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 [RP] Les chiens ne font pas des chats

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Aliénor
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Messages : 1966
Date d'inscription : 02/03/2011

MessageSujet: [RP] Les chiens ne font pas des chats    Mar 30 Aoû - 16:37

Alienor_vastel a écrit:
[Sainte-Ménéhould, soirée du 27 Août - Manoir de la duchesse de Brienne]

"Parce que le temps peut mettre en cage
Nos rêves et nos envies
Je fais mes choix et mes voyages
Parfois j'en paye le prix
La vie me sourit ou me blesse
Quelle que soit ma vie"


Une petite moue dépitée s'afficha sur le visage de la blondinette en regardant la malle qui trônait dans les appartements qui lui avaient été attribués par la duchesse de Brienne pour le temps que durerait son séjour à Sainte-Ménéhould. Bon sang, elle avait vraiment exagéré dans ses achats, quelques robes, colifichets et mules à faire entrer dans un coffre déjà bien plein à son arrivée, deux mois auparavant.

Deux mois déjà depuis qu'elle avait parcouru les rues du village pour la première fois, deux mois à l'issue desquels le jeune seigneur qu'elle accompagnait avait enfin pu faire face aux fantômes qui le hantaient. Demain, ils partiraient pour Compiègne, et ce serait alors à elle d'affronter ses souvenirs ; se rendre au cimetière, sur la tombe de ses parents et de ceux qu'elle y avait connu et qui n'étaient plus, ce qu'elle n'avait pas eu le courage de faire lors de son premier séjour dans la ville qui l'avait vu grandir. Et tenter, malgré la fermeture des frontières et la guerre qui grondait, de se rendre à la mine de Péronne, se recueillir sur les lieux de la bataille de laquelle sa mère n'était pas revenue vivante.

Mais avant cela, il fallait qu'elle boucle cette fichue malle. Aux grands maux les grands remèdes, elle s'assit sur le coffre, et réussit enfin à en fermer la serrure au prix de nombreuses contorsions. Un sourire satisfait avant de se relever, alors qu'on frappait à la porte.
Un regard vers l'huis en même temps qu'une invite
Entrez ! Pervenches intriguées en voyant un valet se présenter à elle.

Une missive pour vous, damoiselle

Froncement de sourcils étonné en reconnaissant le scel de la duchesse de Brienne avant de le briser d'un geste précis. La pâleur envahit son visage à mesure qu'elle prenait connaissance du contenu du pli, se laissant tomber sur la malle derrière elle. Lecture et relecture, la missive glissa doucement au sol, feuille légère dans l'air de cette fin de journée d'Août, lorsqu'elle se leva pour se diriger vers la croisée ouverte qui laissait entrer une douce chaleur.

Embrassant du regard le paysage qui s'offrait à elle, s'arrêtant pensivement sur le lac dont l'eau miroitait sous les lueurs du soleil couchant. Une demande, pas une obligation, elle avait le choix, accepter ou refuser. Et pourtant, même si cela lui remontait de douloureux souvenirs, de guerres, de batailles que ses proches avaient menées et qui les avaient changés dans le meilleur des cas, sa décision était prise, elle ne pouvait être autre.
Aliénor se retourna vers le valet qui attendait discrètement dans l'embrasure de la porte. Ses yeux se portèrent brièvement sur la malle avant de revenir vers le serviteur. Les effets qu'elle avait laissé au moulin suffiraient, ses fontes les contiendraient aisément et elle devrait songer à se procurer braies et chemises, les robes n'étant pas ce qu'il pouvait y avoir de plus adapté à la situation qu'elle n'allait pas tarder à connaître. Petite grimace, un désagrément de plus pour elle qui détestait porter une tenue masculine.


La malle restera ici finalement. Un léger contretemps..

Un léger contretemps... Doux euphémisme pour évacuer l'appréhension qu'elle éprouvait et qui venait remplacer celle qu'elle avait ressenti à l'idée de se trouver bientôt à Compiègne.
Le valet hocha la tête, indiquant qu'il en serait fait ainsi, puis se retira, laissant l'adolescente à ses pensées. Quelques pas pour ramasser la missive, la replier soigneusement et la ranger dans son aumônière, avant de quitter la pièce puis le manoir, en direction de la taverne où elle devait retrouver Aimelin avant qu'ils ne regagnent le moulin pour leur dernière nuit à Sainte-Ménéhould.

La taverne était vide lorsqu'elle y entra, elle prit place près de la fenêtre et ressortit le pli de son aumônière. Ses doigts pianotaient nerveusement sur la table en même temps que les pervenches parcouraient à nouveau les mots tracés sur le parchemin, s'attardant sur quelques uns. "votre présence" "armée" "Conflans"...
La porte s'ouvrit et la jeune fille tourna le visage, un léger sourire s'affichant sur ses lèvres en reconnaissant celui qui arrivait. Une réponse au baiser donné, mais la tête ailleurs, l'esprit préoccupé, ce qui ne l'empêcha de remarquer que lui aussi avait l'air soucieux, hésitant.
Elle fit glisser la missive sur la table, dans sa direction, alors qu'il s'asseyait à ses côtés.


Je suppose que tu es au courant ?

Un moment de silence, puis elle reprit. J'ai le choix de répondre positivement ou non. J'envisageais, une fois à Compiègne, de rejoindre les défenseurs en les murs, sur les courtines. Après tout, c'est aussi la seconde ligne qui permet à une ville de tenir, le siège de la ville contre les armées artésiennes en a été la preuve puisque l'armée de mon père avait été détruite et que Compiègne est restée champenoise jusqu'à l'arrivée des armées royales grâce aux maréchaux qui se mobilisaient quotidiennement.
Une pause avant de continuer Mais la duchesse est ma presque suzeraine, et ce n'est pas une cérémonie pas encore faite, un document pas encore signé, qui changera quoi que ce soit à ma loyauté envers elle. Elle me demande de venir rejoindre son armée à Conflans, j'irai donc.

Les pervenches plongèrent dans les mirettes grises, cherchant une approbation. Après tout, s'il y avait quelqu'un qui pouvait comprendre, c'était bien lui. Un murmure... Compiègne attendra... un pincement au coeur, mais après tout, c'était peut-être reculer pour mieux sauter, avant de reprendre sur un ton désabusé Une preuve supplémentaire s'il en était besoin, que la vie prend un malin plaisir à contrecarrer les projets que l'on peut faire.

Et un haussement d'épaules en même temps qu'un sourire ironique se dessinait sur ses lèvres, souvenirs éprouvants ravivés par la perspective de devoir peut-être se battre. Il faut croire que c'est une tradition familiale que d'aller mourir en combattant au service de son suzerain. Mon grand-père d'abord, puis ma mère... Sauf que là, ça s'arrêtera après moi...




[Conflans-lès-Sens, matinée du 30 Août]

"Je ne vous oublie pas, non, jamais
Vous êtes au creux de moi
Dans ma vie dans tout ce que je fais
Mes premiers amours
Mes premiers rêves sont venus avec vous
C'est notre histoire à nous
Je ne vous oublie pas"
Céline Dion - "Je ne vous oublie pas"



Ils avaient quitté Sainte-Ménéhould à l'aube du 28 Août, vers le sud, après qu'Aliénor ait écrit une brève missive à la duchesse de Brienne pour lui signifier leur venue. Missive confiée à un pigeon qui rejoindrait Conflans plus rapidement qu'eux. Deux journées de voyage les attendaient et les deux cavaliers alternaient galop et rythme plus lent pour ménager leurs montures.
A mesure que la campagne champenoise se faisait plus présente à leurs yeux, qu'ils s'éloignaient des lieux habités pour n'être plus environnés que de la nature calme et paisible, l'esprit d'Aliénor se faisait plus serein. Ne pas penser à ce qui les attendait là-bas, mais tirer parti de ces deux jours et ces deux nuits où ils se retrouvaient seuls pour profiter l'un de l'autre, savourer l'insouciance des moments passés ensemble et ne pas voir plus loin que ce qu'ils vivaient au moment présent.

Le soleil approchait de son zénith lorsque les murs de Conflans apparurent à leurs yeux. Campement de l'armée visible, oriflamme bleu qui flotte paresseusement dans l'air.
Aliénor laissa ses yeux s'y attarder, une légère anxiété venant serrer son coeur et son ventre. C'était une chose de savoir qu'elle allait rejoindre les rangs de cette armée, c'en était une autre de le voir, d'en prendre concrètement conscience. Un regard vers Aimelin, se demandant ce qu'il pouvait penser, lui qui avait connu pareille situation et n'en gardait pas forcément un bon souvenir. Mais au moins étaient-ils ensemble...
Retour des pervenches vers les tentes. Et de se demander subitement ce qu'elle va y faire, elle, si inexpérimentée.

Quoique... inexpérimentée, pas tant que ça au final. Sa mère lui avait appris les armes alors qu'elle n'était encore qu'une enfant, et même si elle n'avait pas pratiqué depuis quelques années, du moins l'adolescente se souvenait-elle de quel côté se tient une épée, ce qui finalement n'était déjà pas si mal. Pensées qui se tournent vers cette femme dont elle a hérité les traits, et qui malgré sa répugnance à toute violence, n'avait jamais hésité à mettre son épée au service des causes qu'elle jugeait justes.

Un geste de la main vers le médaillon qu'elle porte au creux de sa poitrine, doigts qui en suivent doucement la gravure, rose et chardon entrelacés. Une voix qui résonne dans sa tête, ces mots prononcés lorsque la chaîne en argent quitta le cou de Magdeleine d'Assas pour aller encercler celui de la fillette.
"N'oublie jamais qui tu es, petite princesse."

Alors la fille de la dame de Pomponne, Dame Blanche à l'Ecu Vert, et du seigneur de Bergnicourt, Connétable de France et Licorneux, Aliénor, 15 ans, à peine plus de 5 pieds et 100 livres de Paris toute mouillée, relève crânement la tête. Elle leur fera honneur, ils seront fiers d'elle.
Le fait qu'ils aient été blessés dans les combats qu'ils avaient mené, que sa mère ait été tuée dans sa dernière bataille, n'était plus qu'un détail à cet instant.




-------------------------------
5 pieds : un peu moins d'1m60
100 livres de Paris : environ 50 kg

Aimelin a écrit:
[Sainte-Ménéhould, soirée du 27 Août - Taverne]

"... C'était des ailes et des rêves en partage
C'était des hivers et jamais le froid
C'était des grands ciels épuisés d'orages
C'était des paix que l'on ne signait pas
Des routes m'emmènent, je ne sais où
J'ai vu des oiseaux, des printemps, des cailloux
En passant ..."

(Goldman - en passant)


C'est d'un air soucieux, où du moins fort préoccupé que le jeune lieutenant avait poussé la porte de la taverne. Aliénor et lui avaient prévu de partir pour Compiègne le lendemain et ses affaires étaient prêtes,le moulin soigneusement rangé et fermé, et la fille de la Léonie avait promis de veiller, comme à son habitude avec son époux. Un sourire avant de prendre place aux côtés de la blondinette, un baiser avant de poser sa besace à côté de lui, et un regard interrogatif à son air soucieux.

Je suppose que tu es au courant ?

Pour avoir rencontré Malt et avoir discuté avec elle, il était au courant des dangers qui menaçaient et de la mobilisation, et puis elle lui avait fait part de son désir de les voir la rejoindre.
Il commanda deux chopes et plongea la main dans sa besace pour en sortir une missive reçue le matin même, où l'on pouvait apercevoir un sceau de la Comtesse d’Armentière, sa Suzeraine.

Petite grimace.


j’ai reçu missive de Dotch... elle est en route pour le Maine, province dont elle devient tutrice. Elle m’a demandé de répondre à la levée de ban pour elle. Ce que je vais faire bien entendu… et puis j'ai croisé Malt qui m’a parlé du danger sur Conflans.

Il savait que la blondinette avait pris décision et qu’elle n’attendait que lui pour prendre la route et il sourit à ses paroles, une certaine fierté dans le regard.. Mirettes grises qui répondirent aux questions sans paroles des pervenches. Ils n’avaient souvent pas besoin de mots pour se comprendre.

Une preuve supplémentaire s'il en était besoin, que la vie prend un malin plaisir à contrecarrer les projets que l'on peut faire.
Il n’y a pas de hasard Alie. Nous ferons notre devoir, défendre ce Duché et puis nous irons retrouver ton passé.
Et il n’est pas question de mourir tu m’entends ? je te l’interdis de toute façon.


Petit rire qui cachait son angoisse. Des personnes qu'il aimait il en avait assez perdues. Il n’allait plus sur les lieux de combats sans cette peur au ventre. Dix sept ans lorsqu’il avait combattu pour la première fois à Compiègne*, il en avait aujourd'hui vingt et un, et puis Vae** et puis ces levées de ban depuis qu'il était sur les chemins.

Les paroles de Melissande qui reviennent comme à chaque fois qu'un danger menace.
"mais un champ de bataille est si vaste... seul, on n'y est rien ! ... on n'est jamais assez prudent quand il s'agit de se défendre lors d'une guerre, souviens t'en toujours ... "

Conflans, le souvenir de quelques missives adressées à son amie médicastre, perdue de vue depuis. Le temps éloignait les personnes, les distances étaient longues, et la vie nous emportait dans son tourbillon



[Conflans, le matin du 30 Août]


Et c'est un autre tourbillon qui les avaient conduit jusqu'aux portes de la ville. Deux petites journées pour ralier Conflans, savourant les galops avec Altaïr ne sachant quand ils pourraient à nouveau se retrouver en totale liberté, savourant et profitant de ces moment avec la blondinette où ils pouvaient encore se retrouver seul sans penser à ce qui pourrait arriver.
L'été tirait à sa fin, la chaleur écrasante avait laissé place à une chaleur un petit peu moins cruelle pour les organismes, relayée par la fraîcheur des nuits et des matins, lorsque la rosée perlait encore sur la campagne et que l'air parfumé de toutes ses senteurs faisait légèrement frissonner. Un regard autour de lui, avant de laisser ses yeux se poser sur les remparts de la ville qui se dressaient au loin, avec à ses pieds le campement de l'armée des Bleus qu'ils devaient rejoindre.

Il tourna son visage vers sa compagne de voyage, rapprocha son étalon d'elle jusqu'à pouvoir poser sa main sur la sienne, regardant dans la même direction. Oriflammes qui voletaient doucement au vent, calme… en sera-t-il de même durant les jours prochains. Le tissus se transforma sous ses yeux, les couleurs de Vae apparurent, le silence, des yeux gris sur un visage orné de boucles blondes, et puis la poussière, les cris, le choc des armes.

Conflans, son dernier passage remontait à juin 56 lorsqu’il avait escorté Cannella depuis Sainte Ménéhould, alors Prévôt des Maréchaux si sa mémoire ne lui faisait pas défaut. Si cette escorte s'était déroulée sans aucun accrochage, il n'en avait pas été de même pour la fois d'avant, en janvier de la même année, lorsque sa présence dans cette même ville, était dûe à une intégration dans une armée.,, sous l'œil avisé et discret d'un lieutenant prévoté… Ô ironie du sort, époux de la jeune femme qu'il devait rencontrer quelques mois après… jamais eu de chance cet ébouriffé.

Ce dimanche matin lui avait donc valu un petit tour en justice, "l'armée des morts vivants" n'étant pas un endroit fréquentable, pour un jeune gars de même pas dix sept ans. Mais dans son malheur, le jeune champenois s'était dit que son départ pour Conflans cette fois là, lui avait valu un rapprochement délicieux avec une blonde maire, devenue depuis sa blonde chieuse préférée. Tout malheur comportait semble t il un petit morceau de bonheur, qu'il est vrai parfois il fallait chercher longtemps.
Mais il fallait toujours voir le bon côté des choses, et après un savon passé par Pisan, Vicomtesse de Chelles, il avait été blanchi… normal me direz vous après un savon.

Et pour prouver sa fidélité à la Champagne, il s'était engagé dans l'armée pour combattre les artésiens à Compiègne et avait fini fin mai, à sa démobilisation, en tant que Loup à la caserne d'Argonne. Une médaille d'argent du mérite, et il était parti pour le Béarn, en compagnie de son amie Shandra.

Et aujourd'hui, le jeune lieutenant prévoté revenait à Conflans pour intégrer l'armée dirigée par sa blonde amie. La boucle était bouclée. Quoique comme le lui disait sa grand-mère dans le sud : "Melin il ne faut jamais vendre la peau de l'ours tant que t'as pas vu le chapeau du chasseur."… Il n'avait jamais demandé à sa mamée ce qu'il devrait faire dans le cas où le chasseur n'ai pas de chapeau. Mais il savait que cette phrase voulait dire, que tout peut arriver.

Grimace du jeune ébouriffé en voyant les oriflammes de l'armée des bleus et mirettes grises qui se tournèrent vers la blonde Aliénor, au moment où elle portait sa main à son médaillon sur lequel son regard se posa quelques secondes, avant de remonter croiser les pervenches. Toujours aussi jolie, toujours ces pervenches accompagnées d'un sourire à croquer, ce qu'il ne se gênait pas de faire, et toujours même petit regard complice.

Un murmure
nous y sommes.

Et un sourire en lâchant sa main pour reprendre les rênesallons voir si notre blonde Duchesse a réussi à faire dresser sa tente.

Le temps pouvait bien être à la guerre et à la crainte, ils étaient ensemble et pour sa part, il avait déjà dû défendre sa vie chèrement, il comptait bien renouveller le fait.


* rp ici
** et là

Alienor_vastel a écrit:
[Conflans-lès-Sens, matinée du 30 Août]

"Crois-tu que tout se résume
Au sel d'entre nos doigts
Quand plus léger qu'une plume
Tu peux guider tes pas
Sans tristesse ni amertume
Avance et avance puisque tout s'en va
Tout s'en va"
Calogero - "Yalla"



"Nous irons retrouver ton passé" lui avait dit Aimelin lors de cette discussion en taverne à Sainte-Ménéhould, paroles qui reviennent à l'esprit de la blondinette alors que la main du jeune homme se posait sur la sienne. Un sourire à ce geste, comme s'il avait entendu tout ce que son silence exprimait. Mais leur relation était aussi faite de ça, de cette complicité, de ces non-dits, de ces regards que l'autre parvenait si bien à lire. Pervenches qui croisent les mirettes grises, avant de se tourner à nouveau vers les remparts du village.

Il ne se doutait pas, lorsqu'il avait dit cela, et elle non plus d'ailleurs, à quel point ce passé la rattraperait plus rapidement qu'elle ne l'avait imaginé.

Conflans... dernière étape champenoise avant l'Orléanais, ils y étaient passés, ses parents, Ysabault et elle, quelques années auparavant, en un début d'été ensoleillé. Son père venait d'être nommé Capitaine Royal de Champagne, et une loi voulait, à l'époque, que le titulaire de cette fonction dans le Domaine Royal ne réside pas dans la province dont il avait la charge. Décision avait alors été prise de déménager, de quitter le Duché. Le choix s'était porté sur l'Orléanais, de par sa proximité avec la Champagne, et plus précisément sur Gien. Sa mère avait laissé la présidence du Comité des Fêtes de Champagne, à contre-coeur, mais elle n'envisageait pas de ne pas suivre son époux. Même si cela signifiait s'éloigner de sa famille champenoise, de ses amis, de ce CDF dans lequel elle s'était investi corps et âme durant plus d'une année.
Même si dans ses yeux, brillait une petite lueur triste alors qu'ils s'éloignaient de ce qu'était leur vie jusqu'alors.

Un autre cortège avait fait le même chemin en sens inverse, trois mois plus tard, alors que les arbres commençaient à se parer de leurs couleurs automnales. Le séjour orléanais avait finalement tourné court, et le retour avait été organisé vers cette Champagne qui leur manquait si fort, cette terre qui avait adopté sa languedocienne de mère à tel point qu'elle la considérait comme sienne. Pisan et Tomsz, Aliénor, sa mère et Ysabault revenaient à Chelles.
Le voyage aurait dû les réjouir, et pourtant la petite lueur triste dans les yeux de celle qui allait devenir la dame de Pomponne quelques semaines plus tard était toujours présente. Et une autre y avait fait son apparition. La résignation.

Entre les deux... quelques jours d'insouciance, le calme avant la tempête qui allait balayer leur bonheur, l'illusion d'une vie heureuse et sans histoire.
Quelques jours seulement avant que la nouvelle n'arrive, Orléans était tombée aux mains d'armées bretonnes. Son père était reparti en Champagne monter une armée, renfort aux armées orléanaises, les Dames Blanches réclamaient vengeance pour leur Grande Amazone tombée au combat, les Ordres Royaux étaient mobilisés. Aliénor avait vu ses parents partir vers leur devoir, au service de leurs convictions. Quelques semaines seule avec Ysabault, à attendre leur retour, avant cette matinée où sa gouvernante était venue la réveiller pour rejoindre sa mère et Pisan en convalescence à Châteauneuf-sur-Loire. Et si la fillette y avait bien retrouvé les deux jeunes femmes ainsi que Tomsz, nulle trace de son père, et c'est sans lui qu'ils étaient rentrés à Chelles.

Cette terre orléanaise les avait marqués, changés, blessés, dans leurs corps mais surtout dans leurs âmes, de ces blessures qui s'atténuent avec le temps mais ne guérissent jamais vraiment. Ce qui s'y était passé, les évènements qui s'y étaient déroulés, le pourquoi de l'absence de son père, elle ne les avait appris que plus tard, bien après la mort de ses parents, en lisant le journal de sa mère. Et c'est en les croisant avec ses propres souvenirs qu'elle avait pu comprendre comment ces quelques mois avaient à tout jamais modifié le cours de leur vie.
Il y avait eu un avant Orléans, et un après...

Une large inspiration, les doigts qui se crispent un instant sur le médaillon avant de reprendre les rênes de la frisone. Depuis son retour en Champagne, il suffisait de si peu pour que la mémoire de ce qu'elle y avait vécu, connu, resurgisse, lui rappelant que le sablier du temps s'écoulait inéluctablement et combien il était important de profiter de chaque grain avant que celui-ci ne disparaisse au milieu des autres.

Un hochement de tête au murmure d'Aimelin en même temps qu'elle tournait à nouveau le visage vers lui ; oui ils y étaient.
Et un rire à son allusion à la tente de la duchesse, évocation de la mésaventure arrivée à cette dernière lorsque son armée stationnait à Sainte-Ménéhould. D'une simple phrase, il avait chassé ses pensées sombres, comme bien souvent lorsqu'il sentait qu'elle replongeait dans ses souvenirs, faisant revenir le sourire sur ses lèvres, la faisant revenir à ce présent qu'elle vivait pleinement.

D'un geste de la tête, elle renvoya dans son dos une mèche de cheveux venue voler autour de son visage en même temps qu'elle lui répondait.


J'espère pour elle qu'elle a trouvé recrues plus efficaces que celles de Sainte ! Et tant qu'à faire, si nos propres tentes pouvaient être montées... et pas trop loin d'une de l'autre, ça serait parfait. Même si j'ai déjà eu l'occasion de coucher sous une tente... une petite lueur espiègle vint faire briller son regard à se remémorer le campement des joutes de Chaumont, et les conversations qu'ils y avaient approfondies, presque trois mois auparavant ... j'ai bien peur de ne pas savoir m'en sortir avec les piquets.

L'adolescente raffermit sa prise sur ses rênes, un regard vers le village, lèvre mordillée et sourire amusé, puis qui revint se poser sur le jeune homme.

Allons-y, le dernier arrivé a un gage ! Et interdiction de tricher, ou sinon...

Phrase volontairement inachevée, pour le laisser imaginer ce qu'elle pourrait lui réserver s'il lui prenait l'envie de couper à travers champs comme il l'avait fait lors de leur course à Troyes. Un grand éclat de rire, et un coup de talons énergique dans les flancs d'Etoile pour l'élancer au galop vers le campement de l'armée.

Aimelin a écrit:
[Conflans-lès-Sens, matinée du 30 Août] ]


La tente … un sourire en réponse sans lâcher du regard les oriflammes qui voletaient sous la légère brise. Visage qui se tourna vers la blondinette… tricher ? comment tric… rhaaa !! …. avant de la voir s'élancer au galop.

Encore une fois elle profitait de l'effet de surprise et il éclata de rire. Coup de talons énergique à Altaïr ça n'était pas le moment de se laisser distancer. Cailloux qui volèrent sous les sabots de l'étalon qui prit son envol, rapide et puissant comme pour les joutes lorsque son cavalier ne lui laissait pas le choix. Foulées qui s'allongeaient tandis que le jeune seigneur goûtait au plaisir de ce galop.

Ils y étaient et ils étaient même devant leurs tentes. Toutes les tentes avaient été montées, et deux avaient été mises à leur disposition, une pour la blondinette, une pour le brun. Aimelin pensait que l'armée aurait pu économiser une tente mais il se contenta de regarder Aliénor d'un air amusé.


on choisit laquelle pour cette nuit ?

Ils n'étaient pas partis pour Compiègne, ils étaient venu à Conflans dérendre la Champagne mais il ne fallait pas pousser… ils partageraient leur tente, quitte à passer de l'une à l'autre discrètement pour varier les plaisirs... si discrétion il pouvait y avoir dans un campement.


[Les jours passent… les souvenirs restent]

"Il y a des luttes dans mon royaume
Mais elles ne sont pas éternelles
Je ne veux plus être un fantôme
Un simple gamin sans rêves"

(Kirsie - A bout de force)


Depuis quand n'avaient ils passés une nuit tranquille, sans entendre au beau milieu de la nuit, le cri de ralliement : "Alerte !!!". Ah c'est qu'elles étaient animées les nuits à Conflans. Des voyageurs insousciants qui prenaient les chemins champenois pour des chemins de promenades tranquilles, il y en avait à la pelle. Et chaque nuit, le jeune ébouriffé testait la solidité de son bouclier et le tranchant de sa lame. Mais tout cela n'avait rien à voir avec Vae et cette attente insoutenable de ces attaques que l'on savait inévitables et inégales.

Pour l'heure, les soirées se déroulaient tranquillement en taverne lorsqu'il ne restait pas à lire quelques écrits dans sa tente, à discuter et rire, essayant d'oublier cette situation. Le jeune homme en profitait aussi pour écrire aux personnes chères à son cœurs, prenant des nouvelles de sa suzeraine et lui en donnant, se demandant ce que devenaient ces amies qu'il avait laissé à l'autre bout du royaume.

Le Béarn. Il savait maintenant qu'il ne reviendrait pas vivre en ce comté étrange où vivre en paix n'existait pas, où le respect n'avait pour visage qu'une fugace et flou apparence. Il savait juste que s'il y revenait ce serait pour aller sur une tombe à l'orée de ce bois, dans ce petit cimetière à la sortie de Pau.

Les hautes herbes bougeaient doucement sous la brise qui laissait passer un doux murmure, comme un appel. Assis sur un tronc d’arbre, à quelques pas de la tente, le jeune gars leva les yeux vers l'agitation fébrile qui commençait à réveiller le campement, laissant le vol de sa plume en suspent. Le peu de vent soulevait son parchemin sur lequel il s’appliquait à coucher quelques mots.

Il laissa son regard se porter vers les arbres où étaient délimité un espace pour les chevaux. Ses mirettes grises se posèrent sur Alaïr. Les chevaux étaient une tres bonne thérapie pour ceux qui ne voyaient plus le bout de leur chemin et ne marchaient qu’au milieu de brumes. Combien de fois l'avait il aidé à avancer.

Les yeux dans le vague, il repensait à son rêve de la nuit passée. Bien que les nuits soient courtes, entrecoupées de tour de garde, comme en ce moment, il arrivait à dormir… et il l’avait vu.
Elle était venue le voir.. son sourire, ses yeux gris .. la douceur de sa voix.. dieu que le réveil avait été difficile et triste en faisant effacer son visage. Tant de mois s’étaient écoulés depuis sa disparitions, mais il se souvenait du moindre de ses traits.
Etait elle venue pour lui dire qu’elle était toujours là et qu’elle veillait sur lui de la haut ? Tout se bousculait à nouveau dans sa tête. Il suffisait d'une armée, des affrontements, et il revivait ces terribles jours d'août 57.

Il jeta un œil vers la tente et pensa à Aliénor. Il savait ce qu’elle traversait, ses doutes, ses questions, comment ne pourrait il pas comprendre ce qu'elle vivait, alors qu'il vivait la même chose… affronter les fantômes du passé, dans chaque chose que l'on fesait, dans tout ce qui nous entourait et qui les réveillait parfois d'un sommeil que l'on croyait long et profond. Il savait qu'elle n’oublierait pas, qu'elle vivrait avec… on n'oublie jamais, on apprend juste à vivre avec l’absence. Il ferait de son mieux pour l'aider.

Des visages du passé lui revinrent. Conflans c'était aussi penser à Bel. Les moments partagés entre cette satanée journée à Sainte et puis la chasse à Torras. Et puis cette journée au refuge d'Argonne, cette nuit, ces moments où elle l'avait rassuré par sa soif de vivre et son humour, et cette tendresse qu'elle lui avait toujours porté. Elle lui avait appris tant de choses à l’hospice de Compiègne pendant la guerre contre l'Artois au printemps 56, avec Atirenna, l’autre médecin qui l’avait pris comme aide. Grâce aux deux jeunes femmes, il avait appris à nettoyer, cotériser et même refermer des plaies. Peut être la croiserait il, il ne l'avait plus vu depuis le mariage de Malt.

Il secoua la tête et se repencha sur sa missive qu’il signa. Apres l’avoir relue il l’attacha à la patte de son messager avant de le libérer et de le regarder s'envoler. Puis il se dirigea vers le feu et se saisit d'une timbale qu'il remplit de tisane chaude.

Les matins étaient frais, l'été trainait encore les pieds mais l'arrière saison allait bientôt prendre le dessus, et apporter sa fraicheur. Tout en buvant il laissa son regard parcourir le campement qui s'éveillait lentement.

Alienor_vastel a écrit:
[Conflans-lès-Sens, entre rêve et réalité]

"En mode veille, abandonnée, emmitoufflée
Sous des couches emplumées
Je vis des trucs insensés
Dans une bulle embuée"
Lussi In The Sky - "La paresseuse"



La brume s'estompe, déchirant lentement son voile blanc, révélant une forêt inondée d'un chaud soleil de mi-juin. L'air est calme, paisible, le silence juste troublé par le chant des oiseaux et une légère brise qui apporte un peu de fraîcheur et fait bruisser les feuilles.
Deux silhouettes émergent, une femme et un homme, ils avancent lentement. Pour un peu, on les prendrait pour un couple d'amoureux insouciants en promenade. S'ils en ont l'apparence, pourtant leurs regards le démentent. Soucieux et préoccupés. L'homme pose une question, la jeune femme hésite. Oui, elle a quelque chose à lui dire...

Elle s'écarte un peu du chemin et va s'asseoir contre un arbre, entraînant son compagnon. Nul mot prononcé mais un geste, un seul. De sa main, elle se saisit de celle de l'homme, et la pose doucement sur son ventre. Un long moment de silence ; inquiétude, appréhension, espoir dans les yeux mordorés plongés dans ceux, bleus, qui lui font face et dans lesquels elle peut lire l'incrédulité, la joie. Et la déception et la colère. L'homme se détourne, des reproches sortent de sa bouche. Depuis combien de temps le sait-elle, pourquoi ne lui dire que maintenant, alors qu'à quelques centaines de toises, l'armée les attend ?

La réponse ne tarde pas, incisive, ils sont si souvent séparés, l'occasion ne s'est jamais trouvée de lui en faire part, calmement, sereinement. Et elle ne veut pas prendre prétexte de son état pour fuir son devoir, Dame Blanche elle est, Dame Blanche elle ira au combat. Une promesse cependant, elle demandera rapidement à rester à l'arrière, après tout, en tant que médicastre, elle y sera aussi utile.

L'homme s'apaise, son regard revient croiser celui de son épouse. L'idée que leur fille ne sera bientôt plus enfant unique fait son chemin. Sourires échangés, oubliant un instant que le lendemain, la forêt de Montargis s'éloignera pour laisser apparaître les murailles d'Orléans, que le calme de la nature cédera la place aux affrontements sanglants.

Et la brume revient, nimbant le paysage de sa couleur diaphane et enveloppant les dernières images d'un couple, les dernières images du bonheur qu'ils s'imaginent alors.

Un autre voile blanc apparût aux pervenches que les paupières se soulevant dévoilaient lentement, celui de la toile de la tente sous laquelle Aliénor émergeait doucement du sommeil.
Rêve étrange, d'une scène à laquelle elle n'avait pourtant pas assisté, mais que sa mère avait consigné dans son journal et que la blondinette avait lue et relue à tel point qu'elle avait parfois l'impression d'en avoir été la spectatrice.

Visage se tournant sur la couche où elle reposait, et un froncement de sourcil en constatant qu'elle y était seule, avant de se souvenir qu'Aimelin était de garde et l'avait laissée dormir. Des nuits hachées depuis leur arrivée, entrecoupées d'alertes qui les faisaient au moins se réveiller quand ils n'allaient pas prêter main forte à leurs compagnons d'armes, mais aussi des moments où ils arrivaient à se retrouver, choisissant indifféremment la tente de l'un ou de l'autre, malgré l'inconfort et le peu d'intimité que l'on pouvait trouver dans un campement.

Un frisson, et l'adolescente se redressa sur son lit, assise jambes repliées, enveloppant son corps du drap. Si les beaux jours étaient encore là, la chaleur tardait de plus en plus à s'installer dans la journée, et les matinées étaient fraîches. Main qui passe sur son front, geste machinal pour repousser ses cheveux décoiffés durant la nuit.

Ce rêve, ce n'était pas la première fois qu'elle le faisait, depuis leur arrivée à Conflans, il était déjà revenu à plusieurs reprises. Pourquoi là, pourquoi maintenant ? Peut-être le fait qu'elle n'avait jamais été aussi près de l'Orléanais depuis son départ du Languedoc. Elle avait pensé que les souvenirs enfouis remonteraient quand ils seraient à Compiègne, ce village qui foisonnait de rappels de son enfance, mais c'était finalement ici que les faits qui s'étaient déroulés de l'autre côté de la frontière se faisaient presque réels. Pas un cauchemar, mais une impression de malaise quand même. Car son rêve prenait toujours fin au même moment, alors qu'elle connaissait la suite de l'histoire. Peur inconsciente de l'affronter, besoin de penser qu'elle aurait pu être différente ?

Les paupières vinrent masquer un instant les pervenches, tentative pour faire revenir l'image de ses parents si souriants, avant de se relever. La blondinette secoua la tête, à quoi bon revenir sur le passé puisque l'on ne pouvait le faire réapparaître. Et souvenir d'une discussion qu'ils avaient eue, Aimelin et elle, environ deux mois auparavant alors qu'ils séjournaient à Sainte-Ménéhould. Une discussion au sujet des cauchemars qui visitaient alors le jeune homme, tout comme ce rêve la poursuivait maintenant dans ses nuits, une discussion au cours de laquelle il lui avait dit que l'on ne pouvait pas remonter le temps, sauf dans les rêves.
Alors oui, peut-être voulait-elle ne garder que ce bonheur éphémère et fugace qui allait bientôt être emporté dans la tourmente d'une guerre âpre et violente, mais toutes les guerres ne le sont-elles pas, avec leur lot de blessures, de chagrins, d'afflictions dont ses parents avaient eu plus que leur part.

Un peu de chaleur traversa la toile de la tente, quelques bruits se faisaient entendre au dehors, et Aliénor décida de se lever. Laissant le drap sur le lit, elle se dirigea vers la table et fit couler de l'eau d'un broc dans la bassine. Un rire léger au contact de l'eau froide sur sa peau, qui acheva de la faire revenir tout à fait à la réalité, avant de se sécher et de passer une robe. Cheveux soigneusement brossés, il n'était pas question de ne pas soigner son apparence sous prétexte qu'elle était dans une armée, et elle poussa de la main le pan de toile qui fermait la tente.

L'air encore frais fleurait bon la rosée matinale et l'adolescente resserra son châle autour de ses épaules. Pervenches qui clignotèrent, le temps de s'habituer à la luminosité, puis qui balayèrent ensuite le campement qui s'animait doucement, s'attardèrent un instant sur le matériel d'écriture posé à côté d'un tronc d'arbre près de la tente, devinant à qui il appartenait, elle avait maintenant l'habitude de le voir écrire au calme. Et qui s'arrêtèrent enfin près du feu. Quelques pas vers le foyer jusqu'à se porter à hauteur d'Aimelin, un sourire s'affichant sur son visage.

Mains posées sur celles qui tenaient la timbale d'où une petite fumée s'élevait, légère et aérienne, en même temps que ses lèvres allaient goûter celles du jeune homme.


Hummm, que c'est bon... Je parle de la chaleur de la tasse, bien sûr.

Petite lueur mutine dans les yeux alors que la blondinette s'écartait le temps de se servir elle aussi de la tisane, avant de tourner son regard dans la direction du soleil puis de le diriger instinctivement de l'autre côté. Vers l'Ouest. Vers l'Orléanais. Un soupir agacé contre elle-même, c'était plus fort qu'elle, elle ne pouvait s'empêcher d'être attirée. Mais elle ne devait pas laisser son passé l'empêcher de vivre son présent.

Pervenches songeuses qui revinrent vers les mirettes grises. Elle comprenait maintenant encore mieux ce qu'Aimelin avait dû combattre à Sainte-Ménéhould, ces fantômes qui obsédaient et qu'il fallait accepter. Se dire que l'on ne peut rien changer à ce qui a été et qu'il faut apprendre à vivre avec. Elle le faisait, en règle générale, mais Orléans restait encore dans les non-dits, dans ce qu'elle n'arrivait toujours pas à extérioriser. Le jeune homme s'était ouvert à elle, lui avait parlé de ce qui l'avait hanté, réussirait-elle à en faire de même ?

Aliénor souffla légèrement sur la tisane et en but une gorgée, savourant la chaleur qu'elle diffusait à l'intérieur de son corps. Sourire qui revint sur son visage.


Sais-tu de quoi j'aurai envie, là de suite ? Un moment de silence espiègle qu'elle rompit pour préciser sa pensée Un bon bain chaud ! Ou à défaut, d'aller voir sous la tente d'intendance si l'on peut trouver quelque chose à se mettre sous la dent.

Il lui faudrait davantage que des rêves, des souvenirs, ou encore sa présence dans une armée avec tous les désagréments que cela implique pour lui couper l'appétit.

Aimelin a écrit:
[Conflans… les pieds sur terre, la tête ailleurs]

"Vos luttes partent en fumée
Vos luttes font des nuées
Des nuées de scrupules.
Vos luttes partent en fumée
Vers des flûtes enchantées
Et de cruelles espérances
Me lancent
Des dagues et des lances
En toute innocence…"
(A. Bashung - Volutes)



Les mirettes grises suivaient les petites volutes de fumées qui s'échappaient de la tasse et dansaient à la surface du liquide chaud, dernière révérence avant de s'envoler pour se mélanger à la douce brise matinale.
Le jeune lieutenant leva les yeux et les arrêta sur l'astre solaire qui s'était enfin décidé à monter doucement vers les nues irisant l'horizon de ces couleurs, afin de réchauffer la campagne environnante, et l'éclairer de sa belle lumière de septembre.
Une main se porta à son médaillon gravé d'un soleil à côté duquel était aussi attaché à sa chaîne un anneau gravé de son prénom. Une voix … "ce rayon de soleil qui viendra te caresser ce sera moi"… avait elle raison en écrivant ces derniers mots pour lui alors que le soleil venait à peine de pointer son nez, ce matin de juillet 58. Il ferma les yeux l'espace d'une seconde, essayant de lutter contre ce sentiment de révolte qui lui prenait le ventre à chaque fois que le visage orné de boucles blondes venait devant ses yeux, avec ce sourire qu'illuminait ces yeux gris qui lui avaient fait oublier ses tourments passés. Ne pas se laisser aller au chagrin, ne penser qu'à elle en souriant, penser à leur bonheur à tout ce qu'ils avaient vécu et se dire que de la haut elle n'aimerait sûrement pas le voir pleurer comme un enfant. Un baiser sur le médaillon avant de reprendre la tasse à deux mains profitant de la douce chaleur qu'elle diffusait tandis qu'il en buvait quelques gorgées.

Une autre blondinette, mais aux yeux pervenches, le tira de ses pensées. Un sourire qui le fit de suite remettre pieds sur terre. Que deviendrait il sans elle et sans ce soutien qu'elle était pour lui depuis quelques mois maintenant, depuis fin mars où il avait remis les pieds en Champagne. Elle était devenue son habitude malgré leurs non promesses de toujours, présence qui au fil des mois devenait nécessaire comme pour mieux ironiser sur ce non engagement. La vie faisait toujours ce qu'elle voulait et dirigeait les êtres à sa manière. Pourquoi promettre demain alors qu'on ne savait jamais si l'on serait capable de tenir cette promesse sans blesser l'autre. Eux ne n'étaient rien promis, ils vivaient et mordaient la vie à pleine dents, respectant l'autre, faisant tout pour ne pas le blesser ou lui manquer de respect. Une non promesse qui dépassait de loin, des promesses que l'on ne tenait souvent pas.

Douceur de ses mains posées sur les siennes avant qu'il ne ressente la douceur de ses lèvres qui lui firent fermer les yeux une fraction de seconde afin d'en savourer la tiédeur et le goût, un fourmillement de papillons familier venant tourbillonner dans son ventre. Un murmure.


tu as raison c'est bien bonPourquoi dire ce qu'elle entendait sans qu'il ne prononce un seul mot.

Regard qui suivirent ses moindres gestes lorsqu'elle se servit une tisane pour ensuite revenir vers ce point qu'elle fixait elle aussi. Il savait ce qu'elle regardait au-delà des fin nuages du matin. L'Orléanais, qu'ils avaient traversé avec Kirika, avant de fouler le sol champenois, après quelques jours passés dans la lance de Diane de Cheroy Comtesse de Moissey, alors qu'ils étaient partis pour Mortagne en Alençon, afin de défendre le Domaine Royal fin février de cette année.
Il faudrait qu'il lui demande ce qui s'était passé en Orléans, mais il hésitait à chaque fois qu'il devait parler ou faire allusion à Magdeleine. Si elle était la mère de la blondinette, elle avait été aussi une amie pour le jeune ébouriffé qu'il était. Une amie qui lui avait souvent prodigué conseils lorsqu'il parlait avec elle. Et il avait gardé d'elle ces souvenirs de la Rosières de juin 56 lorsqu'elle lui avait demandé d'être président du jury de Sainte Ménéhould, et était venue le rejoindre, accompagnée de calva et de ses fidèles madeleines.

Un autre murmure tandis que les mirettes grises ne lâchaient pas l'horizon.


combien de drames se sont joués au loin, combien s'en joueront encoreavant de jeter un rapide coup d'œil vers elle et d'ajouter d'une voix douceest ce qu'un jour tu me raconteras ? .. et puis de reporter son regard vers l'astre, laissant sa lumière danser doucement dans ses prunelles.

Ne pas la forcer à parler, la laisser se livrer seule, comme il l'avait fait et le faisait quand il sentait que le poids de ses fantômes et de ses souvenirs étaient trop lourd à porter seul. Un léger froncement de sourcils en regardant le soleil monter et le forçant légèrement à fermer les yeux pour en suivre sa course lente.


crois tu que le soleil sorte de la terre, ou d'un quelconque autre côté, comme ces insectes qui tournent autour d'une chandelle ? Qu'y a-t-il tout au bout…
As-tu remarqué que lorsqu'un bateau arrive à l'horizon, on commence d'abord à voir le mât avant la proue et qu'inversement lorsqu'il s'éloigne, c'est ce mât qui disparaît en dernier ? je me suis toujours demandé si au bout le bateau descendait comme le soleil en fin de journée.*


Un sourire avant de lui faire face tout en l'observant perdue dans ses pensées et un baiser léger déposé sur sa joue en murmuranttu sais que je suis là. Je suis sûr que tout ira bien... et un sourire complice tandis qu'elle parlait de ses envies. Il avait bien quelques envies en tête le jeune seigneur mais il se contenta de laisser son regard pétillant croiser le sien.

un bain implique quelques sceauxpetit sourire taquin en pensant à leur pari de Chaumont... mmm quant à aller farfouiller vers la tente d'intendance je ne suis pas contre… le tout étant d'éviter les coups de louche.

Tasse qu'il pose auprès du feu avant de lui prendre la mainfaute d'explorer l'horizon, allons explorer l'intendance.
Regard vers son nécessaire d'écritureune fois que j'aurais rangé un peu mes affaires.

Il lui lâcha la main et se dirigea vers ses affaires qu'il regroupa et rangea dans sa besace en peau, avant d'aller les déposer dans la tente pour en ressortir quelques instants après et se diriger vers Aliénor.

Allons nous infiltrer prudemment pour chercher quelque nourriture.






* histoire d'une vérité
la suite de leurs aventures ici

Alienor_vastel a écrit:
[Conflans, quand il est temps de parler]

"Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé"
William Ernest Henley - "Invictus"



Regards tournés vers la même direction, et un hochement de tête en réponse au murmure. Des drames, oui, il y en avait eu sur cette terre orléanaise, et il y en aurait d'autres après eux. Elle lui avait dit à Chaumont qu'elle y avait vécu et il avait deviné, comme bien souvent sans qu'elle ait à l'exprimer par des paroles, que ce qui s'y était passé avait été suffisamment grave pour que ce souvenir continue de la tourmenter. Mais comment expliquer sereinement que ces quelques mois, résumés en fait à quelques jours, avaient été la fin d'une époque, et le présage de l'inéluctable, un an plus tard.
Car à y bien songer, la mort de ses parents en juillet de l'année suivante n'avait été que la conséquence de ce qui avait eu lieu devant les murs d'Orléans.

Hochement de tête répondant aussi à sa question, oui, elle le lui racontera. Elle savait qu'il ne la brusquerait pas, comme il l'avait toujours fait, mais qu'il serait là lorsqu'elle ressentirait le besoin de parler, de se libérer enfin de ce poids qui l'oppressait encore plus depuis que sa mémoire avait fait revenir ces images, comme parfois une tempête fait remonter une épave du fond de l'eau où elle reposait depuis des années.
Présence ô combien rassurante, soutien ô combien précieux pour l'aider à s'affranchir de ce sentiment d'injustice qui la taraudait à chaque fois qu'elle replongeait dans son passé. Pour lui rappeler combien il était important de ne pas se laisser déborder par hier, de ne rien attendre de demain mais de vivre aujourd'hui, pleinement, intensément. Ce qu'elle faisait sereinement à ses côtés depuis leur surprenante rencontre quelques mois auparavant.

Pervenches qui suivirent le regard du jeune homme vers le soleil, tête légèrement penchée sur le côté en signe de réflexion, faisant tourner une mèche blonde autour de son doigt.


J'avoue que je ne me suis jamais posée la question. Les bateaux disparaissent et réapparaissent sur l'horizon, et pourtant s'ils sortaient de la mer, les marins en auraient parlé. A moins qu'ils ne veuillent en conserver le mystère, peut-être le savent-ils, eux, où va le soleil lorsqu'il se couche...
Et un instant de silence avant de reprendre Et qu'importe au final de savoir d'où vient le soleil, du moment que l'on sait qu'il revient toujours après la nuit.

Un sourire sur les lèvres lorsqu'il l'embrassa sur la joue, avant de le suivre du regard tandis qu'il allait rapidement ranger ses affaires. Ils ne croisèrent personne dans la tente d'intendance, et Aliénor entraîna le jeune homme un peu à l'écart du campement, s'asseyant dos contre un arbre. Grappe de raisin égrainée, jus sucré des fruits qui coule dans sa gorge.
Et les yeux dans le vague, un murmure, repensant à la conversation qu'ils venaient de tenir.
Le soleil revient toujours... mais on le voit parfois différemment. Un silence à nouveau Lorsque nous sommes partis pour l'orléanais, ma mère était enceinte...


[Orléans, 28 juin quelques années auparavant - Quand l'aube se teinte de rouge]

Campement des Dames Blanches. C’était devenu une habitude maintenant. Presque machinale. Se préparer pour la bataille.
L’ordre avait circulé au sein du campement, "on attaque". Encore…

L’air est doux, les premiers rayons de ce soleil de début d’été frôlent la terre nue que tant de chevaux, de soldats ont piétinée. Ce paysage, la jeune femme le connaît, voila déjà plusieurs jours qu’elle l’a devant les yeux, mais son regard mordoré l’embrasse encore une fois alors qu’elle monte sur son cheval. Un arrêt sur la tente d'infirmerie où reposent son époux, Lily, Jo, Fiona et tant d'autres, luttant contre la faucheuse qui veut les emmener. Tombés les jours précédents. Tout comme Pisan la veille, transportée pour y être soignée à Châteauneuf-sur-Loire chez son oncle et sa tante, Sebbe et Ladymarianna de Valrose.

Elle rejoint le reste des soldats, se range derrière le chef de l’armée.
Un regard, un autre, dans la direction de Gien. Aliénor doit y dormir encore, sous la surveillance d'Ysabault, indifférente à ce qui se déroule à quelques lieues. Et une décision, ce sera sa dernière bataille dans cette guerre, tout à l'heure elle rejoindra les médicastres qui oeuvrent à sauver les vies des blessés.

Puis au signal, elle sort l’épée de son fourreau, talonne sa monture. Au cri qu’elle lançait à Compiègne, "Force et Honneur !!", elle ajoute celui d’ici. "Fidèle à son Roy !!". Et se lance en avant, rage au ventre.
Au cœur de la bataille, bruit des fers qui s’entrechoquent, éclat du soleil levant sur les lames. Et encore et toujours ces cris, hennissements des chevaux, clameurs de courage, gémissements des blessés.
L’aube pâle se teintera de rouge une nouvelle fois…

La fatigue, la pensée de ses amis, de ses proches, qui luttent pour rester en vie ? Les gestes sont mécaniques, trop peut-être. Un moment d’inattention. L’instinct de survie, celui qui fait toute la différence entre la conscience profonde et l’imprudence inconsciente de nos actions, l’instinct de survie n’y est plus.
Elle se laisse déborder. Un premier coup paré, mais ils sont trop nombreux. Elle ne voit pas les hommes, les gestes offensifs. Seulement les armes qui s’abattent sur elle. Elle chute de son cheval. Une douleur à l’épaule, souffle coupé. Les os qui se brisent, puis une autre douleur, fulgurante celle-là, au ventre.

Elle glisse au sol, le temps est comme ralenti. Arrêté. Silence soudain.
Le regard se voile de rouge, puis de noir. Une pensée pour son époux, leur fille, une larme. La dernière ?

Avant de sombrer.

****************************

Ainsi, c’était donc ça, la mort ? Cette impression de flotter, d’être hors de son corps ? Parce que sûrement, son esprit avait quitté son enveloppe charnelle, elle ne sentait plus rien. Plus de sons, plus d’odeurs, même plus le goût de sa salive dans sa bouche.
Juste le silence et la nuit.

Des images devant ses yeux fermés, des visages. Ses cousines, son oncle. Ses amis. Ses sœurs. Sa sœur de cœur. Et un homme. Si son cœur n’était pas arrêté, nul doute qu’il se mettrait à battre plus vite. Mais son cœur est-il vraiment arrêté?
Et une enfant. Une petite fille, au regard radieux et au rire si pur. Aliénor.
Cet homme et cette enfant…

Alors, violemment, ses sens lui reviennent. Bruit assourdissant et lumière aveuglante, comme le tonnerre et la foudre. Un spasme, et la douleur extrême. Elle n’est plus que souffrance à nouveau, son corps entier n’est que supplice. Même l’air qu’elle inspire brûle ses poumons, principe de vie, source de tourments.

Elle sent qu’on la soulève, qu’on la transporte. Elle veut bouger, elle veut parler. Mais en vain. Nul mouvement, nulle parole. Même pas un gémissement. Son corps refuse ce que son esprit voudrait.
Un élancement plus brutal que les autres. Au ventre. Et elle comprend. Mais non ! Pas maintenant, ça ne doit pas se faire maintenant ! C’est trop tôt !

****************************

Une secousse, on vient de la déposer sur une paillasse. Où ? Elle n’en a aucune idée, mais la contraction s’est calmée. Le ventre durci s’est relâché, cependant elle ne respire pas mieux pour autant. La douleur reste, de même que celle qu’elle ressent à l’épaule. Os brisés sans nul doute, le sang peine à arriver jusqu’à sa main.

Elle sent qu’on lui retire ses effets. Le tabard glisse doucement, mais la cotte de maille, ajustée à son corps, lui tirerait des gémissements de souffrance si elle pouvait réagir.
Des odeurs, de plantes et d’herbes, de fumigations, de sang et de mort. Des cris, des gémissements, et des voix à ses côtés. Elle ne comprend pas ce qui se dit, elle sent juste l’inquiétude dans le ton employé.

Du monde autour d’elle, et un liquide chaud et poisseux qui s’écoule entre ses cuisses.
Ont-ils compris qu’elle est en train d’accoucher ? Mais accouche t’on à seulement six mois de grossesse ?
Ont-ils compris qu’elle est en train de perdre l’enfant qu’elle portait, mais que dans l’état semi inconscient où elle est, elle ne peut rien faire, qu’ils devront aller fouiller ses entrailles pour en sortir cet être sans vie ?

Car elle sait que le coup brutal et violent qu’elle a reçu à l’abdomen, s’il ne l’a pas tuée, a touché mortellement son bébé, et que son corps cherche à expulser cet enfant mort.

Comme si ce petit être, par sa présence en son ventre, et son sacrifice, avait sauvé la vie de sa mère…



[Retour au présent, Conflans-lès-Sens]

Le ton de la voix était ténu, comme s'il ne voulait pas briser le calme alentour, la sérénité qui se dégageait de l'endroit où ils se trouvaient. Aliénor tourna son visage vers celui d'Aimelin, soulagée d'avoir enfin réussi à se confier.

Lorsqu'elle s'est réveillée, plusieurs jours plus tard, mon père était auprès d'elle. Nul reproche dans leurs regards, seulement du remord et de la culpabilité. Ces sentiments qui ont pris le pas sur l'amour qu'ils se portaient malgré tout, ces sentiments qu'ils ne supportaient plus de lire dans les yeux de l'autre. Peu après, ma mère est partie pour Châteauneuf où sa présence auprès de Pisan était requise. C'est là que je les ai rejointes avec Ysabault. Mon père quant à lui s'est éloigné, a continué de gravir les échelons du pouvoir, comme pour oublier, dans ses charges et son travail. Ma mère n'a plus trouvé de réconfort que dans son dévouement et sa fidélité sans conditions à Chelles.

Un soupir, une conclusion Cette guerre les a brisés, après ça, ma mère n'avait plus la force de vivre, elle ne faisait que survivre. Jusqu'à cette mission suicide dans laquelle elle a rejoint Tomsz et Pisan. Un moyen d'en finir à tout jamais... Mon père s'en est laissé mourir après elle... La voix meurt dans un murmure je n'ai pas su les retenir...

Dernier grain de raisin avalé, l'adolescente jeta machinalement la grappe nue à côté d'elle avant d'encercler de ses bras ses jambes repliées. Les pervenches se levèrent en direction du soleil dont les feuilles fournies laissaient passer la douce lumière. Après cette bataille, le soleil n'a plus jamais brillé de la même façon pour nous...


Dernière édition par Aliénor le Dim 29 Jan - 20:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [RP] Les chiens ne font pas des chats    Mer 28 Sep - 15:54

Aimelin a écrit:
[Conflans, confidences et dégustation]

"J'cloue des clous sur des nuages
Un marteau au fond du garage
J'cloue des clous sur des nuages
Sans échafaudage
Vos luttes partent en fumée
Sous les yeux embués
D'étranges libellules"
(A. Bashung - Volutes)



Grimace en abandonnant l'horizon du regard, ainsi que ses rêves éveillés sur les bâteaux, le soleil et la terre est elle ronde, afin de prendre la direction de la tente d'intendance, accompagné de sa complice de larcin. Mêmes goûts que la blondinette, il se saisit d'une grappe de raisins et se laissa entrainer à l'écart, tombant doucement assis à ses côtés, savourant ce moment où le jour se lève, et où le calme est encore le maitre des lieux.

Lorsque nous sommes partis pour l'orléanais, ma mère était enceinte...

Les dernières paroles de la jeune femme laissèrent son geste en suspend, avant que le grain de raisin n'atteigne sa bouche. Il tourna son visage vers elle tout en l'observant à mesure qu'elle parlait, racontait, laisser sortir toute cette douleur pudique et ces choses qu'elle gardait tout au fond d'elle et qui la rongeaient, comme chaque fois que le passé avait détruit quelques parties d'une vie, si ce n'est une vie entière.

Il l'écoutait, fronçant parfois les sourcils, essayant d'imaginer sa mère, et ce qu'elle avait dû endurer, ne pouvant s'empêcher de faire le rapprochement avec ce qu'il avait vécu. Jamais Magd ne lui avait parlé de tout ça. Lorsqu'il avait pris la décision de suivre Shandra en Béarn, il était passé la voir à Compiègne et elle l'avait poussé à partir, à changer d'air pour oublier. Elle lui avait parlé d'aller sans doute s'installer en Orléans et l'avait invité et il avait fait promesse d'aller lui rendre visite. Et puis il avait appris son retour en Champagne, et l'avait retrouvé en décembre 56 pour une soirée en taverne à Compiègne. Cette soirée avait été la dernière fois où ils s'étaient vus et ça le resterait pour toujours, la jeune femme ayant disparue quelques temps après.

Un voile s'était installé devant ses yeux tandis qu'il écoutait. L'évocation des Dames Blanches le ramenaient à Mélissende, Chevalier de cet Ordre et tout ce passé qui avait volé en éclat emportant avec lui moult de ces personne si chères à son cœur.
Prunelles grises qui croisent les pervenches et y restent posées, phrases qui n'arrivent pas à sortir. Que dire ? Juste un geste, une habitude, doigts qui viennent frôler la joue de la blondinette, maladroits et hésitants, comme pour en chasser des larmes invisibles. Et la phrase idiote qui vint se poser sur le silence.


je suis désolé.

Désolé de quoi... que pouvait on faire contre le destin, si ce n'est lutter pour essayer d'en dévier la route quelquefois. Pourquoi dit on toujours cette phrases idiote. Combien de fois avait il entendu cette phrase.. "je suis désolé Aime", comme lorsqu'on demande pardon d'avoir fait du mal alors que le mal a été fait. Comme si le fait de dire "pardon" pouvait chasser la douleur qui s'installait sournoisement.

je ne savais pas tout cela. Je comprends mieux son retour en Champagne. J'aurais tellement aimé être là pour la soutenir moi aussi.

Froncement de sourcils, elle était partie en même temps que lui ou peu avant et tandis qu'il cheminait vers le sud, elle vivait toutes ces choses.

je n'ai pas su les retenir...

Son regard quitta celui d'Aliénor pour fixer le lointain.

comment peut on retenir deux personnes qui s'égarent et se perdent parce que la vie les a détruit lentement, malgré tout l'amour que l'on peut leur porter.

Les projets, l'avenir, les promesses, tout ce que le temps et le destin empêchait bien souvent de se réaliser. Le soleil montait doucement, recouvrant peu à peu la campagne si calme encore… un murmure lui échappa tandis qu'il portait enfin le grain de raisin à sa bouche, en savourait le goût sucré quelques courtes secondesce rayon de soleil qui viendra te caresser ce sera moi, toujours avec toi…. avant d'élever à peine la voix le soleil nous réchauffe parce que ce sont ceux que l'on aime et qui ont disparu qui nous consolent et veillent sur nous.
Ta mère est là, dans chaque chose que tu vois, dans chaque chose que tu touches ou devines, et dans tout ce qui est invisible à tes yeux. Elle est ce rayon de soleil, elle est cette herbe qui danse doucement devant toi, elle est cet air qui t'environne et te fait frissonner ou te réchauffe, elle est en toi.


Avait il besoin de se rassurer lui aussi sur la présence des êtres sans qui la vie parait parfois si vide. Regard qui se tourna vers ellete souviens tu de ce que nous a dit notre douce amie Terwagne à propos de la pluie ? mirettes qui revinrent vers le soleil comme pour le défier le soleil, la pluie se mélangent et nous offre des arc en ciel que nous devons prendre en pensant à celles et ceux que nous aimons malgré l'absence, la distance et le temps qui passe.

Ta mère a fait preuve d'un grand courage en partant se battre, faisant passer son Roy avant sa propre vie.


Instants de silence à peine troublé par les bruits naissants les enveloppant.

je me demande souvent si cela vaut la peine de mourir pour quelqu'un qui ne nous voit pas, ne nous connait pas.

Pendant la guerre de Compiègne, celle de 56, le roy est venu parler aux soldats
sourire j'étais alors dans l'armée d'Ylalang, section d'Oksana. Ordres nous avait été donnés d'aller écouter notre souverain. J'étais curieux du haut de mes dix huit ans, tout en mourant d'envie d'apercevoir à mon tour le Roy.

Je me rappelle avoir attendu avec quelques compagnons de lance et puis j'ai encore devant les yeux l'image de Petitangelot qui s'arrête à ma hauteur, suivi de quelques loups de Champagne.
Elle regarde ma chef de section et lui dit qu'elle me prend avec elle, pour que je rejoigne les loups, dont je faisais parti depuis quelques semaines. Elle me regarde ensuite et d'un sourire me fait signe de venir à ses côtés pour aller nous mettre en place.
Ce jour là, je ne sais si j'étais fier d'écouter le Roy, mais une chose est certaine, j'étais très fier d'être aux côtés de Melissende, et mourir en étant sous ses odres m'importait peu car elle était l'honneur, la loyauté et le courage en personne. Avec l'aide de Dicelo, elle m'a ensuite fait intégrer l'armée où étaient mes autres compagnons Loups en me nommant chef de section.


Un silence.

Je me suis retrouvé dans l'armée de ton père jusqu'à la fin du mois de mai, date où nous avons été démobilisés. C'était un peu avant la fête de la rosière où j'ai pu retrouver Madgeleine pour quelques moments d'amitié qui sont restés en moi à tout jamais.

Comme il était étrange que tant de choses se recoupent comme si le destin s'amusait à faire rencontrer celles et ceux qui par leur vie passée étaient quelquefois amenés à se croiser.

Alienor_vastel a écrit:
[Conflans, du passé au présent]

"In each little thing I do
I can find a piece of you
In each twist of time
In each twist of mind
That I find to think of you
I'm alive
It's so strange to be alive"
Emily Loizeau - "I'm alive"
*


Ce geste si tendre, lorsqu'il vint frôler sa joue de ses doigts. Ce geste qu'elle accueillit en fermant les yeux et en l'accompagnant d'un léger mouvement du visage, jusqu'à ce que ses lèvres se posent un instant sur la main. Pervenches qui se dévoilent, sans l'ombre d'une perle humide pour les faire briller. Pleurer, elle ne l'avait pas fait depuis si longtemps. Pleurer pour exprimer sa douleur en tout cas. Mais pleurer de rage lorsque la colère se faisait trop forte, elle avait donné plus souvent qu'à son tour, envoyant la vaisselle en étain se fracasser contre le mur ou le sol dans ses cris. Cette colère qui peu à peu s'apaisait depuis quelques mois, ne laissant plus au fond d'elle que cette peine qui restait et resterait sans nul doute, et qu'elle cachait sous un masque de distance, d'insouciance, d'égoïsme. Peu nombreux étaient ceux qui savaient ce qui se cachait vraiment sous ce masque, et Aimelin était indubitablement de ceux-ci, lisant ses fêlures dans ses silences et ses regards.

Un léger sourire s'afficha sur ses lèvres tandis qu'il prononçait cette même phrase qu'elle avait retenue lorsqu'il lui avait parlé de ce qui s'était passé au moulin de Sainte-Ménéhould. Désolé pour qui ? Pour son amie Magdeleine qui avait si bien déguisé sa détresse aux yeux de tous sous un air détaché, pour elle qui avait vu sa mère se consumer peu à peu, pour leurs vies qui avaient basculé dans la tourmente de la folie des hommes ? Mais quelle importance finalement que ces quelques mots qui pourraient paraître si banals si elle ne savait pas ce qu'il y avait derrière et qu'elle entendait.


Elle l'a tu, affichant un visage serein, faisant croire à tous qu'elle était heureuse. Si tu avais été là... je ne crois pas que cela aurait changé, seules Pisan et moi, et Ysa dans une moindre mesure, sachions ce qu'elle dissimulait au fond d'elle.

Et les pervenches qui vagabondent un instant sur les feuilles des arbres bruissant au rythme d'une légère brise matinale. Comment aurait-elle pu les retenir... Combien de fois s'était-elle posé cette question, combien de fois avait-elle regretté que l'amour de leur fille n'ait pu y parvenir, culpabilité de n'en avoir pas fait assez, de ne pas le leur avoir suffisamment montré. Mais peut-être avait-il raison, sans doute s'étaient-ils trop perdus pour arriver à se retrouver...

Un sourire, le regard qui se porte une nouvelle fois vers le soleil, un hochement de la tête.


La pluie... on y entend les mots d'amour de ceux qui nous ont quitté. Et le soleil nous donne la lumière et la chaleur de leur souvenir.... Pluie ou soleil, ils sont toujours là, dans nos coeurs et dans nos pensées, c'est ce qui les garde vivants pour nous.

Et écoute attentive alors qu'il parlait de Compiègne. Ce village où elle était née, où elle avait vécu une partie de son enfance. Où elle était revenue au début de l'année mais n'avait pu rester. Où ils devaient se rendre avant que d'être appelés à Conflans. Et où s'était déroulée cette guerre qu'il évoquait et à laquelle il avait participé.
Un sourire à l'énoncé de certains noms. Ses parents, et Dicelo, l'oncle de sa mère et donc son grand-oncle à elle... Ironie du hasard qui, d'une rencontre impromptue, avait réuni et rapproché deux êtres autour de personnes qu'ils avaient connues et côtoyées. Hasard ou destin, d'ailleurs...

Aliénor tourna son visage vers Aimelin, pervenches pensives.


Est-ce que l'on se bat pour une personne, ou pour l'idée qu'elle incarne ? Lors de la guerre contre l'Artois, mes parents ont combattu pour que Compiègne reste champenoise, jamais ils n'auraient accepté qu'elle redevienne artésienne. "Force et Honneur", tu te souviens ? Et à Orléans, c'était le DR, la Couronne qui étaient en danger. Ma mère ne s'était pas choisie sa devise par hasard, deux mots en languedocien, sa langue maternelle, "Leialetat e Fiseletat". Loyauté et fidélité à ce qu'elle croyait, à ceux qu'elle aimait, elle a toujours oeuvré en ce sens. Et finalement c'est aussi ce que je fais, pourquoi je suis là, aujourd'hui, dans cette armée. Loyale et fidèle à la duchesse qui m'a demandé de venir, mais aussi aux Lys de France et à ce qu'ils représentent.

Un instant de silence, un moment de réflexion. Ma mère est dans tout ce que je fais, à y bien songer. Que ce soit dans ses traces comme maintenant, ou à l'inverse en opposition à ce qu'elle aurait voulu pour moi. Un petit sourire moqueur en songeant à ce qu'elle aurait pensé, elle si aristotélicienne, en sachant ce que sa fille pensait du mariage et combien elle se refusait à ces promesses de toujours, préférant croquer dans ce que la vie lui offrait au jour le jour.
Je l'ai vue renoncer à vivre, je l'ai vue attendre en vain ce qui n'est jamais venu. Je ne ferai pas comme elle, moi je veux me sentir vivante...

Vivante, mais pour combien de temps, avec cette guerre qui se faisait chaque jour plus présente.
Un regard vers le campement, leurs tentes, et la blondinette retroussa légèrement sa robe pour venir s'asseoir plus aisément à califourchon sur les genoux du jeune homme, approchant ses lèvres des siennes pour venir y goûter du bout de la langue la saveur des raisins qu'il avait mangés. Et un murmure, lueur coquine dans les yeux...
...et je suis prête à te le prouver...


[Sainte-Ménéhould - 19 Septembre]

Ils avaient quitté Conflans trois jours plus tôt, les ordres étant de rejoindre le nord du Duché. Un passage à Troyes, où elle en avait profité pour mettre ses affaires en ordre et ils étaient arrivés à Sainte-Ménéhould. Jusqu'à quand y resteraient-ils, gagneraient-ils ensuite Reims ou Compiègne, les spéculations allaient bon train au sein de l'armée.

Aliénor avait délaissé le campement pour vaquer à des affaires plus légères que les choses militaires. Puisque finalement, rien ne la retenait à Troyes, elle avait décidé d'emménager dans le village lacustre. Après tout, Aimelin y avait son moulin, la duchesse son manoir, autant s'installer près de ses proches.
Elle avait trouvé une maison, simple mais au fond elle n'avait pas besoin de davantage. Légèrement à l'écart du village, ce qui convenait parfaitement à son besoin de parfois s'isoler. Mais plus que tout, ce qui l'avait attirée, c'était son jardin, et la petite roseraie dans un coin. Les roses étaient ses fleurs préférées. Pas seulement parce que le médaillon qu'elle portait au creux de sa poitrine en représentait une, entrelacée avec un chardon, mais parce qu'à y bien songer, elles étaient à son image. Il fallait en braver les épines pour en humer le parfum et en découvrir les secrets.

