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 [RP] Tournent les violons

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Aliénor
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Messages : 1969
Date d'inscription : 02/03/2011

MessageSujet: [RP] Tournent les violons    Mer 1 Fév - 14:57

Aimelin a écrit:
[Sainte Ménéhould, fin janvier 1460]

"Là-bas, je vis loin d'eux mais je suis près quand même
Là-bas, de vagues vertes en vagues bleues
Là-bas, l'océan fait les gens heureux
Là-bas, le vent sur la dune a les larmes aux yeux"
(Lama - souvenirs attention danger)



Il y avait longtemps que sa plume n’avait pas crissée pour replonger dans ce passé qui lui avait sauté au visage ces premiers jours de janvier, en voyant la jeune Kawa. Ses yeux, les mêmes que Loïs, ce sourire qu’il connaissait sans pourtant l’avoir jamais vu.
Il en avait parlé à Alienor, étrangement secoué par toutes ces images qui revenaient sans cesse depuis ce jour là.
Et puis la petite Marine avait occupé ses soirées à lui poser cent mille questions sur lui, sur les siens, sur comment devenir grand, et puis tous ces tracas, ces basses attaques de petites personnes, et il en avait oublié cette fameuse malle qui renfermait tant de secrets.

Profitant que sa blondinette était absente il avait pris le chemin du Domaine, avait ouvert cette malle qui dormait au grenier, et avait déposé avec précaution un coffret de bois gravé d’une étoile dans les affaires qu'il voulait emporter pour Sainte. Le temps lui manquait pour rester au Domaine.

C'est au moulin qu'il avait déposé le petit coffret de bois sur la grande table de la pièce à vivre. Une appréhension avant de l’ouvrir à nouveau, chose qu’il n’avait plus faite depuis son départ du Béarn en septembre 58.

Doigts fébriles qui farfouillent dans les missives pour en sortir une toute écornée, où était dessinée d’une main malhabile une étoile, parchemin dansant doucement entre ses doigts, avant qu’il ne se décide à le poser de côté, et à écrire, laissant courir doucement sa plume sur le vélin.


"Champagne 1460

.... Comment suis je arrivé jusqu'ici ? Moi l'enfant du sud, né un beau jour de juillet 1438, qui ai grandi entouré de cet air que promène la mer qui vient battre doucement les plages de sable fin du côté de Montpellier. Le sud du royaume... le reverrai je un jour ?

Quand reverrai je cette bâtisse de pierres et de bois, dressée au milieu de terres où les oliviers propagent leurs ombres fluettes, et où les vignes donnent raisins à foison afin de fabriquer ce vin si doux au gosier. Cette bâtisse qui abrite le lieu de vie d'une famille, ainsi que des écuries et la forge de mon oncle. Oncle et tante qui m'ont élevé avec tout l'amour que l'on peut donner à un gosse que l'on considère comme le sien, avec tout ce que cela implique de joies et de peines.
Loïs ma complice des quatre cents coups, ma presque soeur, ma confidente.
La forge de mon oncle a vu les premiers fers que j'ai forgés. C'est sans nul doute lui qui m'a donné cet amour des chevaux, cette passion et ce besoin de leur compagnie qui sait si bien guérir certains maux de l'âme et du corps. Ma tante travaillait au mas et veillait sur les vignes et les oliviers.

L'atelier de menuiserie de mon grand père à quelques centaines de pas du mas, où je me rendais pour le voir donner vie au moindre morceau de bois. Lui avec sa barbe blanche et son air bourru sous un regard pétillant, gris comme le mien. La patience qu'il a mis à m'apprendre ce travail à mon tour et la fierté que j'ai pu lire dans ses yeux le jour où j'ai fabriqué mon premier petit bateau en écorce et ce coffret gravé d'une étoile qui ne me quitte plus et renferme mes trésors. Ma grand-mère m'a aussi appris quelques secrets de plantes. Je dois avouer que toutes ces connaissances m'ont servi le temps que j'étais chez eux, c'est à dire jusqu'au mois de février 1455 l'année de mes 17 ans.

Je n'ai gardé aujourd'hui de cette vie entre ces deux maisons que des regards parfois lointains, des gestes retenus et des non dits qui me faisaient mal.

Je n'ai pas souvenance de ma toute petite enfance avant que je ne tienne sur mes jambes. Ma tante m'a raconté qu'ils m'ont recueilli à la mort de mes parents tués par des brigands sur les chemins, chose courante, et que je n'ai dû la vie sauve que grâce à une femme qui m'a emmené avec elle et m'a déposé chez eux.

Elle n'a jamais voulu me raconter les détails, ni toutes ces petites choses qui me manquent, comme la couleur des yeux de ma mère, son visage, son sourire, ses mots. Elle m'a juste dit que je lui ressemblais et que j'avais ses yeux. Je l'ai souvent vu verser des larmes en parlant de cette soeur disparue trop tôt pour elle, et j'ai toujours respecté sa douleur qui venait s'ajouter à la mienne, à ce manque d'elle.

Ma mère... je ne la connais pas, mais comme elle me manque. Etrange sensation que d'être en manque d'une inconnue.

C'est à ce moment là que j'ai décidé qu'il me fallait aller découvrir le royaume de France et retrouver Loïs partie quelques mois plus tôt avec un galant.

Je me souviens de ce matin là, où je les ai quittés.



[Retour en février 1455, dans un petit village du sud du royaume]


C'était l'une de ces froides journées d’hiver, où la neige crisse sous les pas, où le silence envahit la nature pour ne laisser filtrer que quelques faibles piaillements d’oiseaux. Je me tenais dehors, ma tante s'était avancée vers moi, le regard voilé de voir celui qu'elle considérait comme son fils quitter la maison. Mais elle s'y attendait, j'avais toujours été un rêveur avide de découvertes et souvent je parlais de découvrir ce royaume et ses terres que je ne connaissais pas.

- Melin je dois te donner ceci

Je l'avais regardé étonné avant de poser mes yeux sur cette missive qu'elle me tendait.

- pourquoi cette missive ma tante ?
- c'est ta mère qui l'avait sur elle. Elle me l'avait montré avant ce malheur et m'avait fait promettre de te la donner si un jour tu partais.
- que contient elle ?
- je ne sais pitchoun...
Bien sûr qu'elle le savait, mais lui dire était un déchirement et la brave femme avait fui une fois de plus devant ce qui était. Un mensonge de plus pour le protéger.
- ouvres là lorsque tu seras prêt à en connaitre le contenu
- je la lirai
- n'oublies jamais que nous t'avons élevé comme notre propre fils et t'aimons tel quel.


Je n'ai pas compris pourquoi je ne l’ai pas lu de suite. La peur sans doute.
Mon oncle était alors arrivé peu apres, tenant par la bride, un superbe étalon Mérens à robe sombre.


- il est à toi. Je l'ai acheté il y a quelques semaines au père François qui m'a assuré que son cavalier aurait belle monture. Il est jeune, rapide, robuste et léger à la fois. Il est tien, comment le nommeras tu ?

Je n'arrivais pas à détacher mon regard du magnifique animal, et j'avais avancé ma main pour le caresser timidement. Un cheval, j'en rêvais depuis toujours, me contentant de m'occuper de ceux qui étaient confiés à mon oncle.
L'histoire de ce prince qui s'était battu pour libérer son peuple, et dont le char mené par quatre cheveaux blancs qui l'avaient conduit à la victoire revint en ma mémoire.


- Altaïr ... tu t’appelleras Altaïr... tu n'es pas blanc, tu ne tireras jamais de char, mais tu m'aideras à gagner je le sais
- n'oublie jamais mon fils. Ne laisse jamais quiconque, même la personne la plus riche et la plus puissante, te prendre ce que tu as de plus cher : ton honneur et ta liberté
- je n'oublierai pas mon oncle. Comme je n'oublierai pas tes leçons pour me battre, et comme je saurai m'occuper de lui grâce à toutes ces choses que tu m'as apprises.
- n'oublies pas de nous écrire, nous attendrons tes lettres tout les jours que le Très Haut nous donnera
avait ajouté ma tante.

Elle avait souri à travers ses larmes et je les avais serré l'un après l'autre dans mes bras, comme pour graver leur empreinte au plus profond de moi. J'ai espéré que cet adieu ne serait qu'un long au revoir, et j'ai quitté sans me retourner cette bâtisse et ces terres qui m'avaient vu grandir.

J'avais dix sept ans, je voulais découvrir le monde, j'en ai aujourd'hui vingt et un et je n'ai découvert que d'infimes parties. Depuis ce jour, la missive dort à l’abri dans ce petit coffret de bois sculpté d'une étoile. Je n'en parle jamais. "

Le jeune Connétable leva les yeux et se redressa pour s'appuyer contre le dossier du fauteuil, ses prunelles grises posées sur la missive. Il suffirait de presque rien pour que tant de choses s'éclairent.

Kawa a écrit:
Il tombait des hallebardes
A l’arrière-saison
Il y avait des lézardes
Aux toits de nos maisons
Et de grands chevaux noirs
Qui ravageaient le ciel
Et trouaient nos mémoires
De doutes éternels

(Extrait choisi : l’arrière-saison de Serge Reggiani)



Reims février 1460

Mais qu’est ce je suis venue faire ici ?

Un état de confusion, un tiraillement…un trouble, elle ne sait comment résumer cet état… son état…

Elle devrait être loin … elle était partie… avait quitté la région et puis …
Non pas que l’endroit soit hostile, encore faudrait-il y croiser du monde pour qu’il puisse le devenir, elle était partie, tout simplement … mais avec un doute… ça vous ronge les doutes… ça vous empêche même parfois de dormir…
Rien de particulier cette région… pourtant ça semblait prometteur comme ça, à première vue, la Champagne… un grand nom… un grand nom pour…


Retour en Janvier

Arrivée là par hasard… fin Janvier … il y avait une jeune demoiselle sur la place de la mairie … ça avait remué un peu de son passé… une enfant, un enfant, son enfance… bref…

Elle l’avait croisé de la même façon par hasard… lui l’étranger, qu’elle avait reconnu.
Pourquoi n’avait-elle pas osé lui parler, tout simplement…
Le moment ne s’y prêtait pas… l’endroit non plus… qui était-il au juste… l’homme aux clochettes…
Une rencontre, quelque chose qui se passe hors du temps… un regard échangé puis plusieurs… elle reste là, et elle l’observe longuement… il a quelque chose de, de quoi ?
Quelque chose qui lui laisse à penser qu’elle le connaît et pourtant…
Elle voudrait lui dire, lui dire quoi ?


Excusez moi mais on ne s’est pas déjà vu quelque part…, idiot… elle sait bien que non… et pourtant… pourtant…

Plus tard, La maison aux hiboux…

Elle avait pris une chambre chez ce vieux fou de Greg…
Il avait fini par la chasser, pas si fou que ça, donc…
Elle y retournerait peut-être un jour, lui expliquer… elle n’en avait pas eu envie sur le moment… les explications et elle, ça faisait deux…


Tonnerre

Le doute de plus en plus envahissant, comme une ombre qui rode, comme un refrain qui vient à s’inviter comme ça d’un seul coup sans que l’on n’y puisse rien…
Et si…


Reims

Elle se lève et remet une bûche dans la cheminée, il fait froid dans cette taverne… et dans cette ville… Reims…

Elle lui a écrit il y a quelques jours pour lui demander la permission de s’installer dans la capitale et comme une imbécile, elle n’a même pas osé lui avouer quoi que ce soit… lui en parler, ou plutôt lui en écrire… lui parler de quoi au juste…
Qu’il lui semble familier, qu’elle a ressenti quelque chose d’étrange en le voyant, comme si c’était facile…

En fait elle espérait qu’il lui réponde autre chose qu’une simple permission…raté…
Et si, elle se trompait ? Il a répondu, oui, mais il n’a rien écrit d’autre que son LP … Elle se fait des idées… elle devient peut-être folle à force de voyager…


Elle s’est installée à l’aube, a pris une chambre, négligemment elle a posé ses baluchons sans les défaire… s’est occupée de Nomade, il est à l’écurie de l’auberge, et elle est là… assise devant cette table… un verre à la main, se demandant encore et encore ce qu’elle fait là…

Le passé…

Depuis combien de temps voyage-t-elle ?
Depuis l’âge de ses dix-huit ans… Mais en réalité depuis toujours, et quand elle ne le pouvait pas, quand elle n’était encore qu’une enfant c’est dans ses rêves qu’elle partait… elle partait rejoindre ses parents, retrouver sa famille, mais quelle famille ?
Des frères des sœurs … elle ignore tout…

Tout ce qu’elle sait, tout ce qu’on lui a dit c’est qu’un marchant l’a trouvé sur le bord d’une route, qu’il s’était arrêté en franche comté pour ses affaires, et qu’il l’a laissé là…dans cette ferme maudite…


Une ferme tenue par un vieux couple…

De longues années… de trop longues années… elle était devenue l’indispensable à tout faire… elle effectuait ses taches quotidiennes, le soir venu elle prenait paillasse à même le sol dans la grange avec les animaux….

Elle ne parlait à personne … un mutisme confortable, un mutisme qui semblait lui convenir…
Ils la prenaient pour une muette ainsi elle n’avait pas à répondre, personne ne cherchait à comprendre pourquoi elle avait cessé de communiquer, elle-même l’ignorait…


Les années passaient, et ses rêves oui, eux seuls avaient la faculté de l’extirper du monde dur et parfois cruel dans lequel elle vivait… elle ne sortait jamais de la ferme, n’en avait pas le droit… mais elle murissait le secret espoir qu’un jour elle pourrait s’évader…

Se libérer de toutes ses contraintes et de connaître ce qu’elle souhaitait vraiment… être libre… ne plus avoir à obéir ne plus avoir à faire ses corvées quotidiennes, toutes ces taches de plus en plus rudes qui lui incombaient au fil du temps…


Son mutisme avait trouvé exception, un animal retenait ses confidences, petit à petit, l’usage de la parole lui était revenu… seul détenteur de ses secrets, seul récepteur du son de sa voix…Nomade l’avait apprivoisé autant qu’elle l’avait fait, tout deux sauvages tout deux emprisonnés, et tout deux ne demandant qu’a s’échapper

Pourquoi n’était-elle pas partie avant… pourquoi n’avait-elle pas trouvé un moyen… elle était passée par plusieurs étapes dont celle de la résignation…
Puis avait fini par trouver la force… il fallait aussi qu’elle en ait… au vrai sens du terme… pour assommer les deux brutes cerbères qui gardaient les lieux…
De la patience… du temps…
Gagner leurs confiance et puis… frapper et frapper encore … les regarder tomber lentement… leurs échapper, filer vers le sud… comme si c’était une évidence… et puis … partir et partir encore… rencontrer, découvrir, voyager…

Guérir de ses plaies, tenter de guérir, se réconcilier avec le genre humain, essayer... un pas en avant deux en arrière… se remettre à parler, se découvrir vivante… exubérante et secrète, douce et amère, forte et fragile, s’adapter, se fondre dans le décor, refuser de s’y fondre…


N’être que ce qu’elle est… et non pas ce que l’on attend qu’elle soit.
La révolte de ses années volées gronde en elle bien plus fort qu’elle ne se l’imagine…

Une rencontre importante, enfin… un homme d’exception qui deviendra son parrain… avec qui elle correspondra durant quelques mois… mais qui finira par disparaître… alors qu’elle faisait route pour aller le retrouver en Provence, un regret, n’avoir pas été là…

Des peines de cœurs, des déchirures, qui feront d’elle une solitaire, du moins elle en est convaincue…
Est ce vraiment une fin en soi de rencontrer quelqu’un et de faire quelques mômes ?
Elle n’est pas prête à ça… loin de là…très loin de là…


Reims

Et si…

Le soleil s’est effacé… depuis combien de temps est-elle dans cette taverne… que vient-elle faire ici…

Une étape, une de plus, une découverte, une désillusion, un mirage, il faut qu’elle sache pour effacer le doute, il faut qu’elle sache pour dissiper les nuages…

Il pleut…

Aimelin a écrit:
[Ste ménéhould - fin janvier 1460]

"Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés"
(Aragon - Les yeux d'Elsa)



Juste un feu de bois qui chantonnait dans l’âtre et le bruit de la plume sur les vélins que remplissait le jeune homme.

" Champagne 1460 –

Je suis donc parti à la découverte du royaume, fort de mes rêves et de mes espérances, le cœur avide de découvrir tout ce qui m’entourait. Je gardais dans mon coffret gravé d'une étoile, posée juste au dessus de cette lettre inconnue, une lettre de ma tante où elle me donnait mille recommandations, comme "… évites les mauvaises fréquentations, ne cèdes pas aux femmes faciles, manges et reposes toi, n'oublies pas qui tu es… et surtout surtout écris nous…"

Comme tout bagage j'avais deux fontes offertes par mon grand père où j'avais glissé quelques habits, quelques plantes et fioles, et de quoi pouvoir soigner Altaïr. Et puis quelques écus et quelques nourritures. Comme arme, mon épée courte forgée par mon oncle et gravé de mon prénom, afin que l'on sache que c'est moi, s'il devait m'arriver malheur en combattant. Il m'avait toujours dit que l'épée courte était une arme redoutable même si l'on devait prendre davantage de risques en s'approchant de son ennemi. Tres légère et tres maniable, elle a occi bon nombre de manants voulant attenter à ma vie. Et puis ma dague que je portais toujours à l'italienne comme me l'avait appris mon grand père..

