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 Lost in translation

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Aliénor
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Messages : 1969
Date d'inscription : 02/03/2011

MessageSujet: Lost in translation   Dim 2 Oct - 7:47

Tomsz a écrit:
Ca n'était pas une grande idée. Pourtant, Tomsz en avait eu des tonnes, d'idées, mais celle là, non, ça n'était pas une grande idée. Toute sa vie, ses idées avaient oscillé entre l'improbable, le ridicule, l'absurde et l'inutile, mais cette fois, c'est bien la stupidité que cette idée tutoyait. S'échapper quelques heures avant l'annonce de sa libération, non, définitivement, ça n'était pas une grande idée.

Comme toute les idées stupides dignes de ce nom, elle avait germé dans l'ennui et l'impatience. Retenu au Château d'Arras dans des conditions princières, la présence de son escuyer Aizu avait tout d'abord fait oublier au Vicomte de Chelles l'éloignement de sa femme dont il était victime. Il ne pouvait cependant pas s'en vouloir de lui avoir ordonné de rejoindre la Champagne pour retourner veiller sur Pisan, car la vie et la santé de sa femme passaient bien avant le sienne. Non, il ne regrettait rien, mais l'ennui avait fait son chemin. Les gardes et médecins avaient sans doute abdiqué devant les frasques du Vicomte, laissant ainsi ce dernier seul la plupart du temps. Et puis, la guerre et ses tensions avaient définitivement fini de désintéresser les hautes sphères artésiennes du sort du Compiégnois, qui n'intéressait déjà pas grand monde à la base dans ce Comté hostile.

Alors, un énième soir d'insomnie, il décida qu'il ne pouvait plus moisir ici. Il hésita à appeler un garde pour lui demander ses affaires personnelles, mais douta au dernier moment de l'utilité de sa démarche. Il se ravisa donc, et attrapa sur la table sa mallette que son escuyer lui avait apporté. Il l'ouvrit et contempla une dernière fois le trésor que renfermait la malette : ses précieux sceaux, qui avaient eux aussi laissé leur empreinte sur les murs de cette drôle de prison. Son visage s'illumina en contemplant le désastre pictural qu'il avait provoqué. Puis il se saisit du fermail de sa femme, en forme de rose et de chardon entrelacés. Il le serra fort dans sa main tandis qu'une larme explorait son visage sur lequel était encore placardé son sourire béat, puis le mis dans sa poche. Il souffla un bon coup, ouvrit la fenêtre et sortit donc, vêtu du pyjama aux couleurs de l'Artois que l'on lui avait « prêté ». Ca lui ferait au moins un souvenir de son passage ici...

La nouvelle lune et le départ de nombreux militaires vers le front champenois l'aidèrent dans son évasion, quoique le rôle du pyjama artésien n'est toutefois pas à minimiser. Quoi qu'il en soit, il ne croisa personne dans et autour du château, ni sur la route qui l'éloignait de la capitale félonne.

Comme souvent, Tomsz était pris entre deux sentiments. L'inquiétude et la méfiance pouvaient se lire sur son visage, mais cela ne l'empêchait nullement de rire en pensant à ce qu'il venait de réaliser presque trop facilement. Ce que le Vicomte ne pouvait savoir, c'est que quelques heures plus tard, au petit matin, le Comte Lysandre annonça sa libération. Le personnel du château d'Arras, enfin soulagé de se débarrasser de cette catastrophe ambulante, se rendit la mine réjouie dans la chambre du prisonnier, mais déchanta très vite, comprenant immédiatement que d'autres tracas allaient en découler.


Tomsz était sorti d'Arras sans encombre. La nouvelle lune, qui jusqu'ici l'avait aidé dans son « évasion », devenait alors un adversaire coriace. En pleine nuit noire, difficile de trouver son chemin, et il ne fallait pas compter sur l'illettrisme des artésiens pour tomber nez à nez avec un panneau fléché « Compiègne ». Mais cela n'inquiéta pas outre mesure le Vicomte, encore sous l'euphorie de l'aventure. Après tout, si les pigeons et les chevaux retrouvaient toujours le chemin de la maison, pourquoi un noble champenois (donc l'être suprême présent sur Terre) ne le pourrait-il pas? Il n'avait pas besoin d'une boussole, ustensile réservé selon lui aux technoploucs urbains décérébrés en extase devant un bout de métal prisonnier d'une capsule de verre. La Grande Champagne, sa Champagne, il la retrouverait les yeux fermés.