Affaire avait été prestement conclue, elle ferait mener dans son nouveau chez elle la malle qui attendait au manoir de la duchesse de Brienne et ses meubles laissés à Troyes en attendant de savoir où les faire porter.
Pervenches qui regardent pensivement la vigne vierge qui recouvrait les murs de la maison avant de laisser ses pas la mener vers la roseraie. Tête qui se penche pour sentir une fleur fraîchement éclose, parmi les dernières de la saison probablement, avant de se redresser et de se tourner un instant songeuse vers le nord.
L'adolescente saisit alors la dague qui ne la quittait que rarement, cachée dans un pli de sa robe, et coupa délicatement la tige de la fleur, tout en faisant attention à ne pas se blesser avec les épines.

Enveloppée dans un tissu humide, peut-être serait-elle encore fleurie s'ils repartaient bientôt pour Compiègne. Il y avait là-bas un endroit où elle pourrait la déposer.



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* Dans chaque petite chose que je fais
Je peux trouver un peu de toi,
A chaque nouvel instant
A chaque détour de mon esprit
Que je trouve pour penser à toi
Je suis vivante
C'est si étrange d'être vivante

Aimelin a écrit:
[Conflans, début septembre ]

"Je ne supporte plus d'entendre
Le temps efface les peines
Je ne veux plus jamais entendre
L'erreur est humaine ,
Ces phrases trop entendues
Censées me faire sourire
Et me réconforter
Transforment le mal en pire"
(Aqme - un goût amer)



"Force et Honneur", combien de fois l'avait il prononcé cette phrase chez les Loups. Soupir tout en l'écoutant, les guerres ne s'arrêteraient elles jamais.

mm oui… je sais pourquoi je me bats, et pour qui.
Je me bats pour défendre une terre que j'aime, je me bats pour défendre des personnes qui y vivent et empêcher que des artichauds mal intentionnés ne viennent leur prendre ce qui leur appartient. Je ne me bats pas pour un roy ou une reyne que je ne connais pas et qui se fiche éperdument de moi, pauvre petit brin de paille dans une meule disséminée par le vent. Et je ne me bats pas non plus pour un ducaillon qui ne m'inspire aucun respect de par son attitude.
Seule les terres que nous foulons ont de la valeur. Elles nous nourrissent, elles nous font vivre.


- Je l'ai vue renoncer à vivre, je l'ai vue attendre en vain ce qui n'est jamais venu. Je ne ferai pas comme elle, moi je veux me sentir en vie.

Visage qui se tourne vers elle et suit le moindre de ses mouvements lorsqu'elle retrousse sa robe pour venir prendre place face à lui, sur ses genoux qu'il déplie légèrement pour l'accueillir avec bonheur. Frissons lorsqu'il sent la douceur de ses lèvres et de sa langue qui viennent effrontément taquiner ses sens. Un sourire pour accueillir son murmure, et un regard qui lui rend sa petite lueur coquine je suis impatient de voir ça.



[Compiègne, mine, le 29 septembre - comme un goût de déja vu]

Il est trop tard
Le mal est fait
Tout ira mieux jusqu'à la prochaine fois...
(Aqme - un goût amer)



Ils n'étaient resté que deux jours à Sainte, le temps qu'Aliénor lui annonce son aménagement dans une petite maison pas très loin du moulin et ça l'avait conforté dans le choix qu'il avait fait de quitter le Béarn pour s'installer à Sainte en attendant de voir ce que lui réserverait cet avenir qu'il ne regardait pas, de peur de le voir s'écrouler. Repos de courte durée, intégration de l'armée le 21 pour arriver à Compiègne le lendemain.

Compiègne… l'hospice, les batailles de 56, tous ces souvenirs ressurgissaient à chaque pas qu'il faisait.

Depuis combien de jours, de semaines étaient ils engagés dans cette guerre insensée ? Ils avaient fait tant de pas depuis le 30 aout, ils avaient si souvent abattu leurs armes que le temps semblait s'être arrêté. Et puis ces ordres stupides d'aller s'attaquer à Peronne, malgré les avertissements que deux armées les attendaient de pieds fermes du haut des remparts, sans compter les défenseurs et que c'était de la folie.
Mais que sont des soldats dans une armée si ce n'est de la chair à combattre. Idiotie et incompétences d'un duc se prenant pour le roi, et se fichant éperduement de ceux se battant pour défendre un Duché qui sombrait dans la folie et l'horreur au fil des jours. Il était bien plus important pour lui de détruire ses ennemis champenois que d'essayer de réfléchir intelligemment sur les actions à mener. Souvent l'ancien lieutenant prévoté imaginait leurs ennemis rire en se tenant le ventre.

Ils étaient venus sur la mine, puis en étaient repartis après leur petite promenade de santé décidée par les hautes sphères. Et puis ils y étaient revenus afin de voir si l'herbe était toujours aussi verte, pendant que les armées artésiennes étoffaient leurs rangs en se demandant sans doute ce que complotait la Champagne sur leur mine... un déjeuner sur l'herbe ? Et puis l'ordre d'aller sur Peronne. Franchir ces putains de remparts coûte que coûte. Le désastre. Où était la Champagne qui jadis repoussait les assauts ennemis et avançait la tête haute. Aujourd'hui elle subissait, elle courbait le dos, tentant désespérément de ne pas s'effondrer trop vite sous les coups. Combien de temps résisterait elle encore…

Des pions, ils n'étaient que des pions utilisés sans aucune réflexion par des personnes avides de pouvoir et de guerre. Le Royaume entier devenait fou, nétait plus qu'un vaste champ de bataille. Qui sortirait vainqueur… quelles choses cela allait il apporter… rien, si ce n'est la satisfaction ou l'amertume de quelques dirigeants. Depuis le début des affrontements, aucun encouragement, encore moins des félicitations, aucune écoute attentive n'avait été faits par l'Etat Major et le ducaillon. Chaque combat laissait des plaies, des meurtrissures que le temps aurait du mal à refermer.

Et pourtant, il y en avait des courageuses et des courageux qui leurs armes à la main, quand ils arrivaient à s'en procurer, faisaient face sans répit face à l'ennemi, suivant les ordres sans hésiter, sans reculer face à la mort vers laquelle on les expédiait manu militari. Le jeune seigneur mettait toute sa hargne dans les combats à la tête de sa section, veillant sur elle, et voyait petit à petit ses soldats disparaitre sous les assauts ennemis.

Et puis ce combat cette nuit. Le choc des armes, le grincement des fers qui s'entrechoquent, la douleur qui crispe les visages et les fait grimacer. Il essayait de ne pas perdre de vue sa blondinette, si jeune pour combattre à cet endroit maudit de la mine de Peronne. Repousser encore et toujours des assaillants à coups de bouclier et d'épée et puis ce cri qui lui avait fait tourner la tête dans la cohue… Alie.
Les combats de Vae avaient défilé devant ses yeux, il s'était précipité avec ses compagnons pour la sortir de là…priant Aristote de ne pas la lui enlever à son tour.

D'autres étaient tombés, d'autres tomberaient sans fin, comme ces épis de maïs que l'on jetait à la volaille et qui sous les coups de bec se dégarnissaient. Il avait encore quelques soldats dans sa section et tout les soirs c'était les mêmes paroles… "qu'Aristote vous garde !".

Alienor_vastel a écrit:
[Entre Compiègne et Péronne, 29 septembre - Et si l'histoire se répétait ?]

"Je m'en irai dormir dans le paradis blanc
Où les nuits sont si longues qu'on en oublie le temps
Tout seul avec le vent
Comme dans mes rêves d'enfant
Je m'en irai courir dans le paradis blanc
Loin des regards de haine
Et des combats de sang..."
M. Berger - "Le Paradis Blanc"



Ironie du destin, qui voulait qu'Aliénor se retrouve à l'endroit même où sa mère avait été tuée par une armée artésienne, quelques années auparavant. La mine d'or entre Compiègne et Péronne... Ironie du destin aussi, qui faisait qu'elle avait rejoint les rangs des Bleus, elle la fille d'une Rose.
Sentiment oppressant, malaise étouffant à fouler ce sol qui avait vu s'épandre le sang maternel. le même que celui qui coulait dans ses veines. Que s'était-il passé ce jour-là, elle n'en savait rien, n'en avait jamais rien su, le journal de sa mère s'arrêtait à son départ de Pomponne. Elle essayait de n'y pas penser, de garder ses pensées tournées vers le présent, même si celui-ci n'était pas des plus réjouissants.
Mais elle ne pouvait empêcher ce poids d'enserrer son coeur.

Et pourtant elle était là, au milieu de ses compagnons d'armes. Parce qu'au fil des jours, depuis cette fin Août où ils avaient intégré l'armée bleue, des liens s'était créés, une unité, une union. Et qu'elle savait que chacun était important, que ce chacun comptait sur elle comme elle comptait sur lui. Et parce que sa loyauté allait au chef de cette armée, qui lui avait demandé de venir.

Ils n'étaient restés que peu à Compiègne, et elle n'avait pas eu le temps de déposer la rose là où elle le voulait, sur la tombe de ses parents. La fleur avait séché, mais elle l'avait gardée précautionneusement parmi ses affaires.
Pas le temps, ou pas le courage ? Ce courage qui lui avait déjà manqué la première fois qu'elle était revenue à Compiègne. Mais au fond, l'avenir était par trop incertain, et le temps par trop précieux pour le passer avec des morts plutôt que d'en profiter avec ceux qui partageaient sa vie.

Les armées champenoises avaient déjà tenté de gagner Péronne la nuit précédente, sans succès. Sans succès mais avec des pertes. Illusoire de penser pouvoir s'installer devant la ville alors qu'une seconde armée portant couleurs de l'Artois était venue renforcer la première. Illusoire de penser qu'ils pouvaient être autre chose que des pions sacrifiés sur l'échiquier de cette guerre.

Les blessés d'hier avaient été évacués vers Compiègne, où les rejoindraient ceux qui tomberont aujourd'hui. Car il était illusoire aussi de penser que nul ne serait touché. Ainsi va la guerre, paraît-il, ainsi va la guerre disent ceux qui se trouvent bien au chaud dans leurs bureaux, donnant les ordres de loin sans entendre les cris, sans sentir l'odeur du sang, sans voir le regard sans vie de ceux qui tombent.

Et soudain, l'ordre qui retentit. On y retourne. L'adolescente serre fortement la poignée de son épée dans sa main, à s'en faire blanchir les jointures des doigts. Le bouclier est tenu fermement aussi, malgré le bras qui tremble légèrement. Et la respiration se fait plus rapide. La peur. Cette peur qui tord le ventre et qu'il faut dépasser pour ne pas qu'elle vous submerge.

Elle n'a que quinze ans, elle ne veut pas que sa vie s'arrête maintenant, et ici.

Alors elle se lance, avec les autres, avec ses compagnons d'arme, compagnons d'infortune. Bruit assourdissant, qui lui vrille les tympans, clameurs, et toujours cette odeur, de terre humide de la nuit et de sang mélés.
Les coups pleuvent, s'enchaînent, la bâtarde fend l'air mais ne touche pas. La petite blonde évite, elle esquive de son bouclier. Haletante de l'effort, de ces armes trop lourdes pour sa frêle constitution.
Un regard de temps en temps pour voir ses amis, ses proches, pour voir qu'ils sont toujours là.

Et un éclair, celui de la lame qui fond sur elle. Geste réflexe, elle lève sa bâtarde pour parer le coup mais ne fait que l'amortir et son arme éclate sous le choc. Une lumière fulgurante, une douleur intense, insupportable, là où l'épée ennemie a frappé. A la tête.

Elle tombe à genoux, ses doigts s'ouvrent laissant échapper ce qu'il reste de son arme brisée, le bouclier quitte son bras. Liquide poisseux qui s'écoule lentement depuis son front le long de son visage alors que celui-ci rejoint le sol. Liquide poisseux qui imprègne cette même terre qui a déjà reçu celui de sa mère.

Et plus rien.
Seulement le noir.

Alienor_vastel a écrit:
[Tente médicale de Compiègne - Soirée du 29 septembre]

"Elle disait "j'ai déjà trop marché,
Mon cœur est déjà trop lourd de secrets,
Trop lourd de peines"
Elle disait "je ne continue plus,
Ce qui m'attend, je l'ai déjà vécu.
C'est plus la peine..."
Cabrel - "C'était l'hiver"


Seulement le noir.

Comme un brouillard épais et impénétrable au fond duquel elle avait néanmoins entendu son nom alors qu'elle gisait sur la terre qui s'abreuvait de son sang.
Un brouillard dans lequel elle flottait, légère et insensible à ce qui pouvait se passer. Combien de temps depuis qu'elle avait rejoint ce brouillard, l'avait-on déplacée, transportée, l'avait-on soignée ? Elle n'en savait rien. Nulle sensation, nul sentiment, à part cette impression que son esprit avait quitté son corps pour ne plus ressentir la douleur.

Des visages qui dansent devant ses yeux, ceux qui ne sont plus et qu'elle revoit, si nettement, si distinctement. Et son esprit qui continue de voler, qui navigue au dessus de Compiègne, s'arrête un instant puis reprend son cheminement et longe la Marne avant de s'arrêter à Pomponne.



[Château de Pomponne - Matin du 22 juin quelques années auparavant]

"Elle disait que vivre était cruel
Elle ne croyait plus au soleil
Ni aux silences des églises
Même mes sourires lui faisaient peur
C'était l'hiver dans le fond de son cœur..."
Idem

- Mamaaaaaan !

La jeune femme blonde referme vivement le coffret en bois marqueté dans lequel elle vient de ranger une lettre scellée en même temps qu'elle porte son regard mordoré sur l'enfant qui vient de pénétrer dans son bureau. Et une moue sévère qui cache un sourire amusé.

- Aliénor ! Combien de fois t'ai-je dit de frapper et d'attendre d'y être invitée avant d'entrer ?

La fillette se tourne et regarde la porte, avant de diriger à nouveau ses pervenches vers sa mère avec un haussement d'épaules. Frapper à la porte, elle ne l'a jamais fait, et ce n'est pas aujourd'hui qu'elle va commencer.

- Maman, c'est quoi ce chariot dans la cour ? J'ai vu qu'on y chargeait la caisse avec ton armure, et puis ton écu aussi, tu pars ?

Petite lueur triste dans les yeux, sa mère s'absentant par trop souvent à son goût. Se rendant presque quotidiennement à Paris, pour remplir sa charge d'Officier Royal, Adjointe au Prévôt Royal pour les Provinces Vassales. Mais jamais elle n'avait eu besoin de son armure pour cela. L'enfant est jeune, certes, mais elle se doute bien, c'est pour une toute autre mission que sa mère va partir.

Un silence alors que la jeune femme se lève et fait le tour du bureau pour se rapprocher de sa fille.


- Oui je pars, je vais rejoindre Tomsz et Pisan.
- Mais pourquoi ? Je veux savoir !

Moue boudeuse, regard buté, bras qui se croisent, et un petit pied qui frappe sur le plancher. Soupir de la Dame de Pomponne devant le caractère impétueux de sa fille, à se demander de qui elle le tient. La jeune femme s'agenouille devant son enfant, lui pose les mains sur les épaules. Il est plus facile de lui parler lorsque les yeux sont à la même hauteur.

- Tu te souviens, lorsque je suis devenue vassale de Tomsz ? La fillette hoche la tête, fierté et émotion Je lui ai alors promis de lui être loyale et fidèle, et de lui porter aide et assistance lorsqu'il en a besoin. Et le moment est venu... un sourire Leialetat e fiseletat, je n'ai pas choisi ma devise par hasard, tu sais.

L'enfant sourit à entendre les mots de sa mère, avec cet accent du sud, dans cette langue d'oc maternelle dont elle lui a appris des notions. Echange de regards, Aliénor fronce les sourcils, sa mère ne lui a pas tout dit, elle le sent, elle le sait.

- Tu me promets que tu reviens bientôt ? On a plein de choses à faire, le jardin des simples, et puis continuer mes leçons d'armes, tout ça ?

- Je te promets... La jeune femme s'arrête, plonge son regard mordoré dans le bleu de celui de l'enfant. Combien de promesses lui a t'elle faites, combien ne seront pas tenues ? Elle ne veut pas en rajouter encore une à la liste. Alors elle biaise ... je te promets de tout t'expliquer... un jour

Pensée vers le coffret, et la lettre qu'elle contient. Aliénor est trop jeune encore, mais elle connait sa fille, elle reviendra à Compiègne quand elle en sera prête, quand les questions seront trop nombreuses à vouloir trouver réponse. Alors la lettre sera là, l'attendra.

Et avant la lettre... De ses mains, elle décroche la chaine qui retient le médaillon qu'elle porte autour du cou, rose et chardon entrelacés, ce cadeau de Pisan à sa loyale dame de parage, à sa fidèle vassale et elle accroche le bijou autour du cou de l'enfant. Un léger sourire sur les lèvres, qui se veut rassurant, et ce regard dans lequel elle met tout l'amour qu'elle lui porte.


- N'oublie jamais qui tu es, petite princesse. Et n'oublie jamais que je t'aime.

La jeune femme se redresse et regarde pensivement sa fille. Que va t'elle devenir, quelle adolescente, quelle femme. Comment jugera t'elle ce qu'elle s'apprête à faire. Elle sait qu'elle va lui infliger une peine qu'elle ne mérite pas, que nul ne mérite. Elle ne peut qu'espérer qu'elle lui pardonnera et qu'elle pourra vivre avec.. Vivre alors qu'elle même n'en a plus la force, que même survivre est devenu par trop difficile, malgré son enfant.

Elle suit du regard la fillette qui quitte la pièce, et se dirige vers une des croisées ouvertes qui laisse entrer le soleil et la douce chaleur de ce début d'été, embrassant du regard la vue sur ses terres. "Ses" terres ! Non, celles que Tomsz lui avait confiées. Elle avait appris à aimer ce village, ce château, ces gens. Elles avaient été son havre, son refuge… Le port où le bateau malmené par les flots de la vie qu'elle était devenue depuis un an, depuis Orléans, venait s'amarrer pour tenter de trouver un peu de réconfort.

Dans le soleil levant, la tour du château projette son ombre dans la cour où monture et chariot sont prêts, et elle se dirige la porte de la pièce qu'elle referme avec soin avant de descendre le grand escalier pour rejoindre le convoi qui n'attend plus qu'elle.
Pied à l'étrier, elle monte sur Sageta. Un dernier regard vers le château, s'arrêtant sur une fenêtre à travers laquelle elle aperçoit le visage de sa fille.

Pervenches qui croisent l'or, Aliénor qui regarde sa mère s'éloigner vers son destin.



[Tente médicale de Compiègne - Soirée du 29 septembre]

"Elle a sûrement rejoint le ciel
Elle brille à côté du soleil
Comme les nouvelles églises..."
Idem

Et le destin de Magdeleine d'Assas l'avait rattrapée sur cette même terre artésienne où la faucheuse l'avait emmenée, et où elle avait bien failli prendre Aliénor aussi. La raison pour laquelle la jeune fille n'était pas sereine depuis plusieurs jours, depuis ces tentatives avortées de s'installer devant Péronne et qui les repoussaient au niveau de la mine.

Le noir toujours, et toujours ce brouillard. Mais le brouillard se fait plus clair, car aux visages de sa mère, de son père, de Pisan et de Tomsz, de Golitor, de tous ceux qu'elle a perdus, se substituent peu à peu ceux de ses amis, de ses proches. Aimelin, la blonde duchesse, Coline, Lanna et tant d'autres...

Elle n'a que quinze ans, elle ne veut pas que sa vie s'arrête maintenant, et ici.

Alors la conscience reprend peu à peu le dessus, et avec elle la douleur mais qu'importe.
"Moi je vis, maman"

Aimelin a écrit:
[Champagne, mine de Peronne, le 30 septembre]


La nuit avait encore été meurtrière. Des combats, et comme si Arisote le punissait, il se défendait sans jamais toucher personne ou du moins suffisamment pour le blesser.. Allait il finir trucidé sans pouvoir donner un seul coup à ses agresseurs ?
Et puis Aliénor avait été blessée et rapatriée sur Compiègne avec ses compagnons d'armes la journée de la veille, et le jeune ébouriffé ne pouvait s'empêchait de penser à tout ça, aux blessures à leurs gravités et à leurs conséquences. Instinctivement il porta la main à son flanc droit revoyant le visage de Dotch penchée au-dessus de lui, s'évertuant à cautériser et refermer cette plaie qui n'était maintenant qu'une cicatrice lui rappelant cet été 57. Il faudrait d'ailleurs qu'il écrive à sa suzeraine et amie pour la rassurer. Mais la rassurer de quoi ? de cette guerre ? Ce serait sans doute l'inquiéter davantage qu'elle ne devait l'être.

Un messager le tira de ses pensées alors qu'il finissait de nettoyer ses armes. Un geste de la main pour le retenir tandis qu'il déroulait le parchemin. Regard qui parcourut les lignes et soulagement de savoir Aliénor saine et sauve, blessée, mais vivante. Une prière silencieuse au Très Haut, il ne supporterait pas de perdre à nouveau un proche ou une amie.
Laissant ses armes de côté, il prit sa plume afin de lui faire réponse. La rassurer elle aussi, lui promettre d'être prudent tant soit peu que l'on puisse l'être sur un champ de bataille, surtout ne pas lui dire les doutes qui l'assaillent sur la finalité des prochains combats. Rester persuadé qu'il passera encore entre les mailles du filet de la grande faucheuse qui n'a jamais été aussi active que ces jours passés et doit se délecter de ses chasses et de ses proies. Garder précieusement les baisers envoyés et en retourner comme si c'était les derniers.

Il suivit des yeux le messager qui s'éloignait, avant de poser ses mirettes grises sur les parchemins que la légère brise soulevait. Il écrirait à la Duchesse de Saint Florentin demain, il devait finir de préparer ses armes.

Preuve en sera faite, qu'il ne faut jamais remettre au lendemain ce que l'on peut faire le jour même.



[Le soir même]

"Nos visages qui s'effacent à l'orée des silences
Quand nos chemins dévoilent des lueurs pâles qui dansent
Un genou à terre, on oublit qu’on est fier
On est sorti de la ronde en solitaire
Je croise tous ces corps, des sourires qui me frôlent
Oscillant loin de moi toutes ces âmes désinvoltes
Errant je m’éloigne de ma force…"
(Kirsie - Sourire Encore)



Cette bataille va être l’une des plus dures. La fatigue est là, le découragement de voir leurs vies jouées comme des grains de maïs que l’on souffle vers les flammes, pions sur le grand échiquier de la guerre. Un regard vers sa section, du moins ceux encore debouts, Yunab, Lylla, Libre, Armaury... des visages marqués par la fatigue, des armes qui tiennent encore miraculeusement malgré les coups reçus et donnés. Deux femmes, trois hommes, de valeureux combattants de fortune pour les uns, des soldats ayant déjà goûté aux champs de bataille pour les autres, mais tous égaux et unis devant la peur et la rage de défendre leur Duché et ces terres de Champagne.