Et pour me protéger et être sûr que mon voyage ne s’arrêterait pas au premier bourg venu, j'ai fermé mon cœur, ma vie et mon âme, pour me perdre aux bras des filles et des femmes de petites vertues que je croisais sur mon chemin, occupant leur couche avant de m'enfuir comme les courants d'air parcourant les rues. Je me suis perdu dans leurs yeux et dans ces non promesses fuyant comme un lâche, les endroits où je sentais que mon cœur avait envie de se reposer malgré moi. Je ne voulais d'elles que le plaisir et ces relations faites de simplicité. Nulle promesse si ce n'est celle de ne jamais rester nulle part, nulle tension, mais malgré tout, au milieu de ce chaos et ces moments d'oubli, des moments que je n'oublierai jamais.

Il faisait froid ce soir là lorsque dans cette auberge miteuse d’un bord de chemin, je me suis enfermé dans ma chambre pour faire face à cette lettre. J’avais peur d’en découvrir le contenu, peur que ça balaie mes illusions, que ça brise en morceaux cette partie de ma vie que je venais de laisser derrière moi.... "


Son regard se posa à nouveau sur la lettre soigneusement pliée. Depuis qu’il l’avait rapporté d’Etampes il la gardait avec lui, la lisait et repensait à certains passages de sa vie depuis qu’il avait quitté Alais.
Avait il croisé son passé sans s’en apercevoir ? Presque un mois qu’il l’avait avec lui, repensant à certaines rencontres, la repliant pour mieux la ranger à nouveau.
Plume posée sur le côté, sa main attrapa doucement le parchemin et le déplia tandis que le regard gris glissait une nouvelle fois sur les mots dont l’encre faiblissait à mesure que passaient les mois.
Il l’avait soigneusement recopiée pour ne pas oublier mais celle-là était écrite par une main qu’il n’avait connue et dont il avait tant de fois rêvé et imaginé la douceur.

Ce manque…

Il s’arrêta sur la date de la lettre et les premiers mots… "Mon fils"… leva son regard vers la porte puis reprit sa lecture.
Citation :
Nimes le 25 janvier 1441

Mon fils,

Lorsque le soleil viendra à nouveau brûler les terres et faire blondir les blés, tu auras trois années.
Dans quelques heures je ne serais plus là, j'aurais rejoint ton père. Peut être que j’aurais dû le faire il y a bien longtemps, depuis cette attaque, depuis que ces manants ont volé sa vie, depuis que deux de tes sœurs ont disparu.
Depuis ce jour, plus rien ne m'importe malgré tout l’amour que j’ai pour vous. Mais aujourd'hui, je suis si lasse et fatiguée que la vie m'abandonne et que je la regarde s'enfuir sans seulement faire un seul pas pour la rattraper.

Si tu lis cette lettre, c’est que tu es en âge de comprendre. Comprendre que deux nourissons nés le même jour de la même mère, sont signes du sans nom et je n’ai pu vous laisser ensemble au risque que le Très Haut ne s’en prenne à l’un de vous. C’est en allant déposer cette sœur semblable à toi chez un couple de fermiers que nous avons été attaqués. Ton père y a perdu la vie, ta semblable et ta sœur cadette ont disparu. J’ai été laissée pour morte sur le bord du chemin et je ne sais par quel miracle tu as survécu et j’ai remercié Aristote de m’avoir fait confié avant de partir, tes autres sœurs à leur tante.

Hier, j'ai confié ces deux soeurs ainées à un pensionnat qui m'a assuré qu'elles auraient bonne éducation et leur ai laissé pareille lettre. Toi, je te confie à ma soeur afin qu'elle t'élève avec Loïs ta cousine qui a ton âge.

Je veux juste que tu saches que je vous ai séparés par amour et en rejoignant ton père, je fais le vœux que vous vous retrouviez tout les cinq et que vos différences ne fassent qu’un tout pour que plus jamais vous ne vous perdiez.

Pardonnes moi et n’oublies jamais que je vous aime et que de là haut je veillerai sur toi et tes soeurs.
Vous avez tout les quatre le même regard et cette couleur grise mélangée à d’autres, et je vous aime du plus profond de mon être.

Que ce baiser de ta mère sur ta joue te porte loin et me rende fière de toi de là-haut.

ta mère Yolanda*

"… J’ai oublié cette lettre des années après en avoir pris connaissance et n’en ai jamais parlé. A quoi bon parler de quelque chose qui n’a pas été et n’est pas, et ne sera peut être jamais.

Mais voila… quelque chose d’étrange s’est produit au fond de moi les tout premiers jours de janvier, le jour de ma rencontre avec la petite Marine qui m’avait dérobé ma besace contenant mes gobelets **. Une petite voleuse que j’ai pris sous ma protection en Champagne, avec l’accord de la Duchesse Yunab, la seule qui m’a aidé à la soutenir quand tout le monde voulait la mettre en procès pour une bêtise qu’avait fait son frère.

Comment peut on mettre un gosse en prison quand de vrais brigands narguent les autorités et sont impunis.
Et ce jour là sur cette place enneigée, elle était là. Elle et ses yeux gris mélangés, elle et son visage impassible et juste ces quelques mots lorsqu’elle me rapporta ma précieuse lanterne abandonnée quelques instants plus tôt. Étrange sensation de la connaître alors que je sais que je ne l’ai jamais rencontrée. Une voyageuse qui semble avoir vécu les pires choses. Son cheval avec qui elle entretient cette relation si forte. Ses silences et ces tonnes de questions que j’avais envie de lui poser. Qui est elle, d’où vient elle. Pourquoi ce besoin d’avoir ressorti cette lettre ?
Je dois en parler à Aliénor mais en parler me fait mal même si aujourd’hui je sens que j’ai ce besoin de savoir et de comprendre. J'entends les pas d'Aliénor, je continuerai plus tard. »

Quelques jours plus tard, début février, une lettre, courte, était venue lui apporter un sourire. La petite Marine allait venir le voir et c'est l'humeur légère qu'il avait répondu. Et puis peu après cette demande d'installation à Reims. Elle venait dans la capitale. Il avait hésité pour la réponse et puis il avait délivré un simple laisser passer, n'ajoutant rien d'autre. Il savait qu'il la verrait, elle ne pouvait pas venir sur Reims et ne pas chercher à le voir. Ils avaient des choses à se dire.




* imaginaire, la mère n'a jamais été incarnée ni ig ni rp
** rp ici

Kawa a écrit:
Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s’en va
L’autre qu’on adorait, qu’on cherchait sous la pluie
L’autre qu’on devinait au détour d’un regard
Entre les mots, entre les lignes et sous le fard
D’un serment maquillé qui s’en va faire sa nuit
Avec le temps tout s’évanouit

(Extrait choisi : avec le temps : Léo Ferré)


huit jours plus tard

C’est le vingt trois Décembre qu’elle foule le sol Champenois pour la première fois…
C’est en Janvier qu’elle le remarque pour la première fois…

Et ça fait déjà huit jours qu’elle est à Reims…
Le seizième jour du mois de Février…

Huit longs jours… d’abord enthousiaste à l’idée de le rencontrer… un premier contact un soir, un soulèvement de cœur, un souffle, une émotion… des questions… d’un coté comme de l’autre… à en oublier les autres… son autre… Alienor…

Alienor qu’elle ne connaît pas encore mais qu’elle va deviner quelques jours plus tard… d’ailleurs c’est elle qu’elle a rencontré en premier… avant lui… elle la devine compréhensive, douce, forte, indulgente… une âme tendre et généreuse… une personne rare…

Pourquoi ne prend-t-il pas contact avec elle alors qu’il la sait là…
La capitale est grande, certes… mais il doit bien savoir où elle loge connaissant la méfiance qu’une étrangère s’installant peut susciter… après tout ça ne va faire que deux mois qu’elle est là… que deux longs mois…

Toujours autant de pourquoi… la demoiselle se lasse… et la lassitude fait place au doute, elle en fait part à Alienor qu’elle croise par hasard… elle doute… et au plus le temps passe au plus le doute s’installe …. Se parler oui… mais comment…

Peut-être n’est-il pas temps…

Elle passe là soir après soir… peut-être que leurs première rencontre n’a pas été concluante… peut-être qu’il a bien d’autres priorités… peut-être tout simplement qu’elle s’est trompé… ou qu’il n’est pas prêt … ou inversement…

Pas facile de faire face à ce qui pourrait être… à ce qui pourrait ressembler à…

Un doute…

K... va s’en aller… elle le sent, elle le sait … s’en aller comme elle est venue avec ses questions et ses doutes… repartir en quête de quelques moments passés, d’échanges, de regards et de silences éloquents…
Les silences, elle les déteste autant qu’elle les aime…

Elle est triste… son regard n’est plus mêlé de vert espoir, il n’est plus que fait que de ce gris sombre qu’elle n’aime pas porter, mais qu’elle collectionne dans ses couleurs parce qu’elle aime bien se contrarier…

Horloge…

Du temps… du temps… est ce que tout le monde en a autant… une évidence se doit d’être évidente… ou alors… ou alors ça n’en est plus une…

Un vide …

Une deuxième rencontre… rien ne se dit ou presque… heureusement qu’elle est encore là, son autre… décidément peu de mots suffisent entre elles alors qu’il en faudrait peut-être des millions entre eux…
La magie n’est plus au rendez vous… elle se dit que… elle ne se dit plus rien…

Une rencontre …

Elle observe et écoute elle aussi d’habitude … comme il le fait ce soir là…
Mais peut-être qu’elle attendait autre chose… Non ! Elle attendait autre chose !
Y’en a marre des peut-être !!!
… et peut-être que lui aussi attendait…

Le flou

Des ricochés… Alienor … est-elle celle qui d’un coté comme de l’autre lance les pierres qui feront un jour se rejoindre les deux berges quand le fossé sera comblé ?
Construire un pont…

Il en faudrait des lacs de pierres… et des montagnes de rivières…

Elle se lève ce soir là de la taverne ou elle a pris ses habitudes… elle se demande quand… quand en silence elle se décidera à s’en aller… elle se sait parfois si impulsive… ça peut-être dans une heure, ce soir… ça peut-être demain… repartir encore... mais où...

Comme ça peut-être long quand on attend quelque chose, quelqu'un qui ne veut pas prendre rendez-vous…
la pointe des pieds ou l'empreinte profonde... à un moment le choix s'impose...
Et comme on peut douter et pour finir n’avoir encore que ce peut-être au bout des lèvres…

Pourquoi…
Pourquoi tout ce temps… qui finalement s’effiloche et s’accroche… à en laisser un gout amer…
Elle n’aime pas ça, elle a froid et surtout elle s’ennuie… l’ennuie ça donne froid…

Ce soir elle l’a vu entrer dans une autre taverne, alors elle est sortie dans la ruelle, elle est restée un moment à la fenêtre, elle s’est cachée… un peu… non elle s’est cachée vraiment…
Comme une intruse qui ne fait que passer… qui marque un arrêt qui… ne comprend toujours pas…
Elle sourit quand même de le voir sourire et puis s’enfuit…

Encore un peut-être…
Elle n’a sans doute pas choisi la bonne taverne… peut-être…

Elle sourit malgré tout, encore et toujours … ce soir, en rentrant dans cette chambre sinistre elle regardera encore ses baluchons et ne se demandera plus vraiment si elle doit les défaire ou non…

Là en cet instant elle aurait bien besoin d’une amie… elle pense à quelques unes d’entres elles…
De la patience, elle n’en a jamais eu autant… dommage qu’il l’ignore … dommage qu’il ne la connaisse pas… dommage…

Mais sans doute qu’il n’est pas … ou qu’il n’est plus temps…

Elle remonte la couverture et souffle la bougie…

Il fait noir… si noir…

Aimelin a écrit:
[Sans doute les mêmes soirs]

"Mon enfance m'appelle sur des plages de sable
Mon enfance m'appelle sur des plages dorées
Sur elle sont venues s'inscrire impitoyables
De nombreuses années"
(Lama - mon enfance m'appelle)



Quel jour est on ? et pourquoi ce mal de tête qui ne le quitte plus depuis des jours. Une saturation ? un manque d'air ? un manque tout court.
Il guette si elle vient. Elle entre et il essaie de parler au milieu des autres discussions.
Foutaise !
Comment peut on parler dans un endroit à boire.
Alors il l'observe il a tant de choses à lui dire qui ne regardent que eux deux. Et s'il se trompait ?

Et puis elle sort et il reste perplexe en attendant de rejoindre les remparts. Ha ils sont beaux les remparts de Reims depuis des mois qu'il les arpente.
Il est vrai bien plus beaux que les étals vides et chers du piètre marché qui ferait pleurer plus d'un coeur de pierre.

Il discute avec Aliénor de ses doutes, d'elle, de pourquoi ils n'arrivent pas à avoir une discussion. Il se promet de l'entrainer dans une autre taverne plus tranquille afin de savoir.
Il sait déjà qu'elle a grandi loin de chez elle, qu'ils viennent tous les deux du sud, et qu'elle est aussi sauvage et difficile qu'il ne l'est lorsque tout va mal et qu'il a l'impression qu'une montagne de rocs s'est posée sur ses épaules.

Il ne sait plus quelle attitude avoir. Elle est pire que Terwagne. Elle est là, elle sourit, l'instant d'après elle fuit.

Alors il s'installe à son bureau, chasse les parchemins et les demandes d'un revers de main ce qui donnera à une certaine procureur fille de ducaillons l'occasion de râler sur un LP oublié. Et il écrit, sans trop savoir ce qu'il doit dire.


Citation :
Reims, peu importe le jour.

Kawa,

Ce courrier va sans doute vous surprendre mais je ne sais plus comment faire pour arriver à vous parler.
Vous parler de toutes ces choses au fond de moi, qui me feront sans doute passer pour un fou à vos yeux. Mais peu importe.

J'avais espéré vous revoir et vous entrainer en tout bien tout honneur dans un endroit plus calme pour pouvoir discuter de ce qui me tracasse depuis que je vous ai rencontrée sur cette place enneigée. Les deux fois où je vous ai croisée au milieu du monde, je ne suis pas arrivé à parler.
Certains ont la facilité, moi je suis un animal solitaire qui essaie de se frayer une petite place au milieu du monde.

Mais en lisant les registres de douane j'ai vu que vous aviez quitté Reims.
Je vais me reposer quelques jours à Sainte Ménéhould et j'aimerais que vous y veniez pour que nous puissions parler de toutes ces choses. Mon auberge vous est grande ouverte et je serais heureux de vous y accueillir avec ma compagne Aliénor, qui je le sais, vous apprécie.

Prenez soins de vous, je n'aimerais pas qu'il vous arrive quelque chose.


Aimelin

La missive d'un fou, voila ce que c'était mais depuis des semaines il est las et ses pensées ont du mal à mettre les mots en ordre pour se faire comprendre.

Il attache le courrier aux pattes de son pigeon et le regarde partir. Une seule chose compte, qu'elle le lise et réponde. Qu'elle sache qu'il pense à elle, même s'il ne dit rien. A trop vouloir retrouver ses racines, parfois on se prend à rêver.

Ses mirettes grises balaient le bureau aux parchemins et il sourit. Il continuera demain, aujourd'hui il a besoin d'air et il n'y a qu'une façon de respirer. Aller galoper avec Altaïr.

Kawa a écrit:
Voilà quelques jours que la voyageuse a reçu la missive d’Aimelin, le parchemin en devient chiffonné à force de relecture

Elle a quitté Reims, sans un mot, sans autres bruits que celui des sabots de Nomade qui effleurent les pavés avec une certaine dextérité, est-il devenu lui aussi un être silencieux et effacé ou ne veut-il pas troubler les songes de sa cavalière qu’il prend tant de précautions ? Elle secoue la tête en se disant que sa monture est au moins aussi folle qu’elle… elle se penche quelques instant admirant le pas de l’animal.

La capitale, elle ne comptait pas y rester, en fait elle avait fait toute la route depuis la Bourgogne pour le revoir, lui… lui et son regard gris si troublant, arrivée sur place ses doutes se sont rapidement transformés en déception, rien ne s’est passé à part quelques échanges alors, elle ne sait plus quoi faire, n’ a pas envie de subir une désillusion de plus… en lisant cette lettre c’est un peu le cas, s’il sait qu’elle est à Argonne, et il le sait puisqu’il reçoit chaque jour le rapport des douanes, alors pourquoi a-t-il pris la direction opposée ?