Ainsi, lorsqu'il rejoignit ce qui ressemblait à la grand route locale, il ne tergiversa pas longtemps. Il regarda à droite, puis à gauche (il avait appris ça dans la burlesque pièce de théâtre « loto et colle »), et s'engagea sur la voie avec un optimiste certain. Il marcha trois nuits et trois jours sans manger, en dormant le minimum, et en prenant bien soin d'éviter les villages et les humanoïdes qui de toute façon, en ces temps de guerre, ne courraient pas les chemins de campagne. Jamais la peur, ni la douleur de ses récentes blessures de guerre, ni le froid (et ce malgré le léger pyjama qu'il portait), ni la faim, ne l'envahirent. Il faut dire que malgré sa largeur d'épaule digne d'une jeune fille de 16 ans, Tomsz avait quelques réserves corporelles. Et puis le tourisme gastronomique carcéral avait du bon, ainsi n'avait-il pas hésité à mettre à contribution toutes les compétences des cuisiniers du Château d'Arras pendant son « séjour ». Après tout, un peu d'exercice ne pouvait pas faire de mal à sa ligne.

Au bout de ces trois jours de marche, alors que la grand route empruntait une colline, il entendit un bruit familier. Ce bruit caractéristique du vent dans les arbres. La forêt de Compiègne, sa foret, était là juste derrière cette butte, cela ne faisait plus aucun doute. Il ne lui restait que quelques mètres à franchir pour retrouver enfin le bonheur de contempler la magnificence de son Duché. Son coeur se mit à battre plus fort et son sourire se crispa légèrement, à mesure que l'instant tant attendu approchait.

Et puis il y eut ce moment tragique. Lorsque la pente finit de s'effacer devant lui, le Vicomte vit au loin... la mer.




Ainsi donc il s'était trompé de direction. Mais plus grave encore, jamais il ne s'était rendu compte de son erreur. En y pensant, figé devant la mer, Tomsz ressentit un mélange de déception et de honte. Puis, en un éclair, la faim et le froid l'envahirent à leur tour. Il fallait qu'il fasse quelque chose, mais il ne savait pas quoi, car il n'avait aucune idée d'où il se trouvait. La ville côtière qui se présentait devant lui, était-ce Bertincourt? Azincourt? Calais? Ou bien Dieppe? Dunkerque? Bruges? Non, impossible, en ces temps troubles, il aurait remarqué s'il avait franchi quelconque frontière. La nuit n'allait pas tarder à tomber, et il ne pouvait plus faire marche arrière, car il n'aurait pas survécu jusqu'à Compiègne. Il lui fallait entrer dans cette ville, mais cela était risqué en portant ce pyjama aux couleurs de l'Artois, car sans doute toutes les casernes artésiennes avait déjà reçu son avis de recherche.

C'est alors qu'un jeune garçon lui tira la manche.


- Hé m'sieur! Vous faites quoi là? Vous attendez le coucher de soleil?

- Euh si on veut mon p'tit. Mais dis moi, tu te rends à euh... Woinwoincourt?

- Oui c'est cela m'sieur! J'habite à Bertincourt, et maman va râler si je rentre trop tard!

Alors que le gamin s'apprétait à poursuivre son chemin, le Vicomte eut une idée, et à son tour, attrapa le jeune homme par la manche.

- Dis moi euh... comment tu t'appelles?

- Geoffroy, m'sieur! Pourquoi?

- Pour rien. Dis moi Calvin, je suis sûr que tu rêves d'avoir le même pyjama que moi, je me trompe?

- Euh oui m'sieur, vous vous trompez, je m'appelle Geoffroy, pas...

- Nan mais on s'en fiche, Calvin! Et pour le pyjama?

- Euh... oui m'sieur... Il est magnifique ce pyjama, mais ce n'est pas n'importe qui a le droit d'en avoir un comme ça. Je suppose que vous êtes quelqu'un de très important dans le Comté!

- Euh oui, on va dire ça. Bon alors, Calvin, ça te dirait que je t'échange ce pyjama contre... disons... tes vêtements?