Mirettes grises qui se reportent sur leur chef d’armée, la blonde Duchesse de Brienne qui ne faiblit pas, obéit aux ordres, toujours présente pour ses soldats, discutant, s’en préoccupant bien plus que ne le font ceux qui les envoient à l’abattoir chaque jour qu’Aristote leur donne à vivre.

Cette fois-ci, ils ne peuvent plus reculer. La charge est là, face à eux devant ce nuage de poussière et de terre que soulèvent ceux qui fondent sur eux.

Un dernier regard vers les deux jeunes femmes qui sont juste derrière lui, un murmure
... qu’Aristote vous garde.. avant de se retourner vers l’ennemi qui s’avance, et de lever son épée vers le ciel.

pour la Champagne !! pour nos terres !

FORCE ET HONNEUR !!


Le reste n’est plus que vacarme et bruits des armes qui s’entrechoquent. Les épées se lèvent, s’abattent, il a l’impression de ne toucher personne comme si le sort s’acharnait encore et encore, comme si leur vie n’était pas digne à défendre.

Des cris, des corps qui s’écroulent, une douleur à cette épaule déja blessée l’été 57, celle qui maintient le bouclier qui le pare des coups qu’il reçoit.
Un cri à ses côtés, Lylla qu’il voit s’effondrer tandis que ses compagnons font bloc, défendent leurs vies chèrement. Une prière qu’on les épargne tandis qu’il se déplace vers la jeune femme et frappe encore et encore.

Une autre douleur quand son bouclier vole en éclats... un goût de déja vu... Vae... le bouclier de Lily.. rempart dérisoire qui l’avait abandonné. Aujourd’hui, en Champagne sur cette mine de Peronne où sont tombées Magdeleine et sa fille Aliénor, il lutte pour sa vie à son tour. Ironie du sort, destin qui s'acharne à rappeler ce qui a été, et ce qui est.

Le bouclier n’est plus qu’un tas de débris, son épaule le lâche il serre les dents, son épée se lève, un autre coup sur la cuisse droite lui entaille les chairs à nouveau, il se retourne essaie de rendre coups pour coups mais ne peut éviter la lame qui fond sur ce flanc déjà blessé pendant Vae et que Dotch lui a refermé. Lame qui laboure à nouveau ses chairs, douleur qui lui fait lâcher l’épée qui vole elle aussi en éclat. La douleur est insupportable lorsqu’il tombe à genoux près de Lylla, hébété de voir encore la mort venir le provoquer. Yunab est tombée elle aussi, ils ne peuvent pas mourir aujourd’hui ça n’est pas leur jour, ils sont jeunes, ils ont encore des choses à vivre.

Tout devient flou, elle lui a demandé d’être prudent, il a encore promis comme à Dotch... décidément il a du mal à tenir ses promesses parfois. Il tombe sur le côté la main posé sur la blessure d’où le sang s’écoule.. son visage contre le sol, des visages amis défilent devant ses yeux, des sourires, des paroles à peine perceptibles... encore ce voile qui descend lentement, cette odeur de mort qui traîne.

Les bruit s’estompent doucement, tout devient flou avant que ses yeux ne se ferment.

Et puis le noir.


Alienor_vastel a écrit:
[Tente médicale de Compiègne - Soirée du 30 septembre]

Bientôt deux jours... Deux jours qu'elle était là, coincée dans ce lit, un bandage autour de la tête masquant la blessure qu'elle avait reçue. Deux jours qu'elle souffrait, de cette douleur lancinante dans les tempes, de ces vertiges qui l'empêchaient de se lever sans défaillir, de ces absences qui lui faisaient perdre le cours de ses pensées durant de brefs instants.
Deux jours qu'elle rageait, que la colère ne la quittait pas, contre ceux qui donnaient ces ordres insensés d'aller se battre alors qu'au fil des jours on était de moins en moins et qu'en face, on nous attendait bien à l'abri des remparts de Péronne, et qu'on se renforçait même sans aucun doute. A se demander si certains ne voyaient pas là l'opportunité de se débarrasser des contradicteurs en les envoyant à ce qui ne pouvait que se terminer par un massacre. La grande et fière Champagne n'était plus, et elle sortirait encore plus affaiblie de ce qui se passait là-bas, au nord de ses frontières.

Deux jours aussi qu'elle s'inquiétait, de ses amis, de ses proches qui continuaient malgré tout le combat, par honneur, un mot dont certains, loin du front et à l'abri des tourments de cette guerre avaient perdu le sens.
Coline avait été amenée le matin même, dans un état grave, et Aliénor souffrait davantage de voir son amie dans cet état que de ses propres blessures. Car c'est une chose d'être blessé, c'en est une autre que de voir ceux qu'on aime l'être à leur tour. Sentiment d'impuissance qui venait se rajouter à sa colère.

Un soignant réquisitionné et pompeusement nommé son secrétaire, pour écrire les missives qu'elle n'avait pas la force de rédiger elle-même et sur lequel elle passait son énervement à se sentir si inutile, si invalide. Même dicter ajoutait à sa faiblesse, mais elle ne voulait pas remettre à demain ce dernier pli de la journée. Parce qu'aujourd'hui plus que jamais, on ne pouvait savoir de quoi demain serait fait.
Pervenches se fermant alors qu'un messager s'éloignait pour porter la lettre à son destinataire. Et l'inquiétude à nouveau, de ne pas savoir s'il la recevrait à temps. Avant le prochain combat...



[Tente médicale de Compiègne - Matin du 1er octobre]

Réveil en sursaut d'un sommeil en pointillé, troublé par la douleur et l'angoisse. Réveil en sursaut par le bruit, les cris, les gémissements. Pas pressés des soignants, bousculades, fourmilière en ébullition. Des mots qui circulent, les armées champenoises ont été défaites, de nombreux blessés, pire peut-être.

Aliénor se redressa vivement, mouvement qui lui tira une grimace tant la douleur à sa tempe se fit vive et violente. Main portée à son front, et un éblouissement devant les yeux, pervenches qui se referment alors que la tête vient retrouver le lit. Maudite blessure, maudite faiblesse qui refusait à son corps ce que son esprit voulait.

Savoir. Savoir qui était tombé, savoir qui était en vie de ses compagnons d'armes, de ses amis. Faire appel à toute sa volonté, dépasser sa souffrance et ses malaises pour savoir.
Alors l'adolescente se leva à nouveau, plus lentement. Tournant doucement sur le lit jusqu'à s'y trouver assise, les jambes pendantes. Combien elle voulait aller plus vite, se précipiter, mais elle savait qu'elle ne pouvait pas, qu'il lui faudrait prendre son temps sous peine de chanceler une nouvelle fois.
Personne pour l'aider à faire les pas qui la séparaient de ceux qui venaient d'arriver, gisant sur des civières de fortune, tous étaient occupés auprès des blessés. Des pas titubants, incertains, faiblesse et douleur qu'elle ressent encore, des secondes, des minutes qui lui semblèrent une éternité, tant elle voudrait déjà se trouver auprès d'eux.

Son visage déjà pâle blêmit encore en reconnaissant Coxynel. Souvenirs qui se portèrent un instant vers Orléans, et cette bataille dans laquelle sa mère avait perdu l'enfant qu'elle portait en son sein. Aristote fasse que la jeune femme ne connaisse pareil tourment. Puis Lylla, Yunab, Koroseth, Connor... Du sang, tellement de sang, des râles, des visages crispés par la douleur ou au contraire inconscients.

Pervenches qui cherchaient, qui fouillaient, qui exploraient, souffle court de l'effort fourni à avancer ainsi, au hasard, et l'espoir qu'il ne serait pas là, sous cette tente. Espoir qui s'écroula tel un château de cartes qu'un courant d'air balaye lorsqu'elle l'aperçut, inanimé.

Derniers pas avant de se laisser tomber à ses côtés et de lui prendre la main, y posant son front.



[Châteauneuf-sur-Loire, comme dans un rêve]

"Et le rêve de l’infante à la rose lui revient de nouveau…

Elle est toute petite, une duègne la garde.
Elle tient à la main une rose, et regarde.
Quoi ? Que regarde-t-elle ? Elle ne sait pas. L’eau,
Un bassin qu’assombrit le pin et le bouleau ;
Ce qu’elle a devant elle, un cygne aux ailes blanches,
Le bercement des flots sous la chanson des branches,
Et le profond jardin rayonnant et fleuri.
Tout ce bel ange a l’air dans la neige pétri. *

L’infante est là, dans cette chambre, elle s’approche et dépose un baiser sur son front.
Pisan dans son sommeil lui sourit, veut la toucher mais quelque chose l’en empêche.
Elle est fatiguée, si fatiguée…Ouvrir les yeux et la regarder. Un duc normand lui avait dit que certaines choses peuvent être dites par le regard.
Elle tente d’ouvrir les yeux avant que le rêve ne s’échappe et la distingue dans une sorte de brume. Elle met toute la tendresse qu'elle a en réserve dans ce regard voilé.
« Jolie petite rose… » murmura-t-elle et elle referma ses yeux." **



[Retour à Compiègne - matin du 1er octobre]

"Laisse couler quelques pleurs
Pour adoucir tes peurs
Juste quelques pleurs
Comme on arrose une fleur
De quelques pleurs"
Isabelle Boulay - "Quelques pleurs"


L'infante avait jadis réveillé la dormeuse. Cette image, Aliénor l'avait oubliée, et elle venait brusquement de lui revenir, comme tant d'autres parfois.
Mais l'infante avait grandi, la tente de Compiègne n'était pas la chambre claire et tranquille de Châteauneuf, et Aimelin n'était pas Pisan. Pisan, qui n'allait pas tarder à retrouver son époux disparu après sa captivité à Arras, qui avait alors encore tant à vivre, tant à donner, tant à prendre.

Et ce doute, ce terrible doute qui brutalement assaillit la petite blonde. Tant d'êtres qu'il avait aimés et qui avaient disparu, ces fantômes, et s'il voulait les rejoindre. Il était si facile, paraît-il, de se laisser aller... Sa mère avait écrit dans son journal, cette lumière si forte, cette chaleur si douce, et cette certitude de retrouver ceux qu'on avait perdu et qui vous attendaient derrière.
La peur à nouveau, comme une pointe rougie par le feu qui lui transperçait le ventre. Cette peur de ressentir une nouvelle fois ce sentiment d'abandon, si fort qu'il l'avait empêchée de vivre après la mort de ses parents. Et se rendre compte, à la violence de cette peur, qu'elle n'avait pas envie que disparaisse cette présence devenue si naturelle à ses côtés depuis plusieurs mois déjà.

Alors elle redressa la tête, et de la main qui ne serrait pas celle du blessé, de ses doigts légers, elle lui caressa doucement le visage, lui parlant d'une voix basse et décidée qui masquait sa fatigue et sa lassitude
Ne laisse pas tomber, Aime, tiens bon... Tu en as vu d'autres, je le sais, et tu t'en es déjà sorti... tu n'as pas le droit d'abandonner... "tu ne peux pas m'abandonner toi aussi, pas comme ça, pas maintenant..." et qui se termina sur un murmure ... j'ai besoin de toi...

Regard se troublant d'une larme qui pointa au bord de l'oeil, timide et hésitante, Une perle humide qui doucement, lentement, commença sa descente, glissant imperceptiblement le long des sillons du visage, déposant son goût salé au coin des lèvres avant de finir sa course sur les deux mains entrelacées. Une larme comme celles qu'elle n'avait pas versées depuis si longtemps.



---------------------------------------------
* "La rose de l'infante" (La légende des siècle XXVI) V. Hugo
** A tout seigneur tout honneur, ce passage entre guillemets est de ljd Pisan, extrait d'un RP écrit en Juillet-Septembre 2008, "Tous les matins du monde sont sans retour"

Aimelin a écrit:
[Tente médicale de Compiègne - Matin du 1er octobre]

"Jugeant qu'il n'y a pas péril en la demeure
Allons vers l'autre monde en flânant en chemin
Car, à forcer l'allure, il arrive qu'on meure
Pour des idées n'ayant plus cours le lendemain...
Mourrons pour des idées, d'accord,
mais de mort lente..."
(Brassens - Mourir pour des idées)



Et puis le noir.

La mort semblait bien douce. Aucune douleur, aucun bruit mais ce noir si étouffant et ce silence alors que des visages défilent lentement devant ses yeux encore clos, d'abord flous puis plus nets pour s'évaporer à nouveau.


Mel ?... Mélissande lui sourit ironiquement avant de le pointer du doigt en essayant un regard réprobateur..."TOI !..... la prochaine fois que tu es introuvable...""on n'est jamais assez prudent quand il s'agit de se défendre lors d'une guerre, souviens t'en toujours"... "je m'en souviendrai."

J'ai été prudent mais ils étaient si nombreux.

Il s'agite doucement dans son inconscience tandis que le visage de son amie disparue s'estompe doucement laissant la place à d'autres visages, d'autres sourires


"... Mel où vas tu ? reviens tu devais m'apprendre à être chevalier."

Une douleur lui coupe quelques secondes la respiration. Il a mal... alors c'est qu'il n'est pas mort, on ne peut pas avoir mal quand on est mort.

- la lame a bien entaillé le flanc... un bandage sur celle de la cuisse.

Quelqu'un le bouge, il sent un liquide chaud sur lui, voudrait dire qu'il a mal mais il n'arrive pas à parler.

"Aim" rends moi mon livre des vertus je sais que tu me l'as caché".. les voix sont douces et pourtant elles raisonnent comme si tout autour de lui n'était que le vide "je t'ai fais deux boucliers regardes comme ils sont beaux".. "des boucliers made in Lily ils me porteront bonheur"

Les boucliers de Lily, où sont ils ? je me souviens. Un a volé en éclat pendant Vae et l'autre est avec celui de Dance et son épée... c'est quoi cette lumière j'ai moins froid.

"Aime ?"
"Dance"
"Aime n'abandonnes pas, souviens toi .... étudies pour moi, pour nous."
"attendez moi, ne me laissez pas, il fait froid"
"souviens toi....souris comme j’aurais aimé te voir sourire, aimes comme j’aurais aimé pouvoir t’aimer..."
"Je suis si fatigué, attendez moi."
"On te donnera ma chaine avec mon médaillon et cet anneau qui ne me quitte plus"

Ma chaine, où est elle.

Ne laisse pas tomber, Aime, tiens bon... Tu en as vu d'autres, je sais, et tu t'en es déjà sorti... tu n'as pas le droit d'abandonner...

Abandonner... cette voix il la connait si bien. "J' m'appelle Angelle … 'vec deux L … comme les anges". La guerre encore qui tournoie autour de lui, des voix comme pour l'empêcher de se laisser entrainer par la lumière et la douce chaleur qu'elle lui procure. Partir c'est ne plus rien sentir, c'est aussi abandonner ceux qui restent et qu'il aime.
Ce contact sur sa main, cette présence qu'il sent auprès de lui. Un murmure à peine perceptible …
Alielui dire qu'il ira rejoindre les autres plus tard quand il aura fait tout ce qu'il a à faire… mais pas maintenant.

Doigts qui doucement essaient de bouger tandis que son autre main part doucement à tatons à la recherche de sa chaine et de son précieux trésor.



"Encor s'il suffisait de quelques hécatombes
Pour qu'enfin tout changeât, qu'enfin tout s'arrangeât
Depuis tant de "grands soirs" que tant de têtes tombent
Au paradis sur terre on y serait déjà"
(le même)

Alienor_vastel a écrit:
[Tente médicale de Compiègne - Matin du 1er octobre]

"On tient, on étreint
La vie comme une maîtresse
On se fout de tout brûler pour une caresse
Elle s'offrira et n'aura pas d'autre choix"
Mozart l'opéra rock - "Vivre à en crever"



Une larme, pour adoucir sa peur. Et dieu sait combien elle avait peur, devant le corps inerte d'Aimelin, qu'il ne se réveille pas. Car malgré ses amis, ses proches, malgré la vie qu'elle avait réussi à se construire, malgré l'équilibre qu'elle croyait avoir enfin trouvé, tout semblait pouvoir à nouveau disparaître brutalement. Comme à la mort de ses parents.

L'on ne mesure vraiment ce à quoi l'on tient que lorsque l'on risque de le perdre. Elle avait failli perdre la vie deux jours plus tôt, et s'y était accrochée de toutes ses forces. Et là, à l'idée de peut-être perdre celui qui partageait son existence depuis plusieurs mois déjà, elle se rendait compte à quel point elle s'était habituée à sa présence à ses côtés, combien elle s'était attachée à lui, davantage qu'elle ne voulait se l'avouer en tout cas. Ne pas mettre un nom sur ce sentiment, qu'est-ce qu'un mot après tout, seules importaient cette complicité et cette connivence entre eux deux, ces sourires, ces non-dits et ces silences entre eux qui bien souvent en disaient bien plus que les paroles.
Combien il était reposant pour elle de parfois faire tomber les barrières qu'elle avait dressées autour d'elle pour se protéger d'une tempête qui pourrait la balayer tel un fétu de paille projeté par les vents déchaînés, pour se préserver du débordement d'un torrent qui pourrait l'emporter tel un caillou bousculé par le courant fougueux ; et combien il était précieux pour elle qu'il la comprenne sans qu'elle n'ait besoin de dire mot.

Oh bien sûr, ils ne s'étaient fait aucune promesse, hormis celle de vivre au jour le jour, de recevoir et de donner, ardemment, intensément, sans envisager l'avenir, conscients qu'ils étaient que tout pouvait finir un jour. Mais la vie ne pouvait être à ce point injuste pour lui retirer une fois encore un être qu'elle aimait, pas comme ça en tout cas, pas maintenant. Un jour peut-être, sans doute, ils décideraient de poursuivre leur route chacun de leur côté, après qu'elles se soient croisées et mélangées un moment. Mais ce serait alors de leur propre choix, et pas parce que la mort, cette absence définitive, l'aurait décidé.

Tous ces sentiments, tous ces doutes, toutes ces peurs qu'elle exprimait dans les quelques phrases qu'elle venait de lui dire. Et un murmure comme une réponse, si faible, si fragile que si elle n'avait pas été aussi proche, l'esprit autant tourné vers lui, elle ne l'aurait pas entendu au milieu du bruit ambiant. Avait-elle d'ailleurs entendu, ou était-ce son imagination, son désir impérieux de le voir se réveiller qui le lui avait fait entendre?

Une pression dans sa main, si légère, pour lui confirmer que non, elle n'avait pas rêvé le murmure, et qu'Aimelin était là, si loin et si proche à la fois. Une pression à laquelle elle répondit, tenter de lui donner sa chaleur à défaut de la force qu'elle n'avait pas.
Les doigts qui caressaient le visage du jeune homme se portèrent à celui de la petite blonde, pour effacer sur sa joue la trace humide laissée par la larme. Effacer la peur, et les doutes aussi, du moins pour l'instant, rien n'importait plus maintenant que ce murmure qu'elle entendait si fort, ce frisson des doigts qui la réchauffait.

Un mouvement de la main du blessé attira son attention, pervenches qui suivent le lent cheminement des doigts vers la chaîne qu'il portait à son cou. Sachant ce qui y était accroché, le médaillon et l'anneau de son amour disparu.
La main de la blondinette se porta machinalement à son propre médaillon, celui que sa mère lui avait donné avant de partir. Et des mots qui dansent devant ses yeux.
"Vis, avec honneur et courage..." Un objet, un simple objet, chacun le sien, et pourtant tant de symboles y étaient portés. Continuer sans elles, malgré elles, pour elles. A cause d'elles. Continuer d'avancer, de braver le courant comme ces cailloux qui volent sur l'eau pour aller se poser sur l'autre rive, garder précieusement ces souvenirs qui construisaient l'histoire de chacun. Et savourer intensément chaque moment qui passe, car une fois de plus ils venaient d'avoir la preuve que ce moment-là pouvait être le dernier.

Alors un murmure à son tour, dans lequel fait passer le léger sourire qui vient de s'afficher sur ses lèvres en même temps qu'elle dégage avec tendresse une mèche de cheveux sur le front du jeune homme
Je suis là, Aime...

Oui elle était là, pour l'aider à revenir, et pour l'aider à vivre tout comme il le faisait pour elle. Vivre pour celles et ceux qui les avaient quittés, mais aussi pour eux. Et vivre pleinement, passionnément, pour ne rien regretter lorsque l'histoire se finirait.
Mais l'histoire ne se finirait pas ici, et pas maintenant.



"S'il faut mourir
Autant vivre à en crever
Tout retenir pour tout immoler
S'il faut mourir
Sur nos stèles je veux graver
Que nos rires ont berné
La mort et le temps"
Idem

Aimelin a écrit:
[Tente médicale de Compiègne - Matin du 1er octobre]

"Et s'il faut que les marées me renversent
J'irai jusqu'au bout
Par-delà les chemins qui mènent au plus profond de l'âme
Je ferai de ma vie un Eden avant que je m'endorme"
(I.Boulay – j’irai jusqu’au bout )



Sa main s’était doucement serrée sur le précieux médaillon et l’anneau, comme s’il s’accrochait à cette vie qui l’avait tant de fois meurtri, mais lui avait apporté tant de bonheur et de fierté. Des bruits qui emplissaient son silence, mêlé à des images et des visages. Des yeux bleus, un sourire… des recommandations… « sois prudent je ne veux plus jouer la médicastre avec toi »… la Duchesse et le jeune ébouriffé.. Vae l’été 57. Combien de fois avait il promis d’être prudent, à combien de personnes chères à son cœur l’avait il promis… ne jamais promettre quelque chose que l’on n’est pas sûr de tenir. Qu’il était dérisoire de promettre d’être prudent lorsqu’on partait à la guerre, comment pouvait on l’être au milieu de la mort, tant vigilante sur les champs de bataille.
La douceur d’une main sur son visage le fit tressaillir, comme s’il avait peur qu’on l’emmène. Non pas aujourd’hui, pas encore, j’ai tant de choses à faire, je n’ai pas eu le temps de dire au revoir.


Je suis là, Aime…

Le temps qui avait posé son lourd bagage sur ses paupières depuis ces dernières heures, sembla faire preuve de clémence. La lumière fit place à l’obscurité et bien qu’encore flou il devina le visage penché sur lui.. un autre murmure tandis qu’il faisait des efforts pour sortir de cet engourdissement.

Alie.. je suis oùla peur qui étreignit son estomac de ne peut être pas être celui qu’il était avant de sombrer. Encore cette douleur à son flanc et sa jambe. Sa main qu’il ressera dans celle de la blondinette pour ne pas qu’elle le laisse partir les rejoindre.

J’ai.. eu peur.. de pas pouvoir… dire.. au revoirderniers mots qui se perdirent dans un souffle.

Depuis combien de temps était il là et dans quel état était il. Il chercha à reprendre son souffle, guettant les moindres bruits autour de lui, les moindres voix connues. Tout ce dont il se rappelait c’était ce bruit assourdissant, ces deux jeunes femmes tombées non loin de lui et ces trois soldats ennemis au milieu desquels il se débattait à coups d’épée et de bouclier avant que la lumière ne disparaisse de devant ses yeux.