Pourquoi n’a-t-il pas fait l’effort de venir la voir, elle qui a traversé toute la Champagne pour l’apercevoir de nouveau… sans doute qu’elle n’est pas de ses priorités, après tout il a sa compagne, son travail, ses amis et surtout ses terres, il est chez lui en champagne, elle pas…

Qu’est ce qu’une voyageuse pourrait bien lui apporter, elle n’est rien, c’était un beau rêve mais le temps l’a fait s’évaporer, elle n’y croit plus, elle sait qu’elle y pensera encore, qu’elle reverra souvent son visage, mais elle a assez souffert pour ajouter à sa souffrance… la solitaire qu’elle est devenue préfère rester en retrait…

Il faut faire cesser les doutes, le laisser retourner à sa vie, disparaître pour qu’il soit enfin en paix, elle renonce… mais que lui dire… ils ne sont pas assez proches pour qu’elle se permette de lui faire de quelconques reproches, après tout c’est elle qui est déçue, et il ne s’en est certainement pas rendu compte…

Elle est gentille sa missive et son invitation, ça a du être bien difficile à écrire, elle est touchée qu’il ait quand même pris la peine, mais est ce vraiment lui qui est derrière ce mot ou sa compagne… ça arrive trop tard… quand on ressent quelque chose de fort comme elle a pu le ressentir on ne se contente pas de quelques regards, elle aussi est un animal solitaire et sans doute n’est-elle plus que cela… elle n’essaye même plus de se frayer un passage ou de se faire une place…

Elle regardera en arrière, pestera sans doute contre elle-même et contre sa façon d’être mais tant qu’a être une écorchée alors soyons la vive, elle prend ses décisions et tant pis si ça fait mal…

Lui mentir, voilà ce qu’il reste à faire afin que tout ceci cesse, qu’il retrouve sa vie et la paix qui va avec…


Citation :
Aimelin,

Dommage que vous ayez pris la direction opposée, et je pense que c’est ce qu’il se passe, nous prenons des directions opposées, sachez que je vous apprécie mais je crains qu’il ne soit trop tard, je ne viendrai pas, nous avions sans doute besoin l’un et l’autre ce jour là sur cette place de reconnaître quelqu’un et peut-être qu’à ce moment précis, nous nous sentions seuls, je ne sais…
Mais je crois que c’est la seule explication qui soit…

Je vous laisse à votre vie qui comme j’ai pu m’en apercevoir est déjà bien assez remplie pour en ajouter un quelconque poids…

Je vous souhaite le meilleur à vous ainsi qu’a votre compagne

K

Elle attache la missive et regarde l’oiseau s’envoler en se disant que c’est un beau gâchis…

Aimelin a écrit:
[Sainte Ménéhould, Auberge des Petits Cailloux]

"Qu'ai-je fait? Qu'ai-je dit?
Qui suis-je en ce pays?
Quelle fleur a courbé sa tige sous mes pas
Pour que je sois tombé tout à coup aussi bas?
O mon enfance prends ma main
Puisque tu es sur mon chemin"

(Lama - Mon enfance m'appelle)


Mordieu ai je l'air d'un coquard qu'elle me voit ainsi !

La chope posée sur la table vole. Avec elle tout ce qui passe à sa portée. Qu'a t 'il dit pour qu'elle refuse de venir ? Sainte n'est il pas assez beau, le chemin est il trop loin, lui n'est il pas assez intéressant ?
Peut être se trompe t il et joue t elle avec lui. Elle a vu ses regards sur cette place, ils ont été face à face dans cette taverne et il aurait aimé pouvoir parler d'autres choses que de banalités au milieu des autres.
Que doit il faire pour lui prouver qu'il n'est pas un étranger. Il le sait, comme ces choses qu'on regarde et qu'on découvre en se disant qu'elles nous sont familières. Se sentir seul, mais qu'en savait elle s'il se sentait seul ou pas, que savait elle de tout ce qui se passait dans sa tête depuis ce début d'an !

Il fulmine, il marche vers la cheminée et regarde le parchemin, retient son geste et fait demi tour, repart vers le comptoir envoyant balader d'un coup de botte, le seau en fer qui vole à quelques pas dans un vacarme d'armée en déroute lorsqu'il entraine avec lui quelques ustensiles posés sur un tabouret.


et qu'est ce que ça fait tout ça au milieu !

Il en veut au monde entier. Sa respiration se fait courte. Est ce seulement les mots que Kawa a écrit ou peut être est ce bien plus profond que ça. Le sentiment que quelque chose de cher lui échappe sans qu'il ne puisse rien faire. Ils sont revenus à Sainte, ne voulant faire attendre davantage Aliénor inquiète pour son amie. Il a pensé à lui dire de rentrer seule et puis n'a pas eu le courage. Elle l'attend avec une patience qui souvent le fait culpabiliser depuis qu'il est connétable et que leurs envies de voyage dorment au fond d'un coffre. Pourquoi n'est il pas parti comme il en avait envie.

Il regarde le courrier le lit et le relit encore.


me laisser à ma vie.. sais tu seulement le mal que tu nous fais

Il murmure. Chaque mot qu'il lit n'est qu'un cri, chaque phrase n'est qu'un reproche de ce qu'il n'a pas fait ou dit. Que sait elle de ce qu'il n'a pas dit si elle ne l'écoute pas, si elle fuit lâchement ne lui laissant aucune chance de pouvoir la rencontrer à nouveau.
Doit on fuir toujours, doit on vivre comme si de rien n'était. Lui ne le pourra pas, il ne pourra pas ne pas regretter. Il parcourra le royaume s'il le faut pour se retrouver à nouveau face à elle, face à ce visage et ses yeux qu'il reconnait. Peut être n'aurait il du rien dire et juste la reconnaitre en silence. Il est perdu, tout s'emmêle, ses pensées prennent un malin plaisir à tout embrouiller comme pour qu'il tourne et tourne en rond accompagné par la musique de quelques saltimbanques.

Combien de fois lui a t on dit que la colère est la plus mauvaise des conseillères. A cet instant précis, il n'en a que faire, il est hors de lui, blessé, incapable de penser à autre chose qu'à ces lignes qu'elle a couché le prenant pour un idiot. Il n'a pas parlé de sa lettre à Aliénor, il répond à peine lorsqu'elle lui parle tant il est rongé par ce temps qui lui échappe. Il n'a pas voulu demander conseil et il ne le lui demandera pas ce soir.

Le bruit de ses bottes claque sur le plancher de l'auberge des Petits Cailloux lorsqu'il récupère sa besace et son ceinturon abritant le fourreau de son épée, et jette sa cape sur ses épaules, jaugeant d'un oeil las le résultat de son énervement.

La colère est la plus mauvaise des conseillères, mais c'est pourtant elle qui lui tient la main lorsqu'il referme à la volée la porte derrière lui, enfourche Altaïr et disparait dans la nuit.



"Quel espoir de départ vers des lieux inconnus
Pour oublier plus tard qui je suis devenu?
O mon enfance revenue
Dis-moi, qui suis-je devenu?"

(le même)

Aimelin a écrit:
[Argonne, deux jours plus tard, Auberge "La Forêt de Palencia"]

"lui raconter mon enfance,
son absence,
tous les jours,
comment briser le silence
qui l'entoure"

(Calogero - si seulement je pouvais lui manquer)



Les sabots d'Altaïr martellent doucement le sol caillouteux du chemin qu'il parcourt depuis des lieues, d'une cadence régulière. Une cadence semblable à celle des battements de coeur de son cavalier.

La colère est la plus mauvaise des conseillères.

Le silence de la nuit les enveloppe depuis des heures. Emmitouflé dans sa cape dont il a relevé la capuche pour s'abriter du froid encore mordant, ses mains gantées n'ont pas lâché la bride de l'étalon depuis leur départ. Il ne s'est pas arrêté, à peine pour se reposer quelques heures, manger et faire se reposer sa monture. D'un léger mouvement de la main, Aimelin fait stopper Altaïr, le faisant tourner sur lui même. Il connait cet endroit pour l'avoir souvent parcouru lorsqu'il était Loup à Argonne sous les ordres de Petitangelot. Un sourire en voyant la petite sente qui s'enfonce dans un bois et une pression des talons pour remettre le cheval en route et le laisser prendre son galop.


allez yep yep !

Depuis combien de temps n'a t il plus galopé comme ça avec celui qui lui tient compagnie depuis le début de l'an 55. Son visage est fatigué, soucieux, mais un léger sourire l'éclaire tandis que son regard se pose au loin devant eux à l'affût du moindre piège, du moindre obstacle qu'il faudra éviter. Un tronc d'arbre arraché par le vent que l'étalon survole emportant son cavalier avec lui avant de retoucher le sol accompagné par les encouragements du jeune homme. La monture et le cavalier ne font qu'un et le galop devient plus puissant sous les foulées qui s'allongent. La liberté, c'est comme ça qu'il la voit. Galoper et se ficher des obstacles, leur rire à la figure, les franchir en vainqueur et continuer son chemin, se retourner à peine avant de regarder à nouveau au loin.

Le bois a été abandonné pour débouler sur un chemin un peu plus à l'air libre qui bientôt descend en pente légère vers le bourg que le petit matin commence à éclairer de sa douce lumière de ce mois de février. Février, le mois où il est parti de chez eux. Un ordre à demi mot pour laisser Altaïr ralentir et finir son galop afin d'entrer en ville au pas. Un salut au douanier en montrant son visage, ou plutot à la douanière.

Quelques minutes plus tard, Altaïr confié à l'écurie de l'auberge "La Forêt de Palencia ", c'est harassé par ces deux journées de cheval que le jeune connétable pousse la porte des lieux, tout en faisant retomber sa capuche. Un regard pour constater que l'endroit est encore désert et il se dirige vers la table non loin de l'âtre. Là où il se débarasse de sa cape, de sa besace et où il prend place.

Il n'a guère fallu de temps au gosse pour lui apporter un courrier de Calicee. Gosse qu'il retient en lisant et laissant un sourire s'afficher aux quelques mots de bienvenue. Il en profite pour répondre brièvement sur le motif de sa venue, il sait qu'elle voit les voyageurs et pourra l'aider. Une pièce au gamin qu'il regarde sortir avant de prendre ses parchemins.

Lui écrire.. mais quoi ? "bonjour je suis là et je vous attends pour vous ramener chez vous...chez toi." ?

La plume reste en suspend, la douce chaleur de la taverne la lui fait poser et s'appuyer contre le mur, le regard tourné vers les flammes.

Kawa a écrit:
Argonne: auberge "la forêt de Palencia"

La voilà qui erre dans les ruelles avant de remonter dans sa chambre d’auberge, elle a fait sa balade matinale, s’est levée tôt pour rompre le silence de la nature qui s’éveille, seul silence qu’elle s’autorise à rompre.
Depuis quelques temps, elle s’est faite muette, s’est retranchée dans son confortable mutisme, elle s’est faite discrète, juste une ombre qui passe en ne laissant aucune trace, elle n’ a pas envie de partager ou de croiser qui que ce soit depuis qu’elle est installée dans le village, le temps s’est comme arrêté depuis le dernier battement d’aile du volatile dernièrement envoyé…

Elle passe devant la fenêtre et comme à son habitude jette un œil rapide… son pas continue et s’arrête net, est ce bien lui qu’elle vient d’apercevoir ou…

Elle recule et regarde à nouveau, il est là installé à cette table, il est à Argonne, mais comment… n’est-il pas à Sainte… elle secoue la tête, elle doit faire erreur mais, quelque chose la pousse à entrer… Il faut qu’elle vérifie

Elle prend place, il se retourne, leurs regards se croisent à nouveau, pas d’erreur, mais que fait-il là… il…

Elle comprend en quelques mots, en fait, elle écoute attentivement, visiblement son mensonge n’a pas fonctionné, d’autant que… elle n’a même pas le temps de lui dire que c’en est un, elle est comme tétanisée de le voir là, sous ses yeux…

Il lui apprend qu’il est venu seul et ils se mettent à discuter longuement… il parle beaucoup, elle sourit souvent à ses mots, il sait comme elle sait que l’inévitable devait se produire quoi qu’ils fassent, mais non, elle ne pensait pas le revoir si vite, elle est touchée qu’il se soit déplacé, mais que doit-il penser de ses quelques mots déposés…

Il est passé outre, n’ a pas abandonné, elle apprécie, elle et ses contradictions, ses forces et ses faiblesses, elle le regarde plus qu’elle ne parle, sa présence, son ton, sa gentillesse, et ses mots qui passent en revue quelques années de vie… quelques années perdues, ses années perdues, leurs années perdues… elle en apprend un peu plus sur lui, sur sa vie, son passé, son présent, elle le découvre différent, est-il aussi complexe qu’elle, aussi insaisissable ?
une missive à lire qu’elle parcourt perplexe, une lettre de … leur mère… la demoiselle se sent complètement déstabilisée, elle la solitaire, forte, rebelle, inébranlable, du moins en façade, sent que ses jambes auront du mal à la porter, longtemps qu’elle n’a pas ressenti pareille émotion, lui.. elle… elle et lui…

il propose de la ramener chez elle… chez elle… mais… elle n’a jamais eu de chez elle, longtemps qu’elle cherche sa terre, qu’elle parcourt les routes, chez elle… encore un coup d’assommoir, elle accepte, tout ça ne peut pas être vraiment réel ou est ce que ça l'est vraiment... elle est perdue dans un monde qui semble vouloir s’écrouler pour en laisser place à un autre… on part ensemble… on … ce on qu’elle n’avait plus espoir de prononcer s’avère fichtrement réel…

Un frère, son frère… un lien… une histoire qui s’éclaire, un doute qui se lève, une confiance qui s’instaure, lui, elle … parcourant le même chemin, demain cote à cote…

Ne pas dormir pour ne pas devoir se réveiller, avoir préparé sa monture et ses baluchons, le regarder, se regarder tous deux comme un miroir en reflet, cote à cote leurs fidèles destriers, un monde, un autre, les différences qui ne sont plus, les espérances qui s’accentuent…

D’un monde à l’autre…

Aimelin a écrit:
[Argonne, Auberge "La Forêt de Palencia"]

"Ame ou sœur
Jumeau ou frère
De rien mais qui es-tu
Tu es mon plus grand mystère
Mon seul lien contigu"

(L. Fabian - Tu es mon autre)


La porte qui s’ouvre, de légers bruits de pas discrets, hésitants. Il se retourne pour croiser à nouveau ce regard qu’il connait trop bien… "vous avez le même regard".

Il la suit des yeux pendant qu'elle s'installe, il sait maintenant qu’il a raison, il sait qui elle est il ne peut en être autrement et il sait qu’elle aussi lit la même chose que lui. Elle le regarde étrangement, sans doute surprise de le trouver là.

Un sourire et un bonjour avant de se lever pour venir s’asseoir à ses côtés. Tout se mélange dans sa tête il ne sait par où commencer alors il se jette à l’eau comme on se jette éperdument dans une déclaration lorsqu’on sent que celle qu’on aime est prête à s’envoler et à disparaitre dans un bruissement qui nous laissera immobile pour l’éternité.


Je suis venu vous.. te … te ramener chez toi.

Il parle, il parle comme si sa vie en dépendait, comme si le fait qu’il s’arrête allait la faire se lever et disparaitre à nouveau.
Il lui parle de ce jour sur cette place enneigée quand il a croisé ses yeux et qu’il a replongé dans ce passé pourtant enfoui au plus profond de lui. Il lui a dit ses doutes, cette lettre qu’il est allée chercher à Etampes, ses vagues explications à Aliénor qui ne connaissait pas cette partie de sa vie qu’il garde cachée parce que pour lui c’est un vide abrité par un rideau sombre.


Tu m’as parlé que tu avais été élevée par des paysans, que tu ne connaissais pas tes parents.
Les miens sont morts mais ma mère a écrit une lettre l’année de mes trois ans.


Il lui parle de son départ d’Alais, de cette lettre que lui a remis sa tante et qu’il lui tend d'une main fébrile.
Il la regarde la lire, observe le moindre changement sur son visage.


tu veux dire .. tu crois que..

Il ne croit pas il en est sûr maintenant. Il lui parle de ces sœurs qu’il espère, il lui parle d’elle, de sa peur qu’il a eu de la perdre à nouveau après l’avoir retrouvée parce qu’il sait qu’elle est cette moitié qu’il lui manque depuis si longtemps.

Les mots s’enchainent, les regards, les regrets de tout ce temps perdu qu’ils veulent rattraper. Ils parlent de leur age, elle a décidé qu’elle serait née en novembre et lui parle d’été et de leurs vingt deux printemps qu'ils n'ont pas encore. Ils sont certains maintenant qu'elle est celle de qui leur mère a voulu le séparer par amour, pour ne pas qu’il leur arrive malheur à l’un et à l’autre. Ils se ressemblent sans s'en rendre compte dans leur façon de faire et de parler.

Et puis il lui parle enfin de famille. D’Aliénor qui sera heureuse d’avoir une sœur, de ses personnes chères qu’il veut lui présenter parce qu’il n’est pas question qu’il la laisse à la porte de sa vie. Il lui dit son départ précipité de Sainte, sans réfléchir, sans avertir personne, même pas Aliénor, avec juste au fond de lui cette peur qu’il soit trop tard.

Il n’a jamais ressenti telle force l’animer et à ce moment là une seule chose compte. La ramener chez elle, chez eux, annoncer à Aliénor en souriant qu’il a retrouvé un morceau de lui. Elle sera heureuse, il en est sûr… même si elle sera fâchée qu’il soit parti sans rien dire. Il n’a pas eu le temps, ne s’est pas arrêté sauf maintenant et ils vont repartir ensemble.



[Sainte Ménéhould le matin du 28 février]

La colère est la plus mauvaise des conseillères.

Après deux jours de chevauchée à peine interrompue par quelques repos, les portes de Sainte se dessinent dans le petit matin.
Tandis qu’ils chevauchent côte à côte il tourne dans sa tête la façon dont il l’annoncera à sa blondinette. Je te présente ma soeur jumelle.. mm non... regarde qui vient nous rendre visite ... non... ou alors... après tout il dira ce qui lui passera par la tête, comme il l'a fait à Argonne.

Il ne sait pas encore à ce moment là qu’une missive l’attend quelque part au Château. Missive qu'un courrier venant sur Sainte lui déposera à l'auberge alors qu'il s'assure que Kawa s'installe, et qui changera le ciel devenu bleu en un ciel d’orage, un de ces ciels qu'il redoute tant et où les éclairs se feront à nouveau un malin plaisir de faire voler en éclats cette lueur qui brille dans ses yeux, cette certitude que rien ne peut lui arriver, pour y jeter à nouveau ce voile qu’il redoute tant de voir réapparaitre en fuyant pourtant les non promesses.


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MessageSujet: Re: [RP] Tournent les violons    Mar 3 Avr - 10:21

Alienor_vastel a écrit:
[Sainte-Ménéhould, aube du 28 février]

"Si on partait prendre l'air
Là juste le temps d'apprendre
Que notre liberté se perd
Dans trop de peurs immenses"
Calogero - "Prendre l'air"



Seize ans et la vie devant elle. Et la ferme intention de ne pas la laisser filer entre ses doigts. C'était du moins ce qu'elle pensait alors, cette fin décembre, lorsqu'ils s'étaient avoué leur peur que tout s'arrête.
Et pourtant, la vie lui filait entre les doigts. Doucement, imperceptiblement. Entre quotidien et habitude, entre Sainte et Reims où la blondinette accompagnait Aimelin lorsqu'il devait effectuer ses gardes en la capitale.
Patiente, face au retard pris dans ses envies de voyage, et face à Aimelin dont l'humeur avait changé depuis ce début d'année. Il s'était comme refermé sur lui-même, les longs silences dans lesquels il se réfugiait avaient pris la place de leurs discussions complices d'avant. S'en était-il aperçu, au moins? Aliénor ne disait rien, se persuadant que ça ne durerait pas, que ce n'était que la conséquence de ses responsabilités qui l'accaparaient et dans lesquelles il s'investissait, parfois trop à son goût. Ou encore le soucis qu'il se faisait pour Marine. Ou les questions et les doutes qui s'étaient fait jour en lui depuis qu'il avait croisé le regard de Kawa sur cette place enneigée, et dont il s'était un peu ouvert à elle.
Et ce sentiment d'être impuissante, de ne plus parvenir à l'apaiser ou le rassurer, des discussions qui se faisaient plus rares... Ne plus avoir sa place auprès de lui, ne plus réussir à lui soutirer un sourire... Ces doutes qui la rongeaient et qu'elle taisait, les enfouissant au plus profond d'elle même.

Et puis cette nuit, quelques jours auparavant, où il n'était pas rentré. Aliénor s'était endormie dans le fauteuil à bascule qui trônait à côté de la cheminée dans laquelle un feu crépitait. En vain, la nuit était passée, le feu s'était doucement éteint, mais Aimelin ne l'avait pas rejointe. La journée suivante avait montré que le moulin était fermé, l'auberge vide, et la blondinette avait passé les heures à guetter un message. Un message qui n'était pas venu.
Et avec les doutes, étaient revenues les peurs. Il était parti, elle ne savait où ni pourquoi, mais sans l'en avertir. Qu'avait-elle fait, ou que n'avait-elle pas fait pour qu'il agisse ainsi ? Cela signifiait-il ce qu'elle craignait, la fin de leur histoire ?

Le soleil levant qui dardait ses premiers rayons à travers la fenêtre la sortit d'une nouvelle nuit sans sommeil. Aliénor tendit le bras pour saisir le petit miroir en étain posé sur la table de chevet et s'assit sur son lit. Un regard, et une petite moue en observant les cernes sous ses yeux, traces de ses insomnies.
Et le souffle qui s'arrête un instant devant l'image que lui renvoit le miroir, la lueur qui brille dans ses pervenches. De la tristesse, comptait-elle donc si peu, avait-elle si peu d'importance, qu'il parte ainsi sans un mot ?
De la tristesse et... La blonde adolescente envoya d'un geste rageur le miroir se fracasser contre le mur en pierre. Car ce qu'elle avait vu aussi, c'était le même regard que sa mère. Tristesse et résignation. Non ! Elle n'était pas Magdeleine, elle était Aliénor, et elle ne laisserait pas la résignation la faire s'éteindre et se fâner comme cela avait été pour sa mère !

Un mouvement vif pour se lever et se diriger vers le coffre d'où elle sortit quelques affaires qu'elle fourra en boule dans ses fontes posées près de la fenêtre, ainsi que le petit coffret dans lequel elle rangeait précieusement ses lettres, avant de revêtir sa tenue de monte. Et de sortir de la chambre en claquant la porte.
Quelques pas encore vers l'huis principal avant de se raviser et de poser ses fontes à terre avant d'aller s'asseoir devant son bureau. Elle au moins ne partirait pas sans en expliquer les raisons.
La plume, trempée dans l'encrier, courut ensuite sur un vélin.


Citation :
Quelque part, qu'importe quand

Aime,

Je quitte Sainte aujourd'hui, pour quelques jours ou plus, je ne sais pas. Tout comme je ne sais pas quand tu rentreras, si tu rentreras.
Et comme mes silences et mes regards sont impuissants à te dire ce que je tais depuis trop longtemps, je te l'écris ce jour

Je pars, parce que je t'aime. Je t'aime, Aimelin. Moi qui ne voulais pas entendre parler d'amour pour ne pas souffrir, je me suis trouvée prise à mon propre piège. J'ai continué à te laisser croire que je n'attendais rien, que je n'espérais rien, j'ai continué à taire mes sentiments, mais je ne peux plus.
Mais aimer, c'est sentir qu'on compte pour l'autre, c'est aussi vouloir qu'il soit heureux. Et je ne sais plus quelle est ma place, puisque tu peux partir sans dire un mot, sans te soucier de ce que je pourrais penser, de ce que je pourrais m'inquiéter. Et si tu fais ça, c'est que je ne peux t'apporter le bonheur que je veux pour toi, de tout mon cœur.

Alors, face à l'absence et au silence, il vaut mieux que je m'éloigne, pour l'instant, même si cela me coûte.

Prends soin de toi, tu restes malgré tout dans mes pensées et dans mon cœur.

Alie
La missive fut scellée, sans qu'elle ne la relise, de peur de la déchirer. Missive d'une femme blessée dans son amour-propre, dans son amour surtout. Folle qu'elle avait été de croire que ça aurait pu durer, folle d'ouvrir son cœur et de commencer à croire à un demain ensemble ! Car oui, elle ne pouvait plus se le cacher plus longtemps, l'idée s'était faite jour peu à peu, et encore dernièrement, en voyant le ventre de Lanna s'arrondir, elle s'était prise à penser pourquoi pas elle...

Aliénor se leva, missive à la main, et se dirigea vers la porte. Une hésitation, la déposer au moulin ou à l'auberge ? Mais elle ne savait quand il l'aurait, aussi elle opta pour la confier à un volatile à destination du castel de Reims.
Un tour dans la serrure avant de glisser la clé dans son aumônière où elle rejoignit dans un cliquetis le petit caillou qui y était soigneusement rangé. Et un sourire amer vint s'afficher sur ses lèvres. Elle était à une étape de sa vie où le caillou volant sur l'eau venait de toucher l'onde. Rebondirait-il pour continuer à ricocher, ou s'enfoncerait-il au plus profond du ruisseau ?

Étoile sellée, fontes accrochées, la blondinette mis le pied à l'étrier pour se hisser sur sa monture. Un regard pour sa maison, puis qui balaye les environs. Par où aller ? Lesmont ? Non, c'était encore trop récent, elle ne s'y sentait pas encore chez elle. Chez elle... Sa destination s'imposa alors à son esprit.
Si Aimelin ne voulait pas écrire le mot "fin" à leur histoire, si elle s'était trompée en pensant qu'il ne tenait plus à elle, alors il saurait où la trouver, puisqu'il recevait quotidiennement les rapports de douane. Dans le cas contraire... il faudrait à l'adolescente toute sa force de caractère et son courage pour réussir à tourner une page qu'elle aurait pourtant tant voulu continuer à écrire.
Et c'est à cette pensée qu'elle talonna sa frisone, tournant le dos au soleil levant. Ignorant alors qu'elle franchissait au galop la porte du village, que de l'autre côté, Aimelin revenait avec celle qu'il avait cherchée si longtemps. Ignorant qu'elle était dans l'erreur de croire qu'elle avait été la cause de son départ silencieux, qui n'était au final dû qu'à ce besoin impérieux de retrouver cette autre partie de lui.

Aimelin a écrit:
[Sainte, Auberge des Petits Cailloux, peu après leur arrivée.]

"Dis, quand reviendras-tu
Dis, au moins le sais-tu
Que tout le temps qui passe
Ne se rattrape guère
Que tout le temps perdu
Ne se rattrape plus"

(Barbara - Dis, quand reviendras tu)


Il a laissé sa sœur s’installer dans la chambre qu’il lui a indiqué à l’étage, celle en face de la sienne qu’il occupe avec Aliénor lorsqu’ils restent sur place. Assis à la table non loin de la cheminée il s’est mis au travail, répondant aux demandes des voyageurs. Il ira au château dans la matinée. Il a accueilli le messager d’un air naturel, habitué depuis mi novembre à recevoir toutes sortes de missives. Mais celle-là il en reconnait l’écriture et il fronce légèrement les sourcils. Pourquoi lui écrit elle ? a-t-elle dû encore s’absenter comme elle le fait régulièrement ?

Les premiers mots l’enveloppent d’un froid qui ne fait que le glacer jusqu’au plus profond de lui lorsqu’il parcourt la suite de la missive. Elle est partie, pourquoi ?
Il lit et relit, ne comprends pas. Elle qui ne voulait pas de toujours, qui le lui a répété souvent, elle lui dit qu’elle l’aime sur ce vélin et elle part lui reprochant ses silences. Il n’est pas comme elle et il le sait. Elle parle facilement, à tout le monde. Lui est secret, réservé, se mêler à la foule il évite souvent.
Il reste quelques minutes, la missive tremblotante dans ses mains, ses yeux posés sur les flammes de l’âtre que Léonie entretient pour garder une douce chaleur dans l’auberge. Elle est partie. "Je quitte Sainte aujourd'hui, pour quelques jours ou plus, je ne sais pas…"

L’histoire recommence. Quasi était partie pour quelques jours et n’avait cessé de le tourmenter pendant des mois, lui promettant de revenir. Elle était revenue, ho oui, grosse et prête à se marier avec un autre. Et aujourd’hui, à peine a-t-il pu profiter de son nouveau bonheur que déjà un voile sombre descend sur lui. Il connait cette douleur bien plus mortelle qu’un coup de poignard, cette force qui lui tord l’estomac et l’empêche presque de respirer.
Quelle erreur a-t-il faite ? celle d’aller chercher une jeune femme qui aurait dû grandir avec lui. Comment parler de cette peur qui lui a pris l’estomac en la sentant lui échapper comme il a peur aujourd’hui de cette fuite de la blonde dame de Lesmont. Il le lui a dit qu’elle était importante, il le fait sentir dans ses mots et dans ses gestes. Et puis depuis novembre il n’a pas une minute à lui et elle le sait.

Trop penser n’est pas bon mais il ne peut s’empêcher de penser à ces dernières semaines. L’anoblissement et le lien si fort entre la vassale et la suzeraine. Il a souvent dit à Alie qu’il se sentait de trop dans cette relation. Aliénor a pris sa place dans l’amitié qui unit le brun et la blonde Duchesse. Lorsqu’ils sont tous les trois, il reste discret. Elle va à paris pour la hérauderie, pour son travail à la Chancellerie… elle lui échappe, il le sait, il ne dit rien. Même avec Terwagne il s’efface pour laisser les deux jeunes femmes discuter. S’il faut avoir fonctions pour être intéressant alors il n’est pas et ne sera jamais de ceux là.
Et si maintenant il n’était plus rien pour elle ? Elle a trouvé une famille, elle a ses entrées à Brienne. Lui n’est qu’un ami de Malt, il ne fait pas partie de la famille. Pourquoi dire qu’on aime et partir. Pourquoi avouer quelque chose que l’on fuit. Quasi lui a dit la même chose pour le cocufier allègrement avec ce moins que rien en jupette.

Ne jamais promettre, ne plus jamais promettre.

Il pose le parchemin et se met à fouiller dans ceux disposés sur la table. Il vérifie les douanes de Compiègne et de Reims que le messager lui a déposées, et ne trouve rien. Et ces paroles qui reviennent tandis qu’il épluche les noms des voyageurs des deux villes… "je ne veux pas regretter plus tard d'être partie sans toi et d'avoir peut-être manqué quelque chose. " Elle était pourtant partie.

Un soupir de lassitude en laissant retomber les parchemins. Pas d’Aliénor aperçue pourtant les douaniers la connaissent. Il pense à ce moment qu’elle ne peut alors être partie que dans la direction de Troyes, mais il faut deux journées de cheval pour arriver en ville. Il peste et d’un geste rageux se lève en repoussant bruyamment son fauteuil. Il ne peut pas bouger comme il le veut, elle le sait pourtant bien elle. Ou alors, elle est allée sur Paris pour la Hérauderie ou la Chancellerie. Elle y connait du monde, et du beau monde, ces lieux n’étant souvent occupés que par des nobles. Il a été mal à l’aise à la cérémonie de Terwagne, au milieu de cette foule qui ne regarde que ce qui porte fonction ou titre et se fiche éperdument de ce qui n’est pas dans leur entourage.

C’est ça, elle est allée voir des personnes bien plus importantes que lui. Qu’est il après tout hormis le Connétable. Il a abandonné l’idée de travailler pour la Champagne et a refusé un autre mandat pour pouvoir avoir plus de temps pour elle, pour eux. Mais elle… elle a sa charge à la Hérauderie et à la Chancellerie.. et puis elle prend des cours et elle travaille dur pour y arriver et il ne lui reproche jamais rien. Elle, elle lui reproche en silence d’être occupé, mais elle l’est bien plus que lui. Un sourire comme pour se moquer de lui-même.


Toi en dehors de connétable tu ne fais rien… c’est toi qui l’attendra bientôt… si elle revient.

Les derniers mots ont été lâchés à voix basse tandis qu’il retourne s’asseoir, le regard perdu vers la fenêtre.

Pas de promesse de demain qui ne sera peut être pas. Ca n’a jamais été si juste qu’en ce moment précis. Il est las de devoir courir après sa vie sans relâche, sans pouvoir penser à lui, sans pouvoir ne serait ce qu’un moment se poser et respirer. Il retrouve une sœur pour perdre celle qui est à ses côtés depuis des mois. Kawa... il doit le lui dire, elle le conseillera il le sait.

Kawa a écrit:
Les écuries

Elle revient de l’écurie où elle a pris soin de son cheval ainsi que de celui de son frère, il n’aura peut-être pas beaucoup de temps aujourd’hui… il a du prendre du retard… et puis il doit voir sa compagne, lui expliquer…
Ils n’ont pas ménagé leurs montures, il était pressé, voilà ce qu’il lui a dit à Argonne
Il faut vite rentrer, Alienor va s’inquiéter…
Alors ils n’ont pas perdu de temps…

Alienor, il n’avait de cesse de lui en parler… la jeune femme ne connaissait pas leur relation, mais une chose était certaine, son frère semblait vraiment tenir à elle.



Le soir de leur arrivée l’auberge des petits cailloux

Elle découvre l’auberge des petits cailloux, d’ailleurs elle demande à son frère le pourquoi de ce nom… il n’y en avait donc pas de grands…
Il lui explique, un lac, des ricochés, Alienor…
C’est une belle histoire, la leur, la jeune femme sourit, elle se souvient d’une conversation avec elle, les ricochés, ça vient donc de là…
Elle est heureuse d’avoir suivi son frère et ravie à l’idée de revoir sa compagne.

K… est persuadée qu’elle verra la jeune femme ce soir là, de plus, à Reims, elle lui a promis de lui présenter Nomade, une occasion de partager une passion commune, à ce qu’elle a cru comprendre la jeune femme aime beaucoup les chevaux, et puis ce qui a été dit n’ a pas pu être fait puisqu’elle est partie à Argonne sur un coup de tête, elle est partie, elle est impulsive et agit souvent ainsi, elle est là et l’instant d’après... sans doute est-ce ce besoin impérieux de disparaître quand quelque chose la contrarie…

Il est là assis, tenant une missive à la main, elle remarque immédiatement que quelque chose ne va pas, il sourit mais son visage reste crispé, elle finit par lui demander si il a quelques problèmes, c’est là qu’il lui annonce qu’Alienor est partie…
Partie ? Comment ça partie ?

La jeune femme est perplexe, elle le regarde, son visage est triste, il lui explique qu’il a reçu une missive, qu’elle est partie et qu’il ne sait pas où elle peut être…

K… culpabilise, après tout si elle n’avait pas envoyé sa missive depuis Argonne, il ne serait pas venu aussi vite la rejoindre et… sans la colère qu’il avait ressentie à ce moment là et bien, il aurait pris le temps de l’avertir… elle s’en veut… elle lui dit que c’est sa faute, il répond que non, qu’il n’a pas prévenu et que… mais la jeune femme ne voit pas les choses ainsi, elle écrirait bien à Alienor pour lui dire combien elle est désolée si seulement elle savait où écrire…

Il revient sur leurs « non promesses » et leurs « toujours » qui n’en sont pas, elle est bien mal placée pour lui donner des conseils puisqu’elle ne connaît pas vraiment leur façon de fonctionner dans leur couple…

Mais si elle est partie c’est que quelque chose ne va pas, elle finit par dire à son frère, que parfois les choses changent et qu’on ne dit pas toujours ce qui est… pas de « toujours » oui, peut-être mais tout cela évolue, rien n’est jamais figé, écrit, rien n’est définitif…

Peut-être qu’Alienor a envie d’autre chose, peut-être qu’il n’a pas pris assez de temps pour s’occuper d’elle, elle cherche, réfléchit, elle connaît peu la demoiselle et n’a aucune idée de la raison profonde de son départ, elle fait part à son frère de toutes ses réflexions.

Ils discutent longuement à son sujet, Aimelin est inquiet, peiné, elle le ressent au plus profond d’elle-même puisqu’elle aussi ne peut s’empêcher de s’inquiéter…

Elle ne trouve pas le sommeil ce soir là, la chambre est pourtant confortable, agréable, mais elle décide de finir sa nuit dans l’écurie, elle se sent un peu perdue, son frère est là, juste la porte d’en face, elle peut apercevoir de la lumière sous celle ci quand elle se lève en plein milieu de la nuit, mais elle n’ose pas le déranger, elle fait bonne figure mais ne peut s’empêcher de craindre pour celle qui partage la vie de son frère, elle ne peut s’empêcher de se demander si la demoiselle ne court pas un quelconque danger et puis elle ne doit pas être bien, elle doit se poser plein de questions qui ne trouvent pas de réponses… elle se met à sa place, imagine ce qu’elle a du ressentir…

Elle ne dort pas mieux à l’écurie que dans sa chambre, pas la peine d’insister ce sera nuit blanche, elle ressort et va s’assoir sur un banc non loin de là, une couverture est posée sur ses jambes, ses pensées se perdent dans la danse scintillante des étoiles.

Aimelin a écrit:
[Sainte Ménéhould ]

"J'ai fait tant de projets qui sont restés en l'air
J'ai fondé tant d'espoirs qui se sont envolés
Que je reste perdu ne sachant où aller
Les yeux cherchant le ciel et le coeur mis en terre"

(Aznavour - Hier encore)


La présence de sa soeur qu'il n'a pourtant retrouvé que depuis si peu de temps l'apaise et le rassure.
Elle lui demande pourquoi les Cailloux et il parle de l'eau non loin de Troyes, de ces cailloux qui volent, ricochent et parfois se posent sur l'autre berge mais parfois coulent avant d'atteindre le bord. Il se sent comme eux tandis qu'il lui parle, il se sent couler avant de pouvoir atteindre l'autre rive.
Elle a senti que quelque chose ne va pas et il lui parle de la lettre et lui dit qu'Aliénor est partie. Elle s'étonne, pose des questions auxquelles il ne sait pas répondre. Il lui dit ce qu'elle lui a écrit elle qui n'a jamais voulu de demain ni de toujours. Les choses changent lui répond elle, peut être qu'il n'a pas été assez attentionné, peut être qu'il ne lui a pas assez montré qu'il tenait à elle.
Il faut mettre des mots sur ce que l'on ressent, il faut parler. Il sait qu'elle a raison, il se rappelle des discussions avec Terwagne sur ces choses qu'on ne dit pas et que parfois on regrette, mais depuis Dance certains mots n'arrivent plus à sortir de sa bouche, comme si quelque chose le mettait en garde de ne jamais croire à demain parce qu'on ne peut promettre quelque chose que l'on n'est pas sûr de tenir.

Tandis qu'elle lui parle il laisse doucement danser le parchemin entre ses mains. Il l'écoute, hochant parfois la tête pour lui donner raison, l'interrompant par moment pour lui expliquer certaines choses.

Et puis la Duchesse Yunab et le Duc consort viennent les rejoindre et ils s'allient à Kawa pour le pousser à aller la chercher. Une autre jeune femme, Cyanure, est là, elle essaie elle aussi de l'encourager. Il se sent un peu perdu. Doit il comme pour Argonne partir sans réfléchir.. mais où ? Pour Compiègne, il sait qu'elle y a la maison de ses parents disparus, mais saura t il la retrouver ?

Un regard vers sa soeur.


si je pars à Compiègne demain tu m'accompagnes ?
bien sûr, tu ne crois pas que je vais te laisser partir seul


Il sourit même s'il la voit inquiète elle aussi, n'arrêtant de dire que c'est de sa faute et que s'il n'était pas parti sur Argonne, rien ne serait arrivé. Aussi étrange que ça puisse paraître, il referait la même chose s'il devait le refaire. Il partirait chercher son double.

La soirée se passe alors en discussions où chacun essaie de soutirer un sourire au jeune Etampes. Ils y parviennent bien souvent mais lorsque vient le moment de regagner sa chambre à l'étage, ses pensées sont trop agitées pour qu'il se couche et s'endorme. Un regard vers la porte de Kawa avant de refermer la sienne derriere lui et de jeter un regard au petit bureau pres de la fenêtre. Ecrire.. mais quoi et où ? Il s'allonge le regard rivé au plafond et lorsque le petit matin pointe le bout de son nez, il lui semble qu'il n'a pas dormi. Il se plonge dans son travail et prépare Altaïr, vérifie ses fers, le choye comme il le fait toujours, veillant sur Nomade son nouveau compagnon d'écurie.

Lorsqu'il retrouve Kawa elle lui dit avoir dormi sur un banc, avoir vu de la lumière sous sa porte mais ne pas avoir osé le déranger. Pourtant s'il y a bien quelqu'un qui peut venir sans crainte c'est elle. Ils se rassurent, ils la trouveront même s'il faut remuer ciel et terre. Elle lui manque.



[Compiègne]

Le jour est à peine levé lorsqu'ils franchissent les portes de Compiègne. Seules leurs voix qui accompagnent le bruit des sabots a troublé le silence. Ils se dirigent vers l'auberge du Petit Compiègne et puis ils aviseront après un peu de repos.

Alienor_vastel a écrit:
[Compiègne, la chaumière du 6 de l'allée Saint-Georges - Soirée du 28 février]

"Est-ce que tu peux entendre ?
Est-ce que tu peux comprendre ?
Et faire le pas qui peut nous rapprocher.
J'ai perdu la direction et le sens
Je n'sais pas tenir la distance.

Je croyais tout savoir de nous
Être arrivée jusqu'au bout
Et tenir si bien le coup.
Je croyais tout savoir de moi
Mais y'a tellement de choses qu'on ne sait pas
Comme toi"
Amel Bent - "Le droit à l'erreur"



Les longues foulées d'Etoile avaient soulevé la terre du chemin, laissant derrière elles un nuage de poussière qui retombait doucement après son passage. Le froid avait gifflé les joues d'Aliénor, fait pleurer ses yeux, retomber la capuche de sa cape dans son dos en libérant sa chevelure blonde, mais elle n'en avait eu cure, le regard embué concentré sur cette route qu'elle connaissait si bien pour l'avoir parcourue tant de fois.
Elle n'avait ralenti l'allure qu'à l'approche des murailles de Compiègne, lorsque la porte de Pierrefonds s'était offerte à sa vue alors que le soleil venait de laisser la place à l'astre lunaire et que les premières étoiles venait éclairer la nuit.

Compiègne... Là où elle était née, là où elle avait grandi, avant Chelles, avant Pomponne. La chaumière où à l'instant présent elle se sentirait le plus chez elle, la maison de ses parents et des moments de bonheur.
La blonde adolescente passa la porte d'entrée de la ville, le bruit des sabots de la frisone résonnant sur les pavés et la dirigea à travers le dédale des ruelles vers l'allée Saint-Georges.
Démonter pour faire les derniers pas, tenant sa monture par les rênes, et contourner la chaumière pour se diriger vers la petite grange faisant office d'écurie.
Elle était fatiguée, si fatiguée de ses nuits sans sommeil, mais elle devait s'occuper d'Etoile avant toute chose, la jument n'ayant pas ménagé son allure pour la mener à sa destination. Et puis, ça lui permettrait de continuer à ne penser à rien, avant qu'elle ne se retrouve seule...

Un moment, un long moment une fois que la frisone ait été dessellée et bouchonnée, les doigts venant doucement toucher la marque blanche entre les deux yeux de la jument, cette marque qui lui avait donné son nom. Avant qu'ils ne descendent lentement le long du chanfrein en une douce caresse et que les bras n'aillent enserrer le cou de l'animal, le visage plonger dans la crinière. Profiter encore un instant de sa chaleur, alors qu'il faisait si froid à l'intérieur d'elle.

Et c'est en frissonnant, resserrant sa cape autour de son corps, qu'elle laissa Étoile pour se diriger vers la porte de la chaumière. Récupérer la clé sous la pierre à côté du rosier qui encadrait la porte, cette clé qu'elle avait laissé là pour Marie, la jeune femme qui venait entretenir la bâtisse une fois par semaine moyennant rétribution, Aliénor n'ayant pas voulu la laisser à l'abandon.
Et entrer, s'avancer un peu dans la pièce, laisser glisser ses fontes à terre... Un regard circulaire. Telle que la dernière fois qu'elle y avait séjourné, qu'ils y avaient sejourné. En ce mois d'octobre, après qu'ils aient été blessés, après qu'elle ait cru le perdre.
Aliénor blêmit, prenant conscience de ce qu'elle venait de faire, ne venait-elle pas de le perdre, en partant, en lui écrivant cette lettre, en explicitant ces non dits qui duraient depuis trop longtemps ?

Les pervenches s'arrêtèrent sur la porte de la chambre vers laquelle elle se dirigea, avant de se laisser tomber sur le lit. Pensées qui tourbillonnent dans sa tête, avait-il compris ce qu'elle avait voulu lui dire ? Cette impression de ne plus faire partie de sa vie, de ne plus partager ce qu'ils partageaient avant, de ne plus avoir sa place. Ce n'était pas tant sa fonction de connétable qui l'éloignait, ça elle s'en accommodait en sachant qu'il ne le serait pas éternellement, et elle était fière de la façon dont il s'y investissait, avec cœur, elle le lui avait dit.

Non, c'étaient ces silences qu'elle n'arrivait plus à briser, ces sourires qu'elle ne réussissait plus à faire naître sur ses lèvres. Cette impression insidieuse qu'il n'était plus heureux avec elle. Malgré ce qu'il avait pu lui écrire, mais des mots couchés sur un vélin ne parvenaient pas à apaiser ce sentiment qu'elle avait qu'il ne s'ouvrait plus autant à elle, comme si son avis ou leurs discussions n'avaient plus autant d'importance pour lui.
Et son départ sans un mot, sans une explication, sans savoir quand ni s'il reviendrait.

Oh bien sûr, elle avait aussi ses amies, sa suzeraine et leur complicité, chacun avait sa place à ses côtés, mais la sienne avait pris une importance grandissante depuis ce jour d'avril où ils avait fait voler des cailloux sur l'eau de cette rivière. Il la connaissait sans doute mieux que personne, il l'avait aidée à faire la paix avec un passé douloureux. Et elle avait encore besoin de lui. Mais lui ? S'il pouvait partir comme ça, partir surtout sans un mot, sans une explication, c'était bien que non, du moins c'était ce qu'elle avait pensé...
Et pourtant, il suffirait de si peu, qu'il lui dise le pourquoi de son absence des derniers jours, qu'il lui dise qu'elle se trompe. Un signe...

Alors... Rester pour ne pas regretter d'avoir manqué quelque chose, et prendre le risque de s'éteindre comme sa mère l'avait fait alors qu'elle espérait en vain que les choses redeviendraient comme avant, qu'ils pourraient à nouveau former une famille avec ce père par trop souvent absent ? Ou partir pour ne pas regretter d'avoir laissé la vie lui filer entre les doigts à attendre ce qui peut-être ne viendra jamais ?
Elle avait fait son choix ce matin-là, en voyant dans ce miroir le même regard que celui de sa mère, par peur aussi de lui ressembler.

Et pourtant, des regrets elle en avait. De ne pas avoir déchiré cette lettre, d'y avoir exprimé ses sentiments. À quoi bon dire qu'on aime si c'est pour partir. À quoi bon dire qu'on aime quand on ne sait même pas, même plus ce qu'on veut. Peut-on aimer sans promesses de toujours, ou est-ce qu'au fil du temps passé aux côtés d'Aimelin, elle ne commençait pas à y songer, à ces demains dont elle lui avait dit tant de fois ne pas vouloir.
Profiter de la vie, de leur vie, sans songer aux lendemains, c'était ce qui les avait fait savourer chaque instant comme si c'était le dernier. Et maintenant ? En voulait-il seulement, des demains avec elle ? Et elle, maintenant ?...

Pensées qui se confrontent, s'affrontent, s'emmêlent et s'enchevêtrent, tournant et retournant dans son esprit comme elle le faisait dans son lit défait.
Avant que, fatiguée, lasse, épuisée, elle ne sombre enfin dans un profond sommeil duquel elle n'emergera que de longues heures plus tard.

Kawa a écrit:
Compiègne de jour et de nuit...

Compiègne village inconnu… l’aube vient à pointer ses premiers rayons et la demoiselle regarde son frère de temps à autre, de biais, comme quelques instants volés, elle n’en revient toujours pas, qu’ils soient là cote à cote, c’est un grand changement pour elle, la solitaire a toujours voyagé seule, c’est même devenu une règle d’or, elle n’aime pas les contraintes de groupes, ne pas décider elle-même de ce que sera demain…
Elle ne sait pas combien de temps ils vont rester, son frère ne lui a rien dit, elle se dit qu’il n’en sait rien, le temps de retrouver Alienor sans doute, voudra-t-elle les rejoindre après ?
Elle ignore où elle se trouve et son frère le sait-il ? Est-elle ici au moins ?

Elle met pied à terre devant l’auberge du petit Compiègne, dépose Nomade aux écuries, puis elle salue son frère.

Je vais visiter un peu le village, on se retrouve plus tard…

Elle disparaît au détour d’une ruelle, sait déjà qu’elle restera discrète ce jour, elle ne se montrera pas, son frère doit avoir idée où chercher et s’ils se retrouvent, elle ne veut pas être là au milieu, elle marche et marche encore, regardant chaque maison en se disant qu’Alienor peut s’y trouver…

Les heures passent bien lentement, elle finit par repérer un endroit agréable près d’une fontaine, se repose un peu, il faut dire que ces derniers temps le manque de sommeil s’accumule, elle se pose plein de questions, s’interroge sur sa nouvelle vie, pense à son amie qui lui a enfin répondu, elle n’a pas l’air d’aller bien et ça préoccupe la jeune femme.

Aimelin de son coté est peut-être déjà avec sa compagne, elle s’est retrouvée à la sortie du village, sans y faire attention, elle se dit qu’elle va passer la nuit là, K… a plus souvent passé ses nuits dehors que dans un lit confortable, ça a eu l’air d’étonner son frère quand elle lui a dit qu’elle s’était reposée sur un banc, ça n’ a pourtant rien n’inhabituel pour elle, un banc, une grange, un campement dans une forêt, des écuries, c’est dans ces moments là qu’elle constate qu’ils n’ont pas connu les même choses, ils ont encore à se découvrir et à se raconter, mais la solitaire n’est pas très loquace quand il s’agit de se livrer et à ce qu’elle a pu constater son frère est du même acabit.

Elle espère qu’ils soient ensemble à cette heure, un morceau de pain est sorti de sa besace et la demoiselle grignote en rêvassant, son écritoire de voyage est resté dans la chambre à Sainte-Menehould, quel drôle de nom… elle répondra à son amie une fois rentrée... et après que fera-t-elle, curieusement avant de retrouver son frère elle ne se posait jamais de questions sur les lendemains, elle sort son couteau et se coupe un morceau de lard séché.