Bien que tout d'abord un peu surpris, l'enfant ne parut pas plus choqué que ça par la curieuse proposition de cet inconnu.

- Bah c'est que, faut que je demande à ma maman si...

- Mais non Calvin! Allez, ça se voit que tu le veux, ce pyjama! N'embête pas ta maman avec ça! Et puis, tu sais que c'est une occasion unique que je te propose!

- Bah c'est que... oui... bon c'est d'accord m'sieur! Mais bon, vous vous déshabillez d'abord. Je regarde pas, promis!

Geoffroy aurait regardé, il aurait vu les sous-vêtements masculins les plus roses qu'il ait jamais vu, ça lui aurait fait des souvenirs à raconter à ses copains! Tomsz posa le pyjama sur l'épaule du gamin qui avait toujours le dos tourné. Ce dernier fila derrière un arbre pour se changer, tandis que Tomsz grelottait. Finalement, Geoffroy lança au Vicomte ses affaires. Heureusement, le gamin était un brin grassouillet, ce qui permit à Tomsz de les enfiler sans trop de soucis. Seul un léger craquement au niveau des épaules fut détecté. Bien entendu, les manches était bien trop courtes, tout comme le pantalon, ce qui fit rire Geoffroy qui lui, flottait littéralement dans le pyjama. Mais malgré tout, Tomsz était content de son troc, car les affaires du jeune homme étaient bien plus chaudes que sa précédente tunique.

Il était difficile de dire lequel des deux était le plus ridicule, mais quoi qu'il en soit, ils parcoururent la maigre distance les séparant de la ville ensemble, et se quittèrent devant la première auberge. Tomsz n'avait pas un sou sur lui, et il lui était inconcevable de vendre ses sceaux, et encore moins le fermail de sa femme. Il resta de longues minutes planté là, sans trouver la moindre solution à son problème, jusqu'à ce qu'un claquement de porte ne vienne le sortir de ses pensées improductives. Un ivrogne venait de se faire jeter manu militari de la taverne, et jonchait désormais le caniveau sans esquisser le moindre mouvement. Le Vicomte s'approcha discrètement et sans hésiter trop longtemps, fouilla les poches du soiffard. Il y trouva une petite bourse, qui lui permettrait de continuer son « voyage » encore quelques jours, et entra aussitôt dans l'établissement.

Alors qu'il dévorait son repas, il entendit quelques habitués parler des dernières rumeurs. Il n'y avait rien le concernant, car toute la discussion tournait autour de la probable attaque normande sur la ville et la mine alentour. La Normandie! Mais bien sûr! Dans cette province amie, son voyage serait certainement moins pénible. Et de là, il pourrait rejoindre Paris, puis Chelles! Peu importe comment il allait passer la frontière, à ce moment là, l'angoisse avait fait place à l'enthousiasme, et une fois se repas terminé, Tomsz s'écroula dans sa chambre l'esprit libéré!



Le Vicomte resta quelques jours à Bertincourt, essayant de glaner des informations sur un éventuel moyen de passer la frontière normande. Malheureusement, son entreprise fut vaine et au bout d'un moment la bourse qu'il avait « emprunté » au vieil ivrogne commençait a montrer des signes de faiblesse. Les artésiens ont beau être portés sur la bouteille (ce qui est normal, il faut bien qu'ils boivent pour oublier qu'ils sont artésiens), Tomsz doutait tout de même fortement en la probabilité que de riches ivrognes ne tombent des toits tous les quatre matins. C'est ainsi qu'il décida, avant de se retrouver de nouveau totalement démuni, de partir vers la Normandie.

La lune avait réapparut depuis plusieurs jours dans le ciel, mais la mer était un bien meilleur guide pour lui indiquer la bonne direction. En longeant les falaises et les plages, il fut surpris d'atteindre Dieppe sans le moindre ennui, ni rencontrer personne. C'est alors qu'il touchait au but qu'une vicieuse pierre (sans doute d'importation artésienne) se déroba sous ses pieds. Tomsz chuta comme souvent avec fracas, ses bras et ses jambes réalisant d'improbables mouvements rotato-oscillatoires. Par malheur, aucun parterre de fleur n'était là pour l'accueillir, et cette chute allait se révéler être la moins drôle qu'il n'ait jamais subi, en réveillant une de ses blessures à la jambe. Fortement handicapé, Tomsz se traîna jusqu'à Dieppe, où il n'eut que le temps de trouver une auberge et de se coucher.

Arrivé dans le Duché qui avait anobli sa femme, et qui donc s'avérait à son grand désarroi plus perspicace que sa Champagne chérie, Tomsz aurait du atteindre le bout de sa mésaventure. En se présentant à n'importe quel caserne, il se serait fait raccompagner à Chelles. Mais seul le Très-Haut sait pourquoi, le Vicomte, sans doute atteint d'une crise de paranoïa relative au réveil de ses blessures de guerre, eut peur. Peur des espions artésiens, peur d'avoir raté un éventuel retournement de veste de la part des normands, peur que la Champagne n'ait perdu définitivement la guerre et n'ait été disloquée, allez donc savoir. Dans cet état, jamais il ne pourrait se défendre contre une quelconque menace. Au petit matin, il décida donc de poursuivre son exil comme il l'avait commencé : incognito. Après tout, sans sa chemise rose, avec sa barbe fournie et ses vêtements trop petits, qui pouvait bien le reconnaître? Il serra alors plus fort contre lui sa mallette contenant ses précieux sceaux, et vérifia que le fermail de sa femme était toujours dans sa poche. Ils étaient désormais les seuls témoins de sa véritable identité.




Tomsz, handicapé par sa jambe, mit presque deux mois à rejoindre Paris. Il ne pouvait faire que de petits trajets chaque jour, passant de villages en hameaux. Parfois même, il restait plusieurs jours au même endroit à attendre que la douleur s'estompe un petit peu.

Dans ces conditions, il lui fallait tout de même trouver le moyen de gagner un peu d'argent, afin de poursuivre son aventure. Il ne lui fallut pas bien longtemps pour qu'il retrouve le côté grippe-sou de sa jeunesse (lui préfère dire « je ne suis pas radin, mais je ne supporte pas qu'on gaspille de l'argent, surtout le mien! »), que la réussite et la noblesse n'avaient finalement pas enfouis bien loin. Ne pouvant guère faire d'efforts lui même, il accepta quelques emplois dans les champs ou les mines de la région, qu'il s'empressa de sous-traiter à de jeunes hommes bien naïfs, tandis qu'il allait spéculer sur les marchés pour augmenter encore son pactole. Néanmoins, de temps en temps, il lui prenait l'envie de retrouver sa vielle passion pour la boucherie. Les bouchers du coin n'allaient pas oublier de sitôt le passage du fantasque voyageur aux vêtements trop serrés, ni ses techniques infaillibles pour truquer une balance ou recycler la viande avariée.

Il réussit ainsi à engranger une coquette somme d'argent, qui lui faisait un peu oublier son exil, l'éloignement de sa femme et de ses amis chellois, et la douleur de ses plaies. Il s'accorda également des moments de repos privilégiés dans les forêts normandes, même si elles ne vaudront jamais celle de Compiègne. Un jour où sa blessure se faisait plus discrète, il avait entrepris une petite ballade à travers bois. Il tomba alors sur une bande d'autochtones surexcités, portant torches, arcs, frondes et haches. Tomsz les arrêta et leur demanda où ils allaient de ce pas si pressé.


- On organise une grande chasse au castor! répondit celui qui avait tout l'air d'être le chef de la bande. Des villageois nous ont rapporté que des nuées de ces créatures terrorisait la population, et massacraient des troupeaux entiers en provoquant la chute d'arbres sur les enclos, et dévalisaient les greniers éventrés de la même manière!

Tomsz, bien que perplexe devant le zèle caractéristique de cet agent de la prévôté, entra dans le jeu :

- Des castors artésiens surement...

- Pourquoi dites vous cela, vous êtes champenois peut-être?

- Euh non non, rien à voir, voyons, mais il est ben connu que la perfidie des artésiens est due à un microclimat très spécifique, alors je me dis que chez eux les animaux doivent souffrir des mêmes symptômes, enfin bref... mais dites moi, si vous me prêtez un arc et que je vous attrape quelques unes de ces créatures nauséabondes, il y a une récompense?

- Hum, ce n'était pas prévu au programme, mais pourquoi pas! Rendez-vous à la tombée de la nuit sur la place du village. Surtout, prenez garde, et que la Grande Pomme soit avec vous!

Mais qu'avaient donc tous ces normands avec leurs pommes? Déjà qu'il n'avait rien compris à l'histoire de la pomme rose de sa femme... Bref, Tomsz se fit prêter un arc, et continua sa promenade forestière. Il n'avait jamais vu de castor, et se demandait à quoi cela pouvait bien ressembler.

A la nuit tombée, il fut ponctuel au rendez-vous et observa les mines déconfites des autres chasseurs de castor. A n'en pas douter, ils étaient tous rentrés bredouilles. Tomsz leur montra alors fièrement les trois bestioles qu'il avait réussi à embrocher sur la même flèche. Atterrés, les chasseurs lui signifièrent qu'il ne s'agissait pas de castors, mais d'écureuils. Le Vicomte rétorqua qu'il était au courant, mais qu'ils étaient particulièrement goûtus grillés au feu de bois.



En apercevant les portes de Paris, le Vicomte pensait être arrivé au bout de son exode. Mais il ne savait pas qu'en réalité il lui restait encore plusieurs « bouts » à atteindre. Il passa quelques jours à écumer les tavernes et marchés parisiens, afin de se remettre au courant des affaires qui secouaient le royaume. Il apprit ainsi le dénouement heureux (enfin, pour un champenois) du conflit champeno-artésien, regrettant néanmoins qu'aucune mine artésienne n'ait été capturée, et qu'Arras n'ait pas brûlé, ne serait-ce que partiellement. Quant à ce qu'il était advenu du Vicomte de Chelles, il se rendit bien vite compte que ce sujet ne préoccupait pas les foules. S'estimant de nouveau suffisamment « à la page » (tout est relatif), il décida que le moment était venu de mettre fin à toute cette histoire.

Près de trois mois de vagabondage l'avaient définitivement rendu méconnaissable, et il s'en était bien aperçu. Il se rendit donc sans crainte, totalement incognito, vers le Louvre, espérant ainsi retrouver enfin son épouse. Il reconnut à l'entrée le garde qui avait assisté à son arrivée « spectaculaire » au Conseil du Domaine Royal. C'était il y a une éternité, Tomsz laissa errer son esprit quelques instants pour se remémorer ces moments, qu'il ne revivrait plus de sitôt. Bien entendu, le garde en question n'avait aucune chance de le reconnaître, et se contenta de lui expliquer, sur un ton désagréable que seul l'air de la capitale peut générer, que le Premier Secrétaire d'Etat, la Vicomtesse Pisan d'Harcourt, avait donné sa démission quelques jours auparavant, et que de toute façon elle se trouvait désormais en Orléanais.

Tomsz comprit immédiatement. Sa femme, déchargée de toute fonction officielle, se dirigeant vers le territoire des Lucioles, cela ne présageait rien de bon. En temps normal, c'est pour les Lucioles que le Vicomte aurait eut peur. Mais cette fois, sans trop savoir pourquoi, Tomsz eut peur pour elle. La foi inébranlable qu'il avait en la supériorité de son épouse sur le reste de l'humanité venait de chanceler, et cette idée le fit paniquer.

Il se remémora alors instantanément cet instant qui lui avait paru anodin sur le moment : au petit matin du 28 Juin, quelques jours seulement avant de rejoindre Paris, il avait été violemment tiré de son sommeil par une douleur insupportable, comme s'il se faisait embrocher par une armée entière de bandits de grand chemin, ou pire, de bourguignons. Mais en ouvrant les yeux, il s'était rendu compte qu'absolument personne n'avait pénétré sa chambre. Depuis, la douleur s'était estompée, mais n'avait jamais complètement disparue. Sa blessure à la jambe, qui avait empiré, avait de toute façon prit le dessus. Mais en cet instant, pour Tomsz, l'aspect mystique de cette douleur ne faisait plus aucun doute : il était arrivé quelque chose à Pisan.

Il lui était quasiment impossible de marcher, et pourtant il lui fallait rejoindre Orléans en quelques heures seulement. Heureusement, il avait réussit au cours de son périple normand à amasser suffisamment d'argent pour louer une voiture (avec chauffeur!), qui lui permettrait ainsi de rejoindre sa destination à un rythme qu'il n'avait plus connu depuis des lustres. La capitale ne manquait pas de choix, et Tomsz, en fin connaisseur, jeta son dévolu sur un magnifique carrosse blanc et rouge tiré par deux magnifiques chevaux nommés « A l'un » et « Air tonne ». En fait, c'est l'absurdité complète des noms des deux bêtes qui le décida. Il en était persuadé, aucun équipage ne pouvait aller aussi vite que celui-ci.

En chemin, lors d'une halte pour faire boire les chevaux, le cocher raconta à Tomsz la dernière histoire à la mode des troubadours parisiens. Elle retraçait la vie d'un certain « Ricodapéro », célèbre bandit champenois, qui venait tout récemment de s'éteindre. C'est un deuxième coup de poignard qui transperça alors le vicomte, qui retourna s'effondrer à l'arrière du carrosse. Le cocher ne s'en rendit pas compte, car il devait séparer ses deux montures qui commençaient à se battre.

Pisan a écrit:
Non ce n’était pas une grande idée...
Tenter de passer deux? trois ? armées bretonnes assiégeant Orléans, seule. Cela aurait pu être une idée de Tomsz. Il lui aurait pu la lui souffler mais non, elle l’avait trouvée toute seule. Elle l’avait fait. Désœuvrement? Chagrin ? Fatigue ? Désespoir ? Pisan la miraculée des batailles, avait fait un pari. Le parieur devait bien rire. Tomsz ne rirait pas lui, ha ça non ! Elle avait pensé à lui avant de se lancer, elle avait pensé à ce qu’il dirait, elle aurait aimé la faire cette charge pour l’honneur, avec lui, à ses côtés. Elle aurait aimé ne pas la faire seule.

Il était écrit depuis bien longtemps et à tout jamais, bien même avant qu’ils ne le sachent eux-même, bien avant même qu’ils ne se « collisionnent » l’an passé au chaudron baveur, que l’existence de Tomsz était mue par celle de Pisan et que celle de Pisan n’avait de réalité qu’à travers le regard de cet homme à l'apparence si peu discrète. Il l’avait revêtue de rose et s’était transformé en marche-pied pour qu’elle monte sur la scène de la vie afin de la regarder vivre, avec bienveillance. Pisan, elle, avait épousé l’homme, la ville, le duché, le royaume, les amis, la foi et leur espérance à tous. Elle avait pris à bras le corps tout cet univers qui la laissait parfois perplexe, mais lui procurait de la joie… Quelqu’un lui avait dit que la joie était plus modeste que le bonheur. Elle avait appris cela aussi. Se souvenir des belles choses…
Le caractère du vicomte s’accomodant du rythme effréné de sa femme, semblait lui avoir fourni un alibi parfait pour traverser la tourmente des évènements, presque sans dommage...presque...Le mot doit être pris à sa mesure.

Tandis que Tomsz dit "Le rose" s'acheminait vers Orléans , Pisan s’acheminait vers son destin.
Il l’avait suivie partout et toujours, jusqu'à cette fracture à Compiègne. La campagne d'Artois avait été un tournant dans l'histoire du domaine royal, mais elle avait été aussi la croisée de chemins pour l'histoire de Chelles et des ses maîtres. Car ces deux-là allaient de pair. Que l’un manque et l’autre chute. Etant donné le nombre de chutes du Vicomte, Pisan aurait dû deviner qu’il lui manquait quelque chose ou quelqu’un. La vie ou plutôt la mort avait tenté de les séparer une fois. C’était juste un essai. Cette fois-ci, c’était Pisan qui avait lourdement chuté, devant les remparts d’Orléans. Elle était tombée parce que Tomsz n’était pas là pour tomber à sa place, comme quand elle le soupçonnait parfois de le faire exprès dans ses fleurs, avec un sourire malicieux. Comme cette fois-là devant les remparts de Compiègne où elle avait espéré qu’il se relevât en disant « Aie ! » ...Mais il avait disparu et le monde était devenu mauve. Le crépuscule a parfois des couleurs surprenantes.
Ainsi va la vie et le destin des hommes ici bas et les Parques oubliées continuaient de dérouler le fil de la petite histoire. Oui... tous les matins du Monde sont sans retour.

Tomsz a écrit:
On ne peut pas éternellement faire des erreurs, même lorsque l'on s'appelle Tomsz. Cette fois, et depuis bien longtemps, il avait vu juste : cet attelage était définitivement le plus rapide qu'il n'avait jamais vu.

Ainsi, le Vicomte rallia Orléans en autant de temps qu'il ne lui en avait fallu pour laisser vagabonder sa tristesse en pensant à Ricoh, à Beeky, aux Chellois, à Pisan. Il fut tiré de sa torpeur lorsque le cocher lui demanda « où messire souhaite-t-il descendre? », alors qu'il observait mécaniquement cette ville qui pansait ses récentes blessures. En temps normal, il n'aurait pas hésiter à sauter du carrosse dès les portes de la ville et, après quelques roulades pour amortir sa cascade, à courir frénétiquement dans toutes les rues en braillant « Pisan, Pisan! ». Mais là, il arrivait à peine à se tenir debout, et demanda donc qu'on le dépose à la Mairie.

Il entra péniblement dans le grand bâtiment. La douleur de ses blessures, son état toujours somnolent et cet inexplicable sentiment de fin du monde l'avaient définitivement enfermé dans sa bulle. C'était comme si son cerveau n'imprimait plus rien et que toutes les informations visuelles et sonores à sa disposition entraient par un tibia pour ressortir immédiatement par l'autre. Ainsi il ne faisait que deviner les gens autour de lui plutôt qu'il ne les voyait, et se contentait d'un timide signe de la tête répétitif au passage de chaque « ombre », en guise de bonjour. Tomsz n'avait jamais ressemblé à grand chose, mais pour les personnes présentes à ce moment là dans la Mairie, il ressemblait plutôt à un de ces ermites fous et mourants qui viennent répandre leurs sinistres prédictions avant de s'éteindre.

Sa vue ne revenait toujours pas, et ces quelques minutes de station verticale avaient fini de l'exténuer. Il s'assit alors par terre en plein milieu du hall de la Mairie, et demanda à qui voulait bien l'entendre, avec la maigre énergie qu'il lui restait de disponible :


Quelqu'un sait où est Pisan... Pisan d'Harcourt... Vicomtesse de Chelles?

Le temps s'arrêta et le Vicomte attendit. Il ne savait pas exactement ce qu'il attendait, une réponse, ou simplement que la mort ne mette fin à son calvaire...

LadyMarianna a écrit:
[à la mairie d'Orléans]

Elle avait travaillé plusieurs heures d'affilées à régler les problèmes de la mairie, elle était fatiguée et concentrée sur le dernier dossier de la journée. Les cheveux en bataille, les pieds en dehors de ses chausses, tantôt se grattait la tête, tantôt tournait négligemment une mèche de ses cheveux. C'est ainsi qu'on aurait pu voir Lady si on était entrée dans son bureau à ce moment là.

Des bruits venant de la halle d'entrée lui firent lever la tête. Elle tendit l'oreille tout en tentant de comprendre ce qui s'y passait. Un homme cherchait sa nièce? Mais.... qui était-il?

Lady passa ses doigts dans sa longue chevelurr et remit ses chausses. Elle se leva de sa chaise, se pencha et jetta un oeil sur sa toilette, la secoua un peu et entreprit de sortir de son bureau afin d'aller voir se qui ce passait dans la halle.

Elle croisa un garde qui l'informa que l'homme en question n'était nul autre que l'époux de Dame Pisan.

Quel ne fût pas sa surprise en arrivant sur les lieux de voir un homme en si piteux état. Assis par terre, braillant sa douleur, sa voix devenait un murmure, on l'entendait plus qu'à peine.

D'un pas décidé, Lady se dirigea vers lui et lui tendit la main pour l'aider à se relever.


Relevez-vous Messire, je suis LadyMarianne de Valrose, ma nièce votre femme est en convalescence chez moi.


Regardant un garde Aller quérir mon frère afin qu'il le conduise vers sa femme. S'adressant à nouveau à cet homme en peine. Pépin, mon frère, va vous conduire auprès de Pisan. Il arrivera sous peu. Reprenez-vous un peu en l'attendant.

Lady retourna à son bureau afin de terminer au plus vite la rédaction de ses missives et pouvoir aller enfin se reposer.

pepindelanden a écrit:
Il avait chevauché depuis Tours, mandé par sa soeur, il entre dans la mairie saluant les gens qu'il croise mais ne connait avec respect et dilligence, puis regarde sa soeur à son bureau, bonjour ma soeur, que puis-je pour t'aider ?

LadyMarianna a écrit:
Elle sourit à la vue de son frère, se leva et alla l'embrasser.

Bonjour Pépin, je t'ai fait quérir pour aider le mari de Pisan à la retrouver. Elle est en convalescence chez moi. Va le conduire et voit à ce qu'il ait tout ce qu'il lui faut.

pepindelanden a écrit:
Il l'embrasse et lui demande alors, qui dois-je conduire ? Où est cette personne dis moi, je ne vois pas trop clair dans ce que tu dis mais je suis là pour aider biensur

Un sourire, l'ais-je vu ? Si oui qu'il se manifeste, je suis là pour aider moi...

Il aperçoit le sieur, s'approche faisant révérence, messire, est-ce vous qui devez retrouver dame Pisan ? Suivez moi je puis vous y conduire car ma soeur comme vous le savez... il se tait attendant une réponse

Tomsz a écrit:
Tomsz avait cru attendre une éternité, prostré au milieu de la mairie d'Orléans. A moins que ça ne soit qu'une fraction de seconde. Le temps semblait se tordre autour du vicomte, comme dans une rêverie psychédélique. Une femme s'approcha de lui, il la reconnu de suite, sans toutefois pouvoir remettre un nom dessus. Peu importe, il savait que cette personne était proche de Pisan. La réponse concrète ne tarda d'ailleurs pas :

LadyMarianna a écrit:
Relevez-vous Messire, je suis LadyMarianne de Valrose, ma nièce votre femme est en convalescence chez moi ... Pépin, mon frère, va vous conduire auprès de Pisan. Il arrivera sous peu. Reprenez-vous un peu en l'attendant.

Tomsz n'avait strictement rien compris à ces paroles, mais il n'en avait pas besoin. Il restait là, l'air hébété, en attendant que l'on traîne, le porte, ou le poignarde. Les badauds présents dans le hall dissertaient de plus en plus sur les origines et l'état de cet homme, de manière de plus en plus ostensible, vu qu'absolument aucune esquisse de réaction n'émergeait du Vicomte.

Puis un homme s'approcha à son tour.


pepindelanden a écrit:
messire, est-ce vous qui devez retrouver dame Pisan ? Suivez moi je puis vous y conduire car ma soeur comme vous le savez...

Une flamme gigantesque s'échappa alors des yeux de Tomsz. Les troubadours les plus exubérants auraient eu vite fait de parler de gueules de dragons à la place de ses orbites oculaires, et de la spectaculaire carbonisation du malheureux Pépin en moins de temps qu'il ne faut à un candidat au trône ducal pour débiter une tonne d'insultes malhonnêtes à l'encontre de ses adversaires. Quoi qu'il en soit, la vie semblait avoir télescopé de nouveau ce corps inerte. Se dressant brusquement comme un piquet, à la limite d'effectuer le salut militaire qui va avec, Tomsz repris une voix claire et distincte, à la grande surprise du « public » orléannais.

Pisan? Oui voilà, c'est ça! Pisan! Vite!


pepindelanden a écrit:
[Mairie d'Orléans]

Il avait cherché le sieur qu'il devait aidé, il avait chevauché jusqu'à lui, arrivant dans la mêlée, il regarde autour de lui, cherchant, qu'on lui dise d'aider, il comprendra


Tomsz a écrit:
Quel étrange énergumène! Alors que Tomsz venait de retrouver subitement ses capacités mentales, il semblait que le sieur Pépin venait de perdre les siennes dans les mêmes proportions. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » pensa Tomsz. Fier de sa trouvaille, il se dit qu'il faudrait un jour qu'il développe cette idée. Mais l'heure n'était pas à la science. Il observa l'homme si bizarre et lui demanda :

Euh, je ne veux pas vous déranger, mais vous aviez dit que vous me conduiriez vers ma femme. On attend quoi? Le déluge? Parce que ça irait plus vite en barque?


pepindelanden a écrit:
Bien oui allons y messire, je vous y mène de suite il mena donc le sieur vers la propriété des Valroses, là bas, il faudra qu'il trouve la suite de dame Pisan

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