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MessageSujet: Re: [RP] Les chiens ne font pas des chats    Ven 2 Déc - 16:26

Alienor_vastel a écrit:
[Tente médicale de Compiègne - Matin du 1er octobre]

Dans le brouhaha étourdissant qui les environnait, les ordres des médicastres, les gémissements des blessés, ces hommes et ces femmes qui s'affairaient autour d'eux, il n'y avait plus que ce contact tant fragile et qui pourtant se raffermissait, cette pression des doigts dans les siens comme un bateau qui jette l'ancre pour ne pas dériver. Cette main qu'elle serra à son tour, le retenir, puisqu'il s'était réveillé, même encore si loin, et ne pas le laisser repartir...

La voix d'Aimelin s'éleva faiblement, questions à elle posées. Réponses apportées d'une voix calme qui ne trahissait pas la colère qui bouillait en elle, contre ceux qui les avaient envoyés une nouvelle fois devant les remparts de Péronne, ceux pour qui ils n'étaient que des chiffres, le nombre des hommes et des femmes qu'ils expédiaient au combat, oubliant que ces hommes et ces femmes n'étaient pour la plupart pas des soldats, mais surtout des êtres humains, avec une vie, de la famille, des amis...
Une voix calme, pour ne pas le fatiguer, et lui raconter ce qui s'était passé, du moins ce qu'elle en savait, c'est-à-dire si peu. Juste les bribes qu'elle avait entendues à son réveil. Les armées champenoises défaites et forcées de faire retraite devant le nombre supérieur de combattants artésiens. Ceux de sa section qui gisaient non loin, sur des brancards de fortune, comme lui, attendant eux aussi d'être soignés pour les cas les plus graves qui n'avaient pu l'être sur le champ de bataille, comme lui.

Et le laisser aux mains et aux bons soins des médicastres, puisqu'elle ne pouvait apporter aucune aide, n'ayant aucune connaissance en la matière, et de toute façon elle était encore trop faible pour agir. S'éloigner pour retourner s'écrouler sur son propre lit, les tempes battant de la douleur qui revenait.
Aliénor ferma les yeux, un soupir, mélange de soulagement et de malaise, franchissant alors ses lèvres. Tempête sous son crâne déjà bien malmené, tentant de mettre ses idées en ordre alors qu'une peur, différente de celle ressentie auparavant, mais tellement plus insidieuse, envahissait son esprit.

Elle avait eu peur qu'il ne se réveille pas, et cette peur venait brutalement de lui faire prendre conscience à quel point elle était attachée à lui. Sentiment nouveau qui se faisait jour chez l'adolescente, ce même sentiment qu'elle s'était jurée de fuir pour n'en avoir vu autour d'elle que les conséquences malheureuses, pour l'avoir vu détruire ses proches. Et elle avait peur maintenant, de ce sentiment, de se poser ces questions dont elle ne voulait pas connaître les réponses, peur de peut-être un jour vouloir regarder plus loin qu'aujourd'hui. Peur d'à son tour souffrir comme elle avait vu souffrir sa mère, de s'éteindre peu à peu comme elle l'avait vue s'éteindre...

Ce noeud dans le ventre, cette boule au fond de la gorge, comme à chaque fois que ses émotions la submergeaient... Et comme à chaque fois aussi , elle se concentra sur sa respiration qu'elle tenta d'apaiser par de longues et lentes inspirations, vidant son esprit de ce déferlement de pensées qu'elle ne voulait pas affronter, le fermant à ses questions et ses doutes. Occulter ce qui la troublait et la déstabilisait, fuite devant la réalité ou lâcheté peut-être, mais surtout le seul moyen qu'elle avait trouvé pour ne plus sombrer comme elle l'avait fait à la mort de ses parents, pour continuer à rebondir, comme ces cailloux qu'ils avaient fait voler sur l'eau de cette petite rivière de la forêt de Troyes, plusieurs mois auparavant.



[Compiègne toujours, quelques jours plus tard]

"Un jour ou l'autre après bien des années
On revient sur ses traces
Rechercher un passé qui s'efface."
Aznavour - "Un jour ou l'autre"


La main était accrochée à la grille de fer. Hésitante. Et pourtant le premier pas avait été fait lorsque la blondinette s'était enfin dirigée vers le cimetière, laissant pour un temps Aimelin se reposer sous la tente médicale. Ce cimetière dans lequel elle n'avait pas encore eu le courage de se rendre, malgré ses différents séjours à Compiègne. Était-ce d'avoir frôlé la mort qui l'avait enfin persuadée qu'il n'était plus temps de remettre à demain ce qu'elle pouvait faire le jour même ? Etait-ce cette mort qui finalement ne l'avait pas emportée, lui donnant plus que jamais envie de vivre, qui lui avait fait prendre conscience que ses fantômes ne la laisseraient jamais totalement en paix si elle ne franchissait pas enfin cette grille ? Ou avait-elle simplement besoin de ce moment avec la mémoire de ceux qu'elle avait aimés ?

Les pervenches balayaient le paysage devant ses yeux. Hésitantes elles aussi. Multitude de pierres, témoins de vies éteintes. Combien parmi elles en avait-elle connues, combien en retrouverait-elle? Elle savait où se trouvaient certains, pour d'autres, il lui faudrait aller au hasard. Comme une promenade dans les souvenirs, puisqu'il ne restait que les souvenirs. Si les voix, les odeurs s'étaient estompées peu à peu au fil du temps, ces souvenirs restaient encore tellement vivants dans son esprit et dans son coeur.

L'adolescente prit une grande inspiration, et la main poussa la dernière barrière entre les vivants et ceux qui ne l'étaient plus. Un frisson lorsque la grille tourna sur les gonds rouillés par le temps. Froid, peur, appréhension ? Sans doute un peu des trois à y bien songer...

Resserrant sa cape autour de son corps, Aliénor avança dans l'allée, à pas lents, fouillant du regard les pierres, déchiffrant les noms, décryptant les dates. Comme une remontée dans le passé à mesure qu'elle dirigeait ses pas vers la partie la plus ancienne du cimetière, là où elle savait trouver sa destination finale. Sa destination finale, mais pas la seule. D'autres mémoires à honorer, d'autres souvenirs à faire revenir avant ça.

Des arrêts au fil de son cheminement, à mesure que certains noms s'imposaient à elle. Wittek... le maître d'armes de Chelles, le soldat des Loups de Champagne. Chelles... elle savait qu'elle trouverait d'autres membres ici, après tout Compiègne avait été le bastion des "roses" les plus fidèles. Seuls Tomsz et Pisan n'y seraient pas, leurs corps reposant ailleurs.
Un autre tombe, un autre nom. Golitor, son parrain. Main qui se porte au nez, et le frotte dans un geste machinal, le même qu'elle faisait quand, petite fille, elle plongeait en riant son visage enfantin dans la barbe qui la piquait. Son parrain, celui qui serait toujours à ses yeux l’époux de sa marraine, quand bien même il avait disparu le soir de leurs noces. Personne n'avait compris le pourquoi de cette disparition, parce qu'il ne faisait aucun doute qu'ils s'aimaient, ces deux-là... Et pourtant, il était parti, pour s'éteindre dans la solitude peu après...
Et Jb... le gentil Jb, le discret Jb. Le fidèle escuyer de Pisan, celui qui avait passé plusieurs mois à Péronne durant la guerre contre l'Artois, faisant parvenir des rapports quotidiens sur les mouvements de troupes ; Jb, si loyal à Chelles que lui aussi avait suivi les Vicomtes. Et lui aussi y avait laissé la vie, le même jour que la Dame de Pomponne. Une présence réservée, et pourtant il avait été pour cette dernière un ami et un soutien précieux, celui qui avait fait renaître sur ses lèvres un sourire qui s'était fait de plus en plus rare à mesure que son époux s'éloignait, qui avait fait à nouveau briller dans ses yeux une petite flamme fragile et éphémère.

Une rafale de vent fit frissonner la blonde adolescente alors que ses pervenches quittaient la pierre sur laquelle elles étaient posées et que le froid s’infiltrait en elle. Main qui s'élève vers le visage pour glisser derrière l'oreille l'insolente mèche blonde venue voler devant ses yeux.
Il était temps maintenant, temps de faire face au tourbillon d'émotions qui commençait à l'envahir à l'idée de faire ce pourquoi elle était venue. Ses derniers pas vers cette grande pierre, plus grande que les autres, plus large surtout. Celle sous laquelle reposaient ses parents, côte à côte, enfin réunis pour toujours après s'être si longtemps cherchés.

La démarche était lente et comme incertaine à mesure qu'elle approchait, et que les mots gravés sur la pierre se faisaient plus présents à ses yeux. Hic jacent, ici reposent Magdeleine d'Assas et Estienne Vastel dict Bigbosspower. Et ces deux dates, ce funeste 5 juillet pour elle, à peine un mois plus tard pour lui.
Un arrêt, une longue respiration qui fit sortir de ses lèvres un petit nuage de buée s'envolant légèrement dans l'air avant d'y disparaître, et la petite blonde se décida à aller s'asseoir sur la pierre. Main qui plonge dans la poche de sa cape, et en ressort la rose cueillie lors de leur passage à Sainte-Ménéhould, pour la déposer entre les deux noms. La fleur avait séché, soigneusement conservée entre deux feuillets de parchemins, mais il flottait quand même dans l'atmosphère un reliquat de son parfum, cette odeur si présente dans les jardins de Chelles et de Pomponne aux roseraies florissantes.
Une rose, comme la vie qu'il fallait saisir et savourer tout en essayant de pas trop se blesser aux épines.

Et des épines, il y en avait eu dans sa vie, et Aliénor était consciente qu'il y en aurait certainement d'autres encore. Les pervenches se firent songeuses, plongeant dans le vague, esprit tourné vers le souvenir de ses parents.
Combien elle avait essayé de comprendre. Comprendre comment deux êtres pouvait s'aimer au point de ne plus pouvoir vivre ensemble, de fuir les remords et la culpabilité qu'ils lisaient dans les yeux de l'autre à en chercher la délivrance ultime, définitive ; et en même temps s'aimer au point de ne plus supporter de vivre l'un sans l'autre. Et elle avait compris, en lisant le journal de sa mère, et sa dernière lettre, ces mots couchés qui peu à peu avaient fait retomber la colère qui grondait en elle à s'être sentie ainsi abandonnée à leur mort. Elle avait compris, et c'était bien là une des raisons du malaise qu'elle ressentait depuis quelques jours.

Les yeux se fermèrent un instant, le temps que résonne une voix masculine à son oreille. Celle de son père, ce père si souvent absent, l'une des dernières fois qu'elle l'avait vu, juste avant la cérémonie qui allait faire de sa mère la vassale de Tomsz. Maréchal de France, officier royal qui commandait aux soldats aguerris, qui ne craignait pas les combats, mais tellement intimidé devant le désarroi d'une enfant, de son enfant. "
Dites-moi, petite princesse, ce qui vous cause tant de soucis, pour que je les change en sourires jolis..."
Et c'est l'adolescente qui répond, qui murmure dans le silence de ce cimetière, en même temps que le regard se fait jour à nouveau
Si vous saviez, papa, si vous saviez... Tant de questions à poser, tant de choses à dire, tant de craintes à exprimer.
Du bout des doigts, elle suivit les contours des noms gravés dans la pierre, pensive. Les comprendre, et surtout ne pas suivre le chemin qu'ils avaient emprunté, ne pas se résigner et au contraire réussir à affronter sa peur et ses doutes pour ne rien regretter.

La jeune fille se releva, jetant un dernier regard à la pierre sous laquelle gisaient ses parents. Mais qu'est-ce qu'une pierre, des noms inscrits dessus, alors qu'ils étaient si présents encore dans sa mémoire, et que d'une certaine façon, ils continuaient de guider ses actes, ses choix, et de veiller sur elle. Et que tant qu'ils auraient leur place dans son coeur et ses pensées, alors leur souvenir ne disparaîtrait pas.

"N'oublie jamais qui tu es, petite princesse"... Aliénor porta sa main à son médaillon, non, elle ne l'oublierait pas, tout comme elle ne les oublierait pas. Les racines de son existence puisaient dans la terre de leur histoire, ce qu'ils avaient vécu était la sève qui la faisait grandir.

Et c'est d'une main légère, un léger sourire aux lèvres, que la blonde adolescente referma quelques instant plus tard la grille du cimetière derrière elle, avant de regagner la tente médicale. Et de se diriger vers le lit où reposait Aimelin, s'asseyant silencieusement à ses côtés, posant légèrement sa main sur la sienne. Ses doutes, ses peurs étaient toujours là, mais du moins ce tête-à-tête avec ses parents lui avait-il permis de retrouver, pour le moment, une certaine sérénité.



"Un jour ou l'autre on constate surpris
Que tout est illusoire
Et qu'ainsi ce n'est qu'en la mémoire
Que tout meurt ou tout vit"
Idem

Aimelin a écrit:
[Tente médicale de Compiègne – octobre.. très en retard oui]


Les journées étaient passées laissant doucement au jeune champenois le temps de reprendre des forces, et de garder quelques souvenirs de ces dernières batailles. La cicatrice de Vae n’était plus la seule à lui rappeler certains mauvais passages de sa vie.
Il se souvenait des paroles d’Aliénor alors qu’il était à demi conscient. Ainsi l’armée des Bleus avait été à nouveau repoussée et malmenée comme si les artésiens les attendaient. Tout virevoltait dans sa tête. Il en avait déjà parlé avec la blondinette et deux solutions étaient apparues à leurs yeux… le hasard ou les traitres. Et puis cette colère sourde qui montait contre ceux qui dirigeaient, quelque part du côté de la Curia, en se fichant totalement de ceux qui partaient donner leur sang pour la Champagne, la plupart des civils qui n’avaient pas les moyens de s’acheter des armes et partaient au combat munis de bâtons. Rester calme et ne pas céder à cette colère qui s’emparait de lui comme à chaque fois. Combien d’innocents allaient encore périr pour le pouvoir de quelques uns et pour une liberté si chère à payer.


- mais restez donc tranquille Seigneur.
- tranquille ? avec ce qui se passe ? non ! donnez moi de quoi écrire.


Impatient le jeune Etampes arrêta ses cents pas boitillants, et s’assit sur le lit, couche sommaire qui avait vu et verrait sans doute défiler encore moult blessés. Il glissa, non sans une grimace devant le tiraillement sur son flanc que lui procurait le geste, la planche apportée, par son garde , sur les genoux, attrapant d’un geste brusque la plume qu’il lui tendait.

- puisque les responsables restent sourds à nos demandes et nos paroles, je vais donc coucher les mots et peu importe ce qui arrivera.

Et de s’appliquer à écrire, la plume néanmoins rageuse.

Citation :
Compiègne, le 12 octobre 1459 *

Bonjour,

Voici le relevé de ma section au sein de l'Armée "Toujours Bleu" de la Duchesse de Brienne, ainsi que noté l'armement de chacun.

(Une liste des noms et des équipements était donc notée à la suite.)

A ce jour du 12 octobre, toute ma section a volé en éclats sur cette mine entre Peronne et Compiègne comme vous le savez, et les armes de mes compagnons pour la majorité, ont été détruites. Il y a eu des blessés graves et des plus légers, malgré les armures spéciales dont s'étaient équipés certains d'entre nous.

Voici pour preuve, rapport des combats, du moins ceux que j'ai pu relever.

(Une autre liste de noms était notée, avec les armes perdues par sa section.)

Certains ont investi beaucoup d'écus dans leur armement malgré leur peu de moyens, afin de défendre la Champagne, comme Alienor Vastel qui s'est armée plutôt que d'aller voir le conseiller du chateau afin de devenir artisan.

Je souhaiterais que chacun puisse recevoir armes et boucliers en compensation de ceux détruits, ou compensation financière (si ce n'est déjà fait bien entendu), ce qui me parait un geste respectueux à leur encontre.

Maintenant, si fournir des épées est trop de dépenses pour le Duché, nous pouvons aussi accepter des caisses de gobelets en étain que nous pourrons projeter sur l'ennemi afin d'espérer en assommer quelques uns, malgré que les rumeurs courent qu'ils auraient la tête dure. Des gobelets frappés aux armes de notre Champagne, n'en renforceraient que davantage l'impact sur nos ennemis.

Je vous pose un modèle de ce gobelet que j'ai fait faire sur mes propres deniers.


Respectueusement.


Aimelin de Millelieues
Seigneur d'Etampes sur Marne

Une lecture puis une autre pour rectifier quelques mots, c'est qu'il y avait du gratin à la Curia en plus de la Reyne, et il repoussa la planche, tendant la missive au garde, avant de se diriger vers une petite caisse livrée la veille et d’en sortir un gobelet, et de le porter à hauteur de ses yeux, afin d'en admirer la facture. Du beau travail que voilà, il faudrait être difficile pour ne pas aimer.

ma foy, il est fort joli et je vais en commander quelques caisses, les artichauts n’ont qu’à bien se tenir.

Avant de le poser dans la main d’Ernest.

tu vas aller porter ce courrier et cet objet à la curia, dans le bureau de l'intendance pour les champenois et tu attendras la réponse, si réponse il y a. Dis que je ne peux me déplacer moi même.
Tu porteras également ce pli qui est une copie de ma demande, à Dotch de Cassel, c'est le Grand Maître de France, tu ne peux pas la manquer.
Ne l'inquiètes pas à mon sujet, dis lui juste que je suis ... trop occupé et que je l'embrasse.


Et de regarder son garde partir, non sans un petit sourire satisfait sur les lèvres. Avaient ils de l’humour ? il en doutait mais il s’était fait plaisir, et c’était bien là l’essentiel. Un peu d'impertinence n'était point un manque de respect, même si celui-ci semblait s'être perdu dans les hautes sphères.
Ses mirettes grises abandonnèrent le garde qui s'éloignait, et il retrouva sa couche sur ordre de la médicastre, non sans lui avoir dit qu’il ne comptait pas rester deux jours de plus dans cet endroit.




* courrier déposé ce jour là à la curia



[Décembre, Reims.]


Des armes ils n'avaient point eu, de réponses non plus, et quelques gobelets il avait fait faire... enfin juste quelques caisses de cent.

Ce matin là, alors que la neige recouvrait de son blanc mantel la campagne champenoise, le jeune Connétable qu'il était devenu depuis mi novembre venait de s'adosser sur son fauteuil, sa plume profitant de l'aubaine pour souffler un peu.
Bon sang mais était-il tombé de son lit ce matin là pour avoir accepté ? Grimace et froncement de sourcils en posant le dernier parchemin traité sur la pile et soupir de bien être en constatant que la pile de ceux arrivés depuis le matin était terminée.


- aussi mince qu'un gueux après une semaine de ...
- seigneur, v... voici qu... quel... q....ques deman.. d...d.... des de LP
- jeûne.....


Un espoir anéanti, un trève dans cette bataille des parchemins, de courte durée, et un regard las sur la nouvelle pile que le garde déposait précautionneusement.
Une première missive prise et parcourue avant de faire lecture plus approfondie, et un sourire qui éclaira son visage.


hé bien celle-là est assez originale.

Et la plume reprit son labeur, et comme il était en forme, elle glissa malicieusement pour répondre sur le même ton.

Citation :
Château de Reims le 13 décembre 1459


Bonjour Dame Princesse_blanche,

Je ne tenterai pas de vous impressionner par mes fonctions passées mais je peux quand même essayer, ex responsable filière pain, ex responsable du verger et des pommes, ex sergent de la prévoté béarnaise, ex lieutenant de cette même prévoté et plus de deux ans sans avoir eu de médaille, ex chef d’armée Balaguera pendant 4 mois, ex Garde Comtal béarnais pendant deux ans, ex connétable, ex connétable et ex connétable béarnais,… oui jamais deux sans trois, ex joueur de soule des Malus, ex Loup de Champagne, actuellement joueur de soule béarnais, jouteur dont vainqueur des joutes des Grandes Ecuries Royales.. oui ça c’est ma fierté, et également représentant de la Champagne au trophée Minerve… et le meilleur pour la fin… Connétable de Champagne.
Je devrais aussi ajouter ébouriffé, ce qui fait mon charme entre autre, mais je ne le ferai pas.

Le prévot des maraichers étant en campagne, celui des maréchaux ne s’occupant point des LP, c’est donc le connétable qui vous répond.

Donc… pour faire court, je ne sais pas ce qu’est l’astrologie je vous l’avoue mais cela doit être sacrément important pour que vous vous mettiez dans un tel état d’anxiété. Si les éléments que vous devez rencontrer se réunissent une fois tous les cent vingt sept ans effectivement, c'est embêtant.

Vous souhaitez une escorte pour traverser notre Duché mais je ne peux vous offrir qu'un LP pour circuler sur nos terres et vous recommander de prier Aristote pour qu'aucune mauvaise rencontre ne vous importune.

Cordialement


Aimelin de Millelieues
Connétable de Champagne.

Et petit sourire en tendant la missive au fidèle Ernest.

fais la partir de suite, j'ai comme le sentiment que cette dame va me répondre.

Il suffisait parfois d'une simple missive pour redonner courage à notre jeune Etampes, et c'est en souriant qu'il s'attaqua à la demande suivante.


Alienor_vastel a écrit:
[De Compiègne à Reims, d'octobre à décembre...]

"De l'ombre ou de la lumière
Lequel des deux nous éclaire ?
Je marche vers le soleil
Dans les couleurs de l'hiver
De l'ombre ou de la lumière
Depuis le temps que j'espère
Retrouver dans un sourire
Toutes les lois de l'univers"
Calogero & Grand Corps Malade - "L'Ombre et la Lumière"



La vie avait repris son cours. Quelques jours de retour à Sainte-Ménéhould une fois qu'Aimelin avait été suffisamment remis pour pouvoir supporter le voyage, et une convalescence des plus calmes, et reposantes. Quoique reposante... réception d'une missive, froide, sèche, brève... et surtout choquante pour ceux qui avaient frôlé la mort de si près. Quelques mots couchés sur un parchemin pour demander quand ils pourraient à nouveau repartir au front. Indifférence totale quant à s'inquiéter de leur état de santé, tout comme la communication interne champenoise oubliait soigneusement de mentionner la guerre qui pourtant sévissait aux frontières, et ceux qui tombaient au nom d'un idéal en lequel Aliénor avait de plus en plus de mal à croire.

Alors la réponse avait été sèche elle aussi, et tout aussi brève. Des remerciements ironiques pour le souci que l'on avait d'elle suite à sa blessure, et surtout l'assurance qu'elle avait été suicidaire une fois, mais qu'elle ne le serait pas une seconde fois ! L'armée, la vie dans un campement, les combats même, elle était prête à connaître à nouveau, après tout, l'aventure "Toujours Bleu" lui avait permis de nouer des liens avec certaines personnes, liens qui n'auraient jamais été aussi forts s'ils n'avaient partagé ensemble ces nuits interminables de garde, d'attente, s'ils n'avaient combattu ensemble côte à côte. Elle était prête à y retourner, oui, mais pas pour ceux pour lesquels ils n'étaient pas autre chose que des pions que l'on avance et recule au gré de décisions arbitraires. Elle ne savait pas, alors, ils ne savaient pas encore, que la déroute des armées champenoise était liée également à la félonie d'un noble du duché qui oeuvrait contre la Champagne depuis des années...

L'automne avait peu à peu couvert la nature de ses couleurs pourpres et dorées, avant que les arbres ne perdent peu à peu leurs feuilles, couvrant le sol que le froid de la nuit rendait gelé au petit matin.
Et avec l'automne, était arrivé le seizième anniversaire de la blondinette. Une date comme une autre pour elle, après tout elle ne grandirait ou ne changerait pas d'un coup parce que le compteur venait de s'incrémenter d'une année, et pourtant la réception de missives de ses proches qu'accompagnaient les voeux pour l'occasion l'avait touchée. Parce que, plus que les mots eux-même, cela lui faisait prendre conscience à quel point sa vie était riche, de rencontres et d'amitiés, d'attentions et de soutiens.
Parmi les missives, une en particulier, des fleurs et un petit caillou. La missive l'avait faite sourire, ces quelques lignes tracées qui reflétaient ce qu'elle lisait dans ses regards, ce qu'elle entendait dans ses silences. Tout comme elle avait souri en voyant le caillou, un présent qui aurait pu paraître insignifiant ou dérisoire, et pourtant si lourd de signification, pour ce qu'il représentait, une ballade dans la forêt de Troyes, une relation qui peu à peu s'était installée même si nul ne pouvait dire combien de temps ni comment elle continuerait d'évoluer. Le caillou avait trouvé sa place dans sa poche, où elle le faisait depuis parfois rouler entre ses doigts, les fleurs quand à elle avaient embaumé la maison de leur odeur. Sauf une, qu'elle avait soigneusement confiée au petit coffret de bois marqueté dans lequel elle rangeait missives et autres souvenirs.

Octobre avait laissé la place à novembre, et aux élections ducales qui avaient porté Aimelin au conseil, à cette fonction de connétable dans lequel il trouvait doucement ses marques et ses repères. Une fois de plus ironie du destin pour la blonde adolescente dont le père avait aussi occupé ce poste, des années auparavant.
En tant que conseiller ducal, il s'était rendu à Reims pour participer à la défense de la ville, et Aliénor l'avait accompagné. S'était-il seulement rendu compte à quel point cela lui pesait, à la blondinette, que si ce n'avait été pour lui, pour être auprès de lui, elle serait partie sur les routes, faire ce voyage, voir ces horizons qui la faisaient rêver. Elle avait mis un mouchoir sur ses envies d'autre part, sur ses doutes et ses peurs aussi, profiter encore et toujours tant que ça durait. Elle le ferait jusqu'au moment où cela deviendrait tellement insupportable qu'elle n'aurait plus que le choix de partir.

Mais pour l'heure, les jours passaient et se ressemblaient. L'avantage de leur séjour à Reims, c'était qu'ils s'évitaient de longs et fastidieux aller retours entre Sainte-Ménéhould et la capitale, où tous deux avaient à faire. Au castel pour lui, à l'office héraldique du ban champenois pour elle. La blondinette accompagnait parfois
Champagne aux anoblissements auxquels cette dernière officiait en tant que témoin héraldique, une façon de former sa poursuivante, et des heures de voyage pour se rendre sur les lieux de cérémonies souvent expédiées en quelques dizaines de minutes.

Et puis ces nuits de garde, à patrouiller sur les remparts de la capitale champenoise. Ces nuits de plus en plus froides, et une fatigue qui s'installait peu à peu, insidieuse, sournoise, cernant ses yeux, palissant son visage ; ces malaises, ce manque d'appétit, ces indispositions...
Elle tentait de les cacher, un peu de fard sur les joues pour se donner meilleure apparence, même si certains de ses collègues courriers s'inquiétaient de sa petite mine, et qu'elle croisait de temps à autre le regard intrigué de son amie Coxynel dont la grossesse n'en finissait pas. A quoi elle répondait que sa méforme ne pouvait être que passagère, et surement due au froid et à ces longues nuits de garde. Croisant les doigts pour que cela ne soit que ça, ne parlant à personne de ses craintes. Même pas à Aimelin, surtout pas à lui. Parce que si ce qu'elle redoutait était vraiment, alors ce serait parler d'avenir, et ça elle ne le voulait pas.
Mais elle avait bien dû se résoudre à faire ce qu'on lui conseillait, partir se reposer quelques jours dans un couvent. Avec cependant la ferme intention de n'y rester que le strict minimum, juste le temps nécessaire pour recouvrer quelques forces.

Quelques jours, entre repos et promenades alentours, profitant de l'air qui s'était fait étonnamment doux pour cette fin de décembre. Et c'est ainsi que le 24 décembre, ses pas la menèrent vers le village proche du couvent. Déambulant au hasard des ruelles, l'échoppe d'un forgeron la fit s'arrêter. L'homme était un artiste dans son domaine, les productions qui sortaient de sa forge étaient délicatement ouvragées, certains petits objets semblaient même comme être de la dentelle de métal.
Aliénor laissa vagabonder ses pervenches sur l'étal, un sourire venant éclairer son visage en même temps que l'artisan s'approchait d'elle, et le doigt qui pointe vers la lanterne qui avait attiré son attention.


- Celle-là me plait bien
- Bon choix, damoiselle, et en plus elle renferme un secret !

Haussement de sourcils étonné de la blondinette, qui attend les explications.

- Regardez bien, à la base, il y a un petit tiroir caché. Un simple mécanisme à actionner et il s'ouvre. Et en même temps qu'il parlait, l'artisan lui montra comment il fallait faire avant d'ajouter Oh il est pas bien grand, mais pour y cacher quelques écus ou une petite chose, ça suffit !

Un large sourire de la petite blonde vint alors ponctuer les explications de l'homme.

- C'est parfait, je la prends ! Oh... prenant alors dans le creux de sa main un petit objet qu'elle avait aussi repéré ... et ça aussi !

Et retour au couvent, la lanterne dans une main, l'autre resserrant sa cape autour de son corps. Malgré le soleil, malgré la relative douceur, le froid hivernal se faisait plus présent à mesure que l'astre solaire commençait à décroître sur l'horizon. Et tandis qu'elle marchait d'un bon pas, une douleur au ventre, si caractéristique. Elle hâta le pas jusqu'au couvent, regagnant la chambre qui l'accueillait, pour constater que ce qu'elle avait craint n'était finalement pas. Soupir de soulagement, et en même temps, comme un soupçon de déception. Vite balayé, non c'était tellement mieux ainsi.

Aliénor s'installa sur la chaise placée devant le bureau, prenant la plume et la trempant dans l'encrier avant de la faire courir sur le parchemin.


Citation :
Mon preux chevalier,

Il y a, à coté de ce couvent où je me repose, un forgeron chez lequel j'ai trouvé cette lanterne que je t'envoie ce jour. Parmi tous les objets qu'il présentait, c'est celui-ci qui a retenu mon intérêt, d'abord pour la finesse de l'ouvrage, et ensuite et surtout pour la lumière qu'elle apporte, cette lumière qui permet de ne pas se perdre et de retrouver son chemin lorsque l'obscurité nous enveloppe.

Merci d'être pour moi comme cette lumière, d'éclairer ma vie et ma route par ta présence et la tendresse que tu m'offres.

J'accompagne cette missive d'une pluie de baisers, en espérant avoir rapidement récupéré de cette fatigue qui m'éloigne de toi en ce jour, pour pouvoir bientôt t'en déposer d'autres.

Alie

PS : il y a, dans le fond de cette lanterne, un petit compartiment secret qui contient une autre petite chose. Si tu ne réussis pas à trouver comment l'ouvrir d'ici mon retour, alors je te montrerais !

Un messager déposera la missive, accompagnée de la lanterne et de son petit secret, à Reims le lendemain, pour la Saint-Noël. Encore quelques jours de repos, afin de récupérer totalement, et Aliénor saura à son retour si Aimelin sera parvenu à ouvrir le petit tiroir, et y trouver ce qui y était déposé.

Aimelin a écrit:
[Reims, fin décembre]

"A la limite de la lumière et de l'ombre
Je remue un trésor plus fuyant que le sable
Je cherche ma chanson parmi les bruits du monde..."

(O.J. Périer - A la limite de la lumière et de l'ombre)


La noël… un jour comme un autre, à rédiger des réponses, à essayer d’être agréable tout en restant ferme. La Champagne n’était pas à l’abri et il veillait du mieux qu’il le pouvait sur les voyageurs imprudents ou pas qui s’aventuraient sur les terres que la neige avait recouvert doucement au fil des jours.
La deuxième journée qui avait suivi la noel avait été animée et tendue. Des courriers pour répondre à quelques malotrus profitant d’être dans l’entourage royal pour malmener de leurs mots et leur mépris l’’une de ses douanières. Une colère pour un bien, puisqu’il avait pu échanger à nouveau avec l’Amirale de France dont il avait croisé la plume quelques semaines avant. Mieux valait s’adresser au Très Haut plutôt qu’à ses saints, il l’appliquait bien souvent.

Tempête et calme revenu et avec lui, une lanterne.

Un sourire en pensant à celle qu’il avait faite porter à Terwagne et Dotch et un air amusé en constatant que si l’idée l’avait effleurée pour sa blondinette, il l’avait remplacée par des fleurs.

Et ses pensées qui s’envolèrent vers celle qui lui avait fait parvenir ce petit objet. "Merci d'être pour moi comme cette lumière"… éclairer ma route. Par combien de doutes était il passé depuis ce mois de mai, où quelque chose d’étrange le préoccupait. Cet étrange sentiment qui le liait à la fille de Magdeleine et celui qui le liait à Terry. Des jours et des nuits à se persuader qu’il n’était plus fait pour aimer depuis Dance et sa disparition, pour fuir cette nuit qui fonçait sur lui comme un orage en plein été, crevant son ciel d’éclairs et nuages sombres.
Avait il choisi la facilité en ne donnant plus son cœur ni de promesse ? Pourtant.. tout ce qu’il avait ressenti pour la Vicomtesse et ce qu’il ressentait pour Alie se mélangeait sans cesse. Pouvait on aimer deux femmes et ne pas le dire pour ne pas avoir ce fameux choix à faire, ce choix que la brune présidente de cours d’appel voulait lui éviter en s’effaçant, et avait fait pour lui.
Serait il plus heureux s’il partait ? non.. il savait que quoi qu’il fasse elles étaient là au fond de lui, et il savait qu’elle avait raison de ne pas lui imposer ce choix que de toute façon il ne saurait faire sans blesser l’une des deux, et sans se perdre lui aussi.
Sa rencontre avec la vicomtesse et cette discussion dans cette salle d’archives, un lien bien trop fort pour qu’il le néglige. Et puis leurs chemins qui s’étaient séparés, elle repartant vers sa vie, et lui vers ce qu’il ne connaissait pas, entretenant ce lien par des missives parsemées de non dits. Et puis cette rencontre à ces joutes des Grandes Ecuries avec celle qu’il était allé retrouver en Champagne et avec qui il vivait cette relation à laquelle il tenait, même sans promesses. Peut être que c’était ça tout simplement, aimer. Ne rien promettre, ne rien dire et laisser la vie nous emporter au gré de ses caprices.
Au fond de lui il était persuadé qu’elle partirait un jour, quand elle aurait suffisamment grandie pour désirer voir autre chose. Bien sûr qu’il appréhendait ce jour, mais il n’en parlait jamais. Et c'est peut être pour cela qu'il laissait des portes ouvertes, pour ne pas finir enfermé dans du vide. Pas de je t’aime, pas de mots qui finissaient de fixer des liens, juste des regards et des non dits sans doute bien plus forts. Lui qui aimait à prononcer ces mots ne se rendait même plus compte de leur absence. Et pourtant combien de fois s’était il surpris à avoir envie de les dire à l’une et à l’autre comme pour se persuader qu’il était encore vivant.

Au fil des mois, il s’était installé dans cette étrange relation à trois. Heureux près d’Aliénor, heureux de voir Terwagne, essayant de ne lui donner que ce qu’elle désirait, son amitié et sa tendresse à elle pour la vie. Prenait elle ce respect pour de l'éloignement ? il espérait que non.
Elle était venue à Etampes, discussions, confidences et promesses leur avaient tenu compagnie, sans qu’ils ne franchissent ce pas et ne se mêlent l’un à l’autre. Retenue, désir, respect. Il avait déposé un anneau dans le creux de sa main, celui qui était retourné dormir dans son coffret de bois, depuis le jour où il avait mis celui de sa blonde sénéchal autour de son cou…cet anneau qu’il tenait dans sa main ce jour là en audience à la cour d’appel, cet anneau qui avait attiré le regard de la juge… "il a créé notre rencontre et pour ça je le remercie et je vous l'offre, c'est un bout de moi".

Un léger froncement de sourcils en observant la lanterne posée sur le bureau devant lui, et mirettes grises qui parcouraient la moindre partie… "il y a, dans le fond de cette lanterne, un petit compartiment secret qui contient une autre petite chose."


un compartiment secret… moui…

Il avait attrapé la lanterne, l'avait regardé sous toutes ses faces, passant ses doigts et guettant un quelconque défaut, s'était arrêté moultes fois pour réceptionner des parchemins, avant de reprendre son exploration.
Une petite aspérité avait attirée son regard mais nulle petite cachette n’était apparue, comme si la lanterne voulait garder jalousement son petit secret. Et c’est avec une mine perplexe et résignée qu’il avait continué son travail, non sans jeter de temps à autre à la rebelle quelques regards emplis de reproches.


tu es belle mais comme toutes les femmes… tu aimes à garder tes mystères

Parce qu'il était persuadé que cette lanterne était une femme qui se jouait de lui et le narguerait jusqu'à ce qu'Aliénor vienne le délivrer de sa curiosité.

Alienor_vastel a écrit:
[Reims, fin décembre]

"Ce sont les choses qu'on ne dit pas
Parce que les mots, les mots n'existent pas.
Et c'est souvent dans ce qui reste à dire
Que sont cachés les plus beaux souvenirs.
(...)
Et c'est parfois dans un regard, dans un sourire
Que sont cachés les mots qu'on n'a jamais su dire,
Toutes les choses qu'on ne dit pas
Et dont les mots, les mots n'existent pas,
Toutes les choses qu'on ne dit pas,
Mais que l'on garde pour toujours au fond de soi."
Y. Duteil - "les choses qu'on ne dit pas"



Le petit caillou roulait entre ses doigts, de ce même geste machinal qu'elle faisait auparavant avec son médaillon. Son médaillon, son passé ; ce petit caillou, son présent. Le passé, ce qu'elle avait été, ce qu'elle avait connu, ce qu'elle avait vécu, toutes ces choses qui faisaient que son présent était ce qu'il était.
"Il est inutile de ressasser ce qui a été et qui n'est plus, nous n'y pouvons plus rien, de toute façon. Profiter de la vie, en revanche... c'est la meilleure chose à faire, après tout elle est trop courte et trop fragile pour s'empêcher de mettre à profit ce qu'elle nous propose..." * Quand avait-elle prononcé ces mots, déjà ? Un regard vers le caillou avant que les souvenirs ne lui reviennent. Une taverne troyenne, une discussion autour d'une table, avant d'aller chevaucher vers la forêt. Les premiers mots d'une conversation où elle s'était livrée à coeur ouvert, au moins autant par les silences et les regards que par les paroles.
Qui avait commencé à porter la discussion sur ce sujet, d'ailleurs, elle ne s'en rappelait plus très bien. Elle, en prononçant ces mots, ou Aimelin, lorsqu'il lui avait dit qu'après la disparition de sa blonde soldat, il avait décidé de ne vivre que l'instant, de garder le passé précieusement, et prendre ce que lui offrait la vie ? Ce dont elle se souvenait en revanche, c'est que ces quelques phrases échangées avaient été le prélude à d'autres, à des confidences à mi mots, des non-dits que l'autre comprenait. Les premières phrases couchées sur la première page du livre qu'ils écrivaient ensemble depuis ce mois d'avril.

Le petit caillou roulait entre ses doigts, et Aliénor se dirigea vers la croisée, balayant du regard le paysage de Reims où elle était revenue quelques heures auparavant après ces quelques jours passés au couvent.
De retour, et reposée de son séjour, puisque c'en était le but. Après tant de mois partagés entre son travail à l'hérauderie champenoise, son rôle de courrier, et l'armée, puis les gardes à Reims, ne rien faire durant quelques jours lui avait fait le plus grand bien. Du moins physiquement. Fatigue envolée, de même que les cernes sous les yeux ou le teint pâle. Elle avait retrouvé des couleurs, les malaises avaient disparu. Bonne mine et entrain retrouvés, à passer ses journées à ne rien faire... en apparence.
Ne rien faire... Un bienfait, mais un piège aussi. Au moins, lorsque l'on est occupé, le temps fait défaut pour penser. Mais lorsqu'au contraire les minutes, les heures s'étirent comme la laine filée sur un rouet, alors les pensées reviennent, insidieuses, et les doutes aussi.

Le petit caillou roulait entre ses doigts, et ses pervenches s'arrêtèrent sur la Vesle qui traversait la capitale champenoise. Elle avait toujours aimé la vue de l'eau, du ruisseau calme ou de la rivière débordante. Il y avait eu l'Oise à Compiègne, la Marne à Pomponne, le Lez à Montpellier, et lorsque la duchesse de Brienne lui avait proposé une terre, le choix de Lesmont n'avait pas été anodin, en raison de l'Aube qui courait à travers le domaine. L'eau, cette eau qui coule et ne s'arrête jamais, calme et limpide, ou au contraire agitée et houleuse.
Un retour en arrière, au bord de cette petite rivière de la forêt de Troyes, alors que les doigts se resserrent sur le petit caillou. Un petit caillou comme ceux qu'ils avaient fait voler sur l'onde, les regardant rebondir jusqu'à atteindre l'autre rive, comparant la vie, leur vie à ces galets qui repartaient plus loin en laissant derrière eux des ronds dans l'eau avant d'aller se poser sur l'autre rive, à l'abri du courant.
"Je veux moi aussi me poser et prendre ce que la vie me présente. Des belles rencontres, des moments agréables, des amitiés précieuses, des instants volés... Sans me questionner de savoir si demain, une forte pluie ne fera pas déborder le ruisseau qui engloutira à nouveau ces cailloux. Ou si au contraire, ils resteront ainsi, au calme, sous la chaleur bienfaisante du soleil."
Ils s'étaient si bien compris alors, dans leurs regards, leurs silences. Ne pas s'engager, ne pas promettre un demain dont on ne savait ce qu'il serait. Mais cela ne voulait pas dire ne pas s'attacher, ne rien ressentir, et peu à peu, l'amitié et la complicité du début avaient fait place à d'autres sentiments, depuis ce jour de mai où leurs lèvres s'étaient goûtées, depuis cette nuit, peu de temps après, où leurs corps s'étaient découverts et mêlés.
D'autres sentiments, ce besoin de lui, de sa présence, de savoir qu'elle avait une place auprès de lui, même si elle ne savait pas vraiment laquelle. Et sans vouloir y mettre un nom. Sans le dire. Sans le lui dire.

Qu'est-ce qui avait changé, depuis ce jour d'avril ?
Où en était-elle, que voulait-elle vraiment au final, au fond d'elle-même. Elle ne le savait pas, elle ne le savait plus.
Des promesses ? Non, sans promesses de demain, c'était même la base de leur relation. Mais des mots, peut-être... Elle qui avait toujours considéré que les actes étaient plus profonds et significatifs que les mots, s'était surprise plus d'une fois à vouloir remplacer le prénom, le "mon preux chevalier" qui la faisait sourire en même temps qu'elle le prononçait, ou encore le taquin "m'sieur l'connétable" par d'autres mots, plus personnels, plus doux, plus tendres. Et autant de fois elle s'était retenue juste avant qu'ils ne franchissent ses lèvres, ne suffisait-il pas de montrer combien elle tenait à lui par ses actes, rester, repousser encore et encore ses envies de voyage pour rester avec lui, près de lui, n'était-ce pas la preuve qu'elle tenait à lui bien plus qu'à ses propres envies et projets ?
Et puis surtout, voulait-il les entendre, ces mots ? Quand il restait les silences, les sourires et les regards pour se comprendre...

Et puis il y avait Terwagne, et l'étrange relation qui les reliait, Aimelin, la jeune femme et elle. Un trio, un triangle, fragile équilibre dans lequel chacun se gardait bien d'intervenir et d'interférer dans le lien qui unissait les deux autres. Et parce qu'Aliénor savait combien Terwagne comptait pour Aimelin, elle ne posait pas de questions, se faisant discrète pour préserver cette relation entre eux deux, si nécessaire pour eux. Et sans jalousie aucune, au contraire même, elle appréciait et respectait Terwagne. Mais avec le malaise, parfois, d'être celle qui les empêchait de vivre ce qu'ils avaient à vivre, au delà de la complicité, de la tendresse, et peut-être davantage, qui les liait, d'être celle de trop, mais de rester, égoïstement, même s'il tentait de la rassurer en lui disant qu'il était heureux avec elle, tout comme elle l'était avec lui
Alors peut-être aussi à cause de ça, elle retenait ses mots.

Le petit caillou quitta les doigts pour retrouver sa place dans l'aumônière accrochée à la ceinture de la blondinette. Un dernier regard vers la ville que la nuit peu à peu recouvrait de son voile ombré, avant de porter ses pas vers le fauteuil qui trônait à côté de la cheminée. S'y installant, profitant de la douce chaleur que le feu flambant dans l'âtre répandait dans la pièce, en même temps que les yeux se fermaient doucement.
Le bruit de la porte qui s'ouvrait les fit se rouvrir, et un sourire vint illuminer son visage alors qu'Aimelin la rejoignait et qu'un baiser venait sceller leurs retrouvailles. Son absence n'avait pas duré longtemps, mais Dieu qu'il lui avait manqué !

Et un regard amusé à la lanterne qu'il venait de poser sur la table. Une fois de plus, elle avait usé de métaphore dans la missive qui avait accompagné le présent, avait-il compris ce qu'elle avait tenté de lui dire à mi-mots ? Combien il était important pour elle, combien sa présence lui était nécessaire ; la place qu'il avait peu à peu pris auprès d'elle et dans son coeur ? Et qu'elle n'avait pas envie que cette lumière s'éteigne ?...

Il n'avait pas réussi à percer le secret de la lanterne, pas faute d'avoir cherché pourtant, et Aliénor plongea ses pervenches dans les mirettes grises, y faisant briller une lueur espiègle.


Peut être parce qu'elle est comme certaines personnes, il faut chercher, aller au delà des apparences pour en découvrir les secrets...

Pensait-elle à elle en disant cela ? Surement. Certains ne voyaient en elle qu'une blonde frivole et insouciante, le masque qu'elle mettait pour cacher ses blessures, ses doutes, ses questions...
L'adolescente porta ses doigts à la base de la lanterne, frolant les éléments de décor qui l'ornaient jusqu'à s'arrêter sur deux d'entre eux, les faisant bouger simultanément ce qui provoqua une ouverture à la base, et laissa apparaître le fameux petit tiroir qu'elle avait évoqué dans sa missive. Puis elle fit glisser la lanterne vers lui, pour qu'il puisse ouvrir le petit compartiment et découvrir par lui même la boucle de ceinturon qui y était rangée dans un petit écrin.
Une boucle de ceinturon... Elle avait aimé l'objet dès qu'elle l'avait vu. La finesse de l'ouvrage, bien sûr, et puis surtout, la forme, un cercle. Sans le quitter des yeux, sa voix se fit alors songeuse.


J'ai parfois l'impression que la vie prend un malin plaisir à vouloir nous faire boucler des boucles... Elle posa l'index sur la boucle... c'est aussi un peu notre histoire... tu as connu ma mère... le doigt suivit les contours de l'objet jusqu'à revenir au point de départ... et maintenant tu es avec moi... toi comme moi avons vécu en Champagne puis l'avons quittée... refaisant un tour avec son doigt... puis nous y sommes revenus...
Aliénor releva alors son regard pour le plonger dans celui d'Aimelin je suis sure qu'en cherchant, on en trouverait d'autres comme ça. Mais à chaque tour, on avance, on change, on évolue, c'est ça aussi que j'ai aimé dans cet objet.

Et d'aller chercher ses lèvres dans un baiser, lui murmurant d'une voix étouffée... et c'est aussi une façon de te dire combien je suis attachée à toi.

Et pour la première fois, des mots étaient venus exprimer ses silences et ses regards...


* RP ici

Aimelin a écrit:
[Reims, un soir de fin décembre]

Juste un peu de silence
Rien d'important
Que l'essentiel
Une mesure absente
Un rien laissé
A la portée
D'une vie impuissante
(Calogero – juste un peu de silence]



L’année tirait à sa fin, et étirait avec elle les derniers jours, égrainant lentement son compte à rebours vers cette année au chiffre rond, rond comme ces flocons de neige qui formaient un rideau et venaient intrépides se poser sur le rebord de sa capuche qu’il avait rabattu le plus possible sur ses yeux, rond comme ces galets dansant joyeusement à la surface de l’eau aujourd’hui engourdie par le froid.
Le crissement des sabots d’Altaïr dans la neige n’était interrompu que par quelques bonsoirs que le jeune Etampes distribuait à ceux ou celles le saluant, chacun emmitouflé et se protégeant du froid comme d’un ennemi se frayant un chemin tout autour de vous, essayant de s’infiltrer sous les vêtements pour vous dérober le peu de chaleur qui se nichait en dessous. Ses mirettes s’attardèrent quelques instants sur l’Hôtel particulier de son amie la Duchesse de Brienne et sa main gantée salua les gardes, habitués depuis longtemps à le voir et le croiser.

Il prit quelques minutes pour déharnacher son étalon et le bouchonner avec de la paille avant de s’assurer qu’il avait de quoi boire et manger et l’abandonna aux bons soins des palefreniers non sans ses éternelles recommandations. Altaïr était son joyaux et dans quelques semaines ils fêteraient leurs cinq ans ensemble.

Tout en se dirigeant d’un pas rapide vers la demeure afin de se mettre à l’abri du froid de plus en plus mordant de cette fin de journée, il repensait à ce jour de février 55 où l’étalon avait fait son entrée dans sa vie.. ce jour même où cette fameuse missive avait investi sa poche pour ensuite reposer dans ce coffret de bois aujourd’hui à Etampes. Il y pensait souvent, n’en avait jamais parlé à personne sauf à Dance un soir alors qu’ils parlaient de famille et de passé.
Depuis ce jour de juillet, sa famille était morte avec sa blonde sénéchal aux yeux gris, et il n’avait pas eu le courage de chercher toutes ces réponses aux questions qu’avait soulevées la lettre écrite pourtant par une main si chère même si inconnue. Et puis Aliénor avait ouvert la lettre de sa mère Magd, et les pensées d’Aimelin étaient revenues vers sa propre lettre qui dormait depuis le Béarn. Aurait il un jour le courage de faire face à ce futur dont le passé lui avait fermé les portes.

Un regard dans le grand salon encore vide, la Duchesse étant toujours à Compiègne, et il se dirigea vers les escaliers qu’il gravit avant de rejoindre les appartements qu’il occupait avec Aliénor. En fait ils avaient chacun leur appartement, mais Champagne avait beau râler gentiment, les deux jeunes gens occupaient l’un ou l’autre avec insouciance. La jeune Vastel lui avait annoncé son retour pour aujourd’hui, et c’était impatient qu’il avait ouvert la porte.

Un sourire en la voyant assise à sa place habituelle tandis qu’il posait sa précieuse lanterne sur la table et se débarrassait de sa cape et ses gants avant d’aller saluer d’un baiser sa blondinette et un murmure...
tu m’as manqué et regard vers la lanterneet elle n’a pas voulu me révéler son secret, et ce n’est pas faute d’avoir cherché.

Un regard complice… m’offrirais tu une bonne tisane chaude ? la neige a redoublé et il ne fait pas bon traîner dehors le soir.

Tout en la suivant des yeux il souriait à sa taquinerie.

moui.. je ne suis déjà pas très doué pour deviner les gens alors les lanternes.

Aller au-delà des apparences, il le faisait, il essayait de lire, parfois il y voyait des choses et parfois il fuyait, comme avec elle, comme avec Terry, comme il avait fui à une certaine époque avec Malt, avant de réagir lorsque ce mou du chapeau de Sainte, la lui avait volé et voulait l’épouser.

Ses mirettes n’avaient pas quitté la blondinette, tandis qu’elle posait devant lui un breuvage fumant, s’échappant juste vers la lanterne, tandis qu’il sourcillait, suivant les moindres gestes d’Aliénor, haussant les sourcils lorsqu’elle fit jouer deux éléments qui semblèrent libérer la fameuse cachette.
Pourquoi n’avait il pas pensé à ça ? pourtant ça sautait aux yeux et il était passé à côté.

Regard amusé et curieux lorqu’elle poussa la lampe vers lui et qu’il ouvrit précautionneusement le compartement, avant de sortir de sa cachette un petit écrin qu’il ouvrit laissant tomber dans le creux de sa main, une boucle de ceinturon toute ronde. S’il était touché il ne le montra guère se contentant d’un …
merci… elle est très belle.

Ah ça il n’avait jamais été doué pour les mots l’ébouriffé et même s’il avait pu écrire un roman sur parchemin, souvent deux mots s’échappaient de sa bouche, quand encore ils n’étaient pas dans le désordre... elle est.. c’est.. merci ma blondinette.

Et pendant qu’elle parlait il suivait ses doigts faisant le tour de l’anneau. Magdeleine, la Champagne, son passé, ses rencontres. La tête lui tournait autant que la boucle était ronde. Ses prunelles se posèrent sur les pervenches de la jeune femme.

Oui on change… la vie nous fait changer qu’on le veuille ou pas.

Il y avait des choses si difficiles à dire pour lui. Pourquoi avant Dance arrivait il à dire tous ces mots nécessaires. C’était comme si avec elle, était parti tout ce qu’il avait en lui, toutes ces choses qui rendaient plus faibles et creusaient de petites fissures au fil du temps.

Il ne bougea pas lorsqu’elle lui déposa un baiser et se laissa envelopper de son souffle et de sa tendresse, tout ce qui lui avait manqué pendant ces peu de jours sans elle et dont il ne se rendait compte qu’en sa présence. Baiser qu’il lui rendit dans un murmure…
moi aussi je suis attaché à toi, même si je ne le dis pas ou ne le montre pas … par peur.

Par peur de quoi ? lui-même ne le savait paspar peur que tout s’arrête sans que je n’ai le temps de m’en rendre comptecomme tout s’était arrêté avec Dance le laissant au bord du gouffre.
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MessageSujet: Re: [RP] Les chiens ne font pas des chats    Mer 8 Fév - 11:17

Alienor_vastel a écrit:
[Reims, fin décembre, toujours]

"Les petits riens qui font les grands moments
Qui vont, qui viennent, quand ils ont le temps
Les atomes de vie qu'on attrape en rêvant.
Ces petits riens ont tous quelque chose
Quelque chose en commun qui nous métamorphose
Ces éclairs de vie qui courent entre les choses."
J.L. Aubert - "Les petits riens"



Un regard inquiet lorsque l'écrin fut ouvert, le présent lui plairait-il ? La tasse fumante d'où s'échappaient des volutes de fumée tournait entre ses doigts, machinalement, en même temps que la blondinette suivait du regard les gestes d'Aimelin, et la boucle de ceinturon qui glissa dans la main du jeune homme.
Et un sourire amusé à sa réaction première, ces quelques mots murmurés, en se souvenant de ces moments au début de leur relation, où elle s'amusait, par ses gestes ou ses attitudes, à le troubler, ce qui avait en général pour effet de le faire bafouiller. Elle n'espérait pas un long discours, loin de là, et, plus que les quelques mots qu'il prononça, ce fut la façon dont il les exprima, entrecoupés de ces infimes fractions de silence, qui la rassura sur le fait que le cadeau le touchait bien plus qu'il ne pouvait ou voulait le dire.
Et de lui répondre, pensive


La vie nous fait changer, souvent bien malgré nous... On n'a pas d'autre choix que de s'adapter pour ne pas sombrer, ou alors... sa voix se perdit un instant alors qu'elle songeait à sa mère, qui n'avait pas réussi à trouver la force de s'adapter et avait préféré la mort, avant de reprendre Il faut prendre chaque tour comme il vient, en tirer les leçons qui s'imposent et n'en garder que le meilleur, c'est ce qui fait de nous ce que nous sommes aujourd'hui.

Un regard étonné à son dernier murmure.
Étonnée de son aveu. Non, c'était vrai qu'il ne lui avait jamais dit qu'il était attaché à elle, pas directement comme ça en tout cas, mais si parfois elle doutait de la place qu'elle pouvait avoir auprès de lui, il le lui montrait par ses actes. Ne serait-ce que ce petit caillou qu'il lui avait offert pour son anniversaire. Un cadeau qui aurait pu paraître anodin pour certains, mais pour eux, le symbole de tant de choses. Auraient-ils maintenant cette relation qu'ils vivaient s'ils n'avaient pas fait voler ces galets, ce jour-là, sur cette petite rivière ? Peut-être, ou peut-être pas, mais il était certain que cette discussion d'alors resterait à jamais gravée en eux.
Et de lui répondre sur le même ton.


Il n'y a parfois pas besoin de mots pour montrer à quelqu'un qu'on tient à lui, ou pas de grands actes, les petites choses suffisent bien souvent. Un présent qui pourrait sembler dérisoire et qui pourtant représente tant, une présence, une oreille, une épaule, la tendresse des moments passés ensemble...

Étonnée aussi qu'il lui exprime sa peur, la même que celle qu'elle éprouvait. Cette peur que le bonheur qu'elle vivait auprès de lui prenne fin, que la vie qu'elle avait réussi à reconstruire, avec son aide, par sa présence, sa complicité, sa compréhension et tout ce qu'ils partageaient, ne s'écroule brusquement une nouvelle fois, comme tout ce qu'elle avait connu avant la mort de ses parents avait été balayé d'un coup, soudainement, subitement. Cette peur qui la faisait se refuser à mettre un nom sur les sentiments qu'elle ressentait pour lui et qui lui faisait retenir les mots qu'elle avait envie de lui dire. Comme si les prononcer, les entendre exprimés par sa bouche, pouvait ouvrir la voie à ces promesses de toujours dont on ne savait si on pourrait les tenir

Un silence, que lui répondre. Lui promettre que cela ne s'arrêtera pas ? Mais on ne peut pas promettre ce qu'on ne sait pas. Leurs routes s'étaient croisés, se mêlaient, et même sans ces promesses, cela durait. Mais qu'en sera t'il à l'avenir ? Ni lui ni elle ne pouvaient le dire, même si à l'instant présent ils n'avaient pas envie qu'elles se séparent.
Ils avaient tous les deux connu des choses similaires quoique différentes, la perte d'être aimés, brutale et implacable. Et même si l'on n'aime pas de la même façon, des parents ou l'être qui partage sa vie et avec qui l'on avait des projets, ils avaient ressenti tous les deux au fond deux le vide, ce vide profond, la seule chose qu'il reste quand il n'y a plus rien.

Des promesses... "Je te promets de t'apprendre à manier l'épée", "je te promets qu'on fera le jardin des simples ensemble", "je te promets..." Combien de promesses sa mère lui avait-elle faites, et qu'elle n'avait pas pu tenir parce qu'elle n'avait plus la force de vivre ?
"Je te promets de tout t'expliquer... un jour", la seule promesse qu'elle avait tenu, en définitive, et encore, il avait fallu des années avant qu'Aliénor ne comprenne. Il avait fallu cette lettre, qu'elle avait retrouvée dans la chaumière familiale de Compiègne, pour que ces explications soient enfin révélées. Des années à combler le vide laissé par son absence, le manque de sa vie d'avant, avec de la colère, cette colère qui n'avait trouvé d'apaisement qu'à la lecture de cette missive rédigée de la main maternelle juste avant son départ vers son destin, vers sa fin.

La blonde adolescente jeta un regard vers le coffret en bois marqueté qui trônait sur une de ses malles, et dont elle ne se séparait jamais. Ce petit coffret qui avait appartenu à sa mère, et dans lequel sa fille déposait ses trésors. De nombreuses lettres, quelques fleurs séchées... Et cette missive, la dernière missive de sa mère, celle qui lui avait expliquée tout ce qu'elle ne comprenait pas jusqu'alors.
Pervenches qui regardèrent le coffret sans le voir, en même temps qu'elle murmurait...
Vis, avec honneur et courage, fais tes propres choix, apprends de tes erreurs...

Un instant de silence avant de continuer Ses derniers mots couchés par écrit... Inutile de lui préciser de qui elle parlait, il le savait, elle avait déjà prononcé ces paroles en sa présence... Elle se leva alors, et lui tournant le dos, se dirigea vers la cheminée, plongeant son regard dans les flammes qui dansaient devant ses yeux. Élevant un peu la voix pour couvrir le crépitement du feu, le bruit du bois qui éclatait sous la chaleur, elle continua

J'avoue que parfois, le courage me manque, parce que moi aussi, j'ai peur...

Quand tu as été blessé, début octobre, que j'ai cru te perdre et qu'à nouveau ma vie allait s'écrouler comme un courant d'air fait s'affaisser un château de carte, j'ai vraiment pris conscience de l'importance que tu avais pour moi, combien ta présence était devenue nécessaire.


Trois mois, presque trois mois qu'elle gardait ça pour elle, et c'est presque soulagée qu'elle enchaîna Cette peur, je crois que c'est normal que nous la ressentions, parce qu'on a déjà vécu ça, ce sentiment que tout s’interrompt, ce vide immense, cette impression que notre vie n'a plus de sens. Mais moi, lorsque j'arrive à la dépasser, elle me pousse, profiter de chaque instant comme s'il était le dernier. Ajoutant à mi voix Même si je n'ai pas envie qu'il soit le dernier...

Un demi-tour sur elle-même dans le bruissement d'étoffe de sa robe pour lui faire face, et elle vint le rejoindre, s'asseyant à califourchon sur ses genoux, cette position qu'elle affectionnait car elle lui permettait de profiter de sa proximité, de la chaleur de ses bras, de plonger dans son regard.

Ni toi ni moi ne pouvons savoir de quoi demain sera fait, et pour l'instant, je n'ai pas envie de parier dessus. Là aussi le courage me manque... "Pour l"instant"... ça lui avait échappé sans qu'elle ne s'en aperçoive, reflétant ce qu'elle pressentait au fond d'elle-même sans se l'avouer, qu'elle n'était plus aussi catégorique qu'avant, aussi fermée à l'idée de vouloir un jour peut-être envisager un demain. Un jour peut-être...

Et d'ajouter dans un murmure, alors qu'elle jouait nonchalamment avec les lacets de la chemise du jeune homme
Mais ce que je sais, c'est que c'est justement ça qui me fait savourer chaque moment avec toi, qui me fait accepter de repousser ce voyage que nous voulions faire, parce que je ne veux pas regretter plus tard d'être partie sans toi et d'avoir peut-être manqué quelque chose.

Une façon de lui dire qu'elle tenait bien plus à lui qu'à ce voyage dont pourtant elle rêvait depuis plusieurs mois maintenant, mais qui n'aurait pas de sens sans lui.
Seize ans et la vie devant elle. Et la ferme intention de ne pas la laisser filer entre ses doigts.

Alienor_vastel a écrit:
[Sainte-Ménéhould, aube du 28 février]

"Si on partait prendre l'air
Là juste le temps d'apprendre
Que notre liberté se perd
Dans trop de peurs immenses"
Calogero - "Prendre l'air"



Et pourtant, la vie lui filait entre les doigts. Doucement, imperceptiblement. Entre quotidien et habitude, entre Sainte et Reims où la blondinette accompagnait Aimelin lorsqu'il devait effectuer ses gardes en la capitale.
Patiente, face au retard pris dans ses envies de voyage, et face à Aimelin dont l'humeur avait changé depuis ce début d'année. Il s'était comme refermé sur lui-même, les longs silences dans lesquels il se réfugiait avaient pris la place de leurs discussions complices d'avant. S'en était-il aperçu, au moins? Aliénor ne disait rien, se persuadant que ça ne durerait pas, que ce n'était que la conséquence de ses responsabilités qui l'accaparaient et dans lesquelles il s'investissait, parfois trop à son goût. Ou encore le soucis qu'il se faisait pour Marine. Ou les questions et les doutes qui s'étaient fait jour en lui depuis qu'il avait croisé le regard de Kawa sur cette place enneigée, et dont il s'était un peu ouvert à elle.
Et ce sentiment d'être impuissante, de ne plus parvenir à l'apaiser ou le rassurer, des discussions qui se faisaient plus rares... Ne plus avoir sa place auprès de lui, ne plus réussir à lui soutirer un sourire... Ces doutes qui la rongeaient et qu'elle taisait, les enfouissant au plus profond d'elle même.

Et puis cette nuit, quelques jours auparavant, où il n'était pas rentré. Aliénor s'était endormie dans le fauteuil à bascule qui trônait à côté de la cheminée dans laquelle un feu crépitait. En vain, la nuit était passée, le feu s'était doucement éteint, mais Aimelin ne l'avait pas rejointe. La journée suivante avait montré que le moulin était fermé, l'auberge vide, et la blondinette avait passé les heures à guetter un message. Un message qui n'était pas venu.
Et avec les doutes, étaient revenues les peurs. Il était parti, elle ne savait où ni pourquoi, mais sans l'en avertir. Qu'avait-elle fait, ou que n'avait-elle pas fait pour qu'il agisse ainsi ? Cela signifiait-il ce qu'elle craignait, la fin de leur histoire ?

Le soleil levant qui dardait ses premiers rayons à travers la fenêtre la sortit d'une nouvelle nuit sans sommeil. Aliénor tendit le bras pour saisir le petit miroir en étain posé sur la table de chevet et s'assit sur son lit. Un regard, et une petite moue en observant les cernes sous ses yeux, traces de ses insomnies.
Et le souffle qui s'arrête un instant devant l'image que lui renvoit le miroir, la lueur qui brille dans ses pervenches. De la tristesse, comptait-elle donc si peu, avait-elle si peu d'importance, qu'il parte ainsi sans un mot ?
De la tristesse et... La blonde adolescente envoya d'un geste rageur le miroir se fracasser contre le mur en pierre. Car ce qu'elle avait vu aussi, c'était le même regard que sa mère. Tristesse et résignation. Non ! Elle n'était pas Magdeleine, elle était Aliénor, et elle ne laisserait pas la résignation la faire s'éteindre et se fâner comme cela avait été pour sa mère !

Un mouvement vif pour se lever et se diriger vers le coffre d'où elle sortit quelques affaires qu'elle fourra en boule dans ses fontes posées près de la fenêtre, ainsi que le petit coffret dans lequel elle rangeait précieusement ses lettres, avant de revêtir sa tenue de monte. Et de sortir de la chambre en claquant la porte.
Quelques pas encore vers l'huis principal avant de se raviser et de poser ses fontes à terre avant d'aller s'asseoir devant son bureau. Elle au moins ne partirait pas sans en expliquer les raisons.
La plume, trempée dans l'encrier, courut ensuite sur un vélin.


Citation :
Quelque part, qu'importe quand

Aime,

Je quitte Sainte aujourd'hui, pour quelques jours ou plus, je ne sais pas. Tout comme je ne sais pas quand tu rentreras, si tu rentreras.
Et comme mes silences et mes regards sont impuissants à te dire ce que je tais depuis trop longtemps, je te l'écris ce jour

Je pars, parce que je t'aime. Je t'aime, Aimelin. Moi qui ne voulais pas entendre parler d'amour pour ne pas souffrir, je me suis trouvée prise à mon propre piège. J'ai continué à te laisser croire que je n'attendais rien, que je n'espérais rien, j'ai continué à taire mes sentiments, mais je ne peux plus.
Mais aimer, c'est sentir qu'on compte pour l'autre, c'est aussi vouloir qu'il soit heureux. Et je ne sais plus quelle est ma place, puisque tu peux partir sans dire un mot, sans te soucier de ce que je pourrais penser, de ce que je pourrais m'inquiéter. Et si tu fais ça, c'est que je ne peux t'apporter le bonheur que je veux pour toi, de tout mon cœur.

Alors, face à l'absence et au silence, il vaut mieux que je m'éloigne, pour l'instant, même si cela me coûte.

Prends soin de toi, tu restes malgré tout dans mes pensées et dans mon cœur.

Alie
La missive fut scellée, sans qu'elle ne la relise, de peur de la déchirer. Missive d'une femme blessée dans son amour-propre, dans son amour surtout. Folle qu'elle avait été de croire que ça aurait pu durer, folle d'ouvrir son cœur et de commencer à croire à un demain ensemble ! Car oui, elle ne pouvait plus se le cacher plus longtemps, l'idée s'était faite jour peu à peu, et encore dernièrement, en voyant le ventre de Lanna s'arrondir, elle s'était prise à penser pourquoi pas elle...

Aliénor se leva, missive à la main, et se dirigea vers la porte. Une hésitation, la déposer au moulin ou à l'auberge ? Mais elle ne savait quand il l'aurait, aussi elle opta pour la confier à un volatile à destination du castel de Reims.
Un tour dans la serrure avant de glisser la clé dans son aumônière où elle rejoignit dans un cliquetis le petit caillou qui y était soigneusement rangé. Et un sourire amer vint s'afficher sur ses lèvres. Elle était à une étape de sa vie où le caillou volant sur l'eau venait de toucher l'onde. Rebondirait-il pour continuer à ricocher, ou s'enfoncerait-il au plus profond du ruisseau ?

Étoile sellée, fontes accrochées, la blondinette mis le pied à l'étrier pour se hisser sur sa monture. Un regard pour sa maison, puis qui balaye les environs. Par où aller ? Lesmont ? Non, c'était encore trop récent, elle ne s'y sentait pas encore chez elle. Chez elle... Sa destination s'imposa alors à son esprit.
Si Aimelin ne voulait pas écrire le mot "fin" à leur histoire, si elle s'était trompée en pensant qu'il ne tenait plus à elle, alors il saurait où la trouver, puisqu'il recevait quotidiennement les rapports de douane. Dans le cas contraire... il faudrait à l'adolescente toute sa force de caractère et son courage pour réussir à tourner une page qu'elle aurait pourtant tant voulu continuer à écrire.
Et c'est à cette pensée qu'elle talonna sa frisone, tournant le dos au soleil levant.
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