Les passants la regardent curieusement, elle sourit intérieurement, pourvu que personne ne vienne lui parler, elle n’est pas vraiment très sociable la voyageuse, elle se souvient des paroles d’un homme à Sainte-Menehould, « vous n’êtes pas sèche, vous êtes un vrai désert », elle ne sait pas pourquoi mais ce genre de réflexion la fait toujours sourire, c’est vrai qu’elle manque de courtoisie, qu’elle n’est pas mielleuse pour deux sous et qu’elle dit tout haut ce qu’elle pense, c’est la vie qui l’ a forgée ainsi, elle semble dure et ne se laisse pas approcher, elle assume tout à fait ses choix et sa façon d’être, un vrai désert, oui peut-être, et peut-être qu’une oasis s’y cache... à moins que tout ne soit que sables... mouvants…

Aimelin a écrit:
[Compiègne]

J'aurais voulu te dire
Les parfums qui me touchent,
Les secrets de mon âme
Juste un doigt sur la bouche....
J'aurais voulu te dire
Des tendresses à mourir
Et pour te retenir
Les mensonges, les pires.

(J-M Moreau - j'aurais voulu te dire)


Il a acquiessé d’un sourire aux paroles de sa sœur. Il ne veut pas qu’elle se sente prisonnière de leurs liens, même s’il ne la laissera plus s’échapper loin de lui, loin de cette famille qu’elle a dorénavant et qui, il l’espère, lui fera oublier sa solitude.

Je vais visiter un peu le village, on se retrouve plus tard…
je serai à l’auberge tu m’y retrouveras


Lui dire de faire attention à elle serait penser qu’elle n’est pas capable de se défendre, elle qui a vécu seule toutes ces années. Il la regarde s’éloigner, une lueur de tendresse brillant au fond de ses yeux, regrettant de ne pouvoir parler davantage d’elle, de ce qu’elle a fait de ce qu’elle a vécu, de ce qu’elle attend peut être. Mais ils le feront, ils ont encore tant de choses à se dire, tant à s’apprivoiser. Leur discussion a été interrompue par la lettre d’Aliénor qui leur cause soucis depuis leur retour. Il soupire devant ce temps qui se joue de lui comme pour ne pas qu’il profite de son bonheur et du présent.

Compiègne de l’hiver 56 a bien changé. Les rues sont désertes, l’auberge où ils sont descendus aussi, et il repense à la discussion qu’ils ont eu avec Yunab et Ereon. A qui demander ? Ses fontes et ses affaires posées il ferme la porte derrière lui, laisse ses prunelles grises parcourir la place. Un froncement de sourcils en essayant de se remémorer cette chaumière. Il n’y a été qu’une fois, et c’était après sa blessure de début octobre sur cette maudite mine avant Peronne. Comment se souvenir de la direction qu’ils ont prise ce jour là. Il ne connait pas Compiègne hormis l’hospice et les murailles qui abritaient le campement des armées.

La chaumière il la revoit avec sa petite grange derrière, où leurs montures s’abritaient. Il décide de laisser Altaïr prendre un peu de repos avec Nomade. Il ira à pieds, ne s’éloignera pas trop pour ne pas que Kawa s’inquiète de trop. Il ne lui a pas dit qu’il serait rassuré de l’avoir à ses côtés, et puis quatre yeux sont bien plus efficaces pour reconnaitre une chaumière.

Il regarde sur sa gauche et prend la première ruelle qui se présente à lui. L’air est encore froid pour la saison et il remonte le col de sa cape dans laquelle il s’est emmitoufflé.


La boulangère a des écus qui ne lui coûtent guère !! … elle en a, je les ai vus *. Il arrête ses pas au son de la contine, la même que fredonnait Angelle ce matin d’été devant la fenêtre de l’Auberge du Casteth à Pau. Instinctivement il sourit et observe le gosse qui fait tournoyer des pièces dans sa main.... j'ai vu la boulangère aux écus .. j’ai vu la boulangère *

Les vêtements usagés qu’il porte, que ce soit ses braies, la veste qui laisse apparaitre ses frêles poignets, ou encore ses chausses plus ou moins en bon état, attestent de sa situation. Aimelin fait quelques pas de plus vers lui.

- z’auriez pas une tit’pièce pour moi s’iouplait ?
- tu n’as pas vu une jeune femme blonde avec un cheval noir ?


Tandis qu’il lui parle il a sorti de la poche de sa veste un écu qu’il lui tend sans le lâcher, ses prunelles dans celles du gamin.

- blonde j’pas fait attention mais un ch’val noiril semble chercher et lorgne l’écup’têtre qu’avec une aut’ pièce j’vais m’rapp’ler.

Il affiche un air réprobateur lui laisse prendre l'écu et en sort un autre.

- dit’ donc z’êtes généreux vous !
- c’est la dernière que tu auras. C’est important…
- t’a l’heure j’vu un ch’val noir magnifique mais l’dame l’était brune, comm’ vous et vous étiez avec elle


Soupir du jeune Etampe en regardant le gosse auquel il n’avait pas prêté attention à leur arrivée. C’est vrai que les deux jeunes femmes ont un frison, encore quelque chose qui les réunit. Un espoir qui s'envole alors qu'il fait un pas pour s'éloigner et se retourne.

- si tu vois une jeune femme blonde avec le même cheval, viens nous avertir la brune ou moi, et tu auras un écu. Nous sommes à l’auberge du Petit Compiègne.

Et de s'éloigner à nouveau, son regard scrutant le moindre coin qui pourrait lui rappeler quelque chose. Et ses pensées qui tournoient sans cesse. Depuis qu'il est à Troyes, Aliénor s'est installée dans sa vie, dans son coeur sans qu'il ne donne un nom à ce sentiment. Il a nié lorsque Terwagne a mis un nom sur ce qu'il ressent par peur de perdre l'une et de se perdre lui aussi. Il connait la douleur des départs, cette douleur qu'il ressent depuis qu'il a lu cette lettre. Bien sûr qu'il l'aime, il ne peut en être autrement puisqu'il a mal. Mais dire qu'on aime c'est parler de demain, c'est avoir peur de ce qui peut être ne sera plus dans quelques temps. Les certitudes s'effritent souvent bien plus vite que les rêves. Pourtant à ce moment là, il donnerait tout ce qu'il possède pour ne pas avoir reçu cette lettre, pour ne pas avoir lu ce qu'il devinait et surtout ne pas avoir lu ces mots qui ont réveillé ces douleurs pourtant disparues.

Il arrête les rares passants qu'il croise, les questionne, priant sans cesse que l'un d'eux lui dise avoir vu la silhouette qu'il espère.
Il rentre bredouille à l'auberge lorsque le soir tombe et trouve refuge auprès de l'âtre. L'Auberge est déserte, nulle âme qui vive, sa soeur n'est pas là. Sans doute a t elle besoin d'un peu de solitude, il le comprend même s'il ne peut s'empêcher de s'inquiéter pour elle aussi. La chaleur des lieux le fait s'endormir doucement sur un coin de table.





* Antoine Gallet

Kawa a écrit:
Compiègne

C’est le lendemain soir qu’elle retrouve son frère, il est seul, pas bon signe, elle prend place à ses cotés à l’auberge puis ils se mettent à discuter, il a cherché Alienor toute la journée, mais ne se souvient pas de la maison de famille de la demoiselle.

Ils évoquent leurs passés, le jeune homme a semble t-il plus de facilité que sa sœur à se livrer, elle est naturellement discrète ou l’est devenue par la force des choses, il parle de ce qu’il a accompli, de ses peines aussi, de ce qu’il a traversé il y a quelques années, de ses naufrages et de ses déchirures, la vie ne leur a pas fait de cadeaux à tout deux.


Il lui parle de marine, apparemment il est proche de la demoiselle, marine, celle qui est à l’origine de leur rencontre, si elle n’avait pas été là sur cette place, se seraient ils rencontrés, se seraient ils reconnus, elle l’ignore mais elle se dit que les hasards font parfois bien les choses, à moins qu’il n’y ait pas de hasard et que ça devait arriver…

Ils se disent que rien n’est simple au sujet des rapports humains, qu’il faut marcher à patte de velours, elle remarque qu’il ne lui a pas demandé où elle était la veille et elle apprécie, il lui faut du temps pour s’habituer à cette nouvelle vie, ou plutôt à partager celle-ci avec ce frère qu’elle apprend à connaître, il faut qu’elle fasse l’effort de plus se confier, c’est loin d’être évident, elle découvre un homme droit et juste et ce n’est pas pour lui déplaire, souvent au cours de la conversation, ils se disent les même choses au même moment, c’est assez troublant, tant de similitudes, jusqu’aux même mots employés, la même attitude, le même regard sur les choses ou les événements, elle conseille à son frère de s’ouvrir un peu plus à sa compagne alors qu’elle ne sait que trop bien tout ce que cela implique de se mettre à nu, elle voudrait qu’il soit heureux, pleinement heureux, elle espère que ce souhait va devenir réalité.

Il est tard quand ils se décident à aller se coucher…


Le jour s’est enfin levé, la demoiselle descend l’escalier et se dirige dans l’arrière salle, après être allée chercher le pain, elle prépare le petit déjeuner pour son frère, un petit déjeuner copieux, ils vont avoir une longue journée, c’est décidé ils vont partir ensemble retourner toutes les maisons du village s’il le faut, mais ils la retrouveront…
Elle est là, quelque part…

Il descend, pas plus fringant que la veille, il est cerné, a certainement mal dormi…


J’ai préparé de quoi nous donner quelques forces, on va avoir une longue journée...
Ils déjeunent, discutent de l’itinéraire, elle lui dit que si elle a une monture il vaut mieux commencer par les grandes maisons, celles avec des granges ou des écuries, en tout cas dans les ruelles qu’elle a parcourues la veille, il n’y en avait pas…

Les chevaux sont préparés, ils se hâtent, Aimelin semble nerveux, elle essaye de l’apaiser…
Nous allons la retrouver, c’est sûr… à nous deux, quand on est déterminé, rien ne peut nous arrêter, n’est ce pas ?
Elle le regarde et lui sourit, ils montent en selle…

Aimelin a écrit:
[ Compiègne, taverne Au petit Compiègne ]

"Graver l'écorce
Jusqu'à saigner
Clouer les portes
S'emprisonner
Vivre des songes
A trop veiller
Prier des ombres
Et tant marcher.."

(Goldman - Pas toi)


C'est la porte qui s'ouvre qui le tire de sa rêverie. Un homme qui se présente comme un certain aaron. Ce nom ne lui est pas inconnu mais il en voit tellement passer. Il se présente, donnant juste son prénom comme chaque fois. Ni de titre, ni de fonction, il évite. Courte discussion avant qu'une femme entre à son tour et qu'elle ne lui soit présentée. Le nom n'est pas non plus inconnu au jeune connétable puisqu’il lui a délivré l'autorisation de s'installer il y a peu. Etonnant parfois de mettre un visage sur un nom. Politesses courtes et succinctes, tandis qu'il jette des regards à l'extérieur, espérant voir arriver Kawa, abandonnant le couple à sa discussion sur les prouesses de l'un et de l'autre. Ce genre de conversation qui ne le regarde pas le fatigue. Quelques coups d'oeil furtifs. Il n'est pas d'humeur à supporter le batifolage d'un couple alors il chantonne en sortant quelques parchemins. Il faut bien s’occuper dans ces cas là. Un soupir de soulagement quand le couple sort.

Il ne sait pas combien de temps il est resté là, assis, laissant tourner ses pensées plus noires que grises, fermant les yeux lorsque les images viennent appuyer un peu plus sur sa solitude.
Puis Kawa est arrivée. Ils ont parlé d’Aliénor de cette maison dont il ne se souvient pas du chemin. Et puis au fil de leur discussion il lui a sorti la boucle de ceinturon qu’il a dans sa besace quand elle n’est pas sur lui. Il a fait glisser ses doigts en lui expliquant que c’était comme les boucles de la vie. On part d’un endroit, on y revient, on rencontre son passé, on le reconnait. A chaque tour on évolue, la vie nous fait grandir. Elle lui dit que c’est un beau symbole. Il sourit. Elle est comme lui. Parfois les mêmes mots sortent, les mêmes attitudes, les mêmes rires. La peur ne sert à rien, elle a raison. Ce qui est arrivé une fois ne va pas forcément se reproduire. Et puis il lui a parlé de Marine, de cette gosse qu’il aime parce qu’elle pense qu’elle n’est rien, rien d’autre qu’une vaurienne. Lui, il sait bien qu’elle est bien plus que ça, qu’elle a une richesse du coeur que bien des personnes n’ont pas.
Elle lui demande s’il est heureux. Il se souvient du jour ou Terwagne le lui a demandé et où il a hésité à répondre malgré qu’il l’était. Là il n’hésite pas et un sourire s’élargit lorsqu’elle lui répond être heureuse elle aussi.

La matinée n’est guère avancée lorsqu’ils enfourchent Nomade et Altaïr.


Nous allons la retrouver, c’est sûr...à nous deux, quand on est déterminé, rien ne peut nous arrêter, n’est ce pas ?

Un sourire. Non rien ne les arrêtera.

Je me souviens juste d’une façade dont la porte est encadrée d’un rosier. En contournant la chaumière il y a une petite grange pour abriter les chevaux.

Le nom de la rue ? il a oublié s’il la jamais sû. Mais il sait que s’il voit la maison il la reconnaitra. Et puis il sait qu’un détail même infime le mettra sur la voie.
Le bruit des sabots sur les pavés rythme leur avancée. Il n’a pas vraiment bien dormi, mais il ne dort presque plus depuis les jours derniers. Des ruelles, des maisons, des bâtisses plus grandes d’autres plus petites. Il interpelle une vieille qui sort de chez elle un panier à la main. Magdeleine était connue, c’est par elle qu’il faut chercher sa fille. Plus loin par là bas, peut être, leur répond elle. En fait elle ne se rappelle pas, sa mémoire défaille. Ses prunelles grises ne reconnaissent pas alors ils continuent. Une maison qui fait l’angle d’une ruelle et qui attire son regard.


je crois que j’ai déjà vu cette demeure.

Il stoppe Altaïr regarde autour d’eux, se tourne sur sa selle laissant une main sur le pommeau, fronce les sourcils, cherchant le moindre détail qui lui sautera aux yeux, avant de regarder Kawa.

- je suis sûr que la chaumière n’est pas loin... hey petit !
- m’sieur ?
- tu connaitrais pas une maison toujours fermée ? il y a des fleurs tout autour de la porte sur le mur.
- un’maison fermée ? c’rait pas la maison où qu'elle va Marie ?
- Marie ?
- ma soeur. Elle s’occupe d’une maison qu’est fermée et qu’la dame y donne des écus.
- elle est où cette maison ?


Le gamin s’est approché avec précaution de l’étalon et regarde les deux jeunes gens tour à tour. Aimelin sort un écu de sa poche et se penche pour le lui tendre. Il leur montre au devant d'eux, leur parle d'un chêne au coin d'une rue et puis de la maison à côté.
Un sourire en regardant Kawa et une pression des talons pour remettre Altaïr en marche. Elle doit y être, il le faut mais ses pensées se perdent au milieu des battements de son coeur qui lui semblent envahir le silence. Et si elle n’y était pas ? Mais il sait qu’elle ne peut pas être ailleurs et ils l’attendront, il ne partira pas de Compiègne sans l’avoir trouvée.

Alienor_vastel a écrit:
[Compiègne]

"Mais je sais qu'il me faut survivre
Et avancer un pas de plus
Pour qu'enfin cesse la dérive
Des moments à jamais perdus"
Isabelle Boulay - "Parle-moi"



Depuis combien de temps était-elle là, elle avait perdu la notion du temps. Elle avait dormi, longtemps, d'un sommeil sans rêve. Du moins ne se souvenait-elle plus de quoi elle avait rêvé. Lorsqu'elle s'était réveillée, le soleil était haut dans le ciel, mais elle avait été incapable de savoir si une nuit était passée, ou plus...

Ce fut le froid qui eut finalement raison d'elle et l'incita à se lever et sortir chercher quelques bûches qui bientôt flambèrent dans la grande cheminée, réchauffant progressivement les murs de la chaumière à défaut de son être.
Aliénor s'assit dans le fauteuil, les pervenches fixées sur les flammes qui dansaient devant ses yeux. Ne pas penser, surtout ne pas penser.
Ne pas se demander s'il avait reçu sa lettre, parce que sûrement il l'avait reçue. Elle l'avait fait envoyer au castel, et elle doutait que, où qu'il soit, il ne fasse pas suivre les missives qu'il recevait.
Ne pas se demander pourquoi il n'avait pas répondu, maintenant nul doute qu'il savait qu'elle était à Compiègne, les douaniers l'avaient vue arriver. Ne pas se le demander, pour ne pas avoir à faire face à la réponse. Parce que si elle était seule, là et maintenant, c'était bien qu'elle avait raison, non ? Qu'il ne tenait plus à elle, qu'elle ne comptait plus pour lui, qu'il n'était plus heureux avec elle, à tel point qu'il était parti, sans vouloir le lui dire. Et ça lui faisait mal, au plus profond d'elle. L'amour est une malédiction, elle l'avait vu avec ses parents, et maintenant elle le vivait elle-même.

Il avait séjourné à la chaumière, il savait ce qu'elle représentait pour elle et devait bien se douter que c'est là qu'elle était venue trouver refuge. Elle avait juste oublié qu'il n'avait pas forcément retenu l'adresse, ni ne connaissait le village comme elle, qui y avait grandi, qui en avait parcouru les ruelles, les placettes, les moindres recoins durant des années.
À chaque fois qu'elle était venue ici, depuis son retour en Champagne un peu plus d'un an plus tôt, elle avait d'ailleurs remis ses pas dans ceux de l'enfant qu'elle avait été. Elle avait même réussi à se rendre au cimetière, sur la tombe de ses parents, ce qu'elle avait longtemps reculé. Mais là, elle n'avait envie de rien, juste s'enfermer entre ces murs qui avaient vu sa famille heureuse, qui avaient entendu les rires de ses parents.

S'enfermer, et laisser les volets fermés, seule la fumée qui s'échappait par la cheminée laissait deviner que l'habitation était occupée.

Encore que... S'enfermer n'était pas la meilleure des solutions, Aliénor ne faisait que ressasser ses sombres pensées. Si au moins elle avait eu quelqu'un à qui se confier, vers qui se tourner. Mais ses amies avaient leurs propres soucis et n'étaient pas là, et de toute façon elle ne se voyait pas s'ouvrir à Lanna après ce que celle-ci venait de connaître. Il y avait bien la duchesse, sa suzeraine... mais c'était un sujet qu'elle ne souhaitait pas aborder avec elle malgré leur connivence sur tant d'autres points.

La jeune fille secoua la tête, non, elle devait bouger. Et puis il y avait Etoile, elle devait s'en occuper. Elle se leva, prit sa cape et sortit de la chaumière pour se diriger vers la grange après être passée au puits tirer un seau d'eau. Si elle n'avait pas mangé depuis son départ de Sainte, l'appétit lui manquant, elle avait soif et prit une gorgée avant d'entrer dans ce qui servait d'écurie. La façon dont l'animal tendit la tête vers elle, la secouant et hennissant en la voyant entrer lui tira un sourire, visiblement la frisone ne lui en voulait pas de l'avoir délaissée durant ce temps où elle s'était renfermée.
Pervenches songeuses en même temps qu'elle dépose le seau devant sa jument et la regarde s'abreuver. D'aussi loin qu'elle se souvienne, elle avait été au contact des chevaux, sa mère tenant à ce qu'elle apprenne à monter jeune. Même lors de son éloignement en Montpellier, sa tante n'avait pu lui enlever ça, ce qui restait alors son seul plaisir, chevaucher, sentir le vent venir frapper son visage, cette sensation de liberté, ressentir la force et la fougue de l'animal, sa puissance dans ses mains qui tenaient fermement les rênes, cette impression de faire corps avec lui... Oublier ce vide pour un temps...

Quelques pas pour aller se saisir de la selle et du filet...



[Compiègne, le même endroit quelques années auparavant]

La jeune femme est en train de panser Sageta, sa jument arabe, brossant doucement la robe alezane. Quelques jours avec sa fille à Compiègne, son havre, son port. Ysabault est restée à Pomponne gérer le domaine et la domesticité, elles ne sont que toutes les deux, Aliénor et elle. Elle aime ces moments où elle peut oublier ce qu'est devenue sa vie, pour redevenir juste Magdeleine, la jeune femme arrivée dans le village un beau jour de novembre.

- Maman, on va se promener ?

Le regard mordoré se pose sur la petite furie blonde qui vient de la rejoindre, une petite lueur amusée, si rare, venant les faire briller.

- Hm... pourquoi pas, si tu arrives à seller ton frison.

La fillette lève le menton, crânement, sa mère se moquerait-elle ? Certes, l'animal a le caractère de ceux de sa race, capricieux et têtu, mais il est aussi doux et affectueux et se laissait faire avec elle.

- Bien sûr que je vais y arriver, je sais le faire maintenant ! D'ailleurs il faudra que je montre à papa !
- Oui, il faudra...

Et pendant que l'enfant s'active, la petite lueur disparaît dans les yeux de sa mère, le regard s'assombrit. Que répondre à sa fille? Elle voit si peu son père, même si la dame de Pomponne essaie de lui en parler souvent, le rendre vivant par la pensée à défaut de sa présence auprès d'elles. La fillette le réclame, bien sûr, elle ne peut alors que lui répondre que ses fonctions l'accaparent, mais qu'il pense à elle et les aime. Elle essaie de s'en persuader elle-même, comme le fait qu'un jour, il fera ce qu'il a dit, rendre ses charges et revenir vers elles, qu'ils soient à nouveau cette famille qu'ils avaient rêvée quand ils s'étaient mariés.
Et pourtant, elle doute de plus en plus, ils se sont trop éloignés, aura t'elle à nouveau l'impression d'être importante pour lui ? Les sentiments qui les ont unis, et qui continuent malgré tout de les unir, suffiront-ils à reformer ce qui a disparu devant les murs d'Orléans ?
Si seulement ces sentiments étaient morts à ce moment-là, tout serait plus simple, partir, acter de son absence pour demander la séparation. Couper court à tout ça, à sa peine qu'elle tente de cacher aux yeux de son enfant. A moins que rester ne soit justement la solution de facilité, comme le lui disent Pisan ou Ysa.

Elle a choisi la facilité alors... Même si sa gaieté disparaît peu à peu, sa force aussi, que sa vie vacille comme une flamme qu'un simple souffle peut raviver ou éteindre.
Et aujourd'hui, le souffle qui anime sa vie, c'est cette fillette qui a ses traits, et les yeux de son père. A laquelle elle adresse un sourire en voyant sa fierté d'avoir réussi à seller et harnacher son cheval.
Un hochement de tête satisfait après avoir vérifié les sangles de la selle, et quelques mots.


- Parfait ! Alors en selle, jeune demoiselle, allons voir si l'Oise est toujours là !


[Retour au présent, Compiègne, la même grange]

Un frison, encore, elle avait toujours aimé cette race de chevaux finalement. Et les mêmes gestes, une habitude. Les mots doucement murmurés pour apaiser la jument tandis que les doigts s'activent sur les sangles.
Et d'autres qui franchissent ses lèvres une fois qu'elle a fini.


Allons voir si l'Oise est toujours là...

Oui, elle a besoin de cette chevauchée, de ce galop. Retarder aussi le moment où elle devra décider de la façon dont elle va rebondir. Parce qu'elle va rebondir, ce n'est pas dans son caractère de se laisser couler, pas comme sa mère. Un pan de sa vie vient de s'écrouler, elle en a un autre à rebâtir. Surement qu'elle en a un autre, même si elle ne voit pas lequel à l'instant présent.
Elle prend les rênes dans une main, et avance vers la porte de la grange.

Aimelin a écrit:
[Pendant ce temps, devant la chaumière]

"Et si demain matin tu cessais de m'aimer
je n'peux pas dire que j'en mourrais, non
faut rien exagérer,
j'crois seulement que j'aurais l'air
d'un casino désert
d'une chaise à l'envers
oubliée sur une table
j'crois qu'j'aurais l'air assez minable"

(Maurane - Si aujourd'ui)


Ses prunelles restent fixées sur la chaumière tandis qu’il a fait s’arrêter Altaïr, sans un mot avec juste un regard vers Kawa. Le rosier n’est pas en fleurs mais il reste son chemin de bois sur la façade et sur la porte. Il sent son cœur battre, les volets sont fermés mais en levant les yeux il peut voir la fumée qui s’échappe de la cheminée. Quelqu’un est là et ça ne peut être Marie, le gamin ne lui a pas dit qu’elle y était. Ca ne peut qu’être donc qu’Aliénor. Est elle seule ?

Son regard s’attarde sur la porte avant qu’il ne mette pieds à terre et confie les rênes de son étalon à Kawa, un peu inquiet même s’il ne veut pas le faire paraitre. Il aimerait qu’elle l’accompagne mais il sait qu’il doit y aller seul, du moins pour le moment.


il y a quelqu’un. Je vais jeter un œil et je te fais signe.

Le petit portillon de bois est poussé et les quelques pas qui le séparent de la porte sont franchis avant qu’il ne vienne toquer doucement et fasse jouer la poignée qui déclenche l’ouverture de la porte. Il ne va pas attendre qu’elle lui dise d’entrer, il n’est pas arrivé jusqu’ici pour attendre derrière une porte.

La pièce est sombre et il fronce les sourcils tandis que son regard se pose sur la cheminée qui berce la pièce d’une douce chaleur.


Alie ?

Un regard circulaire après avoir jeté un coup d’œil vers Kawa, et puis il s’avance dans la pièce, appelle une autre fois en se dirigeant vers la Chambre. Ses affaires sont là, son parfum traine encore dans l’air et il ferme les yeux. Elle ne peut pas être loin si elle a laissé la porte ouverte. La grange et Etoile, elle ne peut être que là.
Il parcourt les autres pièces avant de ressortir et de faire un signe à sa sœur qu’il va aller voir derrière. Chaumière qu’il contourne, un air axieux sur le visage avant de s’arrêter. La grange n’est qu’à quelques pas, et Aliénor vient d’en franchir le seuil, tenant Etoile par les rênes.

Il s’arrête, ne sait pas s’il doit sourire ou avoir peur, mais il appréhende sa réaction. Juste son prénom qu’il murmure avant de s’avancer vers elle, jusqu’à être si près qu’il suffirait qu’il tende à peine le bras pour toucher son visage.
Tout ce que lui a dit sa sœur remonte, tout ce qu’il doit lui dire, mais tout se mélange et il ne peut que murmurer quelques mots laissant ses prunelles grises croiser les pervenches.


je te demande pardon

Alienor_vastel a écrit:
[Du côté de la grange]

"Je voudrais tant que tu sois là
Pour mettre du rouge à mes roses
Et pour que servent à quelque chose
Ces mots que je pleure à mi-voix"
S. Lama - "Je Voudrais Tant Que Tu Sois Là"



Ce fut une silhouette qui la libéra des non pensées dans lesquelles elle avait plongé son esprit alors qu'elle sortait de la grange, les rênes d'Etoile dans une main. Un arrêt, ne plus bouger. L'avait-elle tant espéré que son image se dessinait, là, maintenant ? Avait-elle tant voulu se trouver face à lui que cette idée même se matérialisait devant elle ?

Illusion ou réalité ?...

La lumière vive du soleil lui fit cligner les yeux, contraste avec l'ambiance claire obscure de la grange qu'elle venait de quitter. Regard toujours fixé vers celui qui s'avançait vers elle et dont la présence se faisait plus tangible à chaque pas.
Et le souffle qui revient alors même qu'elle ne s'était pas aperçue qu'il s'était arrêté un bref instant, son coeur qui chahute et s'agite violemment dans sa poitrine à tel point qu'il lui semble que l'on peut en entendre les battements désordonnés à des lieues de là.
Mais c'est son prénom qu'elle entend à la place.

Pas une illusion, la réalité.

Les doigts crispés sur les rênes d'Etoile à s'en faire blanchir les phalanges, comme pour se retenir à quelque chose, pour ne pas se laisser doucement glisser au sol sous l'effet de cette boule qui lui tordait le ventre, la blondinette le regarda faire les derniers pas qui les séparaient, les pensées revenant s'affronter et se bousculer dans sa tête en un tourbillon effréné, entre espoir et crainte, entre appréhension et conviction.

Il était venu, il était là si près qu'elle pouvait plonger dans ses yeux. Vouloir résolument y lire les doutes et les certitudes, vouloir farouchement y lire qu'elle s'était trompée, qu'il était à Compiègne pour la chercher, qu'elle avait encore une place auprès de lui comme il en avait une à ses côtés. Scruter ses traits tirés, la fatigue sur le visage, elle ne devait pas avoir meilleure mine...

Et l'attente lui semble une éternité, le visage grave, dans l’expectative des mots qu'il allait prononcer, ceux qui sans doute expliciteraient sa présence et décideraient de ce qu'elle ferait, de ce qu'ils feraient. De la suite ou de la fin d'eux.
Et les doigts qui se desserrent et glissent le long des rênes jusqu'à ce qu'elle se retrouve les bras ballants de surprise lorsqu'il les murmure, ces mots.

A quoi s'attendait-elle, elle ne le sait pas, mais surement pas à cette demande de pardon qui la laisse sans voix un moment. Alors il l'a donc entendue, il a compris ce qu'elle avait pu ressentir en ne le voyant pas rentrer, et c'est soudain comme si un poids venait de lui être enlevé.
Un imperceptible acquiescement de la tête, un long silence entre eux, juste troublé par le bruit du vent dans les arbres et le chant des oiseaux, ils ont à parler, il y a trop de non dits entre eux qui se sont installés, trop de choses qu'ils ont gardées. Et alors que les mots se mélangent et se heurtent pour franchir ses lèvres, elle ne trouve à répondre que...


Tu es parti...

Pas un reproche, non, sa voix n'en avait nullement le ton. Juste une remarque, une constatation. Une interrogation, une demande d'explication. Comprendre...
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MessageSujet: Re: [RP] Tournent les violons    Mar 3 Avr - 10:22

Aimelin a écrit:
[Du côté de la grange]

"Puisque tu sais le temps qu'il m'a fallu
Pour arriver au coin de ta rue
Puisque derrière tes paupières baissées
Tu as suivi les routes où j'ai marché
Puisque tu vois la couleur de mes nuages... "

(I. Boulay - Un jour ou l'autre)


Tu es parti...

Ses pervenches où il lit le doute, l'appréhension, ses mots qu'il cherche parce qu'il n'a jamais été très doué pour dire certaines choses depuis cet été 58 en Béarn, où une partie de sa vie a été ensevelie dans ce petit coin de terre à l'orée de ce bois. Ces mots si difficiles à dire depuis des mois, si difficiles à vivre. Des certitudes auxquelles il ne croit plus et pourtant il est là devant elle comme un gosse pris en faute. Ses prunelles grises se baissent vers la main d'Aliénor qui porte la bague que lui a offerte Maltea pour souder ce lien qui unit la vassale à sa suzeraine, et cette phrase qui ne cesse de tourner dans sa tête depuis ce jour..."ne laisse pas ta vie te glisser entre les doigts".
C'est ce qu'il avait fait en partant chercher Kawa sans réfléchir, ne pas laisser sa vie glisser, ne pas laisser s'éloigner à nouveau son double, celle qui aurait du grandir à ses côtés.

Main qui prend doucement celle de la jeune femme, pour la porter à hauteur de son cœur, caressant doucement la bague avant que son regard ne plonge dans les pervenches interrogatives.


je... je suis parti chercher ma sœur.
je ne voulais pas qu'elle parte, qu'elle disparaisse encore à jamais de ma vie.
Elle est mon double, mon autre moi, celle qu'il me manque depuis tellement d'année.


Une inspiration pour essayer de calmer cette brume qui commence à lui voiler le regard.

Lorsque j'ai reçu sa lettre disant qu'elle ne viendrait pas et qu'elle partait je n'ai pas réfléchi. J'ai laissé la colère guider mes pas, la peur de la perdre.
Parce que je n'avais pas eu le cran de lui dire ce que j'avais au fond du cœur.


Doucement il serre la main de la blondinette tandis que son autre main laisse ses doigts effleurer sa joue. Tous ces doutes qui l'assaillent. Elle est partie, et si elle ne voulait plus de lui et de ses doutes et de ses peurs. Avant de se pencher et d'effleurer ses lèvres d'un baiser en murmurant ..je t'aime aussi, même si je déteste ce mot qui fait souffrir et qui a si souvent brisé ma vie.

Et de se reculer à peine pour lire ce qu'elle ne dit pas dans ses yeux.

je suis venu à Compiègne avec elle pour te chercher... si tu le veux encore.

Alienor_vastel a écrit:
[Du côté de la grange]

"Ça ressemble à un rêve
Qui pose le pied sur terre
C'est peut-être une trêve
En un seul exemplaire
Mais on se moque bien
Quand paraît l'éclaircie
De savoir si, demain,
Durera l'embellie"
Calogero - "L'Embellie"



Ce fut d'abord sa main, qu'il prit dans la sienne, chaude et douce, pour la poser près de son coeur dont elle pouvait sentir les battements au bout de ses doigts. Et la bague avec laquelle il jouait doucement en même temps qu'Aliénor y portait le regard. Cette bague, celle que Maltea lui avait offerte, le symbole du lien qui les unissait. Un engagement, en contradiction avec ce qu'elle disait ne pas vouloir, et pourtant elle en était fière. Même si, à y bien songer, il n'y avait pas eu un avant et un après l'anoblissement, la cérémonie, les mots échangés, les phrases couchées sur le vélin n'avaient rien changé à ce lien, à cette complicité, à cette confiance réciproque. Elles continuaient de vivre ce lien au présent sans penser à ce que demain pourrait être...

Ce furent ensuite les mots qu'il prononça pour lui expliquer son départ, et qui tournoyèrent et virevoltèrent dans sa tête alors qu'elle tentait d'en extraire le sens, n'en retenant de prime abord qu'une chose. Elle n'était pour rien dans son départ, il n'était pas parti à cause d'elle, c'était autre chose. Quelqu'un d'autre.


Ta... soeur ?

Et un visage s'imposa à son esprit. Les mêmes yeux gris, le même silence parfois. La même attente... Tous les deux lui avaient fait part de ce sentiment de connaître l'autre tout en étant certain de ne l'avoir jamais rencontré avant. Combien de fois s'était-elle sentie impuissante entre eux deux, ressentir cette envie qu'ils avaient de se parler, de s'expliquer sans oser franchir le pas. Par peur de se tromper ? Combien de fois avait-elle voulu le faire pour eux, ce pas, les pousser à exprimer ce qu'ils avaient à se dire, avant de se raviser, parce qu'au final, elle ne savait pas.

Et un nom prononcé, comme une évidence, plongeant dans les prunelles grises qui lui faisaient face.


Kawa...

Le regard se détourna un instant, regarder derrière lui comme un réflexe, pour chercher confirmation. Mais elle ne vit rien d'autre que la chaumière et le petit chemin de gravier la contournant et qui menait à la grange. Ils étaient seuls, et les pervenches revinrent se fixer sur le jeune seigneur, un moment hésitantes. Tenter de comprendre et d'accepter que cette colère dont il venait de lui parler l'avait fait oublier jusqu'à son existence, puisqu'il ne lui avait pas parlé de cette lettre, puisqu'il ne lui avait pas fait part de ce besoin irrésistible d'aller chercher sa soeur, son manque, son double.
Mais à quoi bon retenir ça au final, à quoi bon revenir sur ce qui n'avait pas été fait, puisque cela ne changerait rien à présent, et qu'il était là, qu'ils étaient là, face à face.

Ressentir la pression de sa main sur la sienne, et y répondre instinctivement, fermer les yeux lorsque les doigts vinrent frôler sa joue, ce geste si tendre. Un léger sourire sur les lèvres lorsque celles d'Aimelin les effleurèrent et qu'elle entendit les mots qui finirent de la rassurer pleinement. Même si finalement ces mots étaient inutiles pour la blondinette, après tout ses actes étaient suffisamment éloquents. Il ne serait pas venu s'il ne le pensait pas... Une certitude parmi les doutes.

Alors les paupières dévoilèrent les pervenches qui plongèrent une nouvelle fois dans les prunelles grises, comme on sort de l'eau pour inspirer une grande bouffée d'air et respirer à nouveau.


Je suis désolée... Désolée d'avoir douté de toi, désolée de t'avoir obligé à dire ces mots que tu détestes... ces derniers temps, même quand tu étais là, tu étais ailleurs, comme absent... j'avais l'impression que tu t'éloignais de moi, que ce que nous partagions disparaissait doucement...

Une fraction de silence avant de reprendre, le regard attiré machinalement par la chaumière derrière lui

Je n'ai jamais aimé avant toi, je n'ai eu pour moi que l'exemple de ce qu'ont vécu mes parents. Elle a tellement attendu, tellement accepté, tellement souffert de l'absence aussi.

Et les yeux revinrent à nouveau s'abîmer dans ceux qui lui faisaient face. J'ai vu l'expression de son regard dans le mien... et j'ai eu peur... Je n'ai pas envie de faire comme elle, et elle ne le voudrait pas non plus. A quoi bon insister quand il n'y a plus d'espoir...

Un silence, en même temps qu'une lueur éclairait les pervenches à l'unisson du sourire qui s'affichait sur son visage, avant de venir à son tour cueillir un baiser sur ses lèvres et de murmurer en réponse à sa question.

Tu es venu me chercher, je ne sais pas ce qui nous attend, mais je veux rentrer chez nous. Avec toi, avec vous... Et connaître ta soeur, puisqu'elle est une partie de toi...

Aimelin a écrit:
[Du côté de la grange]


Une éternité s'est écroulée avant qu'elle ne prononce ces derniers mots. Une éternité pendant laquelle son coeur s'est arrêté de battre comme il l'a si souvent fait à chaque fois qu'un malheur lui tombait dessus. Un hochement léger de la tête lorsqu’elle prononce le prénom de sa sœur. Trop préoccupé ces derniers mois, pour parler de ses doutes et de ses peurs, il se réfugiait souvent dans le silence, savourant les moments où ils étaient tous les deux, et ceux où ils retrouvaient des amis, et il n'avait parlé de la lettre de sa mère à Aliénor qu'après avoir rencontré Kawa sur cette place. Ca avait été une évidence.

Kawa… elle est celle dont ma mère m’a séparé à notre naissance pour nous protéger du mauvais sort. Elle est née le même jour que moi mais n’a pas grandi entourée de cet amour que j’ai connu.
Je n’arrive pas encore à lui dire tout ce que je ressens pour elle tant j’ai peur de la perdre, de la voir repartir.


Un regard pour répondre à son interrogation lorsqu’elle cherche des yeux. Il laisse promener doucement ses doigts sur la joue de la jeune femme.

J’ai tellement eu peur de te perdre. Je .. je suis simplement fatigué depuis des mois, la tête prise par des préoccupations, la peur de mal faire mon travail, les montagnes de parchemins auxquelles je dois faire face tous les jours rapidement. Si tu n’étais pas là, je ne sais pas si j’arriverais à affronter tout ça tant je me sens las par moment.
Rien n’a disparu, tu es toujours ma blondinette même si je ne le dis pas assez. Je suis comme ça, la vie m’a appris à taire certaines choses parce qu’après, elle les détruit. Je tiens à toi comme à la prunelle de mes yeux, comme je tiens aussi à cette sœur qui aurait dû grandir avec moi, à l’abri des mauvais coups.


Un sourire lorsqu’elle lui donne un baiser.

elle est devant la chaumière avec les chevaux, elle nous attend et doit s’inquiéter comme elle le fait depuis que je lui ai parlé de ta lettre… viens, nous te ramenons chez nous.

Il attrape sa main pour l’entrainer avec Etoile vers l’entrée, et seulement là il tourne son visage légèrement vers elle et lui sourit tandis que leurs pas les font contourner la maison. Un autre sourire vers sa sœur lorsque son regard croise le sien. Avec elle aussi, il va devoir apprendre à parler.

Kawa a écrit:
[Devant la maison]

Elle encouragea son frère du regard quand il poussa la porte, le vit ressortir avec étonnement et comprit qu’il faisait le tour

Le temps lui paru une éternité, elle fixait le chemin qu’il avait emprunté durant de longues minutes, puis elle se décida à descendre de sa monture, laissant Nomade libre elle tenait toujours les rênes d’Altaïr, elle regardait le mérens et lui caressait doucement l’encolure, elle fit quelques pas dans l’allée et vit un peu plus loin quelques crocus blancs, elle se baissa et en se mit à en cueillir plusieurs qu’elle attacha au pommeau de la selle de son frère, elle faisait souvent ça, quelques fleurs en voyage, elle aimait les fleurs entre autres choses, mais pas de celles que l’on glisse dans le creux de l’oreille sans y penser, plutôt de celles qui se font sauvages et qui se font jeter aux orties une fois fanées par la valse du vent ou par la valse du temps, satisfaite du résultat, elle se mit à regarder de nouveau vers la maison et se demanda ce qu’il se passait, Alienor comprendrait-elle son départ, lui en voudrait-elle d’être là… après tout, elle avait suivi son frère ne voulant pas le laisser seul mais sa compagne n’apprécierait peut-être pas…

Elle avait eu un bon contact avec elle à Reims, la demoiselle se fiait le plus souvent à son instinct, ça passait bien entre elles, mais les apparences et les voiles que l’on met dessus…

Elle se mit à sourire en pensant à ce qu’elle avait espéré à leurs retour à Sainte-Ménémachin, Alienor serait là, ils entreraient tous les deux dans l’auberge des petits cailloux lui annoncer la nouvelle, elle se demandait la tête qu’elle ferait, bien qu’elle lui ait parlé de ses doutes lors de leur rencontre à Reims, elle allait quand même être surprise, enfin peut-être… surprise oui, mais contente… elle ne savait pas… après tout pour elle aussi ça allait être un changement, un petit changement…

La demoiselle n’avait pas l’intention d’être trop présente, elle ne voulait pas gêner, et elle estimait que c’était sa faute si Alienor était partie… en grande partie, c’était sa faute, si elle n’était pas aussi imprévisible, aussi compliquée, si elle avait pu parler à son frère lorsqu’ils étaient ensemble à Reims, tout cela ne serait pas arrivé…

Ils revinrent enfin, un sourire se dessine sur le visage de son frère, Aliénor est là à ses cotés, elle soupire de soulagement en les voyant ensemble mais reste impassible quand elle tourne le regard vers Alienor, elle en a l’habitude, ne pas trop se réjouir à l’avance, ne rien attendre, rester sur ses gardes, une habitude qui s’est immiscée jusqu’à devenir une façon d’être, elle tend les rênes à son frère… se recule de quelques pas pour admirer la frisone puis sent son étalon arriver derrière elle, doucement il vient poser sa tête sur l’épaule droite de la jeune femme, elle passe sa main sur son museau puis revient à Alienor


Bonjour… vous avez une bien belle jument…
Ou l’art et la manière ne de pas poser de questions personnelles… elle la regarde droit dans les yeux, en remarque le bleue, se sent un peu trop grande, comme souvent… elle ajoute

Et le choix de la race est excellent…
Elle sourit, enfin…

Alienor_vastel a écrit:
[Compiègne, mais plus pour longtemps]

"Car c'est l'instant présent
Qui reprend tout ses droits
Après tant de tourments
Sans fin, sans foi ni loi
On ne la souhaitait plus
On se disait "C'est écrit
La paix n'existe plus"
Et voilà l'embellie"
Calogero - "L'embellie"



Face à face, plus proches qu'ils ne l'avaient été ces derniers temps, du moins par la parole. Tout ne serait sans doute pas dit aujourd’hui, mais beaucoup était néanmoins explicité. Le plus important peut-être.
Un hochement de tête à ses paroles, pour lui signifier qu'elle les assimilait et les comprenait, et la main qui vint doucement recouvrir celle qui caressait sa joue.


A trop garder pour soi ce qu'on ressent, à croire que l'autre peut concevoir tout ce qu'on ne dit pas... on en arrive à ne plus se comprendre... C'est valable pour moi aussi, j'aurai peut-être dû te secouer, te pousser à me dire ce qui n'allait pas... J'étais là, je pensais que ça suffisait, mais non, les mots ne passaient pas, ni de ton côté, ni du mien. Comme un fossé qui doucement s'ouvrait entre nous... ne fais pas la même erreur avec ta soeur, même si ce n'est pas forcément facile...

Une légère pause avant de continuer

Je ne regrette pas d'être partie, parce que je crois que j'avais besoin d'entendre ce que tu viens de me dire, même si le fait que tu sois venu, que tu sois là, est la plus belle des façons de me le prouver. Moi aussi, je tiens à toi, plus que je n'aurai cru ça possible, ta présence à mes côtés est sans doute l'une des choses les plus importantes dans ma vie quand bien même ni toi ni moi ne pouvons savoir ce que la vie nous réserve.
Je pensais que mettre un mot que ce que je ressentais pour toi, ou te l'entendre me l'exprimer, serait comme donner vie à ces promesses de toujours que nous affirmions ne pas vouloir, et pourtant... non, finalement, ça ne change rien pour moi, juste à être peut-être plus sereine maintenant, après ces derniers jours, et avoir plus que jamais envie de continuer avec toi quel que soit le temps que ça durera...


Juste le temps de reprendre les rênes d'Etoile alors qu'Aimelin commençait à l'entraîner vers le devant de la maison. Sourires échangés, oui elle était plus sereine...

Juste le temps de contourner la maison et de se rapprocher de Kawa qui les attendait avec les chevaux.
Et comme une sensation d'anxiété qui vint s'infiltrer en elle. Elles avaient fait connaissance à Reims, avaient eu l'occasion d'échanger, agréablement, et l'adolescente avait rapidement apprécié la jeune femme, mais leur lien commun avec Aimelin, une soeur, une compagne, rendait à l'instant présent les choses différentes. Elles n'étaient plus deux jeunes femmes devisant avec plaisir ou philosophant en taverne, il y avait davantage maintenant. Et c'était nouveau pour Aliénor. Nouveau et soudain. Comme ce devait aussi l'être pour eux.

Apprendre à se connaître, à se découvrir, rattraper tout ce temps où ils avaient été séparés. Et la blondinette se demanda subitement quelle serait sa place, au milieu d'eux. Elle en avait une, ils ne serait pas là sinon. Et puis Aimelin venait de lui dire que Kawa était venue avec lui, qu'elle était inquiétée aussi. Il leur faudrait juste un peu de temps pour s'habituer à ce changement, pour s'apprivoiser...

Un regard vers les chevaux, et une petite moue mi-étonnée mi-amusée en voyant les fleurs blanches accrochées au pommeau de la selle d'Altaïr avant de lever la tête pour porter ses pervenches vers Kawa, s'attardant un bref instant sur l'étalon qui venait de poser la tête sur son épaule.
Et un sourire, aussi, lorsque le silence se rompt...


Bonjour... je vous retourne le compliment, votre étalon est magnifique... Finalement, il aura fallu attendre un peu avant que je ne fasse sa connaissance.

Un petit rappel de Reims, de cette discussion au cours de laquelle elles avaient parlé de chevaux, une passion commune, et où la jeune femme lui avait proposé de lui présenter Nomade. Qu'aura t'il fallu pour que cela se fasse enfin? Une fuite, un départ, une autre fuite... Et des retrouvailles.

Étonnant aussi de constater qu'elles avaient un point commun, la race de leur monture. Un autre point commun plutôt, si l'on considérait leur propension à prendre la fuite. Décidément, Aimelin risquait de ne pas être au bout de ses peines, avec elles deux!


J'ai toujours aimé les frisons, ils sont à la fois si doux et... imprévisibles...

Et le sourire se fit espiègle. Imprévisibles, ils l'étaient aussi tous les trois, à y bien songer. Et de réaliser subitement que si Kawa n'avait pas refusé de venir à Sainte comme Aimelin lui avait proposé, alors rien de ce qui avait suivi n'aurait eu lieu, et surtout pas cette discussion qu'il venaient d'avoir. Un mal pour un bien, en somme, sans doute aurait-elle l'occasion de le dire à la jeune femme... plus tard...

Les pervenches ne purent s'empêcher de passer, curieuses, du frère à la soeur, cherchant à en pénétrer les ressemblances. Le même regard, indubitablement, certaines expressions peut-être... Pour le reste, il faudrait attendre sans doute, les observer ensemble.
Et d'ailleurs...


Accordez-moi quelques instants...

Quelques instants qui furent suffisants pour se diriger vers la chaumière, y récupérer les quelques affaires qu'elle avait emportées, refermer la porte avec la clé qu'elle remit soigneusement sous la pierre.
Et se mettre en selle en les regardant tour à tour.


Nous rentrons ?

Aimelin a écrit:
[Compiègne toujours]


Le soulagement de ces journées de tension et de doutes, lorsqu’il croise le regard de sa sœur et qu’il la laisse saluer Aliénor. Il sait ce qu’elle lui a dit, ce qu’elle pense et à ce moment précis il ne doute pas une seconde du lien qui se noue doucement entre les deux jeunes femmes. Un sourire tandis que ses prunelles grises se posent sur sa selle où sont accrochées quelques fleurs blanches, simples fleurs naturelles comme il les aime, avant de reporter son attention sur les courts échanges tout en observant tour à tour sa sœur et la blondinette avant de suivre du regard cette dernière alors qu’elle se dirige vers la bâtisse.

Il se rapproche de Kawa, baissant légèrement la voix.

je lui ai dit qui tu étais, pourquoi j’étais parti et je pense qu’elle est heureuse que tu sois làun sourire en ajoutant… il nous faudra parler nous aussi mais saches que tu as ta place avec nous et que jamais tu ne seras de trop. Je t’ai dit que tu avais gagné aussi une sœur.

Un petit clin d’œil complice en attrapant les rênes d’Altaïr avant de se hisser en selle et de la regarder à nouveau

elles sont tres belles ces fleurs.. merci … et de laisser son regard se poser sur la blondinette qui finit de fermer la porte et les rejoint.

oui nous rentrons…

S’il a un poids en moins sur l’estomac il n'en est pas moins soucieux. Il croit toujours qu'on lit à travers lui comme dans un livre ouvert parce qu'il ne cache rien. Mais ces derniers jours lui ont montré son erreur, erreur qu'il va devoir rectifier, essayer de s'ouvrir ce qui est difficile pour lui, n'ayant jamais été un adepte de trop de confidences.
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