnée de travail qu'elle était devenue depuis près de dix jours fasse glisser sur le sol les candidatures sur lesquelles elle était alors penchée, et leur offre pour compagnie sa robe de Juge, dont elle s'extirpa en moins de deux minutes. Tissus rugueux et parchemins se passeraient bien de sa présence et de ses soupirs durant quelques heures...

Pour ce soir, elle leur préférait la compagnie d'une paire de braies rouges bien confortables, d'une paire de bottes usées mais fidèles, d'une chemise devenue trop large depuis sa perte de poids des derniers mois, et surtout d'un ami dont elle était restée éloignée bien trop longtemps déjà. Tout le reste n'avait plus d'importance.

Sans prendre le temps de vérifier sa coiffure, pas plus que celui de se mettre quelque chose dans l'estomac, elle prit la route de la dernière taverne où elle l'avait croisé, et l'y trouva. Alienor était là, ainsi qu'un homme et une demoiselle qu'elle n'avait encore jamais rencontré. Mais cela non plus n'importait pas, ou si peu. Même si elle leur parla à tous trois, même si elle trouva leur compagnie agréable, même si à aucun moment elle ne se surprit à regretter qu'ils ne soient pas tous deux en tête-à-tête.

Aimelin était là... Et elle aussi... Et c'était tout ce qui importait!

Aimelin tel qu'elle l'avait gardé dans ses souvenirs, Aimelin tel qu'elle avait hâte de le retrouver, Aimelin comme elle avait craint de ne plus jamais le voir. Mais plus encore que cela, durant toute la soirée elle eut l'impression de se retrouver elle... De retrouver la Terwagne parlant de vent et de mer, de poésie et d'images... La Terwagne légère qu'elle avait cessé d'être depuis des mois... La Terwagne qu'il avait rencontrée jadis, celle qui s'ouvrait au monde et au rêve, mais surtout aux sentiments.

Oui, durant cette soirée en taverne avec lui, eux, elle s'était retrouvée! Cela ne durerait peut-être pas, mais ce soir-là elle se sentit à nouveau légère, enivrée par cette sensation de vertige et de liberté qu'elle n'avait plus ressentie depuis trop longtemps.

Et en quittant la taverne, à la nuit tombée, elle se surprit elle-même à chantonner dans les ruelles désertes qui la ramenaient vers sa chambre d'auberge.

Le lendemain, Paris l'attendait... Mais dans un coin de sa tête, nul doute qu'il y aurait l'image d'une falaise et d'un morceau de terre ferme.

Aimelin a écrit:
[Troyes, le 17 juin, fin d'apres midi]

"Tout ce vacarme taché de larmes
Jusqu'au bout désarme
Tout n'est pas dit, à peine décrit,
Tirés de l'oubli
Le temps de dire, le temps de taire,
Le temps de faire juste reconnaissance,
Le temps d'entendre juste un peu de silence."
(Calogéro - Juste un peu de silence)



Une brève missive, un peu comme une excuse, un peu comme un appel. Souriante et détendue, et puis si distante et si triste. Dieu qu'il détestait voir celles qu'il aimait si triste ou si colère après elles mêmes. Devant pareille situation il se sentait impuissant. Devait il laisser parler son coeur et dire tout ce qu'il recelait de non dits et de choses qui le faisaient vivre depuis ce maudit jour de juillet où sa raison de vivre était partie, l'entrainant avec elle dans un tourbillon sans fin de nuits blanches et de folles pensées d'où il n'arrivait plus à sortir. Nuits et jours qui se ressemblaient, vides, creux comme ces troncs d'arbres que les saisons ont laissé sans vie et qui meurent lentement le long des sentiers, troncs que l'on voit, que l'on enjambe sans y prêter d'avantage attention, sauf lorsqu'ils nous font chuter.

Sourire fatigué tandis qu'il fermait les yeux, revoyant ce jour d'automne et cette fameuse chute dans la forêt béarnaise dûe à l'un de ces abandonnés.




[retour arrière, automne 57, Béarn]


Cela faisait quelques jours que l’envie d’aller débusquer quelque gibier trottait dans la tête du jeune boulanger. Il avait profité de son petit séjour à Tarbes non loin de ses amies pour arpenter les chemins tout autour de la ville, son arc accroché à la selle d'Altaïr. Ce matin là il fait assez froid quand il quitte l’Auberge pour une ballade. Veste chaude enfilée sur sa chemise, ses gants de cuir pour le protéger du froid, le ceinturon de son épée lui aussi accroché à la selle pour être libre de ses mouvements, il prend la direction du chemin qui part sur Pau, avec pour seule compagnie, le bruit des sabots qui martèlent doucement le sol.

Il s'est arrêté. Regard gris qui fixe droit devant lui. L’étalon renâcle tandis que le jeune gars caresse doucement son encolure en murmurant.


- tout doux Altaïr… regarde moi ça là bas… une belle famille de cochons sauvages… et à portée de mes flèches.

Sans quitter le gibier des yeux il saisit son arc et attrape un trait dans son carquois accroché à sa selle. La flèche encochée, sa main tient l’arc avec souplesse mais sûreté, ses doigts ramènent doucement la corde vers sa joue. Concentration de quelques secondes avant qu’un bruit sec accompagne la course du trait vers l’animal le plus petit lorsqu’il lâche la flèche.
Panique dans la famille des cochons qui prend la poudre d’escampette. Mais le dernier traîne, il l’a touché. D’un geste rapide sa main replace l’arc, pour le remplacer par les rênes qu’il maintient un instant le temps de suivre des yeux la direction que prend le petit troupeau affolé.

Un petit sourire, sa main relâche enfin les rênes, ses jambes se serrent à peine… l’étalon bondit et se lance au galop. La battue et les premières foulées arrachent du sol de petits cailloux qui volètent de chaque côté.


- YYEEAAARRRR…Allez mon beau…Va !

Le rythme des sabots qui frappent le sol encore froid s’accélère sans arrêt. Tel une arme secrète, l’animal déploie tout son pouvoir ; ses foulées sont incroyablement longues et rapides. Grand galop, vent dans le visage et dans les cheveux, sourire insatiable de plaisir, sans quitter les fugitifs des yeux. Ils disparaissent au virage que fait le chemin au devant d’eux.

Aime se redresse légèrement, tire doucement les rênes vers lui pour faire ralentir sa monture qui ne semble pas spécialement d’accord après avoir goûté à ces quelques minutes de liberté. Devant, le chemin... sur la droite, une sente qui serpente entre les arbres pour rejoindre le chemin un peu plus loin en contrebas. Altaïr pivote sur lui-même, sent son cavalier prêt à repartir et piaffe. Les yeux rivés sur la sente, un petit sourire qui s’affiche… à nouveau un tour sur place. Une fraction de seconde avant de lâcher sa monture qui bondit de plus belle et fonce vers le sous bois.
Il faut accélérer. Tout en laissant Altaïr exploser d’énergie, le jeune gars gère sa trajectoire. Il le retient un instant pour contourner quelques troncs d’arbres avant de le laisser bondir à nouveau. Il ne fait qu’un avec son cheval, malgré les branches basses, les tours, les détours, il semble collé à sa selle et ne se fait obéir que des mains et des jambes par l’étalon. Voila qu'il commence à pleuvoir, une petite pluie fine et froide qui n'arrête pas la course de l'animal.

Jubilation du cavalier quand il aperçoit le chemin à quelques dizaines de pas en dessous… et le petit troupeau qui continue sa course folle droit devant.


- yep yep !!! allez Altaïr plus vite plus vite !!!

Sourire triomphant quand ils déboulent sur le chemin à quelques enjambées du dernier animal. Sourire qui s’efface un instant. Droit devant eux à bonne portée de course un arbre est tombé et barre le passage.

Il se penche en avant, lâche pratiquement les rennes et laisse libre court à la folie de son étalon. Une battue et celui ci bondit, le cavalier décolle avec lui pour se réceptionner de l’autre côté où il reprend les rênes un sourire victorieux sur les lèvres. Petit regard en arrière avant de reporter son regard au-devant et d’écarquiller les yeux.

Il n’a pas le temps d’anticiper le saut pour un autre arbre couché en travers du chemin… il est trop assis alors qu’il devrait être penché en avant…

L’étalon saute, la réception est terrible. Aimelin perd l’équilibre et ses pieds quittent les étriers que la pluie a rendu glissants, il tombe en arrière, sa monture se dérobe sous lui, et il roule sur le chemin pour atterrir à plat ventre dans l’herbe. L’étalon surpris de ne plus sentir le poids de son cavalier calme son galop avant de s’arrêter, pour revenir à côté du jeune gars allongé, les yeux fermés, la face contre terre.




[Troyes, retour dans le présent]

"Rien d'important que l'essentiel,
Une mesure absente.
Un rien laissé à la portée
D'une vie impuissante"
Le temps d'écrire le temps d'entendre
Le temps de faire juste reconnaissance
Le temps d'entendre
Juste un peu de silence."



Ce tronc d'arbre il en souriait maintenant, et l'avait oublié, comme il avait oublié ce vide qui avait empli sa vie après la disparition de Dance. Combien de fois avait il souhaité mourir, combien de fois avait il rêvé de vivre.
Son envie de vivre avait pris le dessus avec cette décision que plus jamais aucune ne lui dicterait le chemin que doit suivre son coeur. Aimer, souffrir, détester. Combien de fois avait il résisté, combien de fois s'était il laissé emporté par le tourbillon du plaisir et des histoires sans lendemain. Certaines n'étaient plus là, d'autres l'étaient encore, faisaient parties de sa vie ou de ses amies, n'attendant rien d'autre que des moments fugaces où l'on ne pense plus à rien si ce n'est au moment qui passe à portée de nos yeux.

L'une d'elles prenait doucement le dessus sur les autres. Il luttait et se laissait aller, il pestait et adorait. Il savourait chaque moment, chaque seconde où le présent le rappelait à l'ordre. Fais attention, protèges toi, rappelles toi ta promesse de ne plus te laisser détruire par la vie qui se joue de toi. Il savourait chaque moment où leurs rires et leurs regards leur rappelaient leur non promesse. Une non demande en mariage : et ils ne se marièrent pas et n'eurent donc point d'enfants, du moins ensemble, mais ils vécurent heureux à vivre leur passion, à se mélanger et se fondre, pour ne pas que la vie les rende tristes et vides de sentiments. Ils étaient heureux dévorant le présent, les envies et le bonheur de lire tous ces non dits dans les yeux de l'autre.

Pourquoi n'arrivait elle pas à faire comme lui, à le voir ainsi et non comme un gars qu'elle respecte trop pour quoi que ce soit. Savait elle l'importance qu'elle avait pour lui. N'était il pas assez libre pour qu'elle se confie à lui. Combien de mots silencieux avait il laissé échapper ce jour là dans cette salle d'archives alors qu'elle lui parlait de cet amour qu'elle vivait, alors qu'il parlait de cet amour qu'il avait perdu. Il l'avait observé pendant qu'elle regardait dehors, au dela des toits. Il s'était approché jusqu'à la frôler de son souffle, entrouvrant pour elle la porte de sa vie qu'il avait pourtant fermée à double tour durant des mois.

Sans doute un jour voudrait il à nouveau rêver, sans doute un jour voudrait il à nouveau voir au loin et promettre, et ce jour là, il aurait sûrement peur, peur que celle qui lirait dans ses silences à ce moment là, ne voit aussi loin que lui.

Alors il vivait aujourd'hui, il prenait, il donnait, et si elle le voyait de là haut, elle devait sourire.. "souris comme j’aurais aimé te voir sourire, aimes comme j’aurais aimé pouvoir t’aimer..". Il aimait outrageusement, dévorant la vie de peur qu'elle ne le laisse à nouveau vide et creux comme ces troncs d'arbres sans vie sur le bord des chemins. Il devait elle aussi la convaincre de vivre, et elle devait l'écouter.

Terwagne_mericourt a écrit:
[En pleine tempête, le 19 juin 1459 :]

Vite, je tombe!
Est-ce que tu seras en bas ?
Est-ce que tu m'attendras ?
Pour m'emmener là où je n' sais pas,
Pour me ramener vers toi ?
Alors, vite, je tombe
Comme un pantin sans fil
Notre histoire qui défile
Je cherche ta main dans les nuages
Pour pas tourner la page...

(P. Bruel," J'te mentirais")



A Troyes elle était arrivée en quête d'oubli, de Troyes elle s'en allait en quête d'un oubli encore plus grand.

Elle était arrivée en espérant trouver auprès d'Aimelin l'oubli, elle s'en allait sans l'avoir trouvé, mais pire encore en souhaitant à présent oublier et ce qui l'avait conduite ici et ce qu'elle y avait trouvé.

Le hasard.... Jamais elle n'y avait cru! Et aujourd'hui pourtant elle se surprenait à se dire que si il existait il devait bien s'amuser à se jouer ainsi d'eux... Combien de fois les avait-il fait se croiser dans de mauvais moments? Trop!

Tout en chevauchant sur la route qui l'éloignait de lui, elle se remémora chacune de ces rencontres...

La première fois, le lieu et leurs rôles respectifs avaient empêché bien des choses, puisqu'il était témoin et elle Juge. Mais c'était néanmoins là-bas qu'ils avaient fait connaissance, en cours d'audience, par l'intermédiaire de leurs yeux se croisant, de son regard à elle se posant sur sa main à lui enserrant étrangement un anneau. Une audience que jamais elle n'oublierait...

Ensuite il y avait eu ces lettres... Toutes ces lettres qu'ils avaient échangées en attendant de pouvoir se croiser un jour, au détour des chemins que la vie leur avait fait prendre à chacun.

Après, il était venu en Lyonnais-Dauphiné, là où elle-même vivait, mais elle ne s'y trouvait pas... Elle qui y était restée attachée par des obligations ducales durant des mois venait tout juste de prendre la route vers le Berry, en compagnie de Kernos, Kernos qui faisait battre son coeur. Rendez-vous raté, plaisanterie du hasard peut-être...

Et puis, il y avait eu la Salle d'archives de la Cour d'Appel... Cette salle où elle l'avait emmené en riant, comme on le fait avec un ami, et où tout avait réellement basculé en elle.

Quelques heures avant encore elle était persuadée que le seul homme qui compterait jamais à ses yeux était Kernos Rouvray, qu'ils avaient partagé et combattu tant de choses ensemble que leur amour ne craignait rien ni personne, qu'il était plus fort que les hommes, plus fort que la vie elle-même. Et pourtant... Pourtant elle était ressortie de cette salle d'archives remplie de chagrin, de tristesse, de remords, de culpabilité.

Il ne s'était rien passé de condamnable par la morale, loin de là, juste dans son coeur à elle, mais plus encore dans son sang, ce sang qui s'était mis à bouillir au moment où elle l'avait senti si proche d'elle, dans son dos, son souffle caressant la peau tiède de sa nuque... Pour la première fois depuis des mois elle avait oublié durant quelques minutes l'existence de Kernos, ne pensant plus à rien d'autre qu'au trouble qu'Aimelin venait de faire naître en elle.

Alors elle avait mis fin au tête-à-tête, juste au moment où elle aurait juré que de son côté Aimelin n'aurait pas tardé à l'embrasser si elle n'avait pas soudainement parlé de son amour pour un autre.

Elle était rentrée en Lyonnais-Dauphiné, avait poussé au fond de sa tête le souvenir de ce souffle la caressant, la troublant, le souvenir de la vue des toits de Paris dont la vision avait été voilée par la fièvre aussi subite qu'incontrôlable qu'elle avait ressentie dans cette salle d'archives, et avait mis tout cela sur le compte de la fatigue, de la chaleur, d'un égarement passager mais pour lequel elle demanda chaque jour au Très-Haut de la pardonner.

Rien d'étonnant donc dans le fait qu'après avoir quitté Kernos, dans sa tentative de l'oublier au plus vite pour ne plus saigner, ce fut vers Aimelin qu'elle eut envie de courir... Courir se jeter dans ses bras pour oublier, certaine que le trouble serait de nouveau là, que la fièvre emporterait tout, au moins pour quelques jours, quelques semaines, ou même quelques heures seulement. Qu'importait? Il avait eu envie d'elle dans cette salle d'archives, elle en était certaine, ce désir elle l'avait elle aussi ressenti, et il n'y avait qu'à y succomber pour oublier la douleur.

Sauf que ce satané hasard qui n'existait pas, ou peut-être que si, en avait décidé autrement... Cette rencontre-ci non plus ne tomberait pas au bon moment!

Si jadis c'était son coeur à elle qui à chaque fois avait été occupé par un autre lorsque Aimelin avait croisé sa route, aujourd'hui c'était l'inverse. Dans le coeur d'Aimelin, il y avait une autre... Une autre que Terwagne appréciait au plus haut point, et qu'elle ne voulait pas faire souffrir... La jolie Alienor.

Bien entendu Aimelin ne comprenait pas pourquoi Terwagne était soudain si distante, si froide, si triste par instant... Bien entendu Alienor ne comprenait pas non plus... Ne comprenaient-ils pas, ou refusaient-ils de comprendre?!?! Terwagne eut soudain la certitude qu'ils refusaient de comprendre! Que lui feintait de ne pas comprendre ce qu'elle ne parvenait pas à lui avouer, que lui...

Oh, lui!

Comme elle se surprenait à l'envoyer au diable par instants, tout en espérant qu'il l'entraine avec lui dans sa chute vers le feu et le néant! Le feu! Le feu qui la brulait!

Alors elle se mit à éprouver de la colère, une colère de "Tempête", qui ne fit que s'accentuer lorsqu'elle comprit que le voyage ensemble qu'Alienor lui avait proposé de faire était en fait un voyage à trois... A trois, comme tous ces moments en taverne qui lui donnaient à elle l'envie de hurler contre elle-même, l'envie de s'en aller loin de lui, loin du trouble, loin de l'envie, loin de la culpabilité, loin de la peur de faire souffrir et de souffrir elle-même qui lui empoisonnait les pensées à chaque instant.

Mais Aimelin ne comprit pas, Aimelin lui parla de sa décision de vivre au jour le jour, sans promesse, et du fait qu'Alienor aussi vivait comme cela... Ne voyait-il pas que même sans promesse il est des liens et des attaches que l'on se doit de respecter? Il est des chaînes qu'on se met sans leur donner de nom mais qu'on ne brisera pas sans faire de mal.

Terwagne eut brutalement la certitude de leur servir à tous deux de garde-fou, de barrière de sécurité, et elle s'en expliqua avec lui autour d'un verre, avec elle dans une longue lettre qu'elle lui adressa, une longue lettre à laquelle la jeune fille ne dut rien comprendre au fond..


Citation :
Chère Alienor,

Avant toute chose je tiens à vous dire que j'espère que vous me pardonnerez le temps mis à vous répondre, mais plus encore ma réponse négative. Ma réponse négative, oui, vous avez bien lu, puisque je ne vous accompagnerai pas lors de ce voyage.

Pourquoi? Sans doute pour la même raison que celle qui fait que j'ai beaucoup de mal à vous répondre : ma déception en lisant votre lettre! Cette impression que l'on se joue de moi! Que l'on me croit trop idiote ou naïve pour avoir compris depuis le premier jour.

Lorsque votre missive m'est parvenue, et que j'ai pris connaissance de son contenu, je dois bien vous avouer que ma première réaction a été la colère et le dégoût. De la colère envers vous, vous que j'apprécie pourtant énormément, sachez-le, et dont je voudrais m'expliquer.

De quoi cette colère est-elle née? D'apprendre que vous aviez déjà un partenaire de voyage, et plus précisément cet homme qui... Cet homme dont je n'ai pas envie de parler, vous m'excuserez.

Je vous en ai voulu, oui, non pas du fait que vous comptiez voyager en sa compagnie, loin de là même, mais bien du fait que lorsque nous avons commencé à parler de voyage vous et moi, lorsque vous m'avez dit être tentée par le fait de voyager ensemble, vous ne m'avez peut-être pas réellement menti, mais en tous cas vous m'avez fort bien tu, caché, consciemment ou inconsciemment, que vous envisagiez de voyager en sa compagnie.

Oui, dès le départ, vu votre silence le concernant, j'ai cru que vous comptiez voyager seule, tout comme moi, et que votre proposition consistait donc en votre compagnie à vous, pas la vôtre à tous deux.

Aussi, en l'apprenant de votre plume hier, juste au lendemain d'une énorme dispute que j'ai eue avec lui, ais-je perçu cela comme un piège! Comme un mensonge depuis le départ!

Si j'avais su dès le premier jour que ce voyage dont vous parliez serait en sa compagnie, je vous aurais de suite dit "non merci". Là j'ai eu l'impression d'un mensonge par omission parfaitement voulu et décidé de votre part et de la sienne.

Je ne veux pas voyager avec vous et Aimelin! Je n'en ai pas la moindre envie, pardonnez-moi ma franchise.

Pourquoi, me direz-vous, avec ce faux air innocent qu'il prend lui aussi... Parce que si je désire quitter cette ville, c'est justement pour quitter cette position qui est mienne en ce moment entre vous deux! Cette impression infernale de vous servir à tous deux de garde-fou, de protection, de bouclier.

Ouvrez les yeux, Alienor! Vous vous servez tous deux de moi pour vous faire croire que vous vivez au jour le jour, que vous n'êtes pas en train de vous attacher, que vous êtes bien libres! Lui se sert de ma présence pour se rassurer, se dire que non, il n'est pas encore réellement amoureux de vous, puisqu'il désire ailleurs... Vous, vous vous servez de ma présence et de la relation trouble qui nous unit lui et moi pour tenter de prouver aussi bien à lui qu'à vous que vous n'êtes pas jalouse, que vous n'êtes pas non plus encore amoureuse au point de craindre la présence d'une autre qui le trouble et le fait rêver par instant.

Et moi?! Moi je me sens comme l'outil de votre refus de voir la vérité! Je me sens comme quelqu'un ou plutôt quelque chose dont vous vous servez en vous imaginant qu'elle ne s'en rend pas compte.

Je vous apprécie beaucoup, vraiment, tout comme j'éprouve de nombreux sentiments à son égard à lui, et je vous souhaite de vivre des tonnes de moments heureux, de profiter ensemble de ce que la vie vous offre, mais je refuse de vous laisser vous servir de moi!

Je m'en vais donc seule, ou en compagnie d'autres, peu importe, mais le plus rapidement possible, et ce afin de fuir cette position, pour oublier que... pour sauvegarder en moi mon amitié pour vous et mon affection pour lui.


Qu'Aristote veille sur vous et que votre route soit remplie de bonheur.

Terwagne


La suite?

Qu'importait pour l'heure la suite? Dans l'immédiat, il n'y avait pas de suite, juste la fuite...

La fuite !
La quête de l'oubli !

La haine du hasard qui une fois de plus avait fait leur route se croiser sur un noeud.
Un noeud à trois voies...

Mais peut-on haïr quelque chose dont on ne croit pas en l'existence?
Bien sur que non, c'est absurde!

Absurde comme d'apprécier celle qu'on se surprend soudain à envier...

Absurde comme de vouloir oublier qu'on a senti la vie nous frôler et nous donner envie de la saisir à bras le corps et le coeur...

Absurde comme de passer sa propre main sur la peau de sa nuque pour y marquer l'emprunte d'un souffle qu'on regrette d'avoir senti et qu'on voudrait tout à la fois sentir à nouveau...

Absurde comme de se mordre la lèvre alors qu'on voudrait y sentir le goût du péché... Encore et encore...

Absurde comme de croire qu'on ne vous oubliera pas...


Kernos l'avait déjà oubliée. Preuve en était que si il l'avait cherchée, il l'aurait trouvée. Il savait depuis toujours que jamais elle ne quitterait la Cour d'Appel, et depuis un mois et demi à présent qu'elle s'en était allée de sa vie il avait largement eu le temps de venir à Paris.

Kernos ne la cherchait pas.
Kernos l'avait oubliée déjà.

Aimelin l'oublierait lui aussi.

Même la mort l'oubliait quand elle descendait sur terre pour se rassasier.



Dernière édition par Aliénor le Mar 31 Jan - 13:06, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://jardinsecret.forums-actifs.com
Aliénor
Admin
avatar

Messages : 1969
Date d'inscription : 02/03/2011

MessageSujet: Re: [RP ouvert] Quand le hasard n'est pas de la partie.   Jeu 26 Jan - 15:23

Alienor_vastel a écrit:
[Troyes, le 19 juin - Stupeur et incompréhension]

"Qu'est-ce qui te fait
Courir après
Un autre toi-même
Pour que tu t'aimes
Qu'est-ce qui te fait nager
Contre le sens du temps
Pour au fond patauger
Dans le contre courant"
J.L. Aubert - "Juste une illusion"



Non, Aliénor ne la comprenait pas, cette lettre. Sans doute parce qu'il lui manquait des pièces du puzzle, qu'elle n'avait pas tous les éléments en main.

Oh bien sûr, elle avait bien noté les phrases inachevées, les points de suspension, ceux qui justement mettent en suspend les mots qu'on ne veut pas écrire, ceux qu'on ne veut pas exprimer. Mais elle n'avait pas su les déchiffrer. Et ce n'était pas les discussions qu'elle avait pu avoir avec Terwagne qui l'éclairaient. Elles n'avaient jamais eu l'occasion de parler seule à seule, à y bien songer, il y avait toujours eu quelqu'un avec elles. Et quand après quelques soirées avec elle et Aimelin, la petite blonde avait eu l'impression que sa présence les empêchait, consciemment ou non, de se parler naturellement, elle s'était faite discrète, se rendant dans une autre taverne ou tournant les talons pour rentrer chez elle lorsqu'elle les apercevait seuls. Parce qu'elle savait l'affection profonde du jeune homme pour Terwagne, qu'elle le savait peiné de la voir triste, qu'elle appréciait sincèrement la jeune femme et qu'elle pensait qu'à lui peut-être, en tête à tête, elle se confierait.

Etait-ce pour cette raison que Terwagne imaginait que la blonde adolescente tentait de se prouver qu'elle n'était pas jalouse du lien qu'il y avait entre eux ? Alors qu'elle ne faisait que preuve d'effacement afin qu'ils puissent justement se parler à coeur ouvert, sans devoir retenir ce qu'ils avaient envie de se dire, ce qu'ils devaient se dire, du fait de la présence d'une tierce personne. De sa présence à elle. Naïveté et insouciance, surement.
Jalouse... l'idée la faisait sourire. Il faut promettre, imaginer loin devant, rêver un avenir ensemble, pour craindre que quelqu'un ne vienne tout détruire, volontairement ou non. Et justement elle ne construisait rien, pas sur le long terme en tout cas, et elle vivait simplement le présent, intensément, profondément, passionnément, sans rien attendre d'autre sur l'instant que le bonheur des moments qu'ils passaient ensemble.

Alors non, elle ne la comprenait pas, cette lettre.

Quant à penser qu'elle, qu'ils aient sciemment souhaité sa présence avec eux pour ne pas se retrouver seuls tous les deux... Ils avaient déjà parlé de ce voyage qu'ils comptaient entreprendre, la petite blonde avait d'ailleurs proposé à Coline de venir avec eux, et son amie avait accepté. D'autres viendraient peut-être, au gré des rencontres, ils n'avaient pas l'intention de rester dans une bulle, mais au contraire de s'ouvrir aux autres. Ils en avaient même ri, se disant qu'ils trouveraient de toute façon toujours des moments à eux.

Vraiment non, elle avait beau lire et relire, elle ne la comprenait pas, cette lettre.

Mais il lui fallait répondre, non pas se justifier, mais tenter de lui expliquer qu'elle avait tort, qu'elle n'était pas ce garde-fou, cette protection, ce bouclier qu'elle croyait être pour que l'adolescente se refuse à voir ce qui de toute façon était clair pour elle.


Citation :
Chère Terwagne,

Je viens de recevoir votre missive, et je dois avouer que j'ai dû la relire à plusieurs fois, tellement j'en ai été interloquée, stupéfaite. Pas de votre réponse négative, mais des raisons que vous en donnez.

Peut-être n'ai-je pas été claire ce soir-là, peut-être ne vous ai-je pas dit que ce voyage, je ne comptais pas l'entreprendre seule, honnêtement je ne m'en souviens plus. Je ne vous ai rien caché, volontairement du moins. J'ai simplement profité du fait que vous aviez annoncé souhaiter partir pour vous proposer que nous voyagions ensemble, spontanément et sans arrière pensée aucune, je puis vous l'assurer.
J'avais déjà demandé peu auparavant à une amie de se joindre à nous également, ce qu'elle avait accepté, je dis "je" en pensant "nous", manque d'habitude de penser au pluriel.

Je ne cherche pas à me justifier, soyez assurée néanmoins que jamais il n'y a eu manigance derrière ma proposition, quelconque piège ou volonté de vous taire quoi que ce soit, que ce soit conscient ou non. Lui ne savait rien de ce que je vous ai proposé, je ne lui ai dit qu'après. Si j'ai été maladroite et vous ai blessée, croyez bien que j'en suis vraiment désolée et que ce n'était nullement mon intention. Sans doute suis-je trop naïve, trop impulsive, et n'ai-je pas compris les raisons qui vous poussaient à partir, à fuir même, je vous remercie de me les avoir expliquées. Il semblerait que je ne sache pas si bien écouter que ça, au final...

Petite moue dépitée de la jeune blonde, Terwagne était une énigme pour elle, légère, enjouée, jusqu'à ce qu'un mot, une phrase prononcée n'éclipse son regard sans que l'on sache pourquoi. Ou ne la fasse comme fuir, laissant Aliénor perplexe quant à ce qu'elle avait pu dire de mal. Là aussi elle ne comprenait pas, et plus cela allait, plus elle regrettait de n'avoir pu parler seule à seule avec elle. Peut-être alors se serait-elle ouverte, aurait-elle laissé derrière elle un peu du mystère qui l'entourait aux yeux de l'adolescente. Ou pas...

Terwagne... ses regards parfois, qui se voilent et dont l'expression alors lui rappellent tellement celui, mordoré, de sa mère. La fuite de cette dernière en Alençon, pour oublier. Et sa fuite ultime, pour un oubli définitif...
L'oubli... était-ce ce que la jeune femme était venue trouver à Troyes ? Elle n'en avait jamais parlé ouvertement devant elle. La jeune blonde avait bien deviné qu'elle n'était pas venue par hasard, qu'il y avait quelque chose qu'elle fuyait, à quoi elle voulait échapper. Mais elle ne l'a jamais exprimé, pas en sa présence tout du moins et Aliénor n'avait pu que conjecturer. Des non-dits qu'elle arrivait à comprendre chez Aimelin parce qu'ils étaient à l'unisson des siens mais qui la laissaient désorientée venant de Terwagne.

La plume continua sa course légère sur le vélin.


Citation :
Je ne chercherai pas à vous faire revenir sur votre position, vous avez déjà votre conviction. Je ferai une bien piètre avocate, voyez !
Permettez-moi simplement de vous dire que vous avez tort. Tort de penser que votre présence me sert d'excuse pour refuser de reconnaître que je suis attachée à lui ; je le suis, je le sais et le savais même avant que vous ne veniez le rejoindre, avant même de connaitre la relation qui vous unit.

Sans doute allez-vous me trouver directe, peut-être allez-vous m'en vouloir encore, mais vous ne savez rien de moi, de ce que j'ai pu vivre jusqu'à présent, des exemples que j'ai eu sous les yeux, vous me jugez, vous croyez savoir ce que je pense sans me connaître vraiment. Pourquoi refuserai-je de reconnaître, de m'avouer que je suis bien avec lui ? Se vouloir libre ne signifie pas ne pas se rapprocher, mais ne rien se promettre, parce que la vie est si fragile et peut reprendre brutalement et violemment ce qu'elle a donné. Est-ce refuser de voir la vérité que de ne pas vouloir envisager demain pour vivre pleinement le présent ? Il y a plus de vie et de bonheur à savourer l'instant qu'à attendre ce qui ne viendra peut-être jamais...

Je vous le dis honnêtement, avec toute l'amitié sincère que j'ai pour vous, des coups j'en ai reçus, certainement davantage que d'autres de mon âge, je m'en suis toujours relevée, riche de ce que j'en ai appris et décidée à ne pas refaire les mêmes erreurs, et je n'ai nul besoin d'un bouclier pour m'en préserver. Je les affronte, "avec honneur et courage" ainsi que me l'avait demandé ma mère dans sa dernière lettre, et je continuerai ainsi. Et les yeux grands ouverts ! Parce que je ne veux pas fermer les yeux et laisser passer des moments de bonheur que je n'aurai pas vus. Des êtres que je chérissais ont fermé leurs yeux, ils en sont morts. Moi je veux vivre.

Plume en suspend... Que lui avait-il fallu pour prendre conscience de ce qu'elle venait de coucher sur ce vélin ? Du temps, de la colère, et surtout, une lettre au fond d'un coffre, qui l'attendait à Compiègne, la dernière d'une mère à sa fille...

Pourquoi Aliénor lui racontait-elle ça d'ailleurs ? S'ouvrir un peu, laisser entrevoir un peu de sa vérité. Si elles étaient face à face, Terwagne lui répondrait peut-être qu'elle cherchait ainsi à se persuader elle-même, à se rassurer. Alors qu'il serait si simple de dire que si demain tout s'arrêtait, au moins en aurait-elle bien profité, au moins n'aurait-elle pas laissé passer sa chance d'être heureuse pour le temps que ça aura duré.

Hésiter à déchirer cette page, puis finalement poursuivre...


Citation :
Pardonnez cette tirade sur les raisons qui me font accepter ce que la vie peut m'offrir, et dans laquelle au demeurant je n'essaie que de vous expliquer qu'en aucun cas vous n'êtes à mes yeux ce que vous ressentez être. Non, je ne me sers pas de vous pour me taire à moi-même ce que je peux éprouver, puisque je le sais déjà. Je vous considère comme une amie, de celles que l'on a envie de connaitre mieux, de celles avec qui l'on a envie de partager, d'échanger, je suis heureuse à vous écouter parler, inquiète lorsque votre regard se voile, et c'est la seule et unique raison qui avait poussé ma proposition.

Puisque vous préférez partir seule, si les mots que je viens de vous écrire ne vous font pas changer votre décision, je ne puis plus que vous dire que je le regrette. Votre amitié m'est précieuse, j'espère qu'elle restera...

Que le Très Haut vous protège et veille sur vous.

Aliénor

Une hésitation, une longue hésitation... Ne s'était-elle pas laissée emporter en voulant répondre aux arguments présentés par la jeune femme, sans essayer de comprendre qu'il pouvait y avoir autre chose derrière ?
L'être humain réagit par analogies, il compare avec des situations qu'il connaît. Et malgré ce qu'elle avait vécu, l'adolescente devait bien se reconnaître désarmée face à la réaction de Terwagne. Elle se sentait d'une certaine façon responsable de son départ, de sa tristesse, de sa colère. De sa fuite.

Et elle doutait. Sa lettre ne serait-elle pas qu'un cautère sur une jambe de bois ? Ou pire encore ?...

Parce qu'il restait ces points de suspension qu'elle n'arrivait pas à déchiffrer...

Terwagne_mericourt a écrit:
[Quelque part en Champagne, 23 juin 1459 :]

Et j'apprendrai les souffrances
Et j'apprendrai les brûlures
Pour le miel d'une présence
Le souffle d'un murmure
(...)
Tout mais pas l'indifférence
Tout mais pas ce temps qui meurt
Et les jours qui se ressemblent
Sans saveur et sans couleur

(J.J. Goldman)

Toutes les routes mènent-elles à Paris? Peut-être, oui...

Dans tous les cas, ce qui était certain c'est que dans l'état d'esprit où elle se trouvait Terwagne avait surtout l'impression que toutes les routes se ressemblaient et que toutes menaient à tout sauf à l'oubli.

L'oubli!
Mais où se cachait-il?
Elle aurait donné cher pour le savoir!
Aurait abandonnés écus, titres, fonctions, terres, robe de juge même, si elle avait eu le moindre espoir que cela lui permette de trouver en quel endroit se cachait l'oubli. Mais d'espoir elle n'avait plus, de repos non plus, et d'échappatoire guère plus.

Elle qui quelques jours plus tôt parvenait encore à trouver quelque répit en se noyant dans le travail, voila qu'à présent elle n'y parvenait même plus.

Certes elle lisait les dossiers, écoutait les témoins, menait les débats en table ronde des officiers, donnait ses avis sur les propositions de verdicts, était partout et tout le temps, omniprésente mais pourtant profondément absente... Jamais vraiment là, jamais vraiment concentrée, jamais vraiment elle!

Son corps était là, son cerveau était là, mais son âme...

Avait-elle seulement encore une âme? Elle commençait à se le demander certaines nuits, quand le sommeil l'abandonnait une fois de plus pour laisser la douleur et le vide se la disputer jusqu'au lever du jour.

Indifférente! Voila ce qu'elle devenait!

Indifférente aux lieux, aux heures, aux routes, et même aux gens! Elle se surprenait à écouter les témoignages en fixant ceux qui les faisaient comme si il s'était agi de vulgaires pantins de bois sans vie, sans histoire, sans intérêt... Elle se surprenait à ne plus leur apporter la moindre importance, à ne plus penser qu'ils étaient des hommes, des femmes, des êtres faits de chaire et de sang, mais surtout d'émotions et de vie.

Elle n'avait plus rien de la Terwagne qui fixait les mains ou les yeux des témoins en salle d'audience pour essayer de comprendre qui ils étaient, ce qu'ils ressentaient, ce qu'ils avaient vécu... Elle était devenue une fonction, et plus rien d'autre!

Elle n'avait plus envie de s'intéresser aux gens, plus envie de donner, plus envie de prendre, plus envie de recevoir... Plus non plus envie de comprendre, ni d'être comprise.

C'est dans cet état d'esprit bien précis qu'elle se trouvait lorsque plongeant sa main dans sa besace pour y chercher le substitut de chaleur qu'était devenue pour elle sa fiole de calva, elle tomba sur la lettre d'Alienor, reçue quelques jours plus tôt.

Alienor...
Chère Alienor...

Comment pourriez-vous comprendre ce qui m'échappe à moi-même?
Comprendre cette femme que je suis devenue et que je ne comprends plus moi-même?
Comprendre cet être d'indifférence qui n'est pas moi et gomme celle que j'étais, jusque dans ma colère?

Soyez heureuse, Alienor!
Soyez vivante!

Et qu'importe que celle qui a pris ma place vous comprenne ou pas?
Qu'importe que vous la compreniez?

Décidée à lui répondre dans ce sens, l'ombre de Terwagne entra dans une taverne, n'importe laquelle, et demanda de quoi écrire, ainsi qu'une bouteille de calva.



Aimelin a écrit:
[Sainte Ménéhould, Moulin fournil de la Rivière, le 26 juin]

"Sans drame, sans larme
Pauvres et dérisoires armes
Parce qu'il est des douleurs,
qui ne pleurent qu'à l'intérieur
Puisque ta maison, aujourd'hui c'est l'horizon
Dans ton exil, essaie d'apprendre à revenir
Mais pas trop tard…"
(J.J. Goldman - puisque tu pars)




Les yeux gris s'étaient perdus sur le torrent dont le doux clapotis de l'eau contre la roue du moulin, accompagnait la lente ondulation de la frêle embarcation de bois attachée au petit ponton sur lequel il se trouvait.

Des yeux qui fixaient la rive opposée, pensant à ces galets quelque part, qui avait ricoché et défié le courant pour aller se poser sans mal sur l'autre berge. Ce moulin que la mère Léonie leur avait cédé pour quelques centaines d'écus et que May avait fait découvrir à Aime ce matin de début septembre 55. Leur moulin, leur maison… là où personne ne viendrait leur chercher problèmes. Cette bâtisse où il avait si souvent parlé, rit, murmuré, aimé.
Un voile descendait lentement sur ses yeux tandis que le petit vent qui soufflait faisait danser ses quelques mèches folles, un peu comme des petites flammes parfois calmes et puis reprenant un peu plus d'ardeur la seconde d’après. Il ferma les yeux quelques secondes pour chasser ce visage dont le sourire oppressait son cœur. Une chevelure brune, des yeux couleur noisette et un sourire permanent, devenu bien trop rares les dernières semaines de cette année 55. La fatigue, la lassitude, les tourments. Bien des personnes s'étaient acharnées sur elle, sur eux, comme s'il dépendait de leurs vies que le jeune couple ne puissent vivre en paix. Comme il les avait haïs de toutes ses forces, de toute son âme.

Après la disparition de Mayane et des jumeaux, et à son retour de ces quelques jours d'une chasse à Torras infructueuse, il était revenu dans ce moulin fournil de la rivière, il avait gardé la taverne de "La Famille" et y passait ses journées, essayant d'oublier le vide qui faisait échos à ses pensées. Comme il était étrange, que des qu'il posait les pieds à Sainte, tout ce passé revenait au galop. En décembre 56 il avait eu du mal à venir au Moulin et n'était resté que deux journées au village. Aujourd'hui, il se sentait la force de faire face à ces fantômes du souvenir. Il était entré dans la bâtisse, était monté à cet étage et avait ouvert en grand les fenêtres pour y laisser entrer la vie. La Léonie et son époux s'occupaient régulièrement de la bâtisse, et tout était en ordre, le temps semblait s'être seulement arrêté.

Il abandonna le ponton et fit demi tour, se dirigea vers l'arbre et vers ce coin d'herbe, où une petite croix de fer gravée de trois étoiles était plantée au milieu de quelques fleurs. Les yeux rivés sur les étoiles, il s'agenouilla, murmurant.


le moulin n'a pas changé tu as vu ? je te promets de toujours le garder et le faire entretenir.
Peut être un jour, résonnera t il de rires et de voix d'enfants.
je vous aime par delà le temps


Aurait il le même courage de retourner sur cette petite tombe dans ce cimetière qui borde le chemin qui mène vers les bois, à la sortie de Pau. Il ferma les yeux quelques instants avant de se relever et de se tourner face à la bâtisse. Il était des endroits où il aimait venir et revenir, où il aimait aller respirer cette odeur du passé qui l'aidait à vivre malgré tout, qui l'aidait à avancer… et ce moulin faisait partie de l'un de ces endroits chers à son cœur.

Un regard vers Altaïr qui avait cherché la fraicheur de l'ombre avant de se diriger vers lui, d'ouvrir une fonte pour en extirper quelques parchemins, de l'encre et sa plume, et de retourner vers le ponton, à cet endroit sous le grand hêtre dont il aimait à profiter de l'ombre.
Il s'adossa contre le tronc et entreprit de rédiger une missive à une jeune femme partie sans mot dire, et qui ne sortait pas de son esprit, comme ces rares personnes chères à son cœur, et qu'il n'avait pas envie de voir s'évanouir dans les méandres d'une vie parfois bien trop compliquée.

Sa plume glissa lentement, hésitante, cherchant les mots justes, ceux qui lui donnerait envie de les lire.


Citation :
Sainte Ménéhould, le 26 juin 1459

Terwagne,

Ma plume me rappelle souvent à l'ordre afin de vous donner nouvelles, mais surtout afin d'en prendre. Depuis ce jour où vous êtes partie je ne cesse de penser à nos discussions, à nos rires et nos confidences, mais je ne vois que vos larmes et votre départ de cette taverne en nous promettant de ne pas oublier l'autre et de penser à lui.

Je tiens mes promesses et ne vous oublie pas, comment le pourrais je. Vous êtes l'une de ces rares personnes à laquelle mon coeur s'est attachée que vous le vouliez ou non. Ne pas vouloir voir les lendemains n'empêche pas le coeur de s'attacher aux personnes, aux lieux, à tout ce qui fait une vie. Aliénor m'a parlé de votre lettre avec un petit voile de tristesse devant les yeux. Nous aurions tant aimé sincèrement, que vous veniez avec nous, que vous puissiez vivre et profiter de ce présent comme nous le faisons, que vous nous fassiez encore rêver par vos mots, dans une course à la vie qui parait toujours bien trop courte.

Je pensais vous faire retrouver le sourire, je n'ai su que faire naître vos pleurs, incapable que j'ai été de vous donner toutes ces choses sans vous faire souffrir. Peut être que la vie me donnera tort un jour, et ce jour là mes larmes noieront l'encre sur mes parchemins. Mais une chose est sûre, je ne veux pas vous perdre, je ne veux pas perdre ce lien indéfinissable qui nous unit depuis cette discussion dans cette salle d'archives.

Il est des moments rares que l'on garde jalousement en soit, des moments que le temps n'efface pas malgré les sales coups qu'il peut nous faire. Je voudrais que vous vous rappeliez nos discussions et que nous puissions les continuer avec cette complicité qui fait que votre présence dans ma vie m'est aussi nécessaire pour vivre et avancer. Comment accepter que vous en sortiez alors que je vous ai ouvert les portes de ce passé qui me fait souvent me replier sur moi même. Le passé, le présent, tout ce qui fait que demain se construit au fil des jours.

Je ne sais si un jour vous me pardonnerez ces larmes que je n'ai pas su empêcher, mais je peux vous assurer que ce lien qui nous relie indubitablement ne cessera jamais d'être là pour moi. Je pense à vous, je m'inquiète de savoir si vous allez bien. Et quoi que vous disiez, quoi que vous fassiez, quels que soient vos silences, vous ne sortirez pas si facilement de ma vie et de mon coeur, où rares sont les personnes à y avoir pris place tranquillement.

Vous savez qu’Étampes vous est ouvert autant que vous le désirez, et si vous regardez au loin ces falaises, vous y verrez un petit bout de terre ferme sur lequel vous pourrez poser les pieds sans crainte de tomber.

Mon messager vous trouvera afin de vous porter ces mots que ma plume a couché pour vous sur ce parchemin.


l'ébouriffé

Ne jamais remettre à demain, ce que l'on a envie de faire dans l'instant. Regard qui parcourut à nouveau les mots et les phrases avant de se poser sur l'eau qui courait elle aussi, descendant chantante vers le lac afin d'y devenir bien plus paisible. Il espérait juste qu'elle lise ses mots écrits avec son coeur, qu'elle sache qu'il pensait à elle et ne l'oubliait pas.

Le messager envolé il repartit vers la bâtisse, avec l'envie de voir tourner à nouveau la roue et d'entendre le chant du grain qui s'écrase sous son passage.


Terwagne_mericourt a écrit:
[Sainte Menehould, 4 juillet 1459 :]

"Comme un fantôme qui se démène
Dans l'aube abîmée sans épiderme
Et nul n'a compris
Qu'on l'étreint à demi et...
Et nul n'a surpris son cri :
Recommencer sa vie,
Aussi.

Redonne-moi,
Redonne-moi l'autre bout de moi
Débris de rêves, le verre se fêle
Redonne-moi la mémoire de ma...
Peut être sève ? Peut être fièvre ?"

(Mylène Farmer)


Un sol poussiéreux qu'on devine à peine sous les couches de tissus le jonchant, des murs jaunis par les ans et portant les traces des cadres qui jadis ont du les décorer mais ont fini par les quitter, un silence uniquement brisé par le murmure des étoffes remuées dans le coin de la pièce, un air encombré par le mélange d'odeurs où l'on discerne deux notes plus fortes, celle de l'essence de giroflées et celle du calva... C'est à peu de choses près ainsi que l'on pourrait décrire la chambre d'auberge occupée par celle dont le reflet se promenait dans la vitre depuis quelques minutes.

Quittant le carreau, le reflet alla se poser dans la glace trônant sur la vieille commode qui devait avoir vu passer son lot des voyageurs elle aussi.... Reflet d'une silhouette fine, aux formes portant les séquelles des longues périodes de jeûne que sa propriétaire lui avait infligée, persuadée qu'elle était alors que de faire souffrir son corps rendrait moins pénible les douleurs de son âme.

La dite propriétaire s'arrêta et posa son regard sur l'image de ce corps qui était sien, le faisant glisser le long de son cou, parcourir son épaule gauche - qu'elle trouva bien osseuse - commencer à descendre vers sa clavicule, puis s'interrompit brusquement. Descendre vers son sein? Pourquoi faire? Pour se rendre compte qu'il n'avait plus la rondeur de jadis? Que sa peau là aussi était devenue terne, presque transparente? Que même son extrémité autrefois si arrogante semblait vouloir se faire discrète elle aussi? A quoi bon?

Et pourtant, le regard finit par glisser, caresser ce sein qui n'en a plus que le nom selon la femme à qui il appartient, en dessiner le contour, avant de plonger vers le ventre qui se résume à un léger creux barré de deux signatures laissées par des lames du passé... Le passé... Satané passé! Pourquoi diable faut-il encore et toujours qu'il revienne à la charge? Pour la torturer encore et encore? Pour lui rappeler qu'aussi difficile fut-il par moments il était malgré tout la vie, et non juste la survie?

Le reflet disparait... La glace est désertée...

Terwagne se dirige vers la table, attrape la fiole de calva laissée là quelques instants plus tôt et laisse couler entre ses lèvres une bonne partie de ce qu'elle contient encore, en fermant les yeux. Comme si fermer les yeux permettait au poison de mieux vous pénétrer...

Lorsqu'elle les rouvre, elle secoue la tête, dans un geste rageur, une lueur de détermination soudaine sur les lèvres, et se dirige à nouveau vers la glace, posant cette fois non pas simplement son regard sur le reflet mais également ses mains sur l'original, touchant cette peau qu'elle hait d'être devenue si froide, si grise, tentant de se trouver quelque attrait, pivotant sur elle-même, se consolant en se disant que d'autres doivent avoir encore moins de formes qu'elle-même, que sa poitrine n'est pas si menue au final, que ses hanches sont encore bien dessinées, que... Qu'il est encore temps de se vêtir et d'aller se rassurer dans le regard d'inconnus, à défaut de pouvoir le faire dans celui de ceux qui vous ont oubliée alors que vous les aimiez, alors que vous aviez tant besoin d'eux, alors que leur seul regard vous faisait exister, trembler, ressentir, vibrer, désirer, être vivante!

Quelques minutes plus tard, plusieurs robes essayées et jetées à nouveau sur le sol, l'une d'entre elles enfilée et gardée au motif qu'elle est rouge et donne l'illusion de la vie, Terwagne se dirige vers la porte de sa chambre et l'ouvre pour se rendre en taverne.

C'est en descendant l'escalier qu'elle croise le messager mandaté par celui dont elle reconnait immédiatement l'écriture... Aimelin...

Elle ne sait que trop bien que si elle lit cette lettre elle n'ira pas en taverne ensuite, restera enfermée avec son chagrin, se retiendra de courir vers lui pour lui dire tant de choses qu'elle préfère garder secrètes, jalousement, de peur qu'ils ne les comprennent pas à leur juste valeur. Ils... Eux...

Elle pousse la lettre dans sa besace et s'éloigne, ignorant que dans cette taverne elle va le croiser... Elle va les croiser...


Terwagne_mericourt a écrit:
[Sainte Menehould, 13 juillet 1459 :]

A deux pas d'ici, j'habite. Peut-être est-ce ailleurs?
Je ne reconnais plus ma vie, parfois je me fais peur.
Je vis dans un monde qui n'existe pas.
Sans toi je ne suis plus tout à fait moi
( ... ... ... )
Les mots doux de velours, je ne les crie plus.
Et le sens de l'humour, je l'ai perdu.
Comment fait-on l'amour? Si j'avais su...
J'ai tout oublié, quand tu m'as oublié.

(Marc Lavoine)


Après la pluie le beau temps...

D'un point de vue extérieur, on aurait certes pu décrire de la sorte la relation "Aimelin-Terwagne", puisqu'après les tensions, les non compréhensions, les excès en tous genres de part et d'autres - surtout de sa part à elle - les sorties-fuites de taverne en présence de l'autre, les regards qui en disent long sur les sentiments teintés de déception ou encore de jalousie lorsque ivre elle batifolait avec n'importe qui - pour ne pas dire n'importe quoi - leurs rencontres étaient à présent faites d'amabilité, de sourires, de simplicité... Terminées les soirées où l'on s'évite, où l'on se lance des regards froids et des mots tout aussi glacés... Retour à une relation calme.

Terwagne, elle, n'aurait pas parlé de beau temps après la pluie...

Elle aurait décrit les choses comme un paysage délavé après un orage, un déluge. Un paysage dont les larmes avaient effacé les couleurs, gommé les reliefs, aplati les contours, égalisé les courbes de niveau. Une plaine au vert bien pâle, au milieu de laquelle chacun revient sur la pointe des pieds, craignant de faire trop de pas, trop de bruit, mais surtout de trop s'exposer.

Certes, c'était mieux que l'orage, mais c'était tellement... plat!

Ce n'était ni triste ni gai, ni froid ni chaud, ni haut ni bas. C'était juste plat, terne, tiède. Entre gris clair et gris foncé? Non, même pas. C'était blanc. Simplement blanc.

Aimelin devait sans doute être ravi que l'orage aie pris fin, être heureux de la voir à nouveau communiquer simplement, ne plus s'enivrer, raconter, parler, sourire, écouter, partager, et elle ne lui gâcherait pas ce semblant de bonheur, lui laisserait croire que tout allait bien, qu'elle avait digéré sa tristesse, ravalé ses dernières larmes tellement loin en elle qu'elle ne les sentait même plus.

Il semblait aimer cette simplicité dont leur relation était à présent faite, semblait ne même pas se rendre compte que leurs échanges étaient devenus incroyablement banals, anodins.

Elle? Elle elle trouvait leur relation totalement dénaturée!
Mais à quoi bon rappeler la pluie et l'orage?
A faire plus de dégâts encore?

Elle décida de ne pas prendre ce risque, persuadée que d'une façon comme d'une autre Aimelin finirait par l'oublier, et que c'était sans doute préférable au fait de le voir la détester.

Il l'oublierait, oui.
Comme kernos l'avait déjà oubliée!

Kernos qui n'avait pas même cherché à la faire revenir vers lui.
Kernos qui ne lui avait pas adressé la moindre lettre, pas même à la Cour d'Appel où il savait pourtant qu'elle travaillait et qu'il était aisé de la trouver.

Kernos avec qui elle s'était sentie plus vivante que jamais et auprès duquel elle avait abandonné une bonne partie de la femme qu'elle était.

Kernos qu'elle avait quitté pour le sauver d'elle-même, du tord que leur relation faisait aux liens l'unissant à ses enfants et à sa carrière militaire.

Kernos dont elle aurait tant voulu se guérir dans d'autres ivresses, mais aucun vin de taverne n'a jamais fait oublié le doux nectar du calva à personne.



Aimelin a écrit:
[Sainte Ménéhould, le 14 juillet]

"Les p’tits détails qui ne paient pas de mine
Les petits bouts de gestes qui soudain illuminent
Un souffle entre les mots,
un rire qui culmine

Saurions-nous les retrouver
Voudrais-tu les partager
Ces moments de liberté... "

(Aubert - les petits riens)


Sainte Ménéhould, ville qui avait vu rire et pleurer le jeune champenois de dix sept printemps qu'il était en cet été 55 et ce début 56. Le lac… si paisible et pourtant abritant tant de secrets, tant de peine et de déceptions, tant de bonheurs et d'espoirs, tant de tourments envolés. Pourquoi avait il voulu mourir cet été là en se laissant dériver sur le lac alors que la voix de Sosso l'appelait, l'engueulait en lui demandant de revenir dare dare au bord en menaçant de venir le chercher à coup de pied aux fesses.

L'amour… sans doute.

Seule cette chose qui pouvait rendre infiniment heureux ou infiniment triste avait dû le mettre dans cet état.
Partagé entre deux filles, incapable de choisir il avait dû le faire et n'était pas arrivé à vivre pleinement cet amour qui n'avait duré que quelques semaines pour finir les premiers jours de juillet lorsqu'il avait annoncé être amoureux de Mayane, qui devait disparaître quelques mois plus tard, ce tout premier jour de janvier 56. La vie ne lui avait pas laissé le temps cette fois là.

Ce lac… ces doutes qui revenaient sans cesse. A chaque fois qu'il ne savait plus il y revenait, à chaque fois qu'il y revenait, les souvenirs affluaient en un vacarme assourdissant qui le faisait fermer les yeux de peur de devenir fou.

Respirer, profiter de la vie, aimer sans lendemain, sans promesse, était ce si difficile à comprendre ?

Elle l'avait bien compris elle, cette jeune femme blonde aux yeux pervenches avec qui, profiter de ce présent en y mordant à pleine bouche, le faisait vivre, et revivre. Il avait besoin de ce sentiment d'aujourd'hui, de ce sentiment que rien d'autre n'avait d'importance que ce que l'on faisait à l'instant, de ce sentiment que seuls comptaient ces moments où les mots sont inutiles, où les échanges sont si forts qu'on a l'impression que tout le monde peut les lire comme dans un livre ouvert, de ces échanges où les corps s'emmêlent et s'unissent pour ne former qu'un, comme pour rappeler que ce qui lie certains amis et amants, n'a pas besoin de beaucoup plus pour exister, n'a pas besoin de lendemain, n'a pas besoin de promesses d'éternité et n'a surtout pas besoin de la sécurité d'un anneau glissé à un doigt.

Pour combien de temps ce présent était il là ? il ne le savait pas. Peut être partirait elle et le laisserait elle dans quelques jours ou quelques semaines, ou alors peut être que ça serait lui qui partirait, mais quoi qu'il en soit l'un des deux briserait sans doute le bonheur de l'autre, ce bonheur qu'ils vivaient au jour le jour. Vivre au jour le jour ne veut pas dire ne pas aimer, ne pas s'attacher, ne pas souffrir. Peut être aussi que ce bonheur durerait et les ferait rire et sourire encore longtemps. Ne pas savoir si demain il sera là, permet de le vivre intensément, d'en déguster chaque minutes et de se rassasier des moindres miettes. Qui peut prévoir ce que demain sera ?

Quasi lui avait fait promesse de fidélité et d'amour infini ce jour de fin novembre sous la pluie lorsqu'il lui avait offert cette bague, promesse de prendre soin d'elle toute sa vie. Elle lui avait promis et l'avait trahi peu de mois après pour épouser l'été suivant, celui qu'il haïssait du plus profond de son être, ce type abject qui ne savait parler du jeune ébouriffé autrement qu'en insultes et mensonges. La vie ne lui avait pas laissé le temps cette fois là non plus.

Dance lui avait promis qu'ils partiraient et vivraient loin des calomnies et rumeurs béarnaises que propageaient de pauvres idiots sans cervelle se gaussant de sales histoires et mensonges… elle avait promis. Aujourd'hui, de ce visage d'ange orné de boucles blondes qu'éclairaient de jolis yeux gris, il ne restait qu'une petite croix de fer et de bois gravée d'un soleil, dans ce petit cimetière bordant le chemin qui menait de Pau à ces bois où les deux jeunes gens allaient balader et s’entraîner. La vie ne lui avait pas laissé le temps cette fois encore.

La vie n'était qu'une succession de promesses qui se faisaient et se défaisaient, et que le temps s'évertuait à piétiner.

Pourquoi n'était il pas comme ces hommes qui prenaient maîtresses et amantes, qui voguaient d'un corps à un autre comme s'il était normal de les posséder et qui voyageaient de femmes en femmes sans se poser toutes ces questions. Lui, il fallait qu'il se les pose toutes ces questions, sauf peut être pendant ces rencontres d'un soir en taverne, où seul le moment avait compté, où seul le plaisir donné et reçu importait, visage qu'on oubliait le lendemain ou auquel on repensait en souriant, sans qu'il y ai ce petit quelque chose qui oppresse.

Un léger voile vint se poser sur le regard gris, atténuant cette petite lueur habituelle, à peine éclairé par le soleil qui dansait à l'horizon, semblant parfois vouloir plonger dans le lac.

Aujourd'hui presque une année après la disparition de sa blonde, il arrivait à trouver la sérénité, mais son cœur souffrait encore sans le vouloir, de ne pas toujours savoir donner ce qu'on attendait de lui.

Cette amie, cette tendresse, cette femme désirable et intelligente qu'il avait appris à connaitre, à apprécier, à aimer simplement d'une infinie tendresse, et qui l'avait attirée pendant qu'elle lui parlait de son amour pour un autre, il ne voulait pas la perdre. Il voulait protéger ce lien indubitable, ce lien nécessaire qui les reliait l'un à l'autre, comme un fil d'or qui ne se briserait qu'à la mort. Il espérait qu'elle lise dans ses regards toute l'importance qu'elle a pour lui.
Terwagne, il avait détesté la voir se rabaisser, la voir se détruire doucement alors qu'il était impuissant à l'aider, à lui dire tant de choses. Ces derniers jours, il avait été un peu rassuré de la voir sourire et rire, de la voir rayonner malgré cette lueur qu'il décelait parfois dans son regard. Mais ça ne le rendait pas heureux pour autant.

Peut être que dans cette salle d'archives alors qu'elle lui parlait de cet homme qu'aujourd'hui elle avait quitté pour une raison qui n'avait rien à voir avec lui, elle le lui avait certifié, il aurait dû faire fi de tout ça et l'empêcher de sortir. Lui prouver l'attirance qu'il avait pour elle et se ficher éperdument de celui qu'après tout il ne connaissait pas. Il n'aurait pas jugé la jeune femme parce qu'il aurait pris simplement ce qu'elle lui aurait donné.
Aujourd'hui cette attirance était toujours là, il ne pouvait mentir, mais il y avait cette jeune blondinette avec qui il revivait, quelqu'un à qui il tenait, comme il tenait à Terwagne, même sans parler de toujours, même sans parler de mariage et même sans parler de tout ce que peut être la vie décidera un jour de lui retirer sans crier gare. Alors ce aujourd'hui, il voulait le vivre, s'en remplir l'estomac et la tête à outrance.

Hier soir il avait discuté avec Terwagne, une discussion dure mais enfin une discussion, une vraie, pas de ces discussions sur la pluie et le beau temps, qui se résument à des platitudes qui rassurent ceux qui les prononcent et ceux qui les entendent.
Une discussion comme celles qui les avait rapprochée. Une discussion où ni l'un ni l'autre ne cherchait à faire plaisir à l'autre, mais lui parlait avec son coeur. Une discussion nécessaire pour que ce fil qui les unissait ne cède jamais. Une discussion où il avait vu des sourires sur ses lèvres et des larmes voiler ce regard qu'elle a si beau. Une discussion comme eux seuls pouvaient en avoir, sans que personne autour d'eux n'en comprenne le sens. Eux savaient qu'ils étaient importants l'un pour l'autre, et c'était tout ce qui comptait.
Revenir en haut Aller en bas
http://jardinsecret.forums-actifs.com
Aliénor
Admin
avatar

Messages : 1969
Date d'inscription : 02/03/2011

MessageSujet: Re: [RP ouvert] Quand le hasard n'est pas de la partie.   Jeu 26 Jan - 15:29

Terwagne_mericourt a écrit:
[Perdue dieu sait où en Champagne, le 24 août 1459 :]

Une île, entre le ciel et l'eau
Une île sans hommes ni bateaux
Inculte, un peu comme une insulte
Sauvage, sans espoir de voyage
Une île, une île, entre le ciel et l'eau

Ce serait là, face à la mer immense
Là, sans espoir d'espérance
Tout seul face à ma destinée
Plus seul qu'au cœur d'une forêt
Ce serait là, dans ma propre défaite
Tout seul sans espoir de conquête
Que je saurais enfin pourquoi
Je t'ai quittée, moi qui n'aime que toi.

(Serge Lama)

Perdue?
Oui, perdue!
Perdue... Totalement perdue...

Aucun adjectif n'aurait pu mieux la définir en cet instant, pas plus que la veille, pas plus que depuis des lustres.

Un rire nerveux la prit, alors qu'elle se faisait la réflexion que quelques jours plus tôt à peine elle s'était affreusement trompée en affirmant ne pas pouvoir se sentir plus perdue que ce qu'elle ne l'était à cet instant là. Perdue dans cette ville de Sainte Ménéhould où elle ne connaissait réellement personne à part cet homme qui... cet homme qu'elle avait choisi de laisser à une autre, où elle commençait à peine à reconnaître certains visages, certains noms, où elle n'avait aucun repère, où personne ne la connaissait vraiment sauf ce même homme, où elle n'était après tout qu'une étrangère sur le point de s'installer, où elle essayait tant bien que mal de se reconstruire entre deux séjours dans un couvent.

Elle ne pouvait pas se sentir plus perdue que cela?
Tout faux !!!!

Là elle l'était bien plus!

Les joues noyées de larmes, elle jeta au loin la carte qui quelques secondes plus tôt à peine était le centre de son attention.

A quoi bon?!

A quoi bon tenter de quitter la Champagne avant la fin du délai imparti? A quoi bon tout mettre en oeuvre pour éviter de se faire tuer par des armées ayant épousé le mode "faucheuse" comme disent les militaires dans leur jargon?

A quoi bon se battre pour survivre quand la mort est sans doute la solution à tout? Quand le sommeil éternel reste votre seule planche de salut?

Elle ne savait plus!

Fermant les yeux, elle repassa dans sa mémoire les évènements de la veille...

D'abord, il y avait eu la sortie du monastère, avec l'envie folle de se rendre en taverne pour savoir si Aimelin était toujours en ville, si il allait bien, si son silence des derniers temps n'était dû qu'à un manque de temps, mais plus encore le besoin de rejoindre sa chambre d'auberge pour voir si aucune lettre inespérée de Kernos ne l'y attendait.

C'est d'ailleurs sous la porte de cette chambre qu'elle avait trouvé une toute autre missive, une missive lui intimant l'ordre de quitter le territoire de la Champagne...

Quitter la Champagne avant le surlendemain? Mais c'était impossible! Elle était bien trop loin de la première frontière en dehors du domaine royal! Il lui faudrait au moins trois jours pour exécuter l'ordre! Et puis elle ne connaissait personne pour l'accompagner, pour la soutenir, pour la guider!

La main tremblante, elle avait adressé un courrier à qui de droit, Dame Hersent, un courrier rempli de sa détresse, et teinté d'idées noires.


Citation :
Mes respects,


C'est d'une main tremblante que je prends la plume pour vous écrire ces quelques mots, une main tétanisée par la peur....

Je suis sortie de retraite il y a une petite heure à peine, et ai trouvé sous ma porte une missive du douanier de Sainte Ménéhould, le sieur Nono18, me donnant pour consigne de quitter la Champagne avant le 25 août, soit dans deux jours, et m'expliquant qu'avant mon départ je devais vous demander un laisser-passer.

Ma lettre a donc pour but de vous demander ce laisser-passer, et ce afin que je fasse le maximum pour sortir le plus rapidement possible de votre duché.

Là où je me sens perdue, c'est que... Me trouvant à Saint Ménéhould, je ne peux pas avoir franchi les frontières me faisant sortir du domaine royal dans le délai imparti... La Bourgogne, et Tonnerre, se trouvant à trois jours de marche...

Pouvez-vous me confirmer que je puisse bien entreprendre ce voyage et me rendre à Tonnerre sans risquer de me voir mise en procès ou pire encore la cible de vos armées?

Dans tous les cas, c'est plus le déshonneur d'une telle fin que la mort en elle-même que je crains, puisque dans tous les cas ma santé étant de plus très très faible - raison de ma retraite spirituelle - et ne connaissant personne pour m'accompagner, ni même me protéger, je ne crois pas survivre à ce voyage...

Si d'aventure l'on retrouvait ma dépouille sur vos routes, auriez-vous l'obligeance de prévenir le sieur Kernos Rouvray, en Lyonnais-Dauphiné. Il est sans doute le seul à qui j'ai envie de dire "adieu".

J'attends votre accord avant de prendre la route...

Bien à vous.

Terwagne Méricourt,
Vicomtesse d'Orpierre
Présidente de la Cour d'Appel Royale

La réponse n'avait pas tardé.
Une autorisation de laisser-passer, et une promesse de prévenir Kernos si jamais...

Alors, toujours tremblante, elle avait pris la route, immédiatement, sans se retourner, sans même passer en taverne pour dire au revoir aux visages croisés les derniers temps, craignant trop de ne plus être capable de cacher sa détresse à qui que ce soit.

En quittant la ville, elle s'était malgré tout arrêtée devant le panneau d'affichage des annonces ducales, et était restée perplexe... On y parlait de la nécessité d'obtenir un laisser-passer pour franchir les frontières, mais nullement d'une obligation de quitter le territoire.

Etrange...

Avait-elle mal compris le courrier, ou plutôt les courriers?
Aurait-elle du demander plutôt une autorisation de rester en Champagne?

Il était de toute façon trop tard pour se renseigner, ses bagages étaient faits, sa note d'auberge réglée... Elle franchit donc sans plus tarder les portes de la ville, emmitouflée dans sa solitude et son désespoir, certaine que le premier visage qu'elle croiserait sur sa route serait celui de sa délivrance, celui de la mort.

Une nuit et une journée s'étaient écoulées sans qu'elle la croise, une nuit et une journée qui l'avaient menée au pied de cet arbre où elle ne savait plus si elle devait avancer vers la droite ou vers la gauche, où elle ne parvenait même plus à repérer sur cette satanée carte où elle se trouvait au juste.

Et là, aussi incroyable que cela puisse paraitre, alors qu'elle-même n'avait aucune idée de l'endroit où elle se trouvait, un messager parvint à la trouver! Un messager lui délivrant une missive signée Aimelin...

Il n'en fallut pas plus pour faire redoubler ses larmes, ni pour la plonger à nouveau en plein doute.

Devait-elle réellement quitter la Champagne et risquer sa vie, ou existait-il une possibilité d'obtenir un droit de séjour?

Un droit servant à quoi, au juste?
A prolonger son agonie?

A renouveler le bail qu'elle avait passé avec la vie il y avait de cela bien trop longtemps déjà?

Terwagne_mericourt a écrit:
[Un peu moins perdue, toujours en Champagne, le 25 août 1459 :]

Et si on laissait faire le temps,
Le temps d'être à sa place, toujours vivant.
Et si on se donnait le temps,
De se voir face à face, tout simplement
Se laisser faire, sans décider.
Partir ou rester...

(Calogero)

Le messager, elle l'avait retenu un instant auprès d'elle, non pas pour lui tenir compagnie, non pas pour briser sa solitude, mais bien pour lui demander de lui indiquer le chemin vers le sud, et aussi pour lui confier à son tour une missive à délivrer.

Cette missive, qu'elle rédigea au final fort rapidement, n'était pas - comme on pourrait s'y attendre - une réponse à celle d'Aimelin, mais bien une demande de précisions adressée à la Dame Hersent.


Citation :
A Dame Hersent,
Salut et paix!


J'ai bien reçu votre autorisation de voyager hier soir, et vous en remercie grandement.
J'ai effectivement pris immédiatement la route afin de me diriger vers le sud, le plus vite que me le permet mon état.

Par contre, m'étant arrêtée un instant devant le panneau des annonces ducales juste avant de quitter la ville où je me trouvais, je vous avoue avoir été prise d'un doute... En effet, sur celui-ci, on fait mention de l'obligation d'obtenir un laisser-passer pour entrer ou sortir du Duché de Champagne, mais aucunement d'une quelconque obligation pour les étrangers de quitter le duché.

Je reviens donc vers vous ce soir afin d'éclairer ma lanterne sur ce point bien précis : existe-t-il un moyen d'être autorisée à rester en Champagne?

Je pense humblement que ma fonction d'Officier royal dans le domaine de la justice devrait vous prouver que je suis loin d'être une truande, une guerrière, ou quoi que ce soit de ce genre... De plus, comme je vous l'ai déjà dit, je suis quelque peu souffrante et crains vraiment de me trouver seule sur les routes.

Si il n'existe pas d'autre solution, je quitterai le duché sans plus vous importuner, cela va de soit...


Avec tous mes respects,

Terwagne Méricourt,
Vicomtesse d'Orpierre,
Présidente de la Cour d'Appel Royale.

Et en attendant, elle avait repris la route que lui avait indiquée le messager, celle qui devait la mener à Troyes, puis plus bas, vers les frontières et le point de non-retour sans doute.

Mais à peine était-elle arrivée à Troyes que déjà on lui remettait deux nouvelles missives, deux vélins remplis de mots qui allaient tout changer... Elle était autorisée à rester en Champagne, et mieux encore on lui proposait l'inattendu : l'hospitalité d'une Baronne.

Emue, mais surtout soulagée il faut bien l'admettre, elle chercha une taverne où pouvoir s'installer confortablement en vue de rédiger réponse à la proposition.


Citation :
A la Baronne d'Arzillière,
Avec toute ma gratitude.


J'ai reçu votre missive ce matin, alors que je venais de franchir les portes de Troyes, espérant y reprendre quelques forces avant de poursuivre la route qui me ferrait quitter la Champagne, et je tiens à vous dire qu'elle m'a été d'un grand réconfort, tout comme l'a été l'autorisation de résidence illimitée que j'avais reçu de la part de Dame Hersent quelques instants plus tôt à peine.

Vous parlez d'audace? Pour ma part je dirais que votre geste est emprunt d'une grandeur de coeur qui fait malheureusement défaut à bon nombre de personnes en ce Royaume.

Et puisqu' à présent je suis officiellement autorisée par Dame Hersent à rester dans votre beau duché, sachez que j'accepte humblement votre invitation.

J'espère être un jour en mesure de vous remercier comme il se doit pour la gentillesse qui est la vôtre, et espère que vous ne regretterez pas cette main que vous m'avez tendue.


Avec toute ma reconnaissance,

Terwagne Méricourt,
Dame de Taulignan,
Vicomtesse d'Orpierre,
Présidente de la Cour d'Appel Royale

Et puisqu'elle était assise, puisqu'elle avait devant elle de quoi écrire encore, elle chercha les mots à adresser en réponse à Aimelin... Des mots pesés, réfléchis, torturés à force d'être retournés dans tous les sens, tant elle les voulait ni trop transparents, ni trop froids. Elle ne savait que trop bien à quel point il chercherait à comprendre entre ses lignes, à quel point il se blesserait de la moindre froideur, se chagrinerait de la moindre note de détresse.

Dieu que tout était compliqué entre eux depuis sa venue en Champagne!
Dieu qu'elle regrettait le temps où leur relation n'était faite que d'envie et de fantasme de mieux se connaitre, de finir par se trouver.

Aujourd'hui, elle se disait que de se trouver n'avait servi qu'à les faire se perdre en partie.


Citation :
Messire l'Ebouriffé,

Je suis revenue de mon séjour chez les moines, oui, pour trouver sous ma porte cette missive officielle de demande de quitter le territoire à laquelle vous faites allusion.

Je ne vous cacherais pas qu'à ce moment plus qu'à aucun autre j'ai senti s'écraser sur moi le poids de la solitude qui est mienne depuis que j'ai quitté Kernos et ai décidé de venir chercher quelque réconfort auprès du seul ami qui était mien alors : vous-même.

Ne sachant vers qui me tourner, mais ne désirant pas me mettre en défaut vis à vis de la loi, j'ai pris la route, seule, persuadée qu'elle me mènerait vers la mort. Mais c'était sans compter sur la gentillesse de deux dames bien nobles de coeur, qui m'ont aidée à pouvoir rester, et même offert l'hospitalité pour l'une d'elle.

Je me trouve donc actuellement à Troyes, d'où je ne compte pas partir avant d'avoir repris des forces, ce qui risque de demander quelques temps, soit dit en passant.

Je ne veux pas que vous vous inquiétiez pour moi, mais je suis incapable de vous mentir, aussi dois-je bien vous avouer que ma santé est quelque peu en berne depuis plusieurs semaines à présent. Mon manque d'appétit depuis mon départ du Lyonnais-Dauphiné s'est aggravé, mon corps encore quelque peu amaigri, et je crains fort que si d'aventure le hasard nous faisait à nouveau nous croiser vous vous retrouviez sans plus rien à épier dans mon décolleté, et soyez obligé de vous contenter de croiser mon regard, pas totalement éteint.

Je vous taquine, rassurez-vous, en parlant de mon décolleté. Je ne pense pas que cela soit dans vos habitudes à mon égard, ou alors vous êtes sacrément discret.

Quoi qu'il en soit, je puis au moins vous rassurer sur un point : je n'ai pas oublié moi non plus cette salle d'archives, ni nos promesses. Je les ai rangées quelque part dans un coin de ma tête, comme toutes ces petites choses qui nous permettent de tenir quand la vie nous donne envie de lui dire au revoir.

Concernant Etampes, je vous remercie pour cette invitation que je n'ai pas oubliée non plus, mais je crains fort de ne pas être en mesure de supporter le voyage... Pas pour le moment en tous cas.

Merci pour le sourire posé sur votre parchemin, sourire que je voudrais vous voir garder longtemps sur le visage.


Prenez soin de vous, Aimelin, et promettez-moi de ne point trop chercher à lire entre mes lignes toutes ces choses que vous craignez depuis mon arrivée en Champagne... Mon amitié vous est acquise, à jamais, quand bien même elle me semble parfois bien pâle en regard de mes rêves de jadis.

Terry,
Celle qui voudrait quelques fois retrouver cette salle d'archives.

Aimelin a écrit:
[Conflans, le 4 septembre.... les jours passent… les souvenirs restent]

"Il y a des luttes dans mon royaume
Mais elles ne sont pas éternelles
Je ne veux plus être un fantôme
Un simple gamin sans rêves"
(Kirsie - A bout de force)



Ils étaient à Conflans depuis le trente du mois d'août. Mobilisation et puis il devait représenter sa Suzeraine, Dotch de Cassel, chargée d'une tutelle dans le Maine. Depuis quand n'avaient ils passés une nuit tranquille, sans entendre au beau milieu de la nuit, le cri de ralliement : "Alerte !!!". Ah c'est qu'elles étaient animées les nuits à Conflans. Des voyageurs insousciants qui prenaient les chemins champenois pour des chemins de promenades tranquilles, il y en avait à la pelle. Et chaque nuit, le jeune ébouriffé testait la solidité de son bouclier et le tranchant de sa lame. Mais tout cela n'avait rien à voir avec Vae et cette attente insoutenable de ces attaques que l'on savait inévitables et inégales.

Vae... indubitablement, ce mot le ramenait en Béarn, deux étés avant. Le Béarn. Il savait maintenant qu'il ne reviendrait pas vivre en ce comté étrange où vivre en paix n'existait pas, où le respect n'avait pour visage qu'une fugace et flou apparence.
Il savait juste que s'il y revenait ce serait pour aller sur une tombe à l'orée de ce bois, dans ce petit cimetière à la sortie de Pau. Pour palier à ce manque, à ce vide qui l'avait englouti l'été 58, il avait planté à Etampes, une petite croix de fer ornée d'un soleil aux abords d'un massif de fleurs des champs, dont l'ombre bienveillante d'un arbre à quelques pas l'abritait quelque peu, et faisait de cet endroit, son jardin secret, là où ses pas le ramenaient lorsque le vide et le manque d'elle devenaient à nouveau insupportables.

Les hautes herbes bougeaient doucement sous la brise qui laissait passer un doux murmure, comme un appel. Assis sur un tronc d’arbre, à quelques pas de la tente, le jeune gars leva les yeux vers l'agitation fébrile qui commençait à réveiller le campement, laissant le vol de sa plume en suspend. Le peu de vent soulevait son parchemin sur lequel il s’appliquait à coucher quelques mots, pour une jeune femme qui malgré elle faisait partie de sa vie.


Citation :
Conflans, le 4 septembre 1459

Terry,


Je n'aimerais pas qu'il vous arrive quelque chose et serai triste à jamais, comme je le suis lorsque mes fantomes reviennent me hanter.
Vous n'avez pas été raisonnable de quitter Sainte, et surtout seule. Votre solitude j'y creuse un petit nid où je viendrai vous voir et parler, vous écouter et vous voir sourire.

Je suis néanmoins rassuré que vous soyez à Troyes, et avec des anges gardiens. Et vous ne m'empêcherez pas de m'inquiéter pour vous, surtout si vous êtes fatiguée et je le sais... lasse. Mais même si je ne suis pas à côté de vous, je vous promets que je suis là, comme peut l'être quelqu'un qui se soucie de vous.

Pour ma part je suis à Conflans dans l'armée de la duchesse Maltea. Tout ça me rappelle Compiègne et puis Vae... comme si le destin se faisait un malin plaisir à nous remettre face à ce passé que l'on veut parfois oublier. Mais je vous promets d'être prudent.

L'allusion à votre décolleté m'a fait sourire malgré tout.

Nul besoin de regarder ce décolleté pour vous voir, même si je suis persuadé que sa beauté ne peut être que tentation. Aussi je préfère penser à vos yeux, à votre bouche où ce joli sourire m'a toujours ravi.
Quoique ça n'est peut être pas une bonne idée non de penser à votre bouche mais quelle que soit la partie de vous que vous voudriez me cacher, je ne pourrai m'empêcher de vous voir.. vous.. telle que vous êtes... vous, celle que j'aurais sans doute dû encourager à goûter d'avantage le parfum des baisers dans cette salle, parfum qui nous aurait conduit je le sais, à nous mêler et à savourer ces moments.

Mais la vie nous ramène souvent à ce qui doit être, et je garde au fond de moi des souvenirs que rien ne pourra jamais effacer.

Je suis rassuré que cette salle d'archives soit rangée à l'abri dans un coin de votre tête comme elle l'est dans la mienne. Etampes, qui se situe à côté de château-Thierry en Champagne, n'est qu'à deux journées à cheval de Troyes, à l'ouest de Sainte Ménéhould, et vous est ouvert quelque soit le jour, si vous aviez besoin d'un endroit où vous poser le temps que vous le désirez. Je vous l'ai déjà dit mais vous le redis car je suis très têtu, en plus d'être ébouriffé.

Je voudrais également vous voir garder ce sourire et vos rêves. Quant à vous promettre, je n'en suis pas capable, et ne veux point vous mentir alors je vous répondrai juste que je vais essayer de moins lire entre vos lignes, et de me conforter dans l'idée que votre amitié, quelle qu'en soit la couleur, est là à jamais, comme vous avez la mienne avec tout ce que cela comporte de tendresse et d'attentions, et cela, quel que soit ce que réservera cet avenir auquel je ne pense pas, profitant du présent que je vis et mords à pleines dents.

Donnez moi de vos nouvelles, n'oubliez pas votre ébouriffé.

Je vous embrasse et vous recommande encore de prendre soin de vous.


Aime, dict l'ébouriffé
qui aime autant vos yeux, votre sourire que votre décolleté, oui je sais je suis infernal.

Dernière lecture avec un sourire qui s'afficha. Pourquoi taire cet humour qui avait fait partie de leur relation que personne ne pourrait jamais briser. Un froncement de sourcils en espérant qu'elle n'ai pas quitté Troyes et soit restée chez cette personne qui lui avait offert l'hospitalité.

Il laissa son regard se porter vers les arbres où était délimité un espace pour les chevaux. Ses mirettes grises se posèrent sur Altaïr. Les chevaux étaient une tres bonne thérapie pour ceux qui ne voyaient plus le bout de leur chemin et ne marchaient qu’au milieu de brumes. Combien de fois l'avait il aidé à avancer. Il secoua la tête et se repencha sur sa missive qu’il signa, avant de l'attacher à la patte de son messager et de le libérer pour le regarder s'envoler. Puis il se dirigea vers le feu et se saisit d'une timbale qu'il remplit de tisane chaude.

Les matins étaient frais, l'été trainait encore les pieds mais l'arrière saison allait bientôt prendre le dessus, et apporter sa fraicheur. Tout en buvant il laissa son regard parcourir le campement qui s'éveillait lentement.



En quelques phrases, en quelques lettres
Il me semble si bien vous connaître
On écrit bien mieux qu'on ne dit
On ose tout ce que la voix bannit..."
(Goldman - Nous ne nous parlerons pas)




[hrp][pardonnez moi... je suis une truffe qui n'avait pas fait attention à son oubli de post ^^][/hrp]

Terwagne_mericourt a écrit:
[2 octobre 1459, Paris, bureau privé de la Présidente de la Cour d'Appel :]

Les lueurs immobiles d'un jour qui s'achève
La plainte douloureuse d'un chien qui aboie
Le silence inquiétant qui précède les rêves
Quand le monde disparu l'on est face à soi.


("Veiller tard", J.J.Goldman)

Une porte claquant sous la violence de l'impulsion que vient de lui donner la main de celle qui n'a qu'une hâte, se retrouver seule... C'est par ce bruit aussi sec qu'inhabituel que les meubles de son bureau privé entendirent arriver Terwagne ce soir-là.

A ses oreilles, les échos de sa propre voix, les relents de ces mots qu'elle venait de prononcer dans la salle d'audience où s'était tenue la révision de l'affaire "Stamildon contre Béarn", comme l'avait intitulée son requérant, audience à laquelle elle venait de mettre un terme en attendant le verdict sur lequel il fallait à présent qu'elle se penche...

"Cher Procureur Adjoint...

... je vous remercie pour ce réquisitoire fort complet et fort clair, que nous avons bien écouté et entendu.

Ecouté, pris en compte, apprécié, et j'en passe, ce qui ne signifie pas que nous le suivrons forcément aveuglément, et Aristote en soit loué!

Aristote en soit loué, oui!
N'en déplaise à certains!

Parce que si c'était aussi simple que cela, à quoi bon nommer des Juges et obliger tout le monde à attendre le retour de ceux-ci pour les écouter ânonner ce que les Procureurs auraient dit quelques heures plus tôt? A rien!

Quoi qu'il en soit, l'heure est donc venue pour tous de quitter cette salle pour se dégourdir les jambes en attendant notre verdict, qui si il n'est pas un simple écho à votre réquisitoire ne remettra en rien en question votre travail, soyez en assuré, si besoin en était encore."


Oui, les mots lui avaient échappés!

Oui elle avait ainsi laissé entre-apercevoir à tout un chacun la tension qui régnait depuis quelques temps entre elle et un procureur frustré de voir que certains verdicts n'étaient pas des répétitions de ses réquisitoires!

Et elle le regrettait, s'en mordait même la lèvre comme pour se punir de ne pas avoir été capable de retenir ses mots, mais il l'avait poussée à bout aussi, il fallait bien l'admettre, avec ses allusions grotesques dans son réquisitoire.

Jetant sur son bureau les vélins remplis de la soigneuse écriture du greffier, ces feuillets remplis des minutes de l'audience qu'elle venait de quitter, elle soupira, puis se dirigea vers la fenêtre, derrière laquelle il n'y avait rien à observer, pas même la lune qui semblait absente ce soir, à moins qu'elle ne soit simplement cachée derrière les nuages.

La direction qu'elle donnerait à sa proposition de verdict, celle qu'elle présenterait le plus rapidement possible aux autres Juges afin de rendre un verdict collégial, elle la connaissait d'ores et déjà, l'affaire était somme toute assez simple, de ce genre d'affaires qu'on aimerait traiter plus souvent tant elles semblent légères en regard d'autres... Le travail serait léger, juste des tournures de phrases à trouver, et les articles de Coutumier à chercher pour les retranscrire.

Rien de bien lourd, donc.
Rien dont le poids puisse être comparé à celui de sa lassitude de tout et de tous, ou presque.

Béarn... Hum... Elle avait sans doute déjà du avoir la charge d'audiences passées concernant ce Comté... Un petit tour aux archives l'aiderait sans doute à retrouver la façon dont elle avait tourné alors ses verdicts, et plus précisément celui où elle se souvenait avoir axé sa sentence sur un "alignement" des peines.

Quittant la fenêtre, elle jeta un coup d'oeil au tableau où toutes les audiences qu'elle avait menées étaient répertoriées et trouva la liste bien longue. Vingt-sept! Elle en était à sa vingt-septième audience! Le chiffre l'étonna... Vingt sept audiences, quatre encore ouvertes, deux en attente de verdicts, trois fermées pour des raisons diverses, et dix-huit verdicts rendus... Y avait de quoi confondre parfois les unes avec les autres quand on cherchait une chose bien précise pour se la remettre correctement en mémoire.

Vingt sept, oui, mais uniquement deux concernant le Béarn : celle qui ce soir la préoccupait et celle qui correspondait à un des tout premiers verdicts qu'elle aie eu à rendre, puisqu'il s'agissait du second pour être précise... L'affaire "Ptitmec Vs Béarn".

L'esprit obscurci par les relents de colère qu'elle ressentait encore à l'égard du Procureur qui venait de la mettre hors d'elle, elle ne réalisa pas de suite que l'audience Ptimec avait habituellement une place bien précise dans ses souvenirs, pas plus qu'elle ne pensa au fait que de pousser la porte de la Salle d'archives risquait de faire déferler en elle bien des souvenirs justement...

Elle quitta des yeux son tableau, quitta son bureau, et prit la direction de cette fameuse salle, sans se douter un instant que son coeur allait y vaciller.


------------

[2 octobre 1459, Paris, Salle des archives d'audiences de la Cour d'Appel :]

Ces visages oubliés qui reviennent à la charge
Ces étreintes qu'en rêve on peut vivre cent fois
Ce raisons-là qui font que nos raisons sont vaines
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard

Ces paroles enfermées que l'on n'a pas su dire
Ces regards insistants que l'on n'a pas compris
Ces appels évidents, ces lueurs tardives
Ces morsures aux regrets qui se livrent à la nuit

(Le même)


Si elle ne s'y était pas attendue, eux en tous cas l'attendaient là-bas, tels un raz de marée contre lequel elle ne put guère lutter, pas même essayer. Les souvenirs étaient là, et ils la prirent de face.

A peine avait-elle franchi la porte qu'elle l'avait aperçu... Le fantôme d'Aimelin, là, lui tournant le dos, penché vers la fenêtre derrière laquelle tous deux avaient jadis observés les toits de Paris afin d'éviter de laisser leur regard se croiser, s'embraser.

Ensuite, il y eu sa voix et ses silences, ses mots et ses pauses, toutes ces choses dites ou tues entre eux...

Il y eu son souffle, sa respiration dont elle eut soudain l'impression de la sentir à nouveau dans sa nuque, jouant avec les quelques cheveux qu'elle n'avait pas réussi à relever avec les autres...

Il y eu l'écho du frisson, la chaleur, la brûlure, puis le froid...

Il y eu ce froid atroce qui soudain la glaça, la figea sur place, incapable d'encore faire un pas ou un geste...

Ce froid qu'elle sentit s'élancer dans son coeur comme une lame, le transperçant, le faisant voler en éclats.

Ses mains s'y portèrent, comme si elle espérait empêcher ces milliers d'éclats de se répandre en elle, et sa bouche s'ouvrit en un cri muet, juste avant que son corps ne rejoigne le sol, le sol de cette Cour d'Appel qui représentait le seul endroit où elle existait encore réellement, mais qui un jour l'oublierait à son tour.

Terwagne_mericourt a écrit:
[15 octobre 1459, bureau privé de la Présidente de la Cour d'Appel:]

"Dehors, derrière mes barreaux,
J'entends l'eau d'un ruisseau,
Fredonnant des croisières,
Des montagnes à la mer.

On est fin septembre,
Le froid se fait attendre."

(DLZ, "Fin septembre")

Devant elle, comme chaque soir, un dossier était posé.
Derrière elle, de l'autre côté de la fenêtre, comme chaque soir la ville s'endormait.
Pourtant, ce soir-là, elle n'arrivait pas à plonger son regard vers les vélins couverts de mots...

Par moment, elle s'y obligeait, mais cela ne durait que quelques instants, quelques fragments d'éternité, et bien vite ses prunelles sombres comme des nuits sans étoiles retournaient à leur guet impuissant de la porte qui la coupait du monde, cette porte que malgré elle elle espérait voir s'ouvrir sur quelque greffier tenant à la main une missive.

La porte ne s'ouvrirait pas, elle le savait, mais c'était plus fort qu'elle elle espérait sans même en avoir réellement conscience. Comme une rengaine qu'on murmure sans s'en rendre compte, qu'on ne parvient pas à chasser de ses pensées, sans savoir pourquoi, même pas parce qu'on l'apprécie spécialement, ou du moins pas consciemment. On la chantonne et en même temps elle nous agace. On voudrait s'en débarrasser, mais elle nous tient au corps et à la tête.

Un long soupir s'échappa de ses lèvres, tandis que de sa main gauche elle repoussait plus loin le dossier sur lequel elle avait prévu de travailler cette nuit-là, faisant par la même occasion apparaitre quelques vélins bien différents, puisqu'il s'agissait de courriers privés et non de minutes d'audience. Sa main les caressa un instant, comme si elle espérait les obliger à se rendormir dans sa mémoire. Pourtant, elle les relut, s'arrêtant sur un passage bien précis de l'un d'eux, le brouillon d'une missive qui avait été écrite par elle-même quelques jours plus tôt.


Citation :
... cette seconde lettre qu'étrangement j'attendais. Pour tout dire une partie de moi l'espérait les premiers temps, un peu comme on espère - sans savoir ni qui ni quand ni pourquoi - que soudain quelqu'un frappera à notre porte pour briser la solitude funèbre où l'on s'est enfermé pour fuir le bruit et le monde. Alors on regarde la porte, on attend, on espère tout en se disant que si c'était le cas on serait bien ennuyé, puisqu'on aurait même pas de conversation à lui offrir, pas de chaleur, pas de siège, et pas non plus de liqueur pour lui faire oublier le terne de notre intérieur.

Vous avez frappé à cette porte, et derrière je me sens bien ennuyée...

Nouveau soupir de la femme, qui brusquement se lève et va s'adosser à la porte, cette fameuse porte qui occupe toutes ses pensées depuis des heures à présent.

Vous avez vu qu'il faisait bien terne, en effet, et vous ne viendrez plus frapper pour entrer...
Et si même vous veniez malgré tout, je ne vous ouvrirai pas.
Il me faut vous empêcher d'entrer, de voir, de parler...
M'empêcher moi-même de répondre et d'ouvrir surtout...


Elle laissa les mots franchir ses lèvres, avec l'espoir idiot que de les rendre sonores rendrait sa détermination plus forte, plus réelle. Mais c'était idiot, elle le savait.

La vérité c'était que ces quelques échanges lui avaient remis en mémoire d'autres échanges avec un des protagonistes d'une autre audience, jadis. Jamais avant lui, ni depuis, elle n'avait laissé l'approcher, ne serait-ce que par écrit, quelqu'un rencontré lors d'une audience dont elle avait la charge. Jamais non! Jusqu'à quelques jours plus tôt...

Oh, elle ne craignait pas que ces quelques échanges mettent à mal sa neutralité, pas non plus qu'ils influencent le verdict qui dans tous les cas serait rendu par l'ensemble des Juges et non par elle seule, loin de là même, puisque de toute façon ils y parlaient de tout sauf de l'affaire! Non, ce qu'elle craignait c'était de... De quoi au juste? De se dévoiler? De rêver? De prendre la tangente? De se laisser blesser? Un peu de tout cela, sans doute...Toutes ces choses auxquelles l'avait menée sa rencontre en pleine audience avec Aimelin des années plus tôt.

Aimelin qui...

Aimelin qui lui aussi lui avait si souvent écrit ou dit qu'il fallait profiter de chaque instant, des portes entrouvertes.

Aimelin dont elle avait fuit les dernières invitations, et surtout celle de lui rendre visite en son domaine, là où personne ne viendrait troubler leurs non-dits, leurs aveux.

Aimelin...

Son dos quitta alors la porte, et ses pas la conduisirent vers sa cape, qu'elle termina d'enfiler en franchissant cette satanée porte.


"Et ce soir, je laisserai s'envoler
Mes rêves de liberté ;
Cent mille espoirs inavoués.
Peut-être qu'en chemin,
Ils s'uniront aux possibles.

Et que demain...
Et que demain..."

(idem)

Aimelin a écrit:
[Sainte Ménéhould, le 21 octobre ]

"Nous Ne Nous Parlerons Pas
Nous oublierons nos voix
Nous nous dirons en silence
L'essentiel et l'importance

Utilisons nos regards
Pour comprendre et savoir
Et le goût de notre peaux
Plus loquace que des mots "

(Goldman - Nous ne nous parlerons pas)*


Les mirettes grises sont soucieuses malgré qu'elles soient posées sur le lac, ce lac qu'il aime tant, qui a vu ses larmes, ses rires, ses incertitudes, ses espérances. Juste une brise assez froide en ce début de journée du mois d'octobre qui s'étiole déjà sur sa fin et qui annonce l'arrivée de jours bien plus froids. Bientôt la Champagne crisserait sous ses pas, ferait craquer le moindre brin d'herbe qu'elle envelopperait d'une gelée blanche avant que la neige ne la recouvre d'un tapis immaculé qui cacherait la désolation de certaines terres.
S'il est soucieux ça n'est pas tant à cause du froid mais de ce qui se passe dans ce Duché qu'une poignée mène et malmène. La Champagne… cette terre qui le rattache à son passé, à tant de personnes si chères à son coeur. Sa petite Lily, Magdeleine, Mélissande, Shandra, Sosso, Lara, May, Quasi… certains visages ne sont plus, d'autres sont quelque part dans le royaume. Les reverra-t-il un jour ? il est si vaste ce royaume.

Un soupir en remontant les rames et les bloquant sur la barque avant de sortir de la poche de sa veste une missive reçue peu de jours avant, que lentement il déplie à nouveau, une petite lueur au fond des yeux, prenant bien garde à ne pas la faire tomber sur le fond humide de la barque. A la première lecture il a ressenti une boule dans son ventre, une impression d'abandon, alors il a fait ce qu'elle déteste qu'il fasse, lire entre les lignes, chercher ses mots qu'elle cache derrière d'autres, cette tendresse dont il a besoin égoïstement.

Il s'est surpris à sourire à son bonheur, a revu pour la millième fois cette salle d'archives. Bien sûr que lui aussi aurait aimé que cette salle ait plutôt laissé la place à une rue, un parc ou la campagne enneigée, mais on ne choisit pas toujours le lieu d'une rencontre, si forte soit elle.
Il ne garde de cette salle que la chaleur de leur discussion, que la sensation douce et étrange de leurs non dits, de leurs regards et de leurs gestes, comme ce doigt qu'elle avait posé sur les lèvres du jeune homme pour lui faire signe de se taire alors que des bruits se faisaient entendre du couloir.

Il porte son doigts à ses lèvres en fermant les yeux se souvenant du contact, mais c'est un autre regard qui s'affiche en face de lui. Des prunelles aciers, un visage aussi doux mais sur lequel il lit des tourments, des questions, des peurs qu'il ne comprend pas. Non point celui de la Vicomtesse son amie auteur de cette missive, mais celui de cette jeune femme brune qu'il connait depuis l'été 55, son amie, celle avec qui il a traversé tant d'aventures, avec qui lorsqu'il était Connétable du Béarn et elle Capitaine, il avait travaillé deux mandats durant, essayant d'abord sous le mandat de Gnia et puis sous celui de Vanyel, de mettre un peu d'ordre dans un ost moribond et livré à lui-même, supportant le mépris affiché de certains piètres soldats, leurs insultes et leur insubordination. Les mêmes qui aujourd'hui pourtant ont des fonctions et tiennent sans doute les mêmes discours que les deux jeunes conseillers d'alors.

Kirika… son amie, sa complice de toujours, où est elle aujourd'hui… et "la pas plus haute que trois pommes".. a-t-elle toujours ses couteaux en bois et son petit chat ? La boule s'est déplacé de son ventre à sa gorge tandis qu'il relit le courrier de la Présidente de la Cour d'Appel.
Un sourire empli de tendresse tant il est fier d'elle, fier d'être son ami à défaut d'être autre, fier de ce qu'elle lui a apporté et lui apporte encore sans le savoir, fier de cet étrange lien si fort qui les unit.

Un regard vers la berge avant qu'il ne se décide à farfouiller dans sa besace pour en sortir son précieux flacon d'encre qu'il cale soigneusement à ses pieds, et un parchemin sur lequel il laisse glisser ses mots avec simplicité comme il le fait à chaque fois avec elle.

Citation :
Sainte Ménéhould le 21 octobre 1459


Terry,


Je suis désolé, la lettre glissée sous la porte n'est pas celle que vous espériez, mais seulement celle de l'Ebouriffé.

Je suis heureux d'avoir enfin de vos nouvelles et qui plus est, rassurantes, même si je sens le ton de vos mots étrangement différent, dépourvu de cette tendresse et complicité habituelles, du moins en apparence. Mais où vous vous trompez, c'est que je ne peux détester des personnes qui vous rendent le sourire et vous rendent heureuse, même éphémèrement, malgré que je les mette en garde sans les connaître, s'ils vous faisaient souffrir.

Lorsque vous parlez de cette rencontre avec qui vous échangez par la voix, vous êtes injuste, oui. Combien de fois vous ai-je demandé de passer à Étampes, combien de fois vous ai-je proposé de venir parler où que nous soyons. Nos discussions me manquent, vos sourires et vos regards, cette complicité faite de mille petites choses me manque. Et pourtant je suis heureux moi aussi.

Quoi qu'il en soit, bien qu'aux côtés d'une jeune femme jolie et agréable, qui me fait oublier bien des choses et enveloppe ma vie d'un voile de tendresse et d'attentions, ce qui ne m'était pas arrivé depuis si longtemps, je ne vous oublie pas et je suis resté le même à votre égard, et le resterai jusqu'à mon dernier souffle. Vous m'aviez promis de ne point changer, et je prie pour que cela n'arrive pas car moi je ne changerai point.

Oui je me bats pour la Champagne malgré que ses dirigeants ne le méritent pas. Ils sont méprisants, ne s'adressent à moi et à d'autres, quand ils me voient bien entendu, que pour me demander si je suis "opérationnel", se fichant éperdument de la gravité de mes blessures, où si j'irai combattre l'ennemi à poings nus. D'ailleurs j'ai laissé à la Curia un courrier faisant état des armes détruites pour ma section en demandant leur remplacement, où si cela coûtait trop cher, de nous fournir alors des caisses de gobelets gravés du blason de la Champagne, afin que nous puissions les balancer sur nos ennemis afin qu'ils sachent leur provenance.
Je vous ferai parvenir à votre Domaine, quelques exemplaires de ces gobelets qui vous rappelleront l'ébouriffé et vous feront peut être sourire en pensant à lui.

Heureusement que ma Suzeraine, la grande Dotch de Cassel, a d'autres considérations pour moi et se soucie de ce qu'il peut m'arriver, ce qui m'évite de m'énerver après cette bande de gougnafiers. Oui vous l'avez deviné, je suis en colère et dégoûté par certains qui sont vraiment prêts à tout pour recevoir honneurs et titres.

Donc en ce moment, je suis en convalescence à Sainte où je pêche sur le lac en essayant d'oublier toutes ces choses, tout en veillant néanmoins sur ce village où pour l'instant je me sens bien avant d'aller voyager sur les chemins, si Aristote le veut bien. J'ai des envies de voir la mer, de respirer cet air parfumé d'embruns, de marcher le long de grandes plages de sable ou cailloux, ou sur des sentiers bordant des falaises lorsque le vent vous fouette le visage et vous oblige à fermer les yeux pour mieux en ressentir la force.

la plume se pose pour repartir

Bien sûr que j'ai auprès de moi un morceau de vous, comment pourrait il en être autrement. La vie ne se construit qu'en mettant bout à bout des souvenirs, des morceaux de vie que l'on aime, d'autres qui nous font mal mais qui sont nécessaires afin de nous rendre plus forts.

Lors de nos discussions avec Aliénor, nous évoquons souvent vos phrases et vos mots. La pluie, où l'on y entend les mots d'amour de ceux qui nous ont quitté, souvent trop tôt, comme vous nous l'aviez si joliment dit. Vous voyez, vous êtes là que vous le vouliez ou non, et vous êtes loin de n'être personne pour moi, et ce ne sont pas les grands discours qui font la sincérité du cœur.

A défaut de salle d'archives qui en fin de compte ne sert qu'à y déposer des dossiers qui deviendront poussiéreux au fil du temps, je souhaite que nous puissions discuter encore, mais avec pour compagnie le vent qui court et joue autour de nous, même si je garde précieusement au fond de moi cette salle, notre salle.

Je glisse un autre baiser que vous pourrez à nouveau poser où bon vous semble, afin qu'il vous porte chance et vous permette de garder à l'esprit toute l'importance que vous avez pour moi. Je vous donnerai toujours de mes nouvelles régulièrement.



Avec toute ma tendresse et mon amitié inaltérable.


L'Ebouriffé
qui vous demande encore de prendre soins de vous

Une lecture, une relecture pour être sûr de ses mots et regard qui se lève pour se poser à nouveau sur le lac, tandis que le petit vent qui souffle fait danser doucement le parchemin entre ses doigts, laissant l'encre s'y graver à jamais. Il fait froid. Encore une missive et il rentrera se mettre au chaud.

Il doit écrire à sa Suzeraine, ne jamais remettre à demain ce que l'on peut faire le jour même, il l'a appris à ses dépends. Alors il roule soigneusement sa missive qu'un pigeon emportera très vite, et prend un autre parchemin.





*un cadeau pour la joueuse ^^
Revenir en haut Aller en bas
http://jardinsecret.forums-actifs.com
Aliénor
Admin
avatar

Messages : 1969
Date d'inscription : 02/03/2011

MessageSujet: Re: [RP ouvert] Quand le hasard n'est pas de la partie.   Jeu 26 Jan - 15:35

Terwagne_mericourt a écrit:
(Merci. Je l'adore. Embarassed )


[19 octobre 1459, fin de matinée, bureau privé de la Présidente de la Cour d'Appel :]

Deux jours... Cela faisait deux jours que la lettre reçue de la part d'Aimelin attendait une réponse, et que Terwagne reportait celle-ci. Répondre quoi? Elle se sentait tout sauf d'humeur à lui répondre.

Pour tout dire, elle était bien plus inspirée par une autre missive, celle reçue quelques minutes plus tôt de la part d'un mystérieux inconnu qui signait "Un admirateur". Un masqué dont elle avait rapidement deviné l'identité, et qui la faisait sourire.

Et puis, il fallait bien admettre que par dessus tout, ce dont elle avait envie c'était d'enfin voir se glisser sous la porte la réponse à sa dernière missive envoyée à cet homme dont elle avait fait la connaissance suite à une audience encore en cours... Cet homme dont plusieurs jours plus tôt elle se languissait idiotement de recevoir à nouveau des nouvelles et qui avait fini par lui en donner, de façon toujours aussi étrange et aussi surprenante, faisant leur correspondance ne ressembler à aucune autre.

Repoussant au loin les vélins vierges destinés à recevoir les mots qu'elle se devait d'adresser, au moins par politesse, à Aimelin, elle relut pour la vingtième fois ceux adressés à celui dont tout la séparait.


Citation :
"Paris, un soir comme un autre."


Bonsoir, étrange étranger.


Ici, tout est sec, la brume nocturne comme la rosée matinale semblant déserter les alentours de cet imposant édifice où je stagne, n'y pouvant plus évoluer, mais me refusant à décliner. Ainsi donc vous aimez le soleil? J'aime la pluie. Sa mélodie, son odeur, sa caresse sur ma peau, ce fantasme de la voir laver ma mémoire comme elle lave les toits de Paris. J'aime aussi le vent.

Je ne sais si j'ai mérité la place que j'occupe, mais j'ai oeuvré pour, en effet, enfin si on veut... Je n'ai pas donné de mon temps, de mon énergie et de mon âme pour une fonction ni pour une charge. J'ai donné de tout cela sans compter, m'y perdant parfois moi-même, pour une valeur avant tout. Une valeur que j'avais vue bafouer, un combat utopique et égoïste, espérant guérir ainsi par la revanche la douleur d'une sentence que d'autres ont jadis infligée à tord à celui avec qui j'avais découvert le sens du verbe "vivre".

J'ignore pourquoi je vous parle de cela. Personne ne sait mes vraies raisons. Personne n'a le droit de les connaitre. Elles n'appartiennent qu'à moi.

Je ne sais si je mourrai de dépit et avec panache. Je m'en moque. La mort n'a pas voulu de moi lorsque je me suis offerte à elle. Peut-être préfère-t-elle prendre de force que de recevoir? Peut-être fait-elle partie de ces garces qui aiment à se faire désirer? Je vous souhaite en tous cas de l'épouser sous une pluie de pierres et auréolé de lumière, si tel est votre souhait. Moi je préfèrerais des noces funèbres sans témoin.

J'ignore pourquoi je vous écris. Je ne choisis pas. J'obéis sans besoin d'explication. Et cela me surprend. Vos lettres sentent un autre monde et brisent le silence plein du vacarme de mes cris muets.

Si vraiment dans votre tête je suis bien, si j'y souris, si j'y existe et si j'y suis plus qu'un nom, alors gardez-moi donc. Oui, gardez-moi une existence cachée, interdite, peut-être même condamnable, fantasmée, ou que sais-je, mais une existence, un visage, une odeur! Plus qu'un nom! Plus qu'une fonction!

Je n'ai pas mangé, pas prévu de le faire, pas pris de chambre pour cette nuit, juste dégagé un coin de table dans mon bureau pour y poser la tête entre deux lectures de dossiers.

Demain... Un autre jour...

Terwagne

Pourquoi ne répondait-il plus depuis? Elle s'interrogea un long moment, puis finit par répondre à Aimelin, mais le coeur n'y était pas vraiment. Elle avait beau tenir à leur amitié, l'amertume prenait ce jour-là le pas sur tout le reste.

Citation :
Paris, le 19 octobre 1459.

Cher ami,

Je vous remercie de prendre de mes nouvelles, et plus encore de me donner des vôtres. Je n'ai pas réellement suivi le conflit dans lequel vous êtes fort logiquement impliqué, étant comme toujours bien trop plongée dans mes dossiers pour regarder ailleurs, si ce n'est dans mes souvenirs et fantômes, mais je me doutais fort bien que vous faisiez partie de tous ces hommes et toutes ces femmes qui ont pris les armes, forts de leurs convictions et de leurs devoirs, qu'ils soient envers un Duché, un Comté, un Suzerain, un idéal...

De mon côté, point d'arme... Je n'en serais physiquement pas capable depuis mon amaigrissement de l'année écoulée, celui qui sur un champs de bataille ferait de moi un oiseau pour le chat.

Je continue donc de servir le Royaume de France de la seule façon dont j'en sois capable, en oeuvrant pour une de ses institutions, sentant parfois bien fort les effluves du conflit arriver jusqu'aux portes des salles de réunion ou d'audiences parmi lesquelles je déambule. Bien évidemment, cette guerre a des répercussions dans tous les domaines, pas uniquement le militaire, et la justice n'est pas oubliée dans la distribution des dommages collatéraux.

A ce propos, figurez-vous que ces dommages ont conduit il y a quelques jours à présent un Champenois que vous connaissez sans doute, au moins de nom, à faire le déplacement jusque Paris, et ce dans le but de se renseigner sur la possibilité ou non de mettre en procès les Artésiens ayant envahi le territoire champenois. Le hasard est quelque fois bien étrange, puisqu'il aura fallu un voyage à Paris pour que nous nous rencontrions, alors que je séjourne en Champagne depuis des mois et des mois. Enfin bon, je m'égare, et cette rencontre, aussi surprenante et étrange soit-elle, ne vous intéresse sans doute guère.

Je suis touchée de vous entendre dire, ou plutôt de lire, que vous avez laissé un morceau de vous auprès de moi, et je me demande si vous en avez emporté un de moi également... Sans doute, oui.

Quoi qu'il en soit, je suis heureuse - même si cela vous parait étrange - de savoir que vous cheminez toujours aux côtés d'Alienor. J'ai donc bien fait de m'effacer, et n'ai aucun regret à avoir à ce niveau-là. Puissiez-vous déguster longtemps le fruit, sans vous lasser du goût, et sans penser au trognon qui se cache dans chaque pomme.

Pour ma part, je vais bien, rassurez-vous! Je me noie dans le travail, comme toujours, mais la vie et le vent semblent bien décidés à se rappeler à moi par instants, grâce à certaines rencontres, auxquelles je ne m'étais pas attendue, et qui m'ont pris de plein fouet.

L'une d'elle m'a fait repenser à nos échanges écrits de jadis, ceux où nous nous confiions réciproquement à l'inconnu qui était en face, sans crainte d'être jugés ou incompris, sans faux-semblant, sans masque et sans pudeur. Cet inconnu à qui je me livrais en oubliant mes chaînes, jusqu'à ce que le désir et le rêve s'en mêlent. Aujourd'hui, je me surprends à regarder fixement la porte sous laquelle chacune de ses lettres se glisse, et n'en comprends pas vraiment la raison, pas plus que celle qui me pousse à lui répondre... Vous le détesteriez, sans même le connaitre, mais peu importe. J'aime cette relation qui n'en est pas vraiment une, mais dans laquelle je me sens exister, ailleurs...

La seconde de ses rencontres est tout autre, faite de mots échangés à voix haute, de vent et de frisson, de sourires et de murmures, de trouble et de peur, je crois. Une impression de déséquilibre, de fil tendu et prêt à rompre au moindre faux pas. Vous la détesteriez sans doute tout autant, et me diriez que je vaux bien mieux que cela, bien mieux qu'une rencontre improbable dans un lieu rempli de courants d'air...

Je repense à cette salle d'archives, et ce soir cette pensée me rendrait presque cynique... Une salle d'archives.. Si j'étais un ouvrage, je voudrais être un livre de poésie posé sur une table d'auberge, et faire rêver les gens, en les berçant de douceur et de musique, ou encore sentant tournoyer ses pages au gré du vent... Pas un livre d'aventures anciennes posé dans une belle pièce, à l'abri des regards, prenant la poussière mais choyé car précieux, gardé jalousement, et qu'on ressort du placard quand on a besoin de retrouver quelque inspiration.

Je sais, je suis injuste sans doute, à vos yeux...

J'ai adoré cette salle d'archives, vraiment, et je la garde précieusement dans mes souvenirs, mais ce soir j'ai envie de regarder devant, de suivre le vent, ne serait-ce que quelques heures, comme un papillon s'envolant vers le soleil en étant conscient que sans doute il s'y brûlera les ailes. Alors je vais prendre le baiser que vous m'envoyez et le poser sur une de ces ailes, espérant qu'il me portera chance jusqu'à la brûlure, ou me poussera à retourner me terrer pour m'enfermer avec lui au milieu de mes dossiers.


Prenez soin de vous, Aimelin, et ne me faites pas regretter de m'être effacée devant une chrysalide bien plus prometteuse.


Terry,
Qui ne vous oublie pas, quelle que soit ses humeurs.

Il détesterait, elle le savait! Mais il ne pourrait pas lui reprocher de n'avoir pas répondu, ou pire encore de l'avoir fait hypocritement. Cette lettre était le reflet de ses pensées du moment, et elle aurait été incapable de faire autrement.

Pourtant, alors qu'elle ouvrait la porte de son bureau pour confier celle-ci à un messager, un sourire naquit sur ses lèvres.... Sous la porte qu'elle venait d'ouvrir dormait une missive signée de la main de l'étrange étranger... Rapidement, nerveuse comme une petite fille, elle décacheta celle-ci et s'usa les yeux à la lire et la relire.


-----------------------------------------

[20 octobre 1459, fin de soirée, même endroit, mêmes protagonistes :]

La journée avait été longue, entre les diverses audiences à redistribuer en raison des disparitions et retraites de certains officiers, des départs d'autres, sans oublier les nouvelles arrivées... Le jeu des chaises musicales qui se déroulaient depuis quelques temps dans les diverses audiences traitées commençait doucement mais sûrement à la lasser, lui faisant s'arracher les cheveux pour essayer de combler sans cesse de nouveaux "trous" dans les effectifs sans en faire pâtir les témoins et requérants qui - quoi qu'elle fasse - continuaient pour certains à se plaindre et larmoyer, quand ce n'était pas mordre par les mots.

Fermant la porte de son bureau à double tour, elle se servit un verre de calva, un de ses rares plaisirs humains, puis attendit d'être un peu plus calme pour enfin répondre à "l'admirateur pas si bien masqué que cela", puisqu'elle avait parfaitement deviné de qui il s'agissait.


Citation :
Il était une fois une jeune femme qui avait tout pour être heureuse : la liberté, le vent, la musique, l'amour. Mais le ciel et les hommes en décidèrent autrement, lui reprenant celui qui était comme le "la" de la partition sur laquelle elle avait cru écrire la mélodie de toute une vie, une mélodie sans fin. Sans le "la", tout n'était plus que requiem et long decrescendo, rempli de silences et de bémols.

Oh bien sûr d'autres clés se posèrent sur la partition, lui permettant d'écrire de nouvelles mesures, parfois même par deux, la faisant s'emmêler les pinceaux... Mais la demoiselle avait décidé d'épouser l'anamour, de fuir le bonheur avant de le voir s'en aller de lui-même. Elle n'écrivit donc plus que des introductions, ne dépassant guère deux ou trois mesures, faites de démesure surtout.

Jusqu'au jour où elle croisa non pas un nouveau "la", oh non, le "la" il n'en existait qu'un, elle le savait, mais un "ut"... Son "tu", la clé de tout selon elle, celui par qui tout recommençait, celui qui lui donnait envie de chanter à nouveau, d'écrire, et surtout de vivre. Mais là aussi, les hommes en décidèrent autrement.... Ou plutôt la poussèrent à cesser de chanter, à le libérer de sa présence et de leur relation, cette relation qui provoquait le chaos dans son existence à lui... depuis l'éloignement de ses enfants qui ne lui pardonnaient pas d'en aimer une autre que leur mère jusqu'à la mise au ban de la société "bien pensante" du Duché pour lequel il avait donné tant d'années.

Elle l'abandonna, sans un au revoir, juste une lettre de quelques lignes... Elle ne voulait pas que leur relation devienne un jour pour lui synonyme de douleur et de deuil, elle ne voulait pas que les autres lui fassent payer si cher le prix de leur amour. Elle quitta tout et alla se réfugier en Champagne, auprès du seul véritable ami qu'elle avait, auprès de cet homme au charme et aux avances muettes duquel elle avait résisté durant des années, par amour pour celui qu'elle abandonnait à présent. Elle arriva trop tard... Son épaule était déjà occupée, et elle refusa son offre de partage en toute discrétion, qui pour tout dire la choqua grandement, ce qu'il ne sembla ni comprendre ni accepter.

De peur de finir par succomber, de peur de renier ses valeurs, elle se terra, se cacha, n'échangea plus avec lui que par missives, de plus en plus espacées. Et quoi de mieux pour s'isoler et cesser de penser que le travail? Celui-ci devint sa planche de salut, le radeau auquel elle s'accrocha pour ne pas sombrer, résumant rapidement sa vie à sa fonction.

C'est au coeur de cette fonction que le destin frappa un jour... Une rencontre au détour d'un couloir, un courant d'air qui lui remit en mémoire la douceur du frisson, le bienfait que procure l'entente des battements de son propre coeur quand il s'éveille, cette sensation de vertige qui vous poursuit même lorsque vous quittez la falaise devant laquelle vous l'avez ressenti.

Elle se débattit, retourna à son ouvrage, luttant contre vent et marée pour retrouver le calme et l'oubli... En vainc...


Une femme,
Qui n'a d'autre excuse au temps mis à vous répondre que celle d'avoir été touchée par vos mots.

Si elle s'était attendue le moins du monde à ce qu'il lui répondrait ensuite, elle aurait sans doute déchiré cette missive au lieu de l'envoyer, tant la déception qui l'attendait était grande... Déception qui le lendemain matin lui ferait prendre la route pour la Champagne, à coeur et à corps perdu.

----------------------------------------------------

[22 octobre 1459 en soirée, sur la route entre Paris et la Champagne, dans une petite auberge de fortune :]

Le moins que l'on puisse dire, c'est que chaque personne présente dans cette auberge où elle s'était arrêtée le temps de prendre quelque repos et forces avant de reprendre la route put entendre la nervosité avec laquelle sa plume frottait le vélin sur lequel elle était occupée à répondre à celui dont elle préférait encore qu'il garde son semblant de masque. Si il espérait une réponse comme la première, il allait être bien surpris et retomber vite fait de son petit nuage.

Citation :
Messire masqué,

Me pardonnerez-vous d'être franche? Je l'espère, puisque dans tous les cas je suis incapable de ne pas l'être... Si tel n'était pas le cas, alors ne m'écrivez plus, puisque vous n'obtiendriez que réponses franches dont vous ne voudriez pas. Si vous supportez la franchise, alors continuez donc à m'écrire autant que vous le voudrez.

Franche donc, je vais l'être d'entrée de jeu, en vous disant que si votre précédente missive m'avait touchée, troublée, la première ligne de la seconde m'a... hum... déçue, blessée, fait retomber de plein fouet dans la réalité que j'avais quittée en lisant vos précédents mots.

"Ma Dame la Président de la Cour d'Appel, vu que cela est votre titre"... C'est ainsi que vous commencez cette seconde lettre, et à l'heure où je vous cite ces mots, je me surprend encore à grimacer. Certes c'est mon titre, ma fonction, mon rang, mon étiquette. Et dans ma grande naïveté, j'avais cru que dans nos échanges vous vous adressiez à la femme, à cette femme que vous aviez entraperçue derrière le masque, derrière la robe d'Officier royal, à la femme que je suis et que je cache, à cette femme en moi que j'avais réussi à endormir telle la "Belle au bois dormant" et que vous avez en quelque sorte réveillée il y a quelques jours.

Aujourd'hui, vous vous adressez à celle que je suis en surface, et cela me ramène à la réalité... Cette réalité froide et insipide à laquelle je m'étais habituée avant que vous n'en fissuriez le vernis.

Pourtant, la suite de votre missive semble s'adresser à la femme, avec cette sensibilité et cette chaleur qui m'avaient poussée à m'ouvrir un peu à vous, et j'en suis déstabilisée... Perdue... Ne sachant plus de qui vous attendez au juste une réponse. De Terwagne Méricourt, Vicomtesse d'Orpierre, Dame de Taulignan, Présidente de la Cour d'Appel du Royaume de France, ou bien de Terry la "Tempête essoufflée"?

Laquelle des deux trouvez-vous donc désirable? Intelligente? gentille? Tous ces mots tracés par votre plume et dont je ne sais même plus à qui ils s'adressent...

"Elle".

Ensuite? Ensuite elle avala quelques gorgées, ou plutôt verres, de la bouteille de calva qu'elle avait commandée pour accompagner son semblant de repas, et répondit à la dernière lettre qu'elle avait reçue de celui dont la morale aurait voulu qu'elle se méfie, dont sa charge aurait du la faire prendre ses distances, mais qui l'intriguait tout autant que sa plume la charmait, depuis les tous premiers mots qu'il lui avait adressés suite à sa convocation à témoigner.

Citation :
"De Paris à Reims, ou Etampes..."

Cher étranger mystérieux,

Je crois, non je suis certaine, que vous êtes le premier à trouver que je sens apocalyptiquement bon. Je ne sais comment prendre ce compliment, mais je mentirais si je disais qu'il m'a laissée indifférente, et j'en suis profondément incapable.

Pour répondre à votre interrogation voilée concernant l'éventuelle "drôlerie" de mon visage et de mon corps, disons que je pense avoir un visage on ne peut plus commun, entouré d'une chevelure noire qui est tout sauf domptée, et où jadis devaient briller deux yeux sombres qui aujourd'hui semblent éteints comme une nuit sans étoile. Mon corps n'a rien de drôle, non plus, sauf si bien entendu la maigreur et les empruntes de lames vous font sourire et vous amusent. Moi je m'y suis habituée, du moins j'essaie de m'en convaincre. Ce corps incapable de donner la vie ne m'importe plus, puisqu'il ne sert que de pupitre à une fonction.

Mais qu'importe tout cela? Rien, au fond, puisque nous ne nous rencontrerons sans doute jamais, nos existences étant par trop opposées, nos mondes à mille lieues l'un de l'autre.

En lisant votre dernière lettre, je me suis surprise à me dire que cette femme à laquelle vous faites allusion, cette femme inanimée sur le bord de la route et dont vous vous demandiez après l'avoir dépouillée si elle avait le goût du poulet... Cette femme aurait pu être moi, au fond, et vous n'en auriez rien su, vous qui ne connaissez de moi que le nom. Etrangement, cette pensée ne m'a pas effrayée. Je me suis même surprise à ne rien ressentir. Comme si tout cela ne m'importait pas, ou plus.

Pourquoi m'écrivez-vous au juste?

Pas pour tenter de m'influencer dans la révision de l'affaire où vous êtes impliqué, puisque jamais vous n'y faites allusion, et que dans vos missives vous faites tout sauf tenter de vous faire passer pour un agneau, que du contraire... Pour tout dire vos lettres auraient plutôt tendance à plaider en votre défaveur, et je sais que vous en êtes conscient.

Est-ce pour libérer votre conscience?
Pour tester mes valeurs à moi?
Pour briser votre solitude?
Ou réellement parce que vous me trouvez incroyablement humaine, de cette trop grande humanité qui me fait tant souffrir certains soirs?

Je ne sais même pas si j'ai envie de connaitre la réponse à ces interrogations... Que changerait-elle? Rien, au fond.

J'ai souri en lisant vos derniers mots, ceux où vous dites que je semble être faite pour une autre existence. Sans doute, oui. Mais laquelle? Ce soir, alors que bientôt sonnera l'heure de clore l'audience qui nous lie indirectement, et dont vous ne parlez jamais, pas plus que moi, j'ai plus que jamais l'envie de fuir, de tout abandonner, et de me jeter dans les bras de l'oubli. De prendre la tangente, comme vous dites, pour rejoindre une inéquation à deux inconnues, dont vous ne faites pas partie... L'oubli, le néant, l'apocalypse...

J'ai donc quitté Paris et pris la route pour la Champagne, là où un autre loup m'attend selon ses lettres. Je ne sais si j'irai jusqu'au bout, mais j'ai besoin d'oubli, d'endormir ma tête en écoutant mon corps.

Gardez-moi cette place apaisante et souriante que vous me donnez dans vos pensées, elles me rendent sans doute plus belle que ce que je ne suis. Et donnez-moi de vos nouvelles, si vous en avez l'envie, j'aime à vous lire.


Dangereusement,
Terwagne.

Pourquoi ce titre? Pourquoi parler de Reims ou Etampes? Au fond d'elle, elle savait très bien que c'était vers Etampes qu'elle crevait d'envie de courir, ne serait-ce que pour y déverser de vive voix le cynisme qui coulait dans ses veines et qu'elle détestait. Jamais auparavant elle n'avait éprouvé ce sentiment qu'elle détestait par dessus tout, mais qui plus que tout lui semblait faire d'elle-même une étrangère, une femme dans laquelle elle ne se reconnaissait plus.

Peut-être que de le laisser quitter son être par des mots prononcés face à face le ferait disparaitre?

En tous cas, elle l'espérait...

Follement...
Douloureusement...
Dangereusement....


Terwagne_mericourt a écrit:
[D'une démission avortée et d'un verdict accouché dans la douleur : ]


Démissions, disparitions, absences sans explications, révocations, modifications, nouvelles attributions, récriminations, complications, démotivations... Qui aurait cherché avec quoi faire rimer "Cour d'Appel" en ces jours d'octobre aurait été bien avisé de chercher une rime en "on", c'est le moins que l'on pouvait dire.

La présidente venait de nouveau de courir dans tous les sens durant deux jours, ou peut-être trois... Quand on ne prend pratiquement plus le temps de dormir, on finit par s'y perdre un peu.

Quoi qu'il en soit, les yeux rivés sur le "Tableau de bord des affaires en cours" trônant dans la même salle que la Table ronde des Officiers, elle vérifiait une ultime fois que cette fois chaque audience avait bel et bien un Juge et un Procureur attribués et présents. Oui, cette fois cela semblait en ordre! Mais pour combien de temps?

Démission de Jackleptit, puis de Klesiange avant même d'avoir commencé à travailler lui, disparition de Grégoire, disparition de Lotx, révocation du De La Mirandole, mise à l'écart de Aldin... Ca commençait vraiment à faire beaucoup! Quel serait le prochain mauvais coup du destin? Qui frapperait-il?

Depuis des semaines Terwagne avait l'impression que jamais elle ne parviendrait à faire comme ses prédécesseurs, superviser et encadrer sans gérer d'audiences propres... A chaque fois qu'elle voyait le nombre de Juges ou de Procureurs approcher du quota espéré et planifié, ça s'effondrait de l'autre côté! Alors elle reprenait des audiences ouvertes par d'autres, le plus possible, pour ne pas surcharger les autres Juges à qui elle demandait malgré tout d'en prendre chacun une ou deux de plus, dans la mesure de leurs possibilités.

Quand cela allait-il enfin cesser?!
Quand?!

Mais le pire, c'est que quand on a le caractère de Terwagne et qu'on est capitaine d'un bateau où il faut sans cesse écoper, on en arrive vite à douter de ses propres capacités, à se demander si on est à la hauteur, si un autre ne ferrait pas mieux que nous, ne parviendrait pas mieux à remotiver son équipage, ne trouverait pas de meilleures solutions, ne serait pas simplement plus à sa place que nous-même.

Oui, en un mot comme en cent, Terwagne doutait d'elle... Comme jamais! Ou plutôt comme toujours!

C'était en partie, en grosse partie, ce doute-là, ajouté à un autre qu'elle essayait de faire taire en elle, qui l'avait poussée à écrire sa démission, cette démission où elle parlait de sa passion pour la Justice, de tout ce que la Cour d'Appel lui avait apporté durant toutes ces années, mais aussi où elle appuyait l'éventuelle candidature de son Vice-Président à prendre sa relève.

Elle ne lui en avait pas parlé, elle n'en avait parlé à personne, ne sachant que trop bien qu'ils chercheraient à la faire rester, à lui rendre confiance. Elle voulait partir en silence, sans se retourner, parce que partir c'était un peu comme mourir au fond, et que la décision avait été difficile à prendre. "Le plus dur ce n'est pas de prendre une décision, c'est de s'y tenir" lui avait dit Bragon le jour où elle avait choisi Hugoruth et brisé le coeur de Maleus... Se retourner c'était risquer de ne pas tenir.

Mais c'était sans compter sur les résultats des élections du Comté de Toulouse, sans la mise à l'écart forcée de Aldindethau. Un Juge de moins, encore un, de nouvelles audiences à réaffecter, une nouvelle crise des effectifs à traverser, un nouveau surcroit de travail pour tous.

Elle ne pouvait décemment pas leur faire ça en plus! Elle ne pouvait pas les lâcher dans ces conditions! Alors elle avait déchiré sa démission... Se disant que peut-être les deux mois à venir lui rendraient confiance en elle, que d'ici-là les choses iraient mieux, qu'il serait encore temps de repenser ensuite à prendre du repos, du recul, à recommencer à vivre en dehors d'une fonction, ce qui n'était plus son cas depuis des mois.

Démission avortée...
Personne n'en saurait rien, ou presque...

Pas plus qu'on ne se douterait de la difficulté avec laquelle elle accoucha de la proposition de verdict qu'elle présenta en salle de délibérations des Juges le lendemain soir.

Accouchement dans la douleur...
Sans un cri, juste la lèvre mordue à sang...

Quittant le "Tableau de bord des affaires en cours" devant lequel elle était toujours, elle se dirigea vers son bureau et remplit nerveusement deux vélins de son écriture haletante, essoufflée, pressée, désordonnée.


Citation :
Bonsoir, source de mon tiraillement.

J'ai été longue à vous répondre, j'en ai conscience, mais ne m'en excuserais pas, puisqu'après tout rien ni personne ne m'oblige à vous écrire, si ce n'est ma propre âme, ou encore mon libre arbitre, ce libre arbitre que je voudrais voir disparaitre!

Cette lettre sera sans doute bien différente des autres que je vous ai adressées, remplie de choses incompréhensibles, de pensées s'entremêlant, s'entrechoquant, me déchirant tel un morceau de viande entre les crocs de plusieurs loups tous plus affamés les uns que les autres.

Je n'ai pas envie de réfléchir aux mots que je trace, pas envie de les peser, pas envie de me relire, pas envie de mettre de l'ordre parmi eux, parce que cela supposerait que je parvienne à mettre de l'ordre dans mes pensées, et c'est tout sauf le cas.

J'ai levé l'audience vous concernant, il y a plusieurs jours à présent, invitant chacun à attendre dans les couloirs un verdict que j'avais décidé de ne pas rendre, jamais! Oui, vous avez bien lu, j'avais décidé de fuir, de tout quitter, avec lâcheté. Et il aura suffit d'une mise à l'écart de deux mois de l'un de mes Juges, en raison de son élection à la tête d'un Duché, pour que je laisse une fois encore le devoir prendre le pas sur tout, et surtout sur moi.

J'ai déchiré ma démission, ai paré au plus urgent, redistribué les audiences dont il avait la charge, me suis noyée dans les responsabilités et le travail, étouffant la femme remplie de peurs et de doutes pour laisser l'Officier Royal faire ce qu'on attendait d'elle... Une bête d'efficacité et n'obéissant plus à rien d'autre que son sens du devoir.

Oui mais voila... Sans fuite, pas d'échappatoire! Ce verdict, il me faudra le rendre, et surtout il me fallait le proposer aux autres Juges!

C'est fait.... Je l'ai fait!

Un verdict semblable en tous points à ce qu'il aurait été sans nos échanges! Un verdict on ne peut plus professionnel! Un verdict rempli de cette objectivité, de cette impartialité qui est plus forte que tout, plus forte que moi! Plus forte que les cris et les larmes que verse la femme étouffant derrière l'armure de Juge. J'ai fait mon devoir.... Je l'ai fait, oui! Et j'ai détesté ça! Détesté penser que derrière ce nom, derrière cette condamnation, il y avait un homme, et de l'autre côté une femme qui ne lui était en rien supérieure, qui jugeait un de ses semblables. Semblable et si différent pourtant.

Sans doute cela vous ferra-t-il sourire, mais jamais jusque là je n'avais envisagé les choses sous cet angle (.... )

(... ) Et tout me parait si différent maintenant...

Je ne vous parlerai pas plus longtemps de ce fichu verdict, je sais qu'il vous importe peu et ne torture que moi au fond. Je sais que vous y survivrez, qu'il ne vous pèsera pas, ou si peu. Je sais aussi qu'en moi il a changé quelque chose, que nos échanges m'ont changée, fait réfléchir, sourire, douter, trembler, rêver aussi, et puis exister ailleurs, autrement... En un mot, ou plutôt cinq : ils m'ont fait vivre! Et la vie est tout sauf simple, comme toujours.

Personne jamais ne m'avait dit vouloir occuper son temps à graver mon prénom dans la pierre des murs! Personne jamais n'avait donné mon prénom à une de ses oeuvres! Personne sauf vous...

J'ai peur, j'ai froid!
Je ne veux pas de ce silence dont vous parlez comme d'une chose inéluctable!

Et le pire, c'est que je ne sais même pas pourquoi...


Dame T.

Terwagne_mericourt a écrit:
[C'est quand on ne les attend pas, ou plus, que les choses arrivent...]


Après avoir déchiré sa démission et proposé le verdict accouché dans la douleur, la Vicomtesse s'était octroyé quelques jours de repos, mais surtout de recul. Etampes l'attendait depuis des mois, elle fuyait l'invitation depuis toujours, mais n'avait au final nul autre endroit où aller, nul autre ami vers qui se tourner.

Aimelin, fidèle à lui-même et à ses promesses, avait été là pour elle, pour l'écouter, pour la comprendre, pour la faire sourire au milieu des larmes, pour lui rendre cette confiance en elle qui lui manquait depuis longtemps, depuis toujours. Oh bien sûr elle avait une fois de plus frôlé le précipice, plus fort que jamais d'ailleurs, mais elle était repartie de son domaine avec la certitude d'avoir au fond d'elle suffisamment de ressources pour tenir encore un peu, et un objet à serrer dans sa main les jours où elle chercherait à quoi se raccrocher.

A son cou se trouvait à présent une chaîne, mais surtout un anneau... L'anneau qui avait donné naissance à leur rencontre... Un anneau lourd de sens pour tous deux, et plus encore pour lui sans doute.

Elle était donc revenue à Paris, plus forte, et soulagée d'avoir malgré tout tenu la promesse qu'elle s'était faite de ne pas trahir Alienor. Elle pourrait continuer à se regarder dans une glace. Ca n'avait pas été simple, loin de là, et elle ne s'en était tirée que par une nouvelle fuite devant le vertige, préférant retourner sur la terre ferme et dans le travail.

Se noyer dans le travail, encore et toujours... Annoncer le verdict qui l'avait déchirée... Désespérer de recevoir un jour une nouvelle lettre de cet homme qu'elle avait condamné et dont les derniers mots, juste avant, disaient "Nos lettres finiront par se taire...".

Il est des choses qui ne s'expliquent pas, que jamais on ne comprendra, et ce qui suit fait partie de ces choses.

Quelques jours à peine après son retour, Terwagne avait retrouvé une motivation et une énergie qu'elle n'avait plus senties en elle depuis des mois! D'annonces en recrutements, de débats en décisions prises, elle avait retrouvé non seulement l'envie d'oeuvrer - et plus seulement le sens du devoir - mais surtout elle avait enfin pris conscience qu'il lui fallait parfois oser imposer ses choix et décisions, se montrer décisive et décidée. Certes, cela ne plairait pas à tout le monde, mais elle n'était pas là pour faire plaisir, juste pour mener une barque, en s'en donnant les moyens et avec un équipage digne de ce nom.

Rapidement, cet équipage commença à prendre le visage qu'elle lui avait toujours rêvé, et cela ne fit que renforcer encore sa motivation et sa confiance retrouvées.

C'est au coeur de cette plénitude que le destin frappa... L'annonce d'une prochaine levée de ban du Lyonnais-Dauphiné, l'ordre de repartir vers là-bas pour aller prendre les armes. Le devoir se rappelait à elle!

Mais comment faire pour y retourner seule, depuis la Champagne, malgré l'interdiction qui lui avait été faite par le Connétable de quitter Troyes où elle venait de s'installer après des semaines d'hésitation? Malgré les frontières fermées de la Bourgogne? Jamais elle n'arriverait là en vie, c'était impossible.

Perdue, elle écrivit à qui de droit, espérant obtenir réponse et solution.


Citation :
De Terwagne Méricourt, Présidente de la Cour d'Appel Royale, Vicomtesse d'Orpierre, Dame de Taulignan,
A sa Grâce Samthebeast, Duc du Lyonnais-Dauphiné,
Au héraut Dauphiné et à son poursuivant,
A Dame Isabeau de Hauterives, Major par interim.



Salut et Paix!


Par la présente, tenions à vous dire que nous avons bien reçu, et pris en considération, la missive qui nous a été adressée par le Major par intérim, Dame Isabeau de Hauterives, concernant la levée du ban du Lyonnais-Dauphiné.

Malheureusement, nous sommes actuellement coincée dans l'enceinte de Troyes, en Champagne, où nous venons de nous installer...

Coincée, oui, puisque consigne (ordre) nous a été donnée par le Conseil ducal champenois - par l'entremise de son Connétable, le sieur Nono18 - de ne pas sortir de la ville pour emprunter les routes, sous peine de nous voir attaquée par les armées qui sillonnent le territoire suite aux affrontements entre les armées du Ponant et celles de Champagne.

De plus, nous craignons que notre santé fragile et notre constitution légère ne vous soient pas d'une grande utilité en cas de combat, le voyage risquant de réduire encore peu plus ces dernières. Pour tout dire, nous ne sommes même pas certaine qu'elles puissent supporter le voyage jusqu'en Lyonnais-Dauphiné, quand bien même nous obtiendrions autorisation de quitter la ville de Troyes et de traverser la Bourgogne.

Cependant, nous demeurons fidèle à nos serments envers le Duché du Lyonnais-Dauphiné, soyez en assurés, et souhaitons les honorer de notre mieux, soit en apportant notre soutien aux troupes de Champagne au nom du Lyonnais-Dauphiné - ce dont nous serions extrêmement fière - soit en payant l'hériban en lieu et place de notre participation physique (qui serait peu notable) au ban.


Que le Très-Haut vous protège.


Faict à Troyes le douzième jour de novembre de l'an de grâce mil quatre cents cinquante neuf.

Terwagne Méricourt,
Vicomtesse d'Orpierre
Dame de Taulignan
Présidente de la Cour d'Appel royale.


Trois jours s'écoulèrent, sans réponse aucune. Et puis, enfin, une missive de son Duc, dont elle espérait qu'il l'éclaire un minimum sur la marche à suivre, mais qui se contentait d'officialiser dans les formes la levée du ban, faisant totalement abstraction de la lettre qu'elle lui avait écrite.

Que faire? Réitérer, sans doute... Et c'est ce qu'elle fit, dans les formes.


Citation :
De Terwagne Méricourt, Présidente de la Cour d'Appel Royale, Vicomtesse d'Orpierre, Dame de Taulignan,
A sa Grâce Samthebeast, Duc du Lyonnais-Dauphiné,

Salut et Paix!

Puisque nous n'avons toujours pas eu réponse à notre première lettre, et suite à votre annonce concernant toutes deux la levée du ban du Lyonnais-Dauphiné, nous prenons à nouveau la plume afin d'obtenir votre avis sur notre proposition de nous joindre aux défenseurs champenois au lieu de nous rendre en Lyonnais-Dauphiné pour remplir notre devoir d'aide, ou bien de verser l'hériban en compensation.

A ce propos, nous aimerions connaître les modalités pour le payement de ce dernier. Il y a-t-il un délai pour le verser? Doit-on se déplacer ou bien quelqu'un peut-il venir le récupérer directement où nous résidons?

Bref, nous attendons vos réponses à nos propositions et interrogations avec impatience, afin de nous organiser au mieux selon votre décision finale.


Que le Très-Haut vous protège.


Faict à Troyes le dix-septième jour de novembre de l'an de grâce mil quatre cents cinquante neuf.

Terwagne Méricourt,
Vicomtesse d'Orpierre
Dame de Taulignan
Présidente de la Cour d'Appel royale.




Ensuite? Elle attendit, un jour, deux jours, trois jours... Mais ne vit rien venir! Le Duc n'avait visiblement soit pas le temps, soit pas l'envie, de répondre à ses vassaux. Mais elle n'avait pas envie de soustraire à ses serments, et était prête à tout mettre en oeuvre pour les respecter.

C'est forte de ces certitudes qu'elle décida de prendre la direction des locaux où siégeait le Conseil de Champagne, espérant trouver là-bas des réponses aux interrogations qu'elle avait adressées au Duc du Lyonnais-Dauphiné, à savoir comment répondre au ban.

Ouvrant la porte pour se mettre en route, elle découvrit une autre surprise... Leurs lettres n'avaient pas fini par se taire... Après trois semaines de silence il lui donnait enfin de ses nouvelles. Elle poussa la missive qu'elle désespérait de recevoir un jour dans sa besace, décidée à en découvrir le contenu au calme, dans la solitude de sa nuit, et se rendit au siège du Conseil ducal champenois.

Terwagne_mericourt a écrit:
[hrp]Petite invitation à ceux que ça tenterait de s'y glisser : cette petite parenthèse dans mon RP se poursuivra sur le parvis de la CA[/hrp]

[Paris, Cour d'Appel : "Vous chantiez? Et bien dansez maintenant!"]

Danser?
Mouè...

Déjà elle n'était pas certaine de le faire aussi bien que de chanter, n'ayant pas souvent eu l'occasion de trouver partenaire digne de ce nom, mais le vrai soucis c'était que pour bien danser encore fallait-il savoir sur quel pied. Et que pour l'heure c'était tout sauf son cas à elle.

Comme souvent lorsque sa tension nerveuse avait atteint un certain stade, la "Tempête" n'était plus d'humeur à l'averse - comprenez aux larmes - mais tout le contraire. Une espèce d'euphorie incompréhensible s'emparait d'elle, la laissant la proie de réactions et de comportements décalés qu'elle-même ne comprenait pas. Terminé le courant alternatif, les hauts et les bas, terminées les baisses et hausses de tension, c'était le court-circuit intégral.

Le théâtre de cet incident? Le parvis de la Cour d'Appel, sur lequel elle déboula soudain avec une bouteille et des verres, qu'elle s'empressa de déposer sous le premier banc venu, se souvenant tout à coup que si elle était allée les chercher dans son bureau c'était pour les porter autour de la table de réunion de la Procure et non pour venir trinquer avec son amie la Lune.

Baste!
Ils attendraient!
On n'était pas à quelques minutes près, après tout! Et quitte à y passer la nuit, autant se comporter en vraie femme...

Vous savez, ce genre de femme qui se fait attendre, désirer, laisse l'autre mariner tandis qu'elle-même se conditionne, hésite sur la position qu'elle adoptera, et tant d'autres choses encore.

Elle déposa donc ses ustensiles sous le banc, et non dessus, sait-on jamais que quelqu'un vienne à passer et s'interroge sur le pourquoi du comment, mais surtout sur ses desseins. Ensuite, elle s'assit, leva les yeux au ciel, prit une grande inspiration, commença à réfléchir, mais sentit brusquement le brouillard de ses pensées se déchirer pour laisser place à... un éclair de folie passagère.

C'est cet éclair foudroyant qui la fit se relever, d'un bond, et qui d'un second bond la fit sauter sur l'assise où son fessier s'était posé quelques instants plus tôt, lui donnant l'allure d'une petite fille jouant les saltimbanques, prenant place sur quelque scène imaginaire devant laquelle personne ne viendrait jamais l'écouter chanter.

Personne ne la verrait? Et bien tant mieux! Comme ça elle pouvait se lâcher... Et c'est ce qu'elle fit, dédramatisant par le décalage ce qu'elle avait malgré tout sur le coeur, se mettant rapidement à chanter, oubliant sa robe, son rôle, le parvis, la table ronde, et même la lune.


Ne me demandes pas pour la dernière fois
Si enfin j'ai choisi entre toi entre lui
Si je ne réponds pas, je sais tu partiras

J'ai besoin de toi, j'ai besoin de lui
Voila la vérité!
J'ai besoin de lui, j'ai besoin de toi
Mais ça ne se dit paaaaaaas....
Revenir en haut Aller en bas
http://jardinsecret.forums-actifs.com
Aliénor
Admin
avatar

Messages : 1969
Date d'inscription : 02/03/2011

MessageSujet: Re: [RP ouvert] Quand le hasard n'est pas de la partie.   Jeu 26 Jan - 15:36

Alienor_vastel a écrit:
[Reims, le 10 janvier 1460]

"Être à la hauteur
De ce qu'on vous demande
Ce que les autres attendent
Et surmonter sa peur
D'être à la hauteur
Du commun des mortels
Pour chaque jour répondre a l'appel
Et avoir a coeur
D'être à la hauteur"
Emmanuel Moire - "Etre à la hauteur"



Elle avait fini par les comprendre, ces points de suspension, la blondinette, ceux de cette missive reçue mi juin. Et elle s'était mise en retrait. Parce qu'aucun d'eux ne parvenait à être naturel lors de ces quelques soirées partagées dans ces tavernes troyennes, comme gêné, mal à l'aise face aux deux autres.
Elle aurait pu continuer à écrire, elle aurait aimé le faire même, mais pour dire quoi au final, si ce n'était, par ces lettres, rappeler concrètement sa présence. Elle se doutait qu'Aimelin et Terwagne continuaient de correspondre, qu'ils se voyaient peut-être, sans doute, mais elle ne posait pas de questions. Pas par indifférence, non, ou parce qu'elle ne se sentait pas concernée, après tout elle l'était, du fait même qu'elle était finalement une des parties de ce curieux triangle.
Non, c'était parce qu'elle ne voulait pas interférer entre eux, parce qu'elle avait compris ces points de suspension, parce qu'elle savait combien Terwagne comptait pour Aimelin, et qu'elle se faisait discrète pour préserver cette "relation trouble" entre eux comme l'avait écrit la Vicomtesse, et pourtant si nécessaire pour eux. Et sans jalousie aucune, mais avec le malaise, parfois, d'être celle qui les empêchait par sa présence de vivre ce qu'ils avaient à vivre, au delà de la complicité, de la tendresse, et peut-être davantage, qui les liait, même si le jeune homme avait tenté de la rassurer à ce sujet lorsqu'elle le lui avait dit. Elle avait hésité, partir et disparaître, mais en auraient-ils été tous trois plus heureux pour autant ? Alors elle était restée, profiter égoïstement de ce que la vie lui offrait et de ces moments de bonheur.

Les semaines avaient passé, puis les mois, et puis cette annonce qui avait attirée son attention, au milieu d'autres, la nomination de Terwagne à la charge de Grand Chancelier de France. Une charge, oui, dans toute l'acception du terme, la fille d'un ancien Connétable de France, la petite protégée d'une ancienne Première Secrétaire d'Etat puis Grand Prévôt de France était bien placée pour savoir, pour l'avoir vu et vécu auprès de ceux qui lui avaient été chers, combien la fonction de Grand Officier de la Couronne pouvait paraître lourde à ceux qui la remplissaient dès lors qu'ils la menaient avec coeur et courage.

Alors elle avait pris la plume, pour la féliciter. Elle n'était pas douée à un tel exercice, trouver les mots justes, mais sa démarche était sincère, lui dire combien elle était fière et heureuse pour elle de voir ses compétences et ses qualités enfin reconnues, et lui souhaiter du courage.

Un sourire sur les lèvres à la réponse qui lui était parvenue, et les pervenches qui plongèrent pensivement vers le feu crépitant de la cheminée qui répandait sa douce chaleur dans la chambre de l'hôtel Wagner où elle s'était installée le temps de son séjour en la capitale, profitant de l'hospitalité de sa presque suzeraine.

Les flammes qui dansaient sous ses yeux s'évanouirent doucement pour faire place à d'autres, en un autre lieu. Le petit salon de musique du château du Griffon, à Chelles. La fillette assise à côté de l'âtre joue avec Héril, le chaton de la maîtresse de maison, tout en écoutant distraitement la discussion entre les deux jeunes femmes assises dans les fauteuils posés près du luth de Pisan. Pisan, qui vient d'être nommée Grand Prévôt de France, et les doutes, les questions, auxquelles Magdeleine, sa vassale, son amie, sa confidente et la mère d'Aliénor, tente de répondre au mieux.

Pourquoi cette image revenait-elle maintenant dans l'esprit de la blondinette ? Sans doute parce qu'elle avait entendu, ressenti, au cours de ces conversations entre ces deux femmes qui avaient tant compté pour elle -ces conversations auxquelles elle assistait bien souvent, présence effacée dans son coin-, combien même si l'on est entouré, l'on peut être seul, "là-haut".
Qu'était-elle, qui était-elle, pour penser que parfois il suffit de quelques mots, l'assurance d'une compréhension, d'une écoute, d'une présence, pour justement se sentir moins seul, après tout il y avait sans nul doute, auprès de Terwagne, d'autres personnes bien plus proches pour la rassurer, l'encourager, mais elle sentait au fond d'elle ce besoin de dire ces mots, parce qu'elle l'appréciait, une amitié faite de distance apparente mais qui n'était au fond que de la pudeur, de la discrétion et du respect.

Les jours suivants ne lui permirent pas d'évoquer cette missive avec la Vicomtesse, aussi ce ne fut qu'un peu plus tard que la blondinette reprit la plume, pour coucher par écrit ce qu'elle voulait lui dire.


Citation :
Reims, le 10 janvier


Chère Terwagne,

Votre missive m'a fait sourire, oh, pas d'amusement mais bien parce qu'elle reflète ce que vous êtes, avec votre honnêteté et votre profonde humanité. Car les doutes, les peurs, ce sont bien justement des sentiments humains, et le fait que vous les ressentiez montre bien à quel point
vous prenez à coeur cette fonction et les responsabilités qui y sont liées.

Vous vous demandez si vous serez à la hauteur de la charge qui vous échoit. N'est-ce pas mettre en doute -encore ce fameux doute me direz-vous- la confiance de ceux qui vous ont poussée et ont soutenu votre candidature, n'est-ce pas remettre en cause le jugement de ceux qui vous ont estimée digne de ce poste, que de poser cette question ? N'est-ce pas aussi sous-estimer tout le travail que vous avez accompli au sein de la Cour d'Appel, en faisant l’institution efficace et active qu'elle est devenue sous votre présidence ?
Vous me répondrez sans doute que vous n'y étiez pas seule, que vos officiers y sont aussi pour beaucoup, alors je vous dirai qu'un équipage sans un bon capitaine n'a que peu de chances de traverser les tempêtes et mener le bateau à bon port.

Ne laissez jamais les insatisfaits, les frustrés et les jaloux vous laisser penser le contraire, tenter de vous déprécier, car il y en aura sans nul doute, peut-être y en a t'il déjà... Pisan, la suzeraine de ma défunte mère, avait pour devise "Noblesse naît de bon courage", faisant fi de toutes les critiques, bassesses et obstacles que certains ne se privaient pas de mettre sur sa route, oeuvrant au mieux dans ses fonctions, et je dois vous avouer que je pense à vous lorsque cette phrase me revient en mémoire. Vous évoquez les "grands" que vous allez côtoyer, la grandeur ne s'obtient pas par les titres ou les fonctions, mais par les actes. Et en cela, vous n'avez plus rien à prouver.
Et sinon, je sais qu'Aimelin a de forts charmants gobelets qui résonnent bien joliment sur certaines têtes, il paraît qu'en plus ça défoule !

Et puis de toute façon, il n'y a qu'une façon d'avoir réponse à cette question que vous vous posez, c'est d'y aller et de donner le meilleur de vous même, comme vous l'avez toujours fait.

S'il advenait que vous ayez envie de discuter plus paisiblement qu'il n'est possible de le faire lors de nos gardes sur les remparts de Reims, autour d'un verre de calva -ou d'une flasque pourquoi pas, soyons fous !- ou simplement de vous changer les idées, vous savez que vous pouvez compter sur mon écoute et mon amitié.

Et c'est en vous ré-assurant de toute mon amitié justement, que je conclus cette lettre.

Prenez soin de vous, et gardez-vous des vipères qui peuvent pulluler en haut lieu...

Alie

Ces mots, elle les avait écrits d'une traite, comme ils lui venaient à l'esprit. Et un léger sourire ironique en songeant qu'il serait temps qu'elle applique à elle même certaines des phrases qu'elle avait couchées sur le vélin, et lève les doutes et les hésitations concernant une envie qui lui trottait dans la tête depuis quelques temps.
Mais pour l'heure, elle s'était arrêtée là. Elle demanderait conseil plus tard. Bientôt...




Edit pour ajout^^

Terwagne_mericourt a écrit:
[Novembre-Décembre / Paris-Reims /Dossiers-Epée et bouclier/ Des nuits et des jours]

"Moi aussi j'en ai rêvé des rêves. Tant pis.
Tu la voyais grande et c'est une toute petite vie.
Tu la voyais pas comme ça, l'histoire:
Toi, t'étais tempête et rocher noir.
Mais qui t'a cassé ta boule de cristal,
Cassé tes envies, rendu banal?"

(Alain Souchon - Le Bagad De Lann Bihouë)

Inexorablement, le temps s'était écoulé, trop vite par instants, trop lentement à d'autres. Les jours, les nuits, les semaines, les mois au final...

Ses jours, elles les avait consacrés à la justice, et plus précisément à la Cour d'Appel, que ça soit à étudier des dossiers, à répondre à des courriers, à tenir des audiences, à encadrer l'ensemble des juges et procureurs, à prendre des décisions, à animer des débats, à trancher quand il le fallait, à recruter, à organiser,... Des journées noyée dans le travail, encore et toujours, prête à tout pour faire avancer les choses, à atteindre les objectifs qu'elle s'était fixée en arrivant à la présidence, mais aussi par besoin de se concentrer pour oublier tout le reste.

Ses nuits, une sur deux du moins, elle les avait passées sur les remparts de Reims, à protéger la ville, sous le regard bienveillant de la lune. Des nuits étranges, en compagnie de Aimelin et Alienor, faites fort logiquement de sentiments contradictoires, et où elle avait une fois de plus eu la sensation que le destin s'amusait des sentiments des hommes, jouant avec leurs vies pour emmêler de plus en plus les fils des pantins qu'ils étaient tous.

Aimelin, Alienor, Terwagne... Triangle quelconque, au fond, dont la base devenait malgré tout bien plus stable au fil des nuits.

Jamais son amitié et son respect pour la jeune femme n'avaient été aussi forts, et elle était réellement et profondément heureuse pour les tourtereaux de les voir écrire ensemble de nouvelles pages à leur histoire, mais il fallait bien avouer que certaines nuits elle se surprenait à repenser à certaines phrases qu'il lui avait dites lors de son séjour à Etampes, des regrets dont il lui avait fait part... Alors une fois de plus elle le fuyait, évitait les têtes-à-têtes, les courriers personnels, et se contentait de banalités dans leurs rares échanges, qui il faut bien l'admettre se faisaient de plus en plus rares, de plus en plus brefs.

De fil en aiguille, elle avait fini par trouver un certain équilibre dans ce triangle qui un jour ou l'autre se résumerait à une paire, puisqu'elle-même, lentement mais sûrement, s'en éloignait, sereine, sans même en avoir vraiment conscience. La flamme dévorante et le vertige avaient finalement fait place au doux crépitement agréable et rassurant mais aussi à la stabilité de l'amitié.

Aimelin en avait-il conscience? En était-il heureux ou au contraire déçu? Elle n'en avait aucune idée et ne se posait même pas la question. Les choses changeaient, c'était ainsi, et si il n'y avait plus de fièvre ni de passion, il n'y avait plus non plus de larmes, plus de culpabilité, plus de sensation de danger, plus de hauts et de bas, juste un mouvement régulier comme celui d'un métronome.

A la Cour d'Appel aussi, l'équilibre était enfin atteint. Une équipe complète, soudée, une salle des dépôts enfin débarrassée de plus de six mois de retard accumulés avant sa nomination, une vitesse de croisière atteinte, le choix difficile de la nomination du nouveau Procureur Général enfin réglé,... Tout coulait avec limpidité et calme, et les tensions qui avaient pu exister jadis entre certains semblaient avoir disparu suite à certaines discussions où enfin les abcès avaient été crevés, au grand soulagement des deux camps.

Seulement, lorsque comme Terwagne on a longtemps été surnommée "La Tempête", on a du mal à se satisfaire de l'équilibre en tout, de la sécurité simple, de ce qui à nos yeux donne surtout à nos nuits et à nos jours une teinte de banalité. Même en travaillant ou en défendant, on finit par s'ennuyer, et ce ne sont pas les soirées en tavernes qui parviennent à briser cet ennui.

Terwagne avait besoin de se trouver de nouveaux objectifs, de nouveaux défis à relever, de tout remettre en jeu, de se sentir tremblante et risquant la chute, de se prouver à elle-même elle ne savait trop quoi au juste... De jeter les dés, pour ne pas regretter plus tard de ne pas avoir osé, d'avoir lâchement préféré la certitude à l'envie de se surpasser.

C'est ce besoin inexplicable de tout remettre en jeu, mais surtout cette peur de regretter plus tard de ne pas avoir eu le cran de se jeter à l'eau sans avoir d'abord pris la température de celle-ci du bout du pied, qui la poussa à rédiger la lettre qui quelques jours plus tard changerait bien des choses.

Une lettre écrite dans la solitude, sans en parler à personne avant de l'avoir confiée à un messager et uniquement à deux personnes ensuite, Aimelin et Bettym. Une lettre écrite avec le même sentiment qui étreint celui qui lance les dés après avoir misé l'entièreté de ses avoirs.

Mais Terwagne ne croyait pas au hasard...

Après avoir écrit et envoyé cette missive, elle abandonna pour une petite semaine ce qui était devenu son quotidien banal - la Cour d'Appel et la défense de Reims aux côtés d'Alienor et Aimelin - pour se retirer quelques jours dans un couvent, ne se sentant pas la force de regarder les autres festoyer à deux pour les fêtes de fin d'année.


-----------------------------------

[3 janvier 1460, sortie du monastère :]

A sa sortie du couvent, à la nuit tombée, elle était incroyablement sereine et paisible.

La missive adressée à Sa Majesté et au Grand Maître de France juste avant sa retraite, elle ne l'avait pas oubliée, mais elle ne se faisait aucune illusion à ce sujet... Sa candidature ne serait pas retenue, d'autres ayant sans doute batailler bien plus - par les mots ou par les appuis -qu'elle-même qui ne s'était après tout contentée que d'émettre un souhait, un espoir, et de relater son parcours au niveau de la justice royal, ainsi que son parcours fait d'implication au niveau municipal et ducal en Berry et en Lyonnais-Dauphiné. Une candidature lui ressemblant en tous points : discrète, humble, motivée par son envie de servir toujours plus, toujours mieux.

Pas d'illusions ni d'espoirs vains sur ce qu'il adviendrait de cette candidature, donc... Et un choc qui n'en fut que plus grand en trouvant sous la porte de sa chambre d'auberge une copie de l'annonce datant de la veille et annonçant qu'elle occupait à présent la fonction de Chancelier de France.

Un choc, oui! Un choc tel qu'elle se pinça le bras pour être certaine d'être bien éveillée.

Le lendemain, après une nuit où elle n'avait pas réussi à trouver le sommeil, elle se renseigna afin de vérifier si tout cela n'était pas une blague de mauvais goût, si... Non! Tout cela était bien réel! Sa vie allait changer... Pour le meilleur ou pour le pire? L'avenir le lui dirait.

Ce qui était certain par contre, c'est que le premier sentiment qui l'étreignit alors fut l'angoisse, la peur... Cette fameuse peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas être celle qu'on attendait, qu'on espérait.

Le second sentiment fut la solitude... Cette solitude sans nom qui était sienne, sans famille, sans compagnon, avec trop de doigts sur la main pour compter ses amis... Personne avec qui fêter l'annonce de sa nomination, mais surtout personne à qui s'ouvrir de sa peur...

Alienor l'avait-elle deviné? Peut-être... Toujours est-il que la missive qu'elle adressa ce jour-là à Terwagne pour la féliciter lui fit bien plus chaud au coeur que ce qu'elle ne pourrait jamais le dire.

Dix jours plus tard, elle la relirait encore, en se disant que la seule personne à lui avoir écrit pour la féliciter et lui rendre confiance en elle était celle que la vie aurait pu la faire détester, et réciproquement... Celle devant qui elle s'était effacée par amitié, par respect, et par amour d'un même homme.

Cet amour, au lieu de les faire se détester, les avait fait s'apprécier, se respecter, et plus encore s'admirer l'une l'autre. Le mot amitié prenait entre elles deux tout son sens.

C'est cette amitié qui en date du 11 janvier 1460 fit couler l'encre de celle qui resterait quoi qu'il arrive Terry aux yeux de certains.



Citation :
Très chère Alienor,

C'est avec une certaine gêne que j'ai découvert votre courrier ce matin, me sermonnant intérieurement de ne pas avoir encore trouvé le temps de répondre au précédent. A ma défense, je comptais m'organiser un peu mieux aujourd'hui soir pour essayer d'en trouver le temps, mais vous m'aurez devancée.

Quoi qu'il en soit, avec un peu de retard donc, je tenais avant toute chose à vous remercier pour vos aimables mots, et surtout ceux où vous me qualifiez de profondément humaine... Hier encore je disais à l'un des Officiers de la Cour d'Appel avec qui je m'entretenais d'une affaire que si je ne devais posséder qu'une seule qualité j'aimerais que ce soit celle-là. Vous comprendrez donc à quel point ces mots tracés de votre plume m'ont touchée.

Pour le reste, vous avez sans doute raison : je pense pouvoir dire, sans fausse modestie aucune, qu'à force de travail et d'énergie j'ai du réussir à prouver à tous ceux qui enterraient déjà la Cour d'Appel le jour de ma nomination à sa tête qu'ils m'avaient bien mal jugée au départ, et sans raison, si ce n'est celle que mon nom n'était pas connu des hautes sphères.

De nos jours, trop de gens ont tendance à confondre mondanité et réputation avec capacité. J'en ai souvent été victime et le serai sans doute encore souvent, de par ma discrétion et ma vie d'ermite bien souvent.

Bref, vos mots m'ont une fois encore rendu confiance en moi, et je dois bien avouer que depuis lors, tout comme petit à petit l'oiseau fait son nid, j'ai pour ma part commencé à prendre lentement mais sûrement mes marques, ce qui n'était pas très simple je vous l'avoue.

En effet, les langues de vipère ne se sont pas faites attendre, et même si je les ignore je dois bien vous avouer que...

....

....

Avec toute mon amitié, et à ce soir.

Terry

Aimelin a écrit:
[hrp] [pardon pour mon manque de temps des dernières semaines] [/hrp]


[Retour arrière - Château de Reims le 3 décembre]


La plume qui crissait sur les parchemins n’était pas celle habituelle qui laissait couler les mots destinés à ses amies ou à la blondinette. D’ailleurs, en songeant aux amies, il était peut être temps de leur donner des nouvelles. La plume qui s’appliquait était celle qui avait pour tâche de répondre aux demandes de LP et autorisations en tout genre qui arrivaient continuellement dans la boite du jeune Connétable, ou par erreur dans d’autres boites, mais qui finissaient de toute façon sur son bureau, avec un léger retard pour les dernières. Un dernier courrier remis par le prévôt et un petit haussement de sourcils en lisant le nom du demandeur… Kernos… Kernos… il était certain d’avoir entendu ce nom quelque part.

Sans lâcher la missive qu’il parcourut du regard il s’appuya contre le dossier du fauteuil, avant de lever les yeux vers la porte. Mais ce nom bien sûr, c’était l’homme qu’avait quitté Terwagne avant qu’elle ne parte sur les chemins. Sa main libre se porta sur sa joue, geste habituel du jeune homme tandis qu’il se remémorait les discussions avec son amie la Vicomtesse, laissant un sourire éclairer son visage avant de s’assombrir légèrement.

Depuis le dernier soir où elle était venue dans son bureau prendre les consignes et où avait suivi une discussion entre les deux jeunes gens, les mots de la jeune Présidente de la Cour d’Appel résonnaient dans sa tête tandis qu’il revoyait son visage fatigué et son sourire triste. Toute l’affection qu’il avait pour elle n’avait pas suffit à lui faire naitre son si joli sourire. Elle l’inquiétait et il se maudissait souvent de ne pouvoir lui donner ce qu’elle aurait voulu, et lui aussi sans doute, et tout deux vivaient leur tendre amitié avec toute la force de l’attachement qu’ils avaient l’un pour l’autre. Ce soir là, elle lui avait dit des paroles qui lui avaient fait peur et il avait tenté de la réconforter tout en se montrant faussement en colère. A son retour près d'Aliénor, il avait évoqué cette discussion et il lui avait fait part de son inquiétude. Alors il veillait dans l’ombre, comme l’on pouvait veiller sur quelqu’un de cher à qui l’on tenait comme à la prunelle de ses yeux.

Abandonnant ses pensées il se mit à rédiger la réponse, un LP comme un autre. Puis il appela le garde pour faire partir les documents. Pourquoi était il persuadé qu’il allait recevoir une réponse qui lui parlerait de Terry.



[Château de Reims le lendemain]

La réponse était arrivée, comme il s’en doutait. Lecture avant de lever les yeux et prendre la chope de liquide chaud que lui tendait le jeune soldat.

mmm.. qu’est ce que je vais bien pouvoir lui répondre moi.
Je n’ai pas envie de raconter sa vie. Et puis elle lui aurait écrit si elle en avait eu envie non ?


Bien sûr qu’il comprenait l’homme, et savait ce que l’on ressentait lorsque l’abandon était là, souvent sans vraiment d’explications, juste parce que c’était un fait, un besoin ou une évidence pour l’autre. Avait il le droit de lui dire où était Terwagne ? Peut être qu’elle lui en voudrait de parler de sa vie et il n’aimait pas le faire. Leurs discussions à Etampes revenaient sans cesse, leurs promesses. Elle avait confiance en lui et leurs confidences n’appartenaient qu’à eux. En serait il autrement si Aliénor ne lui avait dit dès le début qu’elle n’envisageait aucun engagement. Elle était jeune, et même s’il n’avait que vingt et un printemps, il se disait qu’il faisait peut être une erreur d'être avec quelqu'un de si jeune. La passion qui l’avait liée à Dance l’avait laissé anéanti à sa mort et lui qui avait besoin de se sentir exister pour quelqu’un et de lui appartenir ne savait plus ce qu’il voulait. Alors il avait répondu à la facilité … oui… sans promesses de demain.

Il soupira regardant un instant le ciel qui se chargeait doucement de ces nuages qui se font malin plaisir à déverser leur eau quand ce n’est pas leur neige. Où était elle ? elle devait se cloitrer dans l’attente de ce que le destin déciderait pour elle, et lui n’avait pas envie d’aller la déranger dans ce mur de silence qu’elle bâtissait autour d’elle pour se protéger. Non, il ne pouvait pas lui dire où elle se trouvait, du moins pas avant de l’avoir vue et de lui avoir parlé de cette lettre, chose qui n’allait pas être facile pour lui, même si le bonheur de la jeune femme était primordial à ses yeux. "Un jour je viendrai vers vous et je serais heureux de vous voir heureuse… " … serait il vraiment heureux.

Il jeta un œil sur Ernest et abandonna ses réflexions à haute voix pour prendre la plume
.
Citation :
Reims, le 5 décembre

Baron Kernos,

Je ne sais pourquoi j’attendais votre réponse et vous avoue ne savoir trop quoi vous dire. Toutefois je puis déjà vous rassurer sur le fait que Terwagne est en vie et qu’elle est quelque part en Champagne. Ne me demandez pas où, ce serait la trahir que de dire telle chose sans savoir si elle le souhaiterait.

Je sais ce que c’est que de chercher quelqu’un pendant des semaines et des mois, de sentir le vide tout autour, et le sol qui s’effondre lorsqu’au bout du voyage, il y a ce vide encore et toujours.

C’est pourquoi je vais essayer de la joindre afin de lui faire part de votre missive. Elle m’a bien sûr parlé de vous également, et vous ne vous trompez point en disant que nous sommes chers l'un à l'autre. C’est une jeune femme que j'aime sincèrement, et je veille sur elle du mieux que je le peux, lorsqu’elle m’en laisse l’occasion.

Mais j’ai bien trop de tendresse ou d’amour, appelez ce sentiment comme vous le voudrez, mais ne dit on pas que l'amitié est l'amour du coeur, et de respect pour elle, pour me permettre de dire ce que peut être elle souhaite taire. Je connais ses colères et ses tempêtes et ne veux en aucun cas les provoquer, comme je connais ses douleurs et ses doutes et ses rares sourires ou l’on devine tant de choses qui la blessent.

Mais je vous promets d’essayer de la trouver afin de lui porter votre pli.
La Bourgogne n’est pas bien loin, et nos frontières sont encore fermées, mais quoi qu’il en soit, soyez assuré que je vous écrirai aussitôt des nouvelles reçues, à moins qu’elle ne le fasse elle-même.

Qu’Aristote vous garde.


Aimelin de Millelieues
Seigneur d’Etampes sur Marne

Lecture et relecture, il n'avait pas de sceau, mais sa signature suffirait. Le courrier déposé sur la pile qu'il donna au garde avec moultes recommandations, il se leva et posa sa cape sur ses épaules, la mine soucieuse tout en crochetant le fermoir. Sa blondinette serait de bon conseil et bien qu'elle ne lui posait jamais de questions elle savait l'importance de la Vicomtesse pour lui, et chose qui l'étonnait, elles s'appréciaient toutes les deux. Un salut de la tête aux gardes et il s'éloigna dans le couloir tout en repensant à une phrase qu'il avait dite à Terry, ce jour de juillet à Sainte... "s'il revient je suis certain que vous oublierez votre ébouriffé".


[Janvier - Reims, encore et toujours]


Si ma chute durait trop longtemps
Déploies tes ailes
Et sauves moi.....

Se noyer dans son travail, des jours et des nuits à s'investir, à répondre aux demandes, à aider, à s'inquiéter. Des gardes un soir sur deux sur les remparts. Depuis combien de temps défendait il le DR et la Champagne ? l'année qui venait de finir l'avait vu sans cesse mobilisé pour la levée de ban.

Terwagne... il ne l'avait pas revue, elle ne sortait pas, sauf pour leurs patrouilles qu'ils faisaient avec Aliénor et Yunab. Au fil des semaines il se persuadait qu'elle était une amie, une amie chère, de celles qui vous connaissaient par coeur. Le peu qu'il passait en taverne le soir afin de retrouver Alie et Yunab il ne la voyait pas. Et puis ce soir de fin décembre où elle était passée le voir au château pour lui parler de sa candidature en tant que Chancelière. Il avait lu avec attention sa demande, avait sourit en voyant ce côté humble et humain, ses doutes, ses peurs. Il l'avait encouragée et poussée, persuadé de sa valeur. Le Grand Maitre de France n'était autre que la suzeraine de l'ébouriffé et il connaissait trop la Comtesse d'Armentières pour savoir qu'elle choisirait avec objectivité en voulant le meilleur pour le Royaume.
La noël était passée, le voyant seul à Reims, travaillant pour ne pas trop penser. Et puis les premiers jours de janvier, était elle passée lui dire son succès et sa peur de mal faire, de ne pas savoir. Avait il sorti deux gobelets et de quoi boire pour cette occasion ? il ne savait plus. Peut être devenait il fou à ne plus se souvenir de ce qu'il avait fait des jours avant.

Il avait en mémoire néanmoins cet autre soir où elle était venue le trouver à nouveau. Une vipère la salissait, salissait par la même occasion Dotch, sous entendant de quelconques manoeuvres. Cette femme... qu'il avait vu aux joutes des Grandes Ecuries, méprisante et tant indifférente qu'elle n'était même pas venu féliciter le vainqueur qu'il était. Il se souvenait des paroles de Terry, blessée par une missive et des propos. Calomnies, ragots et messes basses étaient hélas les seules armes de certains pour exister. Et puis la discussion avait dévié vers Aliénor et sa noblesse et le jeune Etampes avait souri, étonné des propos de son amie, touché de ses intentions survolées à l’ égard de la blondinette.

"Ne donne pas trop de ta personne pour cette province, ne laisse pas ta vie te glisser entre les doigts, erreur que j'ai faite et que je regrette amèrement.... " lui avait dit la Duchesse de Brienne.
Qu'était il en train de faire ? Faisait il la même erreur ? Etait il en train de se tromper de route et de foncer droit dans un mirage qui une fois atteint s'évaporerait et fondrait comme neige au soleil ? Elle ne voulait pas de demain, et lorsqu'il la voyait rire avec des inconnus il se sentait de trop, comme elle se sentait de trop entre Terry et lui qui pourtant ne se voyaient que rarement. L'absence de tant de mots si importants, ce vide le bouffait.

Et les mots de Malt résonnaient. Personne à qui se confier, à qui parler de tout cela. Il écoutait les autres, il essayait d'aider, de conseiller, ne demandait jamais rien. Et cette rencontre, ce jour là avec la petite Marine. Cette jeune femme qu'il regardait comme s'il la connaissait, ses yeux, cette petite chose imperceptible qui l'avait troublé sans qu'il en comprenne la raison. Non pas une attirance, c'était autre chose, quelque chose de bien plus fort. Il fallait qu'il passe à Etampes farfouiller dans les missives et documents que lui avait remis sa tante. Et puis château Thierry n'était pas bien loin d'Etampes, il profiterait de sa journée de repos pour aller rendre visite à la Duchesse de Saint Florentin.

Et sans le savoir, lui qui s'inquiétait sans cesse pour elle, oubliait quelque chose, quelque chose d'important qu'il s'était pourtant promis de faire, et bien au chaud dans le tiroir de son bureau, une lettre attendait d'être parcourue, sans doute entre des mains tremblantes.
Revenir en haut Aller en bas
http://jardinsecret.forums-actifs.com
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: [RP ouvert] Quand le hasard n'est pas de la partie.   

Revenir en haut Aller en bas
 
[RP ouvert] Quand le hasard n'est pas de la partie.
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Entretien filtre Eheim 2215
» Une cellule royale, peu de couvain, aucun oeuf
» ouvert ou fermé???
» le bec ouvert
» Portail ouvert: apprendre à son chien à ne pas sortir

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: RP d'ici et d'ailleurs :: RP Archives 1459- :: Année 1459-
Sauter vers: