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 Leialetat e Fiseletat e jamai

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Aliénor
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MessageSujet: Leialetat e Fiseletat e jamai   Mer 2 Mar - 12:35



[Aube du lundi 22 juin 1457 - Pomponne]

Elle relevait tout juste de couches lorsque la missive était arrivée de Compiègne. Son suzerain y montait une armée et lui demandait de le rejoindre.
Un ordre ? Non, Tomsz était trop respectueux de ceux qui le servaient pour lui intimer un ordre. Une demande plutôt.
Mais elle avait répondu présente. Sans hésiter.

Parce que les mots qu'elle avait prononcés lors de la cérémonie d'hommage-lige qui avait fait d'elle la vassale de Chelles n'étaient pas des paroles en l'air.
"Moi, Magdeleine d’Assas, jure fidélité, loyauté et assistance à mon suzerain Tomsz d’Harcourt. Je voue ma vie et mon honneur à son service, à celui de sa famille et de sa maison." Sa vie et son honneur, elle les remettait maintenant entre les mains de son suzerain, devoir mais aussi respect de la parole donnée.
Et parce que la cause, agir enfin contre les ennemis de la Couronne, ceux qui la défiaient depuis bien trop longtemps, était juste, pour elle qui avait passé sa vie à œuvrer, directement ou indirectement, pour la Champagne et pour le Roy.

Et préparatifs il y avait eu. Si elle se rendait à Compiègne à cheval, ses fontes portant ses affaires, un chariot l'accompagnerait. Dedans, un lourd coffre dans lequel son armure était soigneusement rangée. Aux côtés de ce coffre, elle avait déposé avec soin l'écu que Tomsz lui avait offert comme symbole du lien qui les unissait. Là encore, elle se souvenait de ce qu'elle avait dit alors.
"Tomsz, mon suzerain… Je te remercie pour ce bouclier. Je ne peux pas te promettre d’en prendre soin, cela signifierait que je ne l’utiliserais pas. Au contraire, qu’il soit avec moi lors de chaque bataille que je pourrais mener, pour Chelles, pour la Champagne et pour le Roy."

Dans le soleil levant, la tour du château projetait son ombre sur la cour où monture et chariot n'attendaient plus qu'elle. Tout était prêt.
Mais avant de partir, elle s'était réfugiée dans son bureau. Quelques missives à écrire. La première, qu'elle ferait porter promptement à son époux. Les autres… au cas où... Au cas où elle ne reviendrait pas…
Assise devant la grande table, elle saisit alors la plume nouvellement taillée, et la trempa dans l'encrier, avant de la laisser courir sur le vélin.


Citation :
Pomponne, le 22ème jour du mois de juin 1457,


Mon cœur,

J'espère que le messager te trouvera pour te porter la nouvelle que je veux t'annoncer par cette missive.
J'ai en effet donné le jour à l'enfant que je portais. La délivrance s'est bien passée (enfin, aussi bien que peut se passer un accouchement !), et notre fils, car c'est un garçon, se porte à merveille.



Laisser la plume en suspend. Que lui dire ? Difficile d'évoquer ses projets, à lui, le Connétable de France. Déplorer une fois de plus cette charge qui les a peu à peu éloignés l'un de l'autre, qui a fait disparaître leur complicité d'autant, sans qu'étrangement leurs sentiments en soient néanmoins ébranlés.
Se doutera t'il de ce qu'elle va faire ? Que la vassale de Chelles, officier de la Grande Prévôté, ne faillira pas à son devoir ? Peut-être… ou peut-être pas.
Alors elle termine la missive par des banalités, et la réassurance de son amour pour lui, malgré l'éloignement, malgré l'absence, avant de la sceller.

Puis suivirent deux autres lettres et un document officiel, scellés eux aussi, sur lesquels elle s'appliqua à écrire
"A n'ouvrir qu'après ma mort", et qu'elle rangea dans un coffret en évidence sur la table.
Plume reposée, regard circulaire, tout était en ordre.

Mag se leva et se dirigea vers la fenêtre, embrasant du regard la vue sur ses terres. "Ses" terres!
Non, celles que Tomsz lui avait confiées. Elle avait appris à aimer ce village, ce château, ces gens. Elles avaient été son refuge…

Le soleil était maintenant haut dans le ciel, elle rejoignit la porte de la pièce qu'elle ferma avec soin, puis descendit le grand escalier avant de se retrouver dans la cour.
Grimper sur sa monture, donner le signal du départ, et le petit convoi s'ébranla en direction de Compiègne.



[Soirée du lundi 22 juin 1457 – Devant les murs de Compiègne]

L'oriflamme rose flottait au vent, et Mag n'eut pas de difficultés à le repérer. Elle ralentit sa monture.
Un regard vers les murailles qui entouraient Compiègne, et un moment de nostalgie.
Jeune vagabonde, elle y avait posé ses maigres affaires, avant de s'y investir. Conseillère aux animations, tribun, ardente défenseur de la ville assiégée par l'Artois. Il y a avait eu aussi le PRC et sa Gazette. Le Comité des Fêtes de Champagne et ses animations, le jeu de l'Oie, la course aux parchemins, le Tour de Champagne, la Fête de la Rosière. Puis le Conseil, où sa seule fierté avait été de relancer et remotiver une équipe de courriers fort parsemée lorsqu'elle avait pris le poste, et de proposer les "Neuf Voix de Champagne".
Mais tout ceci était bel et bien terminé, une page s'était tournée.

C'est à pied qu'elle parcourut les derniers pas qui la séparaient du campement, confiant son cheval à ses hommes qui l'avaient accompagnée, et qui s'activaient déjà à installer sa tente près de celle de Tomsz.
Elle écarta de la main le pan de toile, et s'avança vers le Vicomte.


Tomsz… mon suzerain… je suis là…

Elle était maintenant face à son destin.

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Morte le 5 juillet 1457 au service de ses suzerains, pour l'honneur de la Champagne et de son Roy.
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Dernière édition par Aliénor le Dim 2 Oct - 7:40, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Leialetat e Fiseletat e jamai   Mer 2 Mar - 12:35



Cette fois, cela n'avait rien à voir avec un simple bizutage de Duchesse décérébrée. D'une part parce que la Duchesse désormais en fonction venait de prouver sa grandeur et sa détermination, se plaçant ainsi, au panthéon des Ducs de Champagne, à l'extrême opposé de la bizuth précédemment suggérée. D'autre part parce que le comportement de l'Artois venait d'atteindre de nouveaux sommets d'hypocrisie et de mépris pour la Champagne, le Domaine Royal et le Roy.

Les efforts de la Duchesse pour préserver la fierté et l'intégrité champenoise s'était malheureusement avérés vains, trouvant, comme cela était assez prévisible, des échos très discrets et prudents de la part des institutions parisiennes. Le Vicomte avait ainsi compris, avant beaucoup d'autres, que malgré la bonne volonté rémoise, il ne se passerait jamais rien, et que ses pires ennemis (à lui-même comme à son Duché) continuerait à les narguer paisiblement sous le regard apeuré et donc bienveillant des autorités royales. Cela en devenait insupportable pour Tomsz, il était temps d'agir et de prendre ses responsabilités.

On n'est jamais mieux servi que par soi-même.

Après avoir étudié plusieurs possibilités, certaines très farfelues, d'autres très ambitieuses, certaines parfaitement légales, d'autres parfaitement diaboliques, le plan s'arrêta au gré des circonstances sur la pire option qui pouvait être : une action illégale, sans aucune chance de réussite, et avec une forte probabilités de dégâts collatéraux. Peu importe, il ne s'agit plus d'une question militaire. Il ne s'agit désormais que d'honneur et de fierté.

Fini donc de jouer avec un drapeau et un cochon dans un petit parc à l'intérieur des murailles, cette fois un véritable campement s'installa bien en évidence devant les murs du Compiègne, à proximité de la Porte de Clermont. Le Vicomte avait rassemblé quelques-uns de ses plus fidèles compagnons afin de l'aider aux préparatifs. Ceux qui étaient là, et ceux qui n'allaient pas tarder à le rejoindre, étaient certes assez fous pour suivre Tomsz dans ses aventures les plus folles, mais surtout, ils partageaient avec lui le même dégoût pour l'arrogance et la vulgarité artésienne. Ainsi, aux côtés du Vicomte et de son épouse, on pouvait trouver Jb, l'escuyer de cette dernière, le Seigneur de Baron Bourguigon, vassal de Tomsz, et Gyokuran, l'ancien adjoint et successeur du Vicomte à la Mairie de Compiègne en des temps déjà presque immémoriaux.

Sa vassale Beeky d'Appéraut, veuve d'un des plus grands chasseurs de déchets artésiens de tous les temps, l'avait aidée quelque peu pour la logistique, avant de retourner aider le nouveau Maire de Compiègne. Son autre vassale, Magdeleine, Dame de Pomponne, avait elle été chargée de mener un autre groupe armé et de lui faire rejoindre le campement. Au détour d'une tente, il entendit sa voix, et sourit en lui répondant :


Ah, bonjour ma vassale adorée! Tu n'as pas eu trop de mal à trouver le campement? Voit-on l'étendard rose de suffisamment loin? Tout se passe comme prévu de ton côté?

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MessageSujet: Re: Leialetat e Fiseletat e jamai   Mer 2 Mar - 12:35



La jeune femme sourit en retour, songeant in petto qu'il était heureux que Pisan ne soit pas dans les parages, l'expression "ma vassale adorée" que Tomsz réservait à Mag ayant tendance à faire fuir la Vicomtesse !

La Dame de Pomponne hocha la tête en réponse aux questions qui venaient d'être posées.


Oui oui, ne t'en fais pas, l'oriflamme rose est bien visible, on ne peut pas le manquer ! Je suis sure d'ailleurs qu'on l'aperçoit depuis Reims… ou depuis Arras…
Regard malicieux, les discussions devaient être bien animées au château de la capitale champenoise, où certains ne décoléraient toujours pas des exercices militaires du Vicomte quelques mois auparavant. Quant aux réactions artésiennes… elle en avait déjà eu quelques aperçus par les informations disponibles à la Grande Prévôté… et dire qu'ils étaient contrariés était un euphémisme!

Petite pause avant d'ajouter


Pour ce qui est des préparatifs… ma section est prête à accueillir ceux que tu me désigneras. Par ailleurs, je vais aussi me préoccuper de l'approvisionnement en nourriture. J'ai de quoi fournir en pains, et j'ai apporté aussi des madeleines au calva pour améliorer l'ordinaire.

Bah oui, suicidaires certes, mais tout de même pas au point de se laisser mourir de faim avant même le déclenchement de la mission!

Quelques jours passèrent, qui virent d'autres champenois rejoindre les rangs de cette armée à l'oriflamme rose, et qui avait désormais un nom : ABBA.
Atonium, loyal connétable de Chelles, Patoreen, ancien responsable de la Guilde du Maïs, toujours prêt à défendre Compiègne, Elvis de Serage, Matabei accompagné de clermontois. Tous fidèles de Chelles, ou attirés par le même idéal qu'ils avaient décidé de relever, l'honneur de la Champagne, du Domaine Royal et de la Couronne trop longtemps bafoué par les bourrins et les dirigeants artésiens qui les protégeaient.
Mag eut même la surprise, agréable, de voir venir à Compiègne son oncle Dicelo. Timidité qui envahit la jeune femme en songeant qu'elle va mener au combat cet ancien GML…
Et Pisan bien entendu.

Quelques jours passèrent, donc, durant lesquels ils attendirent, espérèrent que la tentative diplomatique de Pisan, qui avait demandé la tête des bourrins au Comte artésien, porterait ses fruits. Mag avait appris que son propre époux était opposé à toute action de l'armée ABBA, essayant de masquer la tristesse qui l'avait alors saisie. Ils s'étaient tellement éloignés l'un de l'autre, dans leurs aspirations même…
Mais elle avait tu son ressenti, et s'était attachée à pourvoir à l'intendance de l'armée. Au moins cela lui changeait les idées.



Jeudi 2 juillet 1457

L'ordre avait circulé dans la journée de mercredi. Las d'attendre en vain, l'armée se mettrait en route dans la soirée. Direction, la mine dite "de Péronne".
La journée avait donc été consacrée aux préparatifs. Démonter les tentes, soigner et équiper les chevaux, charger les chariots.
Puis, alors que le soleil rejoignait doucement l'horizon vers le Couchant, ils avaient pris la route.
Une petite armée, certes, mais fermement décidée et motivée. Une armée qui ne portait pas le Lys de France et Mag se prit à penser qu'après tout, c'était peut-être mieux ainsi.

C'est de nuit qu'ils franchirent la frontière avec l'Artois, sans encombre, et l'aube du jeudi les vit dresser le campement à côté de leur destination où fut alors planté l'étendard rose. La mine de Chelles !
Mag surveillait les opérations de sa section, installer les tentes, mais aussi gérer l'intendance et distribuer les rations de nourriture.
Puis des regards curieux en direction de la mine d'or. Lors de la guerre contre l'Artois, elle n'avait rejoint les armées royales que tard, prise auparavant par ses fonctions de tribun de Compiègne, et n'avait donc pas participé à la prise de la mine ni aux assauts contre Péronne. Un "oubli" maintenant réparé.

Les mineurs, champenois comme artésiens, continuait de s'y rendre comme si de rien n'était, habitués qu'ils étaient à la présence d'une armée à ses abords. A la différence cette fois que ce n'était pas une armée artésienne.
Ceci dit, personne ne semblait s'en être rendu compte, et le jeudi et le vendredi passèrent sans que rien ne vint les troubler.
Ils se tenaient prêts, bien évidemment, regard tourné vers le nord, mais seuls les hommes qui venaient gagner ici de quoi subsister et quelques voyageurs longèrent le campement d'ABBA…



Aube du samedi 4 juillet 1457

Deux jours d'inaction, à attendre… Puis l'aube du troisième jour qu'ils passaient à proximité de la mine pointa. Lumière blafarde du soleil levant de ce début d'été, qui éclairait le campement à l’oriflamme rose.

Et, venant du nord, un cri, l’alerte des éclaireurs envoyés vers Péronne.
Ils arrivent !!!!

Mag se dressa dans son lit de camp. Se lever, se parer de son armure, revêtir son heaume, gestes maintes fois répétés qui reviennent comme un réflexe. Sortir de sa tente, rejoindre les autres qui se regroupent et se hisser sur Sageta qu’on lui amène. Ajuster son écu, celui-là même qui portait ses armes, et qu'elle avait promis à Tomsz de porter en toute bataille.

Le regard qui se porte vers la route d'où "ils" vont déboucher, puis se tourne vers ceux de sa section. Elle sent que tous attendent, sur le qui-vive. Et que beaucoup de choses vont se jouer dans les heures qui vont suivre.
Ils étaient prêts.

Droite sur sa monture, regard dirigé à nouveau vers le nord, épée tirée du fourreau. Une clameur, un nuage de poussière, le bruit métallique reconnaissable des armures.

Rapide prière au Très-Haut. Elle est prête.


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MessageSujet: Re: Leialetat e Fiseletat e jamai   Lun 30 Mai - 15:14



Samedi 4 juillet 1457 - Quand l'aube se teinte de rouge

La charge avait été brutale, mais pouvait-il en être autrement ? Cris de rage, d'encouragement, hurlements des blessés, hennissements de chevaux, bruit des armes qui s'entrechoquent, des épées sur les armures, tout n'était que vacarme étourdissant.
Frapper, parer, riposter, esquiver, gestes réflexes mais aussi mise une fois de plus en pratique de tout ce qu'on lui avait enseigné chez les Dames Blanches. Elle progressait au milieu de la bataille, Sageta réagissant à la moindre de ses sollicitations, comme elle l'avait fait devant Orléans.
Orléans... ne pas y penser, ne plus y penser. Ou plutôt ne penser qu'à ce qu'elle y avait appris, qu'elle devait restée concentrée sur les coups, sur le combat, ou elle y serait une nouvelle fois submergée...

Combien de temps tout cela avait-il duré avant que l'armée de Smurf ne fasse retraite ? Mag n'aurait su le dire. Quelques secondes, quelques minutes ? Surement davantage, si l'on en croyait la course du soleil vers lequel la jeune femme leva les yeux, haletante de l'effort qu'elle venait de fournir, mais un léger sourire ironique aux lèvres. Car oui, il était ironique que le Comte artésien ait justement envoyé l'armée des bourrins à leur rencontre. Ces bourrins dont ils demandaient la tête, qu'ils voulaient voir désavoués par ceux-là même qui aujourd'hui les protégeaient.
Avaient-ils remarqué d'ailleurs que seules les couleurs de Chelles flottaient, qu'il n'y avait pas le Lys ? Cela changerait-il quelque chose maintenant, de toute façon ?

Elle remit son épée au fourreau, retira ses gantelets et releva la visière de son heaume, essuyant d'un revers de la main son front couvert de sueur. Avant de balayer du regard le paysage qui s'offrait à ses yeux.
Et de blêmir.

Des blessés dans leur camp, c'était inévitable, et déjà l'on commençait à se presser autour d'eux. Mais c'était un corps à terre en particulier, et le tabard couvert de sang mais sur lequel elle pouvait néanmoins deviner des armes qu'elle connaissait bien, qui accapara son attention.
Un geste vif de la main sur les rênes pour tourner Sageta en même temps qu'elle la talonne, pour s'élancer vers l'homme... son suzerain.

Il y a des moments où les secondes semblent des heures, et celui-ci en était un. Esprit tourné vers Tomsz, vers Pisan qu'elle voit s'agenouiller près de son époux avant de rejoindre enfin le couple et de se laisser glisser de sa monture. Heaume retiré et jeté à terre, que rejoint l'écu qui porte les traces de la bataille qu'ils viennent de mener, derniers pas avant de tomber à son tour à genoux, aux côtés de Pisan.

Le regard qui évalue l'état du Vicomte. Et une boule dans le ventre, brutale, violente, devant le flot de sang qui macule la terre. Elle passe doucement une main dans le dos du blessé, la retire, rouge, poisseuse. Le coup a traversé le corps, pas bon signe, pas du tout, même.
Ses yeux se tournent vers Pisan, sa Vicomtesse, son amie, sa "plus que soeur", croisent les siens. Pas un mot, entre elles il n'y en a jamais eu besoin pour qu'elles se comprennent. Juste la détresse et la douleur. Infinies. Car elles savent, toutes les deux, que l'espoir se fait mince, si léger, qu'il est comme une plume qui vole dans l'air, mais qui finira toujours à un moment par rejoindre la terre.

Ils sont entourés, les autres membres de l'armée se rassemblent autour d'eux. Visages graves, silence, tous ont compris que la vie du Vicomte ne tient plus qu'à un fil, et que ce fil, si fragile, si ténu, est en train de rompre.
Mag veut se retirer, s'éloigner. Non seulement pour cacher sa peine et sa tristesse, mais surtout pour laisser Tomsz et Pisan se dire au revoir. C'est si important, l'au-revoir, les dernières paroles, celles qui restent en mémoire, à jamais, celles qui donnent une raison de continuer.

Mais une main sur son bras l'empêche de se relever, et regard échangé duquel la vie s'échappe. Elle comprend, il ne partira pas ainsi, il ne veut pas partir ainsi. Alors elle se glisse derrière lui et soulève doucement le haut du corps du mourant pour qu'il s'adresse à ceux qui l'ont suivi dans cette folle aventure. A ceux qui ont cru, qui croient encore à ce qu'ils font.

Et la voix s'élève, ferme malgré tout, mais qui s'atténue au fil des mots qu'il prononce. Qu'il tient à prononcer malgré tout.


Mes chers soldats... on dirait que le temps se gâte... que mon heure soit venue...

Ne vous inquiétez pas pour moi... et... surtout... soyez fiers de ce que nous venons d'accomplir...

Aujourd'hui, les arrogants Bourrins artésiens... qui se permettent de défier... et de ridiculiser impunément la Couronne de France... le Domaine Royal... et la Champagne... ces Bourrins ont plié et reculé devant une armée non-agréée de 17 valeureux soldats non-entraînés...

Peu importe que militairement, notre cause soit perdue d'avance... Il ne s'agit pas de cela... C'est une histoire d'honneur... d'honneur champenois... de refuser de se laisser constamment ridiculiser par ces bandits...

Quoi qu'il se passe désormais... l'honneur est sauf... Votre honneur est sauf... L'honneur de la Champagne est sauf...

N'ayez crainte... quoi que certains esprits grincheux, qui préfèrent se défausser de leur responsabilités... parfois jusqu'en fuyant lâchement le territoire champenois... ne manqueront pas de trouver à redire... vous aurez toujours l'admiration du peuple champenois... celui qui ne dit rien mais j'en suis certain... n'en pense pas moins.

Je m'excuse auprès de mes vassaux... de mes fidèles amis... de la chorale de Maître Matabei... ainsi que d'Elvis et Dicelo... Ce sont malheureusement particulièrement des innocents qui ont souffert lors de cette bataille... Vous vous attendiez sans doute à une mission mieux préparée militairement... vous n'avez pas tous ici l'habitude de suivre mes projets les plus fous...

Je sais que je ne pourrais jamais me faire pardonner... alors je vais simplement vous remercier... d'avoir été là... Merci mes amis... je vous emporte avec moi là où je vais...
(*)

Derniers mots... dernier regard en direction de Pisan, empli de toute la tendresse qu'il voudrait encore lui dire, il murmure un incohérent "n'oublie pas de raser les cochons, et de nourrir l'Artois"(*)... dernier souffle...

Léger sourire sur les lèvres de la Dame de Pomponne, Tomsz avait toujours été imprévisible, et il continue de l'être même dans ses dernières paroles. Une des raisons de l’indéfectible affection qu'elle avait pour lui, elle si posée et raisonnable. Mais les contraires ne s'attirent-ils pas ?

Le sourire fait place à un soupir. Se faire pardonner ? Mais de quoi ? De leur avoir permis de le suivre avec honneur et courage, de leur avoir permis de porter haut les valeurs qu'ils partagent et défendent ? Un murmure
Tu n'as rien à te faire pardonner, Tomsz... *Pardonne-moi au contraire de n'avoir pu te défendre, de n'avoir pu donner ma vie contre la tienne...*

Mag referme doucement les paupières sur le regard sans vie, une larme glisse lentement depuis ses yeux le long de sa joue. Non ! Elle doit rester forte, pour Pisan, pour poursuivre avec elle ce que Tomsz avait initié.
Cet homme, son suzerain, mais tellement plus que ça. L'ami auquel un lien plus fort qu'une cérémonie et un bout de parchemin la lient, affection, respect, admiration... De nul autre elle n'aurait pu être vassale, avec nul autre elle n'aurait pu partager cette relation aussi profonde. Loyauté et fidélité, leialetat e fiseletat, sa devise. "Res, non verba", des actes, pas des paroles.

Elle se tourne vers Pisan, croise son regard, et reçoit de plein fouet le cri muet et pourtant si assourdissant qu'elle y entend. Nulle larme sur le visage fermé mais qu'elle lit si bien. Elle sait qu'une partie de Pisan vient de mourir, là, maintenant, sur cette terre artésienne. Mais elle sait aussi que, si l'esprit s'est échappé du corps blessé et meurtri, il est toujours là, près d'eux.




(*) avec l'autorisation du joueur


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MessageSujet: Re: Leialetat e Fiseletat e jamai   Aujourd'hui à 16:00